CHAPITRE XII
I. Venise maritime et marchande. — Le Rialto et les bourgeois.
II. La vie des bourgeois en recul et à l'écart. — Leur éloignement de la Piazza. — Leur ignorance de la fête. — Leurs intérieurs, leurs soins et leurs goûts. — Leurs plaisirs et leurs négoces. — Les Rusteghi de Goldoni.
III. Que jadis les bourgeois ne comptaient pas. — Qu'ils comptent maintenant. — Les gens à talents se recrutent désormais surtout parmi la classe bourgeoise. — Et leur œuvre exprime l'esprit de cette classe. — Pietro Longhi. — Goldoni. — La réiiabilitation de Pantalon. — Le tiers état vénitien.
IV. Les bourgeois tenus en marge de la chose publique. — Ils ne se mêlent ni de politique ni de religion. — Ni esprits forts, ni jacobins. — Leur conservatisme étroit. — Leur protestation morale. — La survivance chez eux de la Venise du passé.
V. Comment leurs anciennes vertus se dissolvent à lair nouveau.
Cependant, à Venise, il n'y a pas que cette Piazza merveilleuse, dont Pétrarque se demandait déjà « si le cercle des terres en possède une égale. » Il n'y a pas que les façades splendides à réfléchir dans les eaux mortes leur élégance. Et il n'y a pas que les gens à plaisirs ou a talents, que les virtuoses, les zentildoniie ou les aventuriers.
Il y a le Rialto, avec ses banques, ses magasins, sa bourse, où siègent à demeure les magistrats pré-
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posés au commerce, où au crépuscule la cloclic dç la Reallina sonne la fin de l'ouvraj^e, où dans une alinosphère de travail, de tralic et de goudron, s'empresse une foule à la besogne. Autour des campi, au fond des cours, le long d'étroites venelles bordées d'eau et envahies d'une paix de béguinage, il y a des maisons obscures, aux plafonds bas, aux chambres tristes, que n'éclaire aucun sourire, que ne décore aucune arabesque, où ne s'installe aucun fredon'. Et dans ces maisons, il y a les bourgeois.
Le voyageur aux souliers à boucles qui vient à Venise les ignore. Que sait-il de Venise celui-là? Il a été aux cafés, aux théâtres, au Ridotto. On l'a mené entendre les orphelines des Scuole, visiter l'Arsenal, admirer le Trésor, considérer à la Bibliothèque les manuscrits et les marbres que lui aura montrés Morelli. Il aura assisté à une régate, à une messe en musique et à une procession. Peut-être que chez les Farsetti, il aura regardé la célèbre collection des moulages; et s'autorisant trop volontiers, ainsi que l'astronome Lalande, « de ces ciceroni qui à trente sous le jour vendent aux étrangers l'érudition de l'antiquité et les mœurs des peuples », il aura rapporté de son voyage une relation où il s'imagine avoir tout compris-. Il n'aura pas vu les bourgeois.
Ils existent quand même.
* « A côté des plus beaux palais figurent des maisons mesquines qui déparentle cordeau. » Lambekg, Le Mémorial d' unmonduin , H, p. 114.
* Au xviip siècle, certains voyageurs pensaient que quelques .-^'•maines suffisaient à absorber l'Italie. Leurs jugements téméraires exaspéraient les Italiens. Monti a sur eux des phrases sévères. Qu'on lise dans une lettre de Lady Montagu, datée de Gènes le 3 décembre 1759, les remarques pleines de sens qu'elle consacre aux voyageurs en Italie du xviii» siècle, et ù la difficulté pour un étranger de connaître ce pays.
Logis Iiermétiques ; intérieurs calfeutrés ; âmes closes ; mœurs de modestie et liabits couleur de feuille morte ; tabatières de corne emplies de tabac de Padoue ; sagesse du terroir embaumée de proverbes : à l'arrière-plan, toute une humanité s'évoque, si grise et si paisible. Oui, dans la ville rose aux chœurs frivoles, il y a des existences modiques qui s'abritent derrière le mur; il y a des intimités recluses qui se cachent dans la pénombre; il y a de petites gens, de simples gens, qui savent le prix d'un denier et le prix d'un instant, et qui, ayant aperçu un grain de poussière sur une chose, soufflent dessus pourTen chasser.
