LA COMKDIE DE GOLDONI
On voit dos [)ar;isil('s, des cafcliors, des hôtes, des ai^relins, des elicxaliers d'iiiduslrie, des péronnelles, et des poissardes . L'avocat plaide en perruque de comédie ; le pécheur du Lido jette à terre sa rïiaxinne et son crachat ; l'avare va son chtMiiin en tricotant son bas; le sigishée brode au petit point dans l'embrasure d'une fenêtre, et Mirandolina, qui repasse, approche son fer de sa joue rose. Des comnnères sont assises à croupetons sur des marches ; des élégantes à vertug-adin remuent la cuillère d'argent de leur tasse ; des oisifs de. café médisent doucement sous une petite glace ; des iilles dansent la fnrlana ;une vieille chaule alla vilola ; on joue à la scmola. On voit des étrangers en quête de plaisir, des perruquiers, des gens de robe, des beaux esprits, des tisseurs de soie, des paysans de terre ferme, des arsenalotti de l'Arsenal, des anti(}uaires, les trois Orbi de la Piazza; et c'est Xicoletto, le petit adolescent, qui joue au joli cœur, et porte une médaille en place de montre au bout de son ruban ^ ; et c'est M""' Gatteau, la brodeuse française, qui ignore l'italien et met en fuite tout le monde par ses odeurs"; et c'est Ser Todero Brontolon, le vieux pingre, qui cache le sucre et le café, et sermonne son valet qu'il a mandé dans sa chambre : « Savezvous ce que j'ai à vous dire ? Que j'ai été à la cuisine, que j'ai vu un feu d'enfer, que le bois personne ne me le donne, et que je ne veux pas qu'on le galvaude de cette façon. — Ah! vous avez été à la cuisine? — Oui, Monsieur, j'ai été à la cuisine. Qu'y voyez-vous à redire"? — Rien. Mais quand je suis rentré du mar-
• La Buona Madré.
* Una délie ultime sere di Carnovale.
chu, j'ai trouvé le feu éteint, la viande froide, et j'ai crié après la servante. — Est-ce qu'une niarniilc ne peut pas bouillir sans une charretée de bois? — Comment voulez-vous, avec deux bouts de tison ? — Soufflez M »
Au sommet de l'échelle sociale, le marquis de Ripaverde, « qui a été habitué à vivre noblement » se prélasse dans la splendeur : « — On voit vraiment, lui dit Brigliella, que Votre Seigneurie est un grand cavalier ! — Pourquoi"? — Parce qu'elle se plaît à ne rien faire '. » Et tout en bas de l'échelle, au fond d'une arrière-cour, la veuve Barbara se dissimule dans les grisailles d'un héroïsme obscur : « Que voulez-vous que je fasse? Quand j'ai fini les affaires du ménage, je m'amuse à travailler, je ris avec mes enfants, je ris avec la servante. Et puis j'ai un chat, j'ai un chat qui est mon bouffon. Si vous voyiez la jolie bête? Où s'estil fourré? Minon ? Minon ^ ? » Lelio, aux gants à doigts coupés et à tabatière de corne, est le noble déchu songeant à faire figure'. Glelio, qui montre sa langue à tout venant, et quand on lui parle de mélancolies, d'accidents, de gens qui ont gonflé subitement, de personnes qui sont mortes à l'improviste, crache pour conjurer le mauvais sort, et dit Sainte a noi! est l'hypocondriaque imaginaire ^ Et le comte Onofrio % qui a les yeux plus gros que le ventre, est le goinfre,
* Sior Todero Bronlolon, I, 5. „
* La Btionn Moglie, I, 8. 5
* La Buona Madré, I, 8. ^^
* / Pettegolezzi délie Donne, '
* Il Vecchio bizarro.
* Goldoni à Venise n'aurait pu mettre en scène les patriciens de Venise. Aussi, lorsqu'il s'attaque aux ridicules de la noblesse, il a soin de situer son action dans une autre ville d'Italie.
