CHAPITRE XXII
LE POISON EST PARTOUT
Aliments falsifiât-, alimenls altérés. — Intoxication parle médicament. — To.\icité duc à raccumulatiou physiologique du poison. — To.xicité résultant d'associations de substances. — Danger des substitutions. — Mauvaises préparations. - Falsification des denrées alimentaires. — Source d'intoxication — Pain, vin, lait, café, sucre, Iruflés, viandes, fromages. — Cosmétiques. — Jouets.
N dehors des sources d'intoxication, en ' "wj quelque sorte fatales et propres aux grandes réunions d'hommes, il est d'autres f causes d'empoisonnement qui tiennent à nos infirmités morales plutôt qu'à nos infirmités physiques, je veux parler des falsifications des substances alimentaires. Assurément on ne peut ([ualifîer poison un vin et du lait auxquels on a ajouté de l'eau; de l'huile d'olive mélangée d'huile d'œillette; de l'opium fraudé avec de la pulpe de pruneaux. Bien que ces falsifications soient loin d'être indifférentes à la santé des consommateurs, il n'en résulte pas pour eux un empoisonnement proprement dit; mais le pain avec de l'alun, les vins fuschinés, la bière dans laquelle l'amertume du houblon est remplacée par celle des Ménianthes, l'eau-de-vie à laquelle on communique un bouquet distingué avec un mélange d'acide prussique, d'aidé-
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liydo benzoïque ou de cyanure de phényle, le vinaigre qui contient de l'acide sulfurique sont véritablement toxiques.
Ce n'est pas seulement par les altérations coupables des matières alimentaires que nous subissons l'action de certains poisons. Comme cela arrive pour la charcuterie gâtée ou pour les salaisons tricliinées que l'Amérique nous envoie, par exemple, nous les subissons encore du fait d'altérations momentanées de la substance alimentaire ou de la substance médicamenteuse. Nous la subissons aussi du fait du mélange non intentionnel de certaines matières toxiques à nos aliments ; de l'ergot de seigle ou de l'ivraie à la farine qui sert à faire le pain ; de la présence dans le grain du maïs d'un Champignon parasite dont la substance mêlée à la farine produil, dans les pays oiàTon mange beaucoup do maïs, la redoutable affection désignée sous le nom de Pellagre; de l'introduction de certaines substances toxiques dans les alcools que nous buvons, en raison môme de leur origine.
Parlons d'abord des Médicaments-Poisons. Rencontrer le poison et la mort là oii l'on croyait trouver le remède et la vie, c'est assurément l'une des déceptions les plus cruelles qui se puissent concevoir. C'est cependant chose encore assez fréquente, et cela peut arriver de plusieurs manières.
Dans un grand nombre de circonstances, le médicament est un poison qui n'agit comme remède qu'à dose modérée. La strychine, la digitaline, l'acide arsenieux, l'émétique, sont des médicaments; ce sont aussi des
poisons. La dose mcclicamenleuse csL moins élevée que la dose toxique. Celle-ci peut varier suivant le degré de l'activité do la substance. La dose toxique do la morphine est plus élevée que celle de l'atropine, celle du calomel est plus élevée que celle du sublimé corrosif. Quelquefois, la dose toxique d'une substance est moins élevée qu'une dose inoffensive. J'ai vu des malades résister à une dose de liqueur arsenicale qui les eût empoisonnés à dose moins élevée. L'exagération de la dose avait provoqué des vomissements, le poison avait été rejeté, et le malade sauvé par cette circonstance. La dose toxique dépend aussi de l'âge et de la force du patient. Telle dose est supportée par un adulte et ne l'est pas par un enfant, par un homme et ne l'est pas par une femme, par un homme en santé et non par un malade.
