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LA COMIÎDIE DE GOLDONI

tlioatre, sonc^é aux questions do théâtre, fait sans y [)i-iMKlre garde « abondante provision de matière apte à être travaillée pour le théâtre '■ ». Aussi bien, quand un jour de l'année 1747, le Pantalon Ccsare Darbcs, s'étant introduit dans le cabinet d'avocat qu'il avait ouvert à Pise, et l'ayant amusé par toutes sortes de lazzis, lui demanda brusquement une comédie, Goldoni n'y put tenir. Laissant là ses dossiers, plantant là ses clients, il suivit ([uoi qu'il en eût le Pantalon folâtre.

On n'échappe point à son sort. Celui de Goldoni,né sous une étoile comique, sera d'écrire des comédies jusqu'à la lin".

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Ces comédies lui assurent un titre de gloire impérissable.

Un jour qu'à l'âge de quatorze ans, il s'amusait à fouiller dans la bibliothèque d'un jurisconsulte milanais, remplie de ces recueils de théâtre que les honnêtes gens d'alors aimaient à posséder, Goldoni, gamin, y avait trouvé un théâtre français, un théâtre anglais, un théâtre espagnol; il n'y avait trouvé, à part quelques pièces italiennes du vieux temps, « aucun recueil italien, aucune collection qui pût faire honneur à l'Italie^ ». Sa gloire est d'avoir comblé cette lacune.

* Prùt'acô à l'éciition de Pasquali.

* « On ne peut nier que je sois né sous rinfluence d'une étoile comique, puisiiue ma vie môme a été une comédie. » Préface au volume V de l'édition de Pasquali.

^ « .le vis avec peine qu'il man(juait quelque chose d'essentiel à cefte nation qui avait connu l'art dramati([ue avant toute autre nation moderne ; je ne pouvais concevoir comment l'Italie l'avait

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Goldoni a donné à son pays « un recueil (|ui l'honore. » Goldoni l'a doté d'une « collection » demeurée unique. Goldoni a fourni Tltalie d'un théâtre italien.

Ce théâtre est considérable. Lui-même en vit dixhuit éditions de son vivant, et Fédition la plus complète, celle vénitienne de 1788, qui n'a pas tout recueilli, compte quarante-quatre volumes. Il est le fruit de près de quarante années d'activité dramatique. Il embrasse un nombre de pièces si incalculable que personne n'en pourra jamais savoir le nombre'. Il comprend tout au monde, du bon et du mauvais, de l'excellent et du médiocre, de la prose et des vers, de l'itahen et du dialecte, des scénarios et des comédies, des livrets, des tragédies, des drames, un tas ou plutôt un monceau. Et cependant, de ce monceau une idée se dégage, celle d'une réforme théâtrale, qui, si elle n'a rien de violent, car -Goldoni était la bienveillance même, qui, si elle n'a rien de systématique, car Goldoni était aux antipodes des desseins prémédités, insensiblement, au fur et à mesure des années et des expériences, s'accentue, se précise, prend conscience d'elle-même et de son droit, se déclare, s'affiche et se défend. Goldoni s'attaque de front à la vieille Comédie italienne.

Arrivé à un moment oii elle commençait à ressentir les atteintes de la décrépitude, Goldoni s'est aperçu

négligé, l'avait aviK et abâtardi; je désirais avec passion voir ma patrie se relever au milieu des autres, et je me promettais d y contribuer. » Mémoires^ I, p. 60.

* Dans la « Liste clironologique des œuvres dramatiques de Carlo Goldoni » qu'il a établie, Rat)any compte 149 comédies, 10 tragédies, 83 opéras, opéras-comiques et intermèdes. — Cf. Spinelli, Bibliografia goldoniana. — Ni Rabany, ni Spiaelli ne se piquent d'être coniplels.