LA GOMl'iDIE DE GOLDONI 543
qui dans les assemblcos absorbe l'une après l'audo les tasses de cliocolat oubliées, et glisse subrepticement les dessertes dans ses poches; si au milieu d'un salon relate une querelle entre des caillettes à langue pointue, lui, ne perdant ni son flegme ni l'occasion, tire le comte Ottavio par la manche : « Comte Ottavio, deux mots seulement. Dites, pendant que toutes ces malheureuses tolaclies sont à disputer de vétilles, voulez-vous venir avec moi à la cuisine manger quatre boulettes de viande ^ ? »
A l'aube, le garçon boulanger siffle sous les fenêtres de ses clients ^. Sur une barque chargée de légumes et d'herbages, Dona Pasqua arrive conduite par deux bateliers de Palestrina^. Devant le portique d'une noble villa de la Brenta, les barcaroîs amarrent le burchiello'' . Dans une hôtellerie, Brighella, père de la danseuse Olivetta, dont les « honorées fatigues » ont gagné des trésors, et devant qui un valet en livrée lève les portières des appartements, déballe les coffres bourrés de son enfant illustre : « Voyez, deux flambeaux, tout argent, deux encore, avec nos armes ; les mouchettes, les porte-mouchettes, vous voyez, tout assorti. Oui, sors ces soucoupes, cette bouilloire, ce chauiïe-pieds... Aussi les gobelets. Aussi la salière. Tout est argent, tout llatte l'œil... Et cette montre en or? Londres. Répétition. Cent doublons. Hein! en Italie, est-ce qu'il y en a de ces affaires? Est-ce ([u'elles en reçoivent les danseuses de ces trésors? Pauvres nous ! II s'agit de lui tirer son chapeau à
' Le Femmine Punligliose, I, 14.
' Le Masser e, I, 1.
' La PuUa onorata, II, 1,
* Il Produjo, I. 9.
244 VENISE AU XVIIl'^ SIECLE
M"»" Olivetta! » Et quand M""^ Olivetta entre, il lui propose de se laver les mains ; M°'* Olivetta se les est déjà lavées : « Oui, mais tu ne te les es pas lavées dans le bassin d'argenté «Ici, la façade du théâtre apparaît un soir de représentation : ses lumières, la foule qui se presse, les masques qui arrivent, les g"ondoles qui accostent, le porteur de lanternes qui précède les groupes emmitouflés, et le crieur de billets qui s'époumonne : A prender i viglietti, siore ?naschere, dièse soldi per irno, e el pagador avanti, siore ?naschere ^ ! Et ailleurs la scène même du théâtre se découvre un matin de répétition, avec les comédiens, l'imprésario, le poète, le souffleur, qui querellent, critiquent, conseillent, content leurs histoires, donnent leurs avis, disputent des mérites respectifs de la Comédie italienne et de la comédie de Goldoni, et entre temps échangent les répliques de leurs rôles ^. Nous sommes au café papillotant de masques. Nous sommes auRidotto bruissant de sequins. Nous sommes à la cuisine étincelante de cuivres. Nous sommes dans le tohu-bohu d'un déménasrement bourgeois, ou nous sommes dans le silence d'un traghetto solitaire. Les gondoliers à bonnet rouge y raisonnent des avantages et des inconvénients du métier, de ceux qui sont chez un maître et y gagnent à peine une livre de saindoux, de ceux qui sont au traghetto^ oii maintenant non plus il n'y a rien à faire, de la tristesse des temps, de l'économie générale, et de ces ladres qui pour aller de Canareggio à Riva di Biasio prennent la route des
La Ficjlia iibbidiente. I, 13.
* La Vulla onorata, III, 12.
* Il Teab'o cornico.
LA CltMKDIK DK COLUONI 245
(liions '. Ou l)i(Mi ils boivent au j:ÇOulot d'un (i;iS(juo. Ou l)i('n ils lapent le carton. Ou bien ils se disputent pour se distraire. Arrive la femme avec le panier du dîner. Aussitôt ils se taisent. Sur les rides de l'eau crespelée, une écorce de pastèque monte, descend, remonte incessamment.