Suivant certaines circonstances, telle quantité minime d'une substance peut agir fatalement comme poison , alors qu'une dose plus forte n'agira pas ainsi dans d'autres conditions. Voici ce qui se passe. Il existe des substances toxiques qui s'accumulent dans l'économie et n'agissent que tardivement comme poisons. Une petite quantité peut faire alors déborder la mesure. L'émétique est de ce nombre. Voici un curieux exemple d'empoisonnnement par ce sel d'antimoine. Une femme travaillait à se débarrasser d'un mari qui la gênait; pour cela elle lui faisait prendre tous les jours une petite dose d'émétique. L'époux s'émétisait de plus en plus, le poison se logeait dans son corps, mais enfin il résistait. Un jour il voulut consulter le médecin sur l'état misérable de sa santé. Celui-ci, après l'avoir interrogé, cxa-
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miné, lui prescrivit une minime dose d'émétique, incapable de l'empoisonner. Le malade en mourut pourtant. Cette dernière dose avait été la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Lequel était l'empoisonneur, la femme ou le médecin? La femme certainement. Du reste, l'expertise ayant constaté que le corps de la victime était pénétré de substance antimoniale, la femme fut soupçonnée, convaincue et condamnée.
L'empoisonnement résulte encore quelquefois non plus de la dose, mais de la rencontre dans l'économie vivante de deux substances inoffensives isolément. Vous administrez à dose médicamenteuse du calomel. Si, peu après, vous faites prendre à la même personne du chlorbydrate d'ammoniaque, vous transformez dans l'estomac le protoclilorure de mercure ou calomel en bichlorure ou sublimé corrosif et le patient sera empoisonné. Quel sera l'empoisonneur? Celui qui a donné le calomel, ou celui qui a fait prendre le chlorbydrate? Ni l'un ni l'autre s'ils ne se sont pas entendus; tous les deux s'il y a eu concert, bien qu'aucun des deux n'ait donné de poison. On pourrait citer bien d'autres exemples de ce mode de génération du poison dans l'économie vivante, mais il ne serait peut-être pas très prudent de le faire ici, pour en donner l'idée. Il vaudrait mieux montrer l'inverse, c'est-à-dire le poison ingéré, subitement transformé en substance inoffensive dans l'estomac. Montrer, par exemple, Thénards'apercevant, pendant une de ses leçons, qu'il vient d'avaler une solution de bichlorure de mercure, et, sans trouble, absorbant immédiatement de l'eau albumineuse qui se trouvait fort heureusement à sa portée. Il vaudrait mieux
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'li'-o qu-une soluLion de sel marin coiubaLLra cfiicaccment l'empoisonnement par le nitrate d'argent, une eau alcaline l'empoisonnement par un acide violent, la magnésie calcinée, ou un sel de fer, celui par les préparations arsenicales.
La substitution de substances toxiques à la substance médicamenteuse est souvent fatale ; elle peut se produire par inadvertance, par ignorance, par substitution frauduleuse ou mélange d'une substance active à une substance moins active. L'inadvertance peut être le fait de celui qui vend le remède, de celui qui le prescrit ou l'admmistre. La vente des poisons est cependant entourée par la loi de mille précautions qui certainement rendent les méprises très rares, mais ne les suppriment cependant pas tout à fait.
La fraude qui s'exerce dans les falsifications des médicaments a plutôt pour résultat de substituer àdes substances chères des substances moins chères, des excréments de chien, par exemple, à de la véritable pepsine. Le plus souvent ce sont des substances inertes qui sont ainsi substituées ou mélangées à des substances actives. Remplacer par un corps sans propriétés un médicament actif sur lequel on compte pour sauver un malade, c'est quelquefois tuer aussi sûrement ce dernier que si on avait mis un poison à la place d'une matière non toxique ; cela ne peut cependant pas être considéré comme un empoisonnement. Il n'en serait pas de même si l'on administrait de l'antimonite de potasse ou du sousnitrate de bismuth mélangés de cérusc ; de l'acétate de potasse mélangé d'acétate de plomb.
Le subtance toxique peut se rencontrer aussi dans
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un médicameiiL par suite d'une mauvaise préparaLion. C'est ainsi que le calomel mal lavé renferme du sublimé corrosif. Quelle que soit la cause de ces substitutions, nous rencontrons souvent la mort dans les substances auxquelles nous demandons la vie.
Aliments. — Si le poison nous atteint quelquefois sous la forme du médicament, il se glisse encore plus fréquement dans l'aliment dont nous faisons un usage constant, et c'est ici qu'une coupable industrie déploie toute sa science et toute sa scélératesse. La plus grande vigilance est nécessaire pour échapper au Protée malfaisant qui prend les formes les plus diverses. A défaut même de la vigilance privée, souvent endormie ou indifférente, les gouvernements ont institué des laboratoires publics, dans lesquels à chaque instant on signale aux populations la toxicité des substances qui les nourrissent.
