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LA COMKDIE DR GOLDONI

et l'imporsonnalité de la plupart des amoureux -..c'est ([lie Gohloni, aussi presloment el rondement d'ailleurs (|u'un vieux cométlien di; l'aii, lui aussi improvise.

Sans doute qu'il improvise j)Our ainsi parler à loisir ; qu'il est seul à improviser, et qu'il impose; à ses interprètes l'uni te- de son dessein et de son style; ({u'il marque la Comédie de jadis à sa propre effigie, et que d'un genre anonyme, il fait une œuvre originale— ce qui, pour dire le vrai, estlelout — au demeurant, il improvise.

En règle générale, une comédie de trois actes lui prend huit jours. Le Festino qui a cinq actes, et qui est en vers, est conçu, composé, représenté dans l'espace de quinze jours ^ La Casa nova est « mise bas » dans l'alFaire de trois jours et trois nuits-. Cela constamment. Tellement qu'arrivé à Paris, où deux mois lui sont donnés pour écrire une pièce, Goldoni se repose. « Je me fatigue moins à Paris, avoue-t-il, parce qu'écrire une comédie en deux mois est une application qui charme, tandis que l'écrire en dix jours est un travail qui fatigue ^ » Aussi bien son œuvre, qui donne l'impression de la chose dite et non écrite, de la chose en l'air, brochée sur le genou,

ilalionno, VUomme à bonnes fortunes. Arlequin, pour esquiver les avances d'une vieille coquette, feint d'être pris d'un besoin urgent; dans les Avventure délia villefjialura de Goldoni, Ferdinando, devant les entreprises de dame SaJjina, a recours au même stratagème : « Avec votre permission? s'écrie-t-il tout d'un coup. — Où allezvous? — Avec votre permission?... — Laissez-le aller. Il a pris de la rhubarbe. »

* « J'envoyais acte par acte au copiste. Les comédiens apprenaient leur rcMe à mesure, le quatorzième jour la pièce fut aflichéc et elle fut jouée le quinzième. )i Mémoires, H, p. 187.

* In tre zorni e tre note ho buta zo Anca ol mese passa la Casa nova..,

' Préface à VAmor palemo.

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expédiée sur le moment, se ressent-elle d'une pareille précipitation.

Tout ce que le temps seul permet, tout ce que le soin seul accorde, tout ce qui est le fruit do la réflexion et de l'effort, manque à cette création spontanée. Rien n'y est creusé jusqu'au fond, et rien n'y est exploité jusqu'au bout. L'ouvra^^e reste trop souvent à l'état d'ébauche ; la pièce demeure volontiers à l'état de canevas, même lorsque Goldoni s'applique, et qu'il aurait le loisir d'agir diversement, même dans ce Bourru bienfaisant, qui, écrit à tête reposée, en français et pour les Français, faisait à Grimm et Bachaumont surtout l'effet d'un scénario \ Moins que des ligures traitées, ses personnages apparaissent de vives esquisses; moins que des portraits fouillés, ses caractères semblent des croquis légers, des silhouettes d'âme à profil perdu, de jolies notations prises à main levée, d'un crayon preste et enlevé. Les situations, comme entrevues en courant, comme signalées d'un index adroit à l'industrie de quelqu'un d'autre, ne sont guère qu'indiquées. Le dialogue tourne court et saute enfantinement du coq à l'âne. Les choses s'arrangent comme elles peuvent, et souvent comme des noix sur un bâton. Des dénouements imprévus, inexplicables, inexpliqués, nous font assister à des volte-face soudaines, où on ne sait pourquoi, en un clin d'œil, les méchants deviennent bons, les ridicules s'effacent et les péchés s'oublient. L'art des préparations, l'art des ménagements, l'art des développe-

* « On sent dans le Bouith bienfaisant, dit Grimin, riiomme plus habilué à faire des canevas qu"à détailler des pièces. » « Les situations ne sont qu'indiquées, ajoute Bachaumont ; c'est plutôt un canevas qu'un ouvrage fini. »