Basques claires que relève l'épée d'argent; ailes de pigeon poudrées à frimas ; zcndaletti de gaze noire ; masques de satin blanc ; cotillons à mille raies; rol)es à lleurettes; tabliers de percale. Le magazeno (liXcmezà; la boutique du marchand orfèvre ou du marchand drapier ; ici, deux bougies qui s'allument aux coins d'une table à jeu, et ici un scaldino qui traîne sur la brique du carreau, au pied du berceau où l'enfant piaille. Dame Lucrezia, demeurée veuve, s'ingénie pour vivre comme elle peut; elle prête à la petite semaine, loue des habits de carnaval, vend des bons numéros de loterie; le numéro cinquante-huit, que lui soumet Sior Boldo, ne lui dit rien qui vaille; elle l'a essayé il y a quinze jours, et puis elle a rêvé de sang : « Sang de quoi? lui demande Sior Boldo. — lié ! sang. Il n'y a pas besoin que je vous dise de quoi ". » Dame Costanza et dame Dorotea se plaignent de leurs domestiques ; « La mienne, toujours des hommes par la maison, c'était son frère, son cousin, et le vin allait bon train... — Comme une des miennes, pas plus longue que le doigt, qui me vidait jusqu'à la bouteille au vinaigre... — Ce n'est rien. Ecoutez-en une jolie d'une des miennes.^ Le temps d'apporter les plats sur la table, vite elle s'en admi-
* La Buona Morjlic, III, i,
* Le Donne gélose, I, G.
nistrait un morceau... — La mienne aussi. Quand nous étions coucliés, elle remplissait la cuisine de monde. Devineriez-vous qu'une fois je les ai trouvés quatre autour d'une pole)itina?... — Exactement comme la mienne. Quand je lui ai donné son cong^é, et que j'ai visité ses hardes, j'y ai découvert mille choses, jusqu'à du raisin sec... — Ah! Sioria, avec ces domestiques on ne sait plus quoi faire^ ! » Au contraire, les deux vieux garçons Biasio et Zulian, qui se rencontrent sur la Piazza, l'un en rabat et l'autre en g-amberluque, sont ravis de leurs servantes : « La mienne est un trésor. Elle est leste comme une épée. A peine le soleil levé, la voici debout. Vite elle allume le feu, et vient dans ma chambre; si j'ai fini de dormir, elle m'ouvre la fenêtre, me met chauffer gentiment les bas, la flanelle, m'apporte le café, nous le prenons ensemble... Ah ! au jour d'aujourd'hui, on n'en trouve plus des filles comme ça ! — El la mienne donc ! Le soir, on reste rien que les deux au coin du feu ; on se raconte des fables ; on joue à quelque jeu ; et elle me cuit des marrons, il faut voir ces marrons, tendres comme du beurre : on dirait du massepain -. » Dans la salle de mairie du village, le conseil municipal réuni prie Arlequin, qui lui sert d'huissier, de lui ôter son bonnet : « Mais je vous rencontre vingt fois le jour, et jamais je ne vous Tôte ! Pourquoi vous l'ôter maintenant? — Maintenant nous siégeons. Nous sommes en fonction. Ote ton bonnet'. )> Au coin d'un campiello, deux vieilles, plus de cheveux, plus de dents,
* Le Massere, IV, 3.
* Le Ma'isere, III, I.
* Il Feudalario, I. 1.
LA COMÉDIE DE GOLDONl 247
disputent do leur âge : « Combien me donnez-vous? — El, vous? — Moi sauf une oreille, j'ai tout le l'cste de bon. — Moi, il me reste encore deux boimes (lents. » Et prenant le doigt de- sa comj>ag-ne, elle les lui fait tâter, là, au fond de la bouche : « Là... sentez-vous ce gros marteau'? » C'est le tripot. C'est la bibliothèque du palais. Et en face de la mer criblée d'étincelles, c'est la plage de Chioggia.