Ceux-ci vivent en retrait, en marge de la Piazza dont le tumulte constitue à leurs yeux un autre monde, presque un autre pays, comme une enceinte prohibée. C'est à peine si de temps à autre un tintement de grelot, un trille de chanterelle, la fusée d'un éclat de rire, égarant jusqu'à leurs seuils fourrés de silence leur bruit impertinent, leur rappelle qu'au loin toute une folie se développe. Ils n'y participent pas. Ils l'ignorent. Ils ne savent rien, ou si peu, de la Nina pazza per amore qui se joue à S. Mosè, rien de l'andriènne mauve qu'exhibe en Merceria la Poupée de France, rien du menu scandale qui met les cervelles à l'envers parmi les cercles à glaces blanches. Dans leur mémoire, nul long ruban ne déroule sa grâce, aucun petit tintamarre n'égrène ses appogiatures, aucun Amour espiègle, sur une pointe de gondole, ne tient dans la main le bout de son gentil pied. Au sommet de leur fantaisie ne sourit point la clarté
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d'im lutu. Leur caprice ne s'assied pas en robe rose sur un coussin de cuir noir à ciicnille de soie. Les petites femmes qui s'arrêtent en riant devant la baracjue des biiraltini ne sont point leurs amies. N'usant ni de poudre d'ambre, ni de dentelles d'or, ils ne respirent pas l'air du siècle. Entrer dans vingt maisons simplement pour en sortir, se dandiner, admirer sa belle jambe, faire l'exercice de siffler un air de ballet, écouter comme nouveautés les choses qu'on vient d'entendre, parler sans avoir rien à dire, s'ennuyer de qui l'on ennuie; ob ! les malheureux qui s'occupent à de tels soins * ! Eux ne sont point en commerce de visites et de frétjuentation avec ces personnes ; ils se défient de leurs élégances et de leurs atours ; ils n'iraient point se commettre dans ce froufrou de soie et ce cordon de lumières, au risque d'être tournés en dérision sur les éventails. Si leurs filles se figurent le Paradis fait de la sorte, elles sont des sottes. Qu'un étranger leur demande qui est la Bastardella, et s'il est vrai que la Cellini, accusée d'amitié scandaleuse avec un Turc, fut trouvée par deux femmes de l'art « vierge et innocente dans l'un et l'autre sexe -, » en dépit de leur intention véritable d'obliger ce seigneur voyageur, ils seraient embarrassés pour répondre. Ces nouvelles ne sont point leurs nouvelles. Leurs nouvelles sont : ou bien l'arrivée d'un navire dans le port, ou bien le renchérissement d'une denrée au marché, ou bien le sermon de carême d'un prédicateur à l'église. Aussi renseignés qu'une mercuriale ou qu'une gazette, ils connaissent ce qui est utile à
* Diario Veneto.
* Offord, Leçjrji e Memorie venete sulla prostiluzione.
connaître, comme le taux du change, le prix des céréales, le coût des aliments, les maisons à louer, les objets perdus par les rues, les noms de ceux qui ont fait faillite, et les monnaies hors de cours. Les affaires sont les affaires, et on ne voit pas que les leurs soient mauvaises. Ils se défient des jeunes hommes ^ Ils hument une prise. Ils citent un adage. Us agacent du bout de leur gros doigt quelque pie dans sa cage. Ils expriment la sécurité de ceux qui tiennent en comptabilité double leur livre et leur esprit. Et ils connaissent aussi les éclipses. Quand une éclipse est annoncée, ils vont sur laRiveavecles autres, et ils la considèrent derrière des verres fumés.
Loin de la cohue, autour des églises paroissiales, tous ces coins tranquilles ! Tous ces coins de durée et de soin fidèle, où la cantilène d'un cordier, le grondement de Forgue proche, la psalmodie des chanoines au chœur accompagnent la vie !
On entre. Les meubles et les soucis sont aux mêmes places. Les pensées se prolongent avec les stations. Un chat file sur une chaise de paille. Une petite glace ternie s'encadre de noyer. Une odeur de cierge se répand. Dans son mezà peuplé d'exactitude, le père rentré du Rialto achève une addition : 217 et 7.. ., 24. ..et 5..., 29... et3..., 32. ..et 4. ..,36... je pose 6 etje retiens 23. A la chambre, auprès de la fenêtre d'où tombe un fil de jour, la fille ourle modestement un tablier. De son aiguille à tricoter, la mère à l'ouvrage ébraise son scalclino ou se gratte la tête. Fichus croisés, guimpes montantes, ombre fine. / batte, on heurte. Survient l'homme aux balayures, survient le
' Guai a chi se trovarà, co le boteghe se tocarà, e i zûveiii commandera. Proverbe contemporain.