Le pain renferme quelquefois de l'alun et des sols de cuivre, des sels de morue. D'après M. Delthil, l'alun sert dans les boulangeries à dissimuler une fraude commune, c'est-à-dire l'addition à la farine de froment de farines basses de Légumineuses. L'alun favorise la panification de ces farines. L'alun se trouve encore dans certaines pâtisseries. Il y a double danger résultant de ce que l'alun est toxique et de ce que, au contact de vases en cuivre, il produit aisément un sel double d'alumine et de cuivre qui empoisonne facilement. L'usage s'est introduit de colorer certaines pâtes alimentaires avec de la chrysanilino, ce qui n'est pas sans danger.
De toutes les substances alimentaires, le vin est celle
qui se prête le mieux aux falsifications. Il en a été de même do tout temps, et plus que jamais on peut le répéter aujourd'hui. S'il est quelquefois difficile do savoir ce que l'on mange, il est le plus souvent impossible de savoir ce que l'on boit. Nous ne prétendons pas que tous ces mélanges vendus et débités sous le nom de vins soient capables de produire l'empoisonnement; les falsificateurs sont plus adroits, ce serait laruine de leur industrie. Mais si ces vins ne sont pas immédiatement toxiques, on peut dire que souvent ils renferment des substances suspectes bien capables, au bout d'un certain temps, déporter atteinte à la santé: l'alun, le plâtre, les sols do potasse, les substances plombifères, litliarge, etc., les matières colorantes les plus diverses: fuschine, baies de Phytolacca, se rencontrent dans le vin livré à la consommation. Les coupages avec des eaux-de-vie de grains et de fécule de basse qualité y introduisent les poisons contenus dans ces mêmes eaux-de-vie.
Dans la bière, le principe amer du houblon est souvent remplacé par l'amertume des feuilles et de l'écorce de buis, des feuilles doMénianthe, par la coque du Levant, la coloquinte, toutes substances toxiques.
Le vinaigre n'est pas préservé de ces altérations. On le rehausse avec des acides sulfurique, nitrique, chlorhydrique. On lui donne du montant avoclePyrèthre, le Garou, etc., enfin on y rencontre du cuivre et du plomb ; quelquefois c'est de l'acide pyroligneux coloré.
Le lait est une des substances alimentaires les plus répandues. Avec un pou de pain et do café mêlé de chicorée, il constitue le maigre repas d'une foule de femmes et d'enfants dans les grandes villes et dans les classes
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peu aisées. Frauduleusement ou autrement, le poison suit naturellement cette voie' facile pour pénétrer clans l'économie. Le mauvais lait devient un aliment aussi dangereux que bien des toxiques pour ces malheureux qui, au lieu d'y rencontrer une substance réparatrice, absorbent, en le consommant, beaucoup d'eau d'abord (et quelle eau souvent!), puis des mélanges sans nom de fécules avariées et de cervelles délayées (et quelles cervelles! peut-on dire encore). Enfin c'est le poison des vaches malades qui se transmet à son aide : le pus do la maladie connue sous le nom de cocotte., la putridité de, la maladie des sabots, et surtout le Microbe do la plithisie qui peut ainsi se transmettre à des femmes, à déjeunes filles anémiées par la misère, et très disposées à contracter les germes de cette affreuse maladie. Et c'est ainsi, pendant que la femme du peuple va puiser la contagion dans la crémerie de son quartier, que les pères et lesfilsboiventle poison chez le mastroquet voisin 011 on leur sert le vin zingué qui a roulé sur le comptoir depuis la veille, des eaux-de-vie de pommes de terre et de grains, ou des absinthes verdies par le sulfate de cuivre.