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MieiUs fait aussi bien délaul (juc l'art tout courte Gohloni est tellement pressé, il ('cril dans une telle liate qu'il semblerait (ju'il n'aie pas le temps de se relire, à ce point ([u'ilse répète, qu'il se contredit, que d'une pièce à l'autre il aborde souvent les mêmes caractères, qu'il traite les mêmes sujets, et que souvent aussi, dans la môme pièce, il lui arrive cliemin faisant de doter ses personnages de tics qu'ils n'avaient pas au début de l'exposition, ou même de modifier essentiellement leur physionomie au cours lie l'action-. On dit : Il était forcé d'agir de la sorte; les nécessités du théâtre italien contemporain lui imposaient ces conditions ; aux gages de comédiens qui devaient continuellement renouveler leur afliche, il ne pouvait qu'inventer au fur et à mesure, imaginer au pied levé, créer sur le coup et du coup. Cela est vrai. Ce qui est vrai encore, c'est que la fertilité et la facilité de son génie ne lui permettaient pas de composer diversement.

Il n'est pas, il n'a jamais été, celui qui demeure et s'attaide. Il est celui qui passe. Et comme jadis, il passait de ville en ville et d'emploi en emploi, il passe maintenant de trouvaille en trouvaille, d'idée comique en idée comique, ne s'arrôtant à chacune

* Lui-iuème s'en rendait compte, et il l'avouait avec sa bonne grâce ordinaire. Comparant son Spirilo di Contradizione à VEsprit de Contradicllon de l)ulVesny, il écrivait : « Je crois, si je ne me trompe, qu'il y a dans la pièce de Dufresny plus d'art que de nature, et dans la mienne plus de nature que d'art. »

- Le personnage de Cecilia dans la Casa nova n'est nullement pareil à lui-iiicme. Dans le Prodiçio, Clarice, posée comme une coquclte, se révèle une fomiue pleine de droiture et de bon sens. Dans 1 l'unligli domestici, les valets Brighella et Golombina commencent par être de simples étourdis ; inopinément, ils deviennent des fripons.

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d'elles que le temps du plaisir, n'y séjournant que le temps de la découverte, se dérobant à la nécessité de rien découvrir plus avant en allant ailleurs découvrir du nouveau ; et au lieu de se recueillir, se répandant ; et au lieu de se contenir, se diluant, d'autant plus étendu quil est plus superficiel. Jamais il ne se reprend, ni ne se corrigea II obéit sans autre à son esprit volage, ennemi de la cogitation et de la contention, qui ne s'est jamais rongé les ongles, ni astreint à la discipline de l'illustre disciple de Gassendi. Il n'est pas châtié pour un sou. Il n'est pas littéraire pour un liard. 11 n'est ni philosophe, ni penseur, ni artiste ^ Il est ce qu'il est% et il se montre tout de go, rondement, ingénument, comme il est. Et pourquoi aurait-il contraint sa nature et malmené la grâce de son tempérament? C'est justement alors qu'il s'avise de prétentions ambitieuses comme dans son Térence, comme dans son Tasse, comme dans son ^[olière, ou alors qu'il s'applique comme dans son Bourru bienfaisant que tout son

« Il y a un Sermone de Gasparo Gozzi intitulé ainsi : « Que la nature ne suffit pas à faire le poète. » Il ne semble pas que Goldoni l'ait jamais lu.

* Il est ignorant avec délices. Il accouple Rivarol, « successeur des grands maîtres de la littérature » à M. Robert, poète. Le Mariage de Figaro ne lui fait pasplus dimpression que le Séducteuràe M. Bièvre. Alfieri, qu'il connaît à Paris, n"a pas plus d'importance à ses yeux que M. Roncali. « Pour dire le vrai, écrira-t-il, on ne peut lire sans nausées plusieurs scènes du Festin de Pierre, même chez Molière. » Voulant comparer le chevalier Perfclti à quelque chose de très beau, il nomme Rousseau, Miltou etc., Pindare. Quant à Voltaire, il est Cicéron, Virgile, Ovide, Horace, Jules César, etc., — Voir : Ortiz. La Cultura del Gotdom.

^ « Je suis ce que je suis. Je vaux ce que je vaux. Bon, méchant ou médiocre, quoi que je sois, Baretti ne peut ni rien me donner, ni rien m'enlever, » écrit-il à Albergati. Lettere di Carlo Goldoni, pub. par Masi, p. 49.