Y ayant tiré leurs chaises de paille, des denteliëres, le nez sur leur tambour, y mènent prestement leurs langues et leurs fuseaux : Pasqua, Lucietta, Libéra, Orsetta, Ghcca. Les mains aux poches, arrive Tofolo, qui revient de Sotto-Marina oii il a chargé du fenouil. « Qu'est-ce que tu offres? — Ce que vous voudrez!... Ohé! Zucche banicche!... » Et il leur paie des morceaux de courge cuite au four. Elles enfoncent leurs quenottes dans la friandise populaire. La mer est bleue. Le soleil rit. Soudain, pour un mot, une rixe éclate : et stridents, les cris s'élèvent, et les chaises volent, et les injures pleuvent en rang serré : « Checa la Pouine... ! ToIIolo la Marmotte!.,. Lucietta la Blagueuse ! » Les maris, les frères, les fiancés, revenus de la pêche, sont aussitôt mis au courant; excités, ils foncent : l'un ramasse des pierres, l'autre tire son couteau, l'autre court chercher sous la poupe son mousquet. Les femmes pleurent, récriminent, se font les cornes, se traitent de « pétasses », s'essuyent les yeux, piaillent, hurlent, plus promptes à la gifle que jamais. A chaque coup le débat renaît et recommence. Tofï'olo Marmottina — « celui qui lui a donné ce nom est une char... » — va se plaindre au Cor/i-
* Il CampieUo, I, 2
248 VENISE AU XVIlf SIÈCLE
tore. « Fais-tu une instance à la justice? — Quoi? une instance... — Demandes-tu que ce monde soit condamné ? — Oui, Illustrissime. — A quoi? — Aux galères, Illustrissime. » Les uns et les autres sont cités devant le juge. Ils arrivent : les hommes en bonnet rouge ou vert, l'oreille percée d'un fil d'or; les femmes dans le blanc ninzoletto qui de la ceinture par derrière se ramène sur le front. A peine la porte est-elle ouverte qu'elles se précipitent toutes pour être la première : « .Aloi!.., moi!... moi!... » Selon le rôle, c'est Checa qui est introduite d'abord. Et Pasqua : « Naturellement, elle est la plus jeune ! » Et Lucietta : « C'est pas le tout. Il faut être riche ! » Et Orsetta : « Vous savez, ne nous faites pas droguer trois heures, nous avons à faire à la maison, nous autres ! » Et Libéra : « Dites, je vous la recommande, prenez garde que c'est une innocente ! w Interrogées, l'une ne veut pas s'asseoir, l'autre ne veut pas prêter serment, l'autre ne veut pas dire son âge, l'autre n'a rien vu, l'autre fait la sourde : « Etes-vous sourde ? — J'entends peu. » Jusqu'à ce que le bon diable de juge vénitien, celui qu'on appelle Sior Pariica de stopa. accommode l'aiïaire, commande à l'hôte des bouteilles et des fritures, appelle les violons, et tous dansent la furlana sur la place. On a vu la voile fauve d'un bragozzo se dessiner sur le ciel. On a vu rentrer au port la barque noire et boueuse de Paron Toni. On a vu décharger le poisson et ses écailles luire dans les paniers aux mailles sombres. Paron Fortunato a répandu son jargon mystérieux d'homme de la mer. Le peuple des batellanti — Paron Yincenzo, Beppo, Toffolo, Titto-Nane — s'est dressé dans sa réalité vivante. Dans une odeur de salure.
LA COMKDIR DK OOLDONI 249
tout un coin de prchcurs de l'Adriatique a surgi. Toute ranti([ue {)etite cité maritime, aussi grouillante et primitive que Venise à ses origines, a apparu. Ktl'on n'a fait, pourtant, qu'ouvrir un vieux livre à reliure do basane, où est écrit dessus Baruffe chiozzotte^.
On admire cette observation d'une vérité si criante et si riante. On applaudit ces morceaux de nature rapportés de la nature tellement quelloment. On acclame la vivacit(^ de tant de silhouettes et profils, pris sur le vif et cueillis sur le fait. Et néanmoins, ce qui nous frappe dans la comédie réaliste de Goldoni, ce n'est pas combien elle diflere de la vieille Comédie italienne, c'est combien elle lui ressemble malgré tout^.