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garçon du toumier, survient la servante du second une tasse à la main, en quête d'un peu de sucre; celui-ci ou celui-là, avec qui l'on échange deux paroles, qui apporte une petite distraction, qui rompt la monotonie des heures immohiles; et survient aussi une voisine, ou quelque vieil ami, convive jovial et confident discret. On se récrie, on se salue, on s'empresse, on s'installe, on s'offre deux doigts de Malvoisie en un verre proprement rincé. Et au fil du parler qui zézaie, le dialogue se déroule, entrecoupé de compliments, de révérences, d'exclamations à mains jointes, de regards levés au ciel, de soupirs, de proverhes, de doléances sur le jour d'aujourd'hui. Au jour d'aujourd'hui, on ne sait plus à qui se fier; au jour d'aujourd'hui, les domestiques ne sont rien que des mijaurées ; au jour d'aujourdimi, les enfants ont perdu le respect et les femmes l'esprit ; au jour d'aujourd'imi, la cause de toutes ces vapeurs est l'abus de tant de café, chocolat et autres drogues, bonnes seulement à détraquer les estomacs ; au jour d'aujourd'hui, les chefs venus en France ont empoisonné la cuisine vénitienne avec toutes leurs sauces, extraits et court-bouillons; au jour d'aujourd'hui, le prix des comestibles est devenu véritablement intolérable; et au jour d'aujourd'hui, 12 mai 1743, note Zanetti dans son journal, « quatre livres de petits pois ont été vendues trente-quatre francs^ «. Leur bienséance a de l'usage. Quand ils toussent, ils mascjuent poliment leur bouche avec leur main. Quand leur prochain éternue, ils lui disent fclicùà! La visite prend congé. Mêmes compliments qu'à l'arrivée :
* Zanetli, Memorie per servire alL'isloria 'deU'inclita Città di Venezia.
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. . . Riverisco i loro signori. . . Serva itmilissima. . . Patron mio riverito... Perdonino se mi sono preso l'ardir di ,^ vennli a incomodar. Et puis, la visite partie, le silence retombe, et l'on entend de nouveau la cantilène du cordier, le grondement de l'orgue à l'église, '$, la psalmodie des chanoines au chœur.
Ayant glissé l'anneau de leur bourse sur le sol qu'ils viennent d'y serrer, ils sourient du bout du nez. Ils portent leurs cheveux en cadenette et de petits chapeaux à cornes sans galon. Ils détestent les attaches qui traînent, les livres de poésie et le temps perdu. Selon eux, mettre cent mille livres de Venise à une boucle de soulier en diamants est pure folie. Dans les boutiques, leurs femmes marchandent beaucoup, et le marchand s'informe auprès d'elles des nouvelles de leur santé, et des progrès que font à l'école leurs enfants.
Ils sont quelquefois rogues à en paraître risibles. Tout épines et broussailles; bourrades, saccades et ruades ; aussi rugueux, acrimonieux, atrabilaires, « ours et satyres » que les quatre Rusteghi de Goldoni. Tel le vieux Maurizio, qui fait accompagner d'un valet son fils Filipeto en âge d'être marié; tel Simon, qui défend à sa femme de recevoir chez elle aucune visite, pas même celle de son neveu; tel Lunardo^ qui prétend marier sa fille sans qu'elle sache avec qui : « Écoute, en présence de ma femme qui te sert de mère, en présence de ces deux gentilshommes et de leurs épouses, je te donne la nouvelle que tu es fiancée. «Verrous tirés, portes closes, il faut entendre vitupérer ces sauvages. « Vous avez raison, cher vieux, disent-ils, au jour d'aujourd'hui on ne trouve plus de ces jeunes gens comme de notre temps. Vous
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souvient-il? On no faisait ni plus ni moins ce que voulait Monsieur son père. » Et ils disent :
« — Moi, j'avais deux sœurs mariées. Je ne crois pas les avoir vues tlix fois de toute ma vie.
— Moi, je ne parlais quasiment jamais, pas môme à Madame ma mère.
— Moi, au jour d'aujourd'hui je ne sais pas môme ce que c'est qu'une comédie, qu'un opéra.
— Moi, ils m'ont conduit un soir de force à l'opéra, et j'y ai dormi tout le temps.
— Moi, quand j'étais gamin, mon père me disait : « Veux-tu que je te fasse voir le nouveau monde, ou veux-tu que je te donne deux sous ? » je préférais avoir deux sous.
— Et moi je gardais mes étrennes, j'additionnais mes deniers, et j'en ai fait cent ducats que j'ai placés au quatre, et j'ai quatre ducats de plus de rente, et quand je les touche, j'ai un plaisir tel que je n'aurais jamais fini de le conter, non d'avarice, non pour l'aHaire de ces quatre ducats, mais de pouvoir penser : Voilà ce que je me suis gagné, étant gamin.