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clianne s'annihile'. A l'ordinaire, il no force point son talent. C'est pourcjuoi il accomplit tout avec f^râce. Car si sa comédie montre tous les défauts de l'impromptu, elle en montre aussi toutes les qualités ; admirable qu'elle est de naturel, de spontanéité, d» fraîcheur; admirable encore par la profusion de vis coniica qui en jaillit. Un rien suffit à Goldoni pour mettre sur pied trois actes d'une réalité claire et gaie; un mot, un geste, un ressouvenir, un vieux scénario, un roman nouveau^, les vapeurs de sa prima donna dont il fait la Finta anunalata, les escroqueries de son capitaine de Raguse dont il fait VImpostore ou la silhouette du vieil Arménien Abagigi qu'il avise sous la tour de lliorloge et dont il fait / Pettegolezzi délie domu'^. Qu'on lui demande de tirer une pièce d'un

* « On m'avait dit tant de bien de cette piè -.q que je désirai l'entendre, écrit M'"" du DeU'and à Walpole ; je fiis bien attrapée; c'est la pièce la plus froide, la plus plate qui ait p'iiu de nos jours. » — Aujourd'lmi il a;)partient à Vernon Lee d'avo i- mis le Bourru bienfaisant, dont on l'ait le chef-d'œuvre de Goldoui, à sa place véritable.

* 11 tire ses deux Pamela du roman de Richardson ; son Bugiardo du Menteur du Corneille ; sa Vedova spiritosa du Scrupule de Marmonlel ; son Padre per amore de la Génie de M"»* de Graffigny ; sa Dalmalina dos Amazones de M""> du Boccage ; etc. — Sur les emprunts qu'il fait à Molière, voir : Liider, Carlo Goldoni in seinem Verhullniss zu Molière.

^ « Je sors de chez moi, écrit-il dans ses Mémoires ; je vais pour me distraire dans la place de Saint-Marc ; je regarde si quelnues masques ou quelques bateleurs ne me fourniraient pas le sujet d'une comédie ou d'une parade pour les jours gras. Je rencontre sous les arcades de l'Horloge un homme qui me frappe tout d'un coup et me fournit le s.jjet que je cherchais. C'était un vieil Arménien, mal vêtu, fort sale et avec une longue barbe, qui courait les rues de Venise et v^nilait des fruits secs de son pays qu'il appelait Abagigi. Cet homme qu'on rencontrait partout et que j'avais moi-même rencontré plusieurs fois, était si connu et si méprisé, que voulant se moi(Uer d'une, lille qui cherchait à se marier, on lui proposait Abagigi. Il ne m'en fallut pas davantage pour revenir en courant chez moi. Je rentre, je m'enferme dans mon cabinet, j'imagine une comédie populaire intitulée : / Pettegolezzi. » Mémoires^ II, p. 89.

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roman, ce qui l'obligerait à lire un roman, il préfère inventer une pièce d'oii l'on tirera autant de romans qu'on voudra, et ayant pris un cahier de feuilles blanches, il écrit Y hicognita \ Un soir de Mardi gras qu'on le siffle, pour se venger du public, il envoie la première actrice à la rampe lui promettre de sa part seize comédies nouvelles dans Tannée ; au moment de cet engagement téméraire, il n'en avait aucune dans l'esprit, et au lieu des seize comédies promises, oubliant d'en faire le compte, l'hurluberlu qu'il est en donne dix-sept'. Sous ses doigts agiles, la pièce naît en se jouant comme d'elle-même ; de sa mémoire aussi fournie qu'un magasin de théâtre, mille silhouettes surgissent en bondissant ; tombés du ciel, mille traits de nature se pressent sous sa plume ; accourant on ne sait d'où, une foule tumultueuse et joyeuse se bouscule aux portes de son entendement. Il n'a pas besoin de machineries compliquées, ni de transformations, ni de coups de théâtre. Quatre chaises, une table, un service de chocolat, et la divine vérité, c'est assez : sa veine s'épanche^. Ses imaginations prennent corps.