Le café étant trop cher, on le falsifie avec de la chicorée ; mais la chicorée à son tour est falsifiée; elle est quelquefois colorée avec une matière connue sous le -nom à' ocre de Prusse, et dans laquelle il y a, entre autres choses, du sulfate do chaux et du sulfate d'alumine. Souvent ladite chicorée est un ramassis de toutes sortes de résidus de brasseries ou de distilleries de grains, de criblures et de balayures diverses, de cendres tamisées de houille I
Le sucre à son tour doit comparaître ici, pour nous dire ce qu'il contient quand il se présente sous la forme suspecte de cassonade, laquelle se prête si bien, comme la chicorée, à toutes sortes de mélanges : terre, fécule, sable, silice, glucose et bleu de Prusse pour lui donner de l'œil, et masquer sa teinte sale, comme pour le linge mal lavé.
Eh bien ! qu'on nous dise maintenant ce que vaut ce bol de café qui va faire le déjeuner d'une pauvre ouvrière. Le café, c'est la chicorée dont nous venons déparier: le lait, c'est celui dont nous avons dit les sources; le sucre c'est la cassonade louche dont nous avons suspecté la composition; le pain... il contient peut-être l'alun nécessaire pour faire lever les farines de rebut dont il est fait. Fontenelle disait que le café qu'il prenait depuis quarante ans était assurément un poison lent. Nous ne pensons pas que le café que prennent beaucoup d'ouvrières de Paris et d'ailleurs soit, lui, un poison lent !
Il en est ainsi de bien d'autres denrées : beurres, huiles, fromages, etc., dans lesquels le poison seglisse encore. Qu'il se montre dans le Champagne et dans les truffes, nous ne dirons pas certainement tant mieux, bien qu'on puisse se passer de truffes et de Champagne, mais il ne faudrait pas croire que la falsification hésite devant l'introduction du poison dans les douceurs destinées aux heureux de ce monde. On a vendu im jour pour dix mille francs de truffes à des restaurateurs de Bruxelles. Ces truffes, d'excellentequalité, contenaientdc petits morceaux de plomb adroitement introduits dans la chair parfumée du Champignon, comme on pousse un clou de girofle dans un oignon. Je ne sais ce qu'il advint
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aux gourmets qui consommèrent ces truffes plombées, mais quand on sait que quelques grains de plomb restés dans la bouteille de vin qu'ils ont servis à laver peuvent rendre ce vin toxique, je croirais aisément que les jouissances des susdits gourmets durent être suivies do quelques coliques de plomb.
Les viandes et les charcuteries surtout sont fréquemment toxiques. On sait qu'une grande surveillance est exercée dans les abattoirs pour qu'on ne livre à la consommation que la chair d'animaux sains. On a vu des empoisonnements graves survenir par l'introduction dans l'alimentation debêtes charbonneuses. Cependant, la cuisson rend ces viandes inoffensives, car elle tue les Microbes développés par les maladies épidémiques comme elle tue les Microbes qui se sont développés dans les gibiers faisandés. Il n'en est pas de même dans les préparations de viandes cuites, daubes, pâtés, jambons, saucissons, boudins, etc., qui deviennent fréquemment toxiques et produisent des empoisonnements qui frappent quand beaucoup de personnes y succomben^ à la fois. Pendant longtemps on a cherché quel poison agissait dans ces circonstances. On sait maintenant que si la Trichine empoisonne quelquefois les charcuteries mal cuites, un autre poison peut les rendre dangereuses : ce sont les Ptomaïnes qui se développent dans ces préparations quand elles commencent à s'altérer.
Méfions-nous surtout du jtimbon d'Amérique. Non seulement la présence des Trichines et des Ptomaïnes le rend toxique, mais ce produit servi souvent mal cuit, et môme tout cru, renferme encore, même en sortant du four, des Bacilles dangereux. Un jour, sur 20
personnes qui avaient mangé de ce jambon, plusieurs moururent, et l'on retrouva dans le sang du cœur, dos poumons et des reins des Bacilles; ceux-ci inocules à des animaux déterminèrent des accidents mortels pour quelques-uns.
On nomme tyrotoxine une substance toxique découverte dans les fromages du Michigan par M. Vaugham; beaucoup de personnes ont été gravement intoxiquées pour en avoir mangé.
La salicoque, ou crevette grise, a été transformée en crevette rouge, plus estimée et plus chère, à l'aide de minium 1
Méfiez vous de ces. mets décorés de fioritures artistiques, et tenez pour suspecte cette palette culinaire qui prodigue toutes les couleurs de l' arc-en-ciel aux gelées, aux graisses et aux candis. L'arsenic se cache dans les verts, le chrome dans les jaunes, la céruse dans les blancs, le vermillon dans les rouges, le bleu de Prusse dans les bleus. Un jour, dans un banquet, quelques convives furent très fortement incommodés pour avoir tâté d'un veau froid patriotique qui se dérobait sous une gelée aux trois couleurs.