' « Les criailleiics ordinaires de ces gens dans la joie ou dans la colère, leurs querelles, leurs vivacités, leur bonhomie, les platitudes, l'esprit, la gaité, les libres manières, tout est rendu parfaitement, » écrit Gœlhe des Baruffe chiozzolte qu'il entendit à Venise. Il ajoute : « Je n'ai jamais vu de joie pareille à celle que le peuple a fait éclater quand il s'est vu représenter si naturellement. Les rires et les transports de joie n'ont pas cessé du commencement à la lin. Il faut convenir aussi que les acteurs faisaient merveille. >Selon le genre dos caractères, ils s'étaient partage les différentes intonations ordinaires au peuple. L'actrice principale était charmante, beaucoup plus que l'autre jour avec son costume et sa passion héroïques. Toutes les femmes et particulièrement celle-ci imitaient à ravir la voix, les gestes et les manières du peuple. L'auteur mérite les plus grands éloges pour avoir su faire de rien le plus agréable passetemps. Mais cela n'est possible qu'à un écrivain national s'adressanl à un public de joyeuse humeur. Cette pièce est d'ailleurs écrite par une plume exercée. » Goethe, Italienisclie Reise. — Cf. Vernon Lee, op. cit.
* On possède de Goldoni de véritables comédies dcll'arle comme par exemple Le Irentadue disgrazie d'Arleccliino. D'autres s'en rapprochent beaucoup : VVomo di mondo, le Prodigo, le Seruitore di due padroni, les Gemelli veneziani, VAdulalore, la Cameriera bril-
2o0 VENISE AU XVIII^ SIÈCLE
Quoi qu'elle en ait, elle est née d'elle. Directement, elle en dérive. Et ce n'est pas seulement, qu'elle en garde le plus souvent l'ancienne division en trois actes ; ce n'est pas qu'elle en conserve des scènes entières, et particulièrement celles à tiroir^ ; ce n'est pas qu'elle en maintienne le comique souvent bouffon ^, la salacité souvent triviale^, les masques des valets
lante. Il n'y a quelquefois comme dans VUomo di mondo qu'un rôle écrit, d'autres fois que quelques scènes écrites comme dans le Hervitore di due padroni, mais partout des sujets et des personnages de la vieille Comédie sont introduits.
* Lelio, le maître panne, et Arlequin, le valet famélique, se rencontrent dans la rue : « Fortune ingrate ! — Coquin de sort i — Un homme de ma condition trompé par les femmes ! — Un homme de mon acabit mourir de faim ! — Y a-t-il plus gracieux cavalier? — Où trouver un meilleur appétit? — Ce visage saurait-il être mieux fait? — Ces dents pourraient-elles être plus fortes ?... » / Petlegolezzi délie donne, III, 9. — Le valet Pasquin a perdu la lettre dont son maître l'avait chargé : « Soit maudite ma disgrâce ! Je suis né bête, et je mourrai mamelouc. Le diable m'étrangle ! J'ai perdu la lettre ! » Il la cherche dans ses poches, quand Don Rodrigo survient, qui lui demande des nouvelles de son maître : c II est au lit à se débattre entre le mal et le médecin. — Pourquoi ça? — Parce que le mal et le médecin font à qui le tuera le plus vite. — 11 est malade? — Oui, et j'ai perdu la lettre. — Une lettre à Donna Eleonora? — Oui, nous l'avons faite ensemble. — Ensemble ? — Lui l'a écrite, et moi je l'ai perdue. » Il Cavalière e la Dama, II, I. — Florindo ordonne à Arlequin de faire sa malle; Rosaura ordonne à Arlequin de la défaire : « Ou emporte cet habit, s'écrie Rosaura armée d"un bâton, ou c'est moi qui le fais emporter ! — Ou remets cet habit, s'écrie Florindo armé d'une trique, ou je te romps les 03... 1) Le Femmine puntigliose, II, 4.
* Dans VAnliquario, Brighella vend au comte Anselmo la pantoufle dont se servit Néron pour donner le coup de pied à Poppée, ou la mèche de cheveux de Lucrèce restée dans les mains de Sextus Tarquin. — Dans Una délie uliime Sere del Carnovale, la scène entre le vieux tisseur de soie Zamaria et M""» Gâteau, fileuse d'or française, est une vraie farce relevant du comique forain.
^ Une amoureuse, Corallina, s'écrie simplement : « Aïe 1 il me fait venir la colique 1 » Une autre jeune fille, Diana, veut se marier pour que son mari lui tienne dans le lit les pieds et mains au chaud : « Rien d'autre? lui demande Pantalon. — Les pieds et les mains, car à quoi sert un mari, s'il ne sert pas à ça? » Dans une comédie