* « Je rentre chez moi, et échaufTé de ma gageure, je commence la pièce et le roman tout à la fois, sans avoir le sujet ni de l'une ni de l'autre. Il faut, me dis-je à moi-môme, beaucoup d'intrigue, du surprenant, du merveilleux et de rintérèt en même temps, du comique et du pathétique, une héroïne pourrait intéresser plus qu'un héros : où irai-je la chercher '? Nous verrons ; prenons en attendant une Inconnue pour protagoniste, cl je couche sur le papier : L'Inconnue, acte premier, scène première. Cette femme doit avoir un nom, oui, donnons-lui le nom de Rosaure ; mais viendra-t-elle toute seule donner les premières notices de l'argument de la pièce ? Non, c'est le défaut des anciennes comédies. Faisons-la entrer avec, oui, avec Florinde... Rosaure et Flurinde. Voilà comment je commençai Y Inconnue et je continuai de même, bâtissant un vaste édifice sans savoir si j'en faisais un temple ou une halle. » Mémoires, II, p. Sa-

* Maddalena, Una diavoleria di titoli e di cifre.

'' EmilioDe Marchi, LellereeLelievali ilaliani delsecoloXVlll,^. 327.

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Lui-même s'amuse, rit le premier de sa découverte, et nous en communi({ue toute ciuiude la surprise vierge et vive. Et ce n'est rien qu'il ait mené à terme deux ou trois cents pièces, c'est (jue chacune de ces pièces est elle-même un trésor, qu'elle se montre d'une prodigalité infinie, qu'elle défrayerait ailleurs deux ou trois comédies ^ Personne n'inventa plus de situations, n'imagina plus de cas, ne tissa plus d'intrigues, ne combina plus d'accidents, ne saisit plus de ridicules, ne faufila plus de caractères, ne campa plus de personnages, ne brassa plus de gaîté, et ne répandit, ne gaspilla d'un cœur plus indifférent plus de richesses '\ Et le rire, qui s'échappe de ce monceau renversé, est un rire franc, jeune, pur, que rien ne contraint, qu'aucune pensée n'alourdit, qu'aucune amertune n'altère. Il jaillit au soleil comme une explosion allègre du cœur épanoui.

Gj'an Goldoni I criait jadis la foule enthousiasmée aux soirs des carnavals défunts.

* Grimm voyait dans les Amours de Camille et d'Arleq,uin, que Goldoni donna à Paris « réfoUo de trois ou quatre comédies. » Ce qui est vrai do celte pièce, l'est souvent des autres. Dans le Teatro comico un personnage de Goldoni s'écrie : « Un seul caractère suffit pour soutenir une comédie française... Nos Italiens veulent bien plus. Ils veulent que le personnage principal soit original, vigoureux et clair, que presque tous les personnages épisodiques soient autant de caractères, que l'intrigue soit convenablement féconde en accidents et nouveautés... » Et lui-même obéit à ces règles qu'il avait posées.

* Aussi bien ne compte plus les enqn-unls qu'on lui a laits. Le Fils naturel de Diderot se souvient de son Vero Amico. VEcossnise dfi Voltaire de son Cavalière e la Dama et de sa P.ottega del Caffè. Gœthe a connu son lasso. Kotzebue fait de la Vedova Scaltra sa pièoe

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Hé ! oui, grand Goldoni qui calme et simplifie, immédiat comme une force de la nature et élémentaire comme une créature de l'âge d'or ! Grand Goldoni, tout d'accueil et d'aimable consentement, tout de bonne humeur et de bonne volonté, aussi limpide que l'eau de source et aussi clair que le cristal ! Grand Goldoni, qui sut s'accepter, se posséder et se répandre! Et grand Goldoni encore, qui, vilipendé, honni ou méconnu, triompha des obstacles par le sourire, se vengea des offenses par le pardon, et continue à donner aux hommes, ou tristes, ou mauvais, ou méchants, l'exemple salutaire du bonheur !

Die schlaue Witwe et de son Osleria délia posta son autre pièce Dos Posthaus in Treiienbrietzen, etc., etc. Voir : Toldo, Se il Diderot abbia imitato il Goldoni. Neri, Una fonte delV Ecossaise di Voltaire. Rastelli, Il Tassa di Gœlhe e il Tasso del Goldoni, Rabany, op. cit., etc.

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