Cosmétiç[ues. — Pour paraître jeune et beau, pour réparer des ans l'irréparable outrage, tous les moyens sont bons, et c'est pour cela que la plupart d'entre eux sont mauvais. Aussi, le poison se glisse fréquemment sous les formes variées des cosmétiques les plus bénins. D'ailleurs ils se déclarent tous des plus inoiïensifs, bienfaisants même. MM. Chatin etDubrisoy ont arraché leur masque à ces préparations mensongères, capables
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d'empoisonner la belle ou le beau qui en font usage. Quelques exemples des toxiques qu'elles recèlent.
Les noms les plus gracieux décorent ces eaux, pour l'écoulement desquelles toutes les sources de Jouvence semblent s'être ouvertes. Voici l'eau des fées, solution de sulfate de plomb dans l'byposulfite de soude. Elle fait disparaître tous les filets blancs de la chevelure. L'eau de la Floride, dans laquelle, dit le prospectus, il n'entre que des plantes exotiques très bienfaisantes : en effet, elle contient de la fleur de soufre et de l'acétate de plomb. L'eau magique a pour base l'oxyde de plomb et l'hyposulfîte de soude. L'eau de Lys contient du protochlorure de mercure; l'eau de Castille de l'acétate de plomb et de l'hyposulfite de soude. L'eau de Figaro renchérit sur les précédentes : on y trouve en trois solutions du nitrate d'argent, du sulfate de cuivre, et du cyanure de potassium. Une poudre épilatoire, dite de Laforest, contient du mercure, du sulfure d'arsenic et de la litharge. Si le poil résiste, c'estqu'ily met delà mauvaise volonté, il pourrait se faire que la résistance de l'épilé fût moindre. Et les fards, invariablement la céruse en fait le fond, du plomb partout! Et les pommades, et les vinaigres, qui n'ont pas besoin d'être des quatre voleurs, pour tromper sur la qualité et l'innocuité; et c'est ainsi qu'on s'empoisonne pour faire tomber un poil ou pour en noircir un autre. Oh I vanité!
Bien avant que le petit crevé sur le retour fasse usage de poisons pour se teindre la barbe ou les cheveux, bien avant que la femme ou la fille se fassent des lèvres roses et des yeux noirs bien fendus avec du fard
VENINS ET l'OISONS
au vermillon et des crayons d'antimoine, le premier on embrassant alTectueusement son polichinelle ou son soldat do plomb, les secondes, en couvrant leurs poupées de tendres baisers, ont fait connaissance avec les poisons trop fréquemment prodigués sur les jouets.
Los plus belles couleurs, les beaux verts, les beaux jaunes, les beaux rouges, les beaux bleus, celles enfin qui donnent un peu de relief aux jouets, contiennent de l'arsenic, du plomb, du chrome, du mercure, du cuivre. Et ce qu'il y a de plus grave, c'est que ces couleurs sont appliquées souvent sur les jouets avec une colle de fécule. Il existe de nombreux cas d'empoisonnements mortels ou d'indispositions graves causés par les jouets. L'interdiction de certaines préparations colorées et leur application avec la colle forte et un vernis ont été souvent conseillées, ordonnées môme. Les boîtes de couleurs sont faites de substances toxiques.
Il y a quelques années le prince 0... était à Paris. Après quelques courses dans la ville, il rentre chez lui et trouve sur sa table une boîte qu'il ouvre machinalement, et, sans plus de réflexion, se met dans la bouche un des fragments cylindriques et blancs contenus dans, cette boîte, et qu'il prit pour de la pâte de guimauve. Surpris du goût désagréable, il crache ce qu'il n'a pas avalé. Son frère aîné rentre et reconnaît que le jeune 0... a tout simplement avalé un serpent de Pharaon, c'est-à-dire du cyanure de mercure mélangé de nitrate de potasse. Ce jouet curieux était un poison violent, il fallut une médication très énergique pour sauver lo prince 0...