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(1(3 SOS tiiros. Vux seules lumières d'un bon sens vigoureux, et d'une exp(jrienee qui s'est dévelo[)|)(M; dans le spectacle de la réalitij contemporaine, il s'est persuadé que cette réalité contemporaine est autrement riche, autrement nombreuse, aulrementdiverse, autrement complexe et autrement comique que les quelques cas et les quelques rôles mis en scène par les faiseurs de canevas. Et avec sa rondeur enjouée, il ose initier un théâtre nouveau d'après elle. A la fiction, il oppose la vérité ; àla convention, il oppose la vie; àl'artifice, il oppose la nature. Les mascjues sont remplacés par ce ([u'il appelle les caractères ; le décor fripé de la place s'enrichit de tous les cadres et do tous les horizons de l'humanité au travail; et l'antique comédie d'aventure et d'intrigue, emmêlant tous les genres et accueillant tous les tons, se diversifie, se ramifie, se complique à l'exemple même de la réalité. Et que si les comédiens italiens inventaient selon leur fantaisie, lui leur fournit un texte consenti ; et que s'ils ne songeaient qu'à divertir, lui s'avise decorriger lesmœurs ; et que s'ils ne faisaient que se ressembler et se continuer, lui innove de toutes pièces. A lui tout seul, sans précédents de sorte ^ sans modèles autour de lui, au milieu dos sifflets, des huées et des labales, en proie à une inimitié féroce dont on ne compte plus les coups % il brise une routine séculaire.

' Camerini, / precitrsori del Goldoni.

• 11 eut d'abord contre lui l'abbé Chiari. Puis Carlo Gnzzi. et les vives satires dis Grantîlles^chi. Puis Baretti, et sa Frusta letteraria. « Goldoni, écrit Buretti, a publié environ trente volumes de comédies, et comme toute son œuvre est pleine de bruit et d'enflure, il a assourdi les on-illes et conquis le cœur du vulgaire, spécialement des gondoliers de Venisi'... Mais sa langue est le plus sot mélange de mots et de tournures empruntés à divers dialectes d'Italie, ridi-

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tente d'autres voies, ouvre des horizons inédits, et à force de bonne humeur, d'oubli de soi-même et de croyance à son but, arrive presque à s'imposer. On l'appela le Molière d'Italie.

Or voici ; à la place de l'éternel Brighella, ou de l'éternel Tartaglia, ou de l'éternel Arlequin — égrenant les mêmes saillies, accomplissant les mêmes culbutes, montrant le même caractère et le même cuir — qu'on suppose, par exemple, un mari de l'heure contemporaine, comme on en pouvait rencontrer à Venise, amoureux fou de sa jeune femme, mais ayant honte de le paraître, horriblement jaloux, mais craignant surtout de le sembler, maudissant les sigisbées, mais esclave aplati de la mode. Sur son ordre, sa femme reçoit seule des cavaliers servants, monte seule en carrosse avec eux, se rend seule en leur compagnie dans les assemblées, accepte leurs présents, autorise leurs manèges, écoute leur babil, supporte, subit leurs privautés ; c'est lui qui l'ordonne, et lui peste. Il se retire et se repent de s'être retiré, court après la

culcmont toscanisés, et elle est copieusement constellée de gallicismes... Ses sentiments sont si triviaux, si communs, que les expressions qu'il met dans la bouche d"unc princesse seraient bien en place dans celle de sa femme de chambre... Goldoni ne connaît ni les arts ni les sciences, ses erreurs en fait de jurisprudence et de morale, de médecine et d'anatomie, de géométrie et d'histoire naturelle, dépassent toute croj'ance, etc., etc. » Goldoni on retour eut des partisans acharnés. Siîlon Carlo Gozzi, on trouvait ses comédies « sur les toilettes des dames, sur les bureaux des seigneurs, sur les banques des boutiquiei-s, parmi les mains des promeneurs, dans les écoles publiques et privées, dans les collèges, et jusque dans les monastères». Toujours scion Carlo Gozzi, un abbé Salerni déclarait du haut de la chaire « que pour écrire et composer ses sermons, il lisait infatigablement les comédies de Goldoni ». Goldoni recueillit cependant des adhésions plus sérieuses : Gasparo Gozzi, "Verri, Albergati, Matïei; beaucoup de patriciens de Venise : "Widiman, Grimani, Vendramin, Barberigo, Mocenigo; en Europe, celui qui avait l'autorité suprême : Voltaire.

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