— Trouvez-m'en un à présent pour agir de la sorte ? Ils jettent l'argent par les fenêtres. A pelletées.
— Et laissons l'argent jeté par les fenêtres. Ils se ruinent de toutes les façons.
— Et la cause de tout ça, c'est la liberté.
— Oui, Monsieur. Au jour d'aujourd'hui, à peine savent-ils s'ajuster les braies qu'ils commencent à rôder.
— Et savez-vous qui le leur enseigne ? Leurs mères. Monsieur.
— Ne m'en parlez pas. J'ai entendu des choses, des choses...
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— Oui, Monsieur. Elles disent : « Pauvre petit, lié ! laissez-le se divertir, faudrait-il qu'il meure de chagrin ? » S'il vient du monde, elles l'appellent : « Viens ici, mon joli... Regardez ces couleurs, madame Lucrezia? Ça ne fait-il pas envie?... Si vous saviez l'esprit qu'il a... Allons, trésor, chante ta petite chanson, récite ta belle scène de Truiïaldin !... Ce n'est pas pour dire, mais il sait tout faire, danser, jouer aux cartes, composer des sonnets... Il a une bonne amie, savez-vous ? Il dit comme ça qu'il veut se marier!... Il est un peu insolent, mais patience, il est encore si enfant, n'est-ce pas ? Il prendra du jugement... Cher petit trésor ! Viens, mon mignon, viens vite donner un baiser à madame Lucrezia... » Allez donc! Honte ! Vergogne! Femmes sans esprit' ! »
Plus souvent ils sont gais, car s'ils n'étaient pas gais, ils ne seraient pas de Venise. Leur austérité se mitigé d'un sourire, de telle sorte qu'il arrive à la face la plus rcfrognée de se creuser soudain de mille petits phs ainsi qu'une pomme rose oubliée sur un placard. Ils ne se montrent point ennemis d'un divertissement honnête. Ils goûtent le plaisir pourvu qu'il soit permis. Leurs joies, pour être modestes, n'en sont que plus authentiques". Une facétie s'amuse au sommet de leur système de même qu'un fumet de polentina s'envole à leur horizon. S'ils abominent laC cuisine nouvelle, ils savent apprécier comme il convient un morceau de longe bien apprêté. S'ils se tiennent à l'écart des théâtres, des casotti,àes Burat'
* GoLDONi, / Rusteçjhi, II, 6.
* Mi piase più ciissi : quattro amici, un gotto de vin, una fersora de maroni, dit le Momolo de Goldoni dans la pièce : Una délie ullime sere del Carnovale.
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t'uii, (le la Piaz/a et du Liston, ils s'ofTrent volontiers une partie de tondina, de meneghella ou de mercante in fiera à l'enjeu de gros sous, et non de sous d'argent. Et si les chiassetti, pac/iiefti, boufFonneries, enfantillages et fanfioles ne sont point leurs affaires, la récréation d'une bonne comédie au temps du carnaval, la distraction d'un [)elil bal à portes closes avec rien que la famille et les Orôi cii Piazza, ou bien, le pi'intemps revenu, une petite partie de campagne avec sa femme, son bâton et le dîner dans un panier, sont des fêtes qu'ils s'octroient, à condition qu'elles ne se renouvellent pas trop souvent ^ Les bérissons de tout à riieure, que leurs femmes appelaient « de grands coings », ne restent pas obstinément maussades. Ils connaissent certaines grâces de la vie. Ils savent jouir de leurs écus.
« — Ils disent que nous ne savons pas jouir de nos écus.
— Malheureux ! mais est-ce qu'ils voient dedans notre cœur? Mais est-ce qu'ils croient qu'il n'existe pas d'autre monde que celui dont ils jouissent? Ah! Compère, c'est une grande joie de pouvoir dire : j'ai ma suffisance, je ne manque de rien, et au besoin je puis mettre la main sur cent sequins.
— Oui, Monsieur, et manger bien, de gras chapons, de belles poulardes, et de l'excellente longe de veau.
* ... Il bastonccllo,
Un valisiolto era il mio arredo, e trenla Soldi, nolo al noccliioro, o men talvolla, E incogniti conipagni, allegra ciuniia.
8c la moglie cra tncco, io dal piloto Coniperava un cantuccio, ove la culla Stava e il pitale, ed uova sodé e pane Parca prebenda noU'umil canestro.
Gaspako Gozzi, Opère. XI, p, 367.
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— Et tout ra bien préparé, et à bon compte, parce qu'on le paie chaque fois.
— Et ça chez soi, sans fracas,, sans murmure, el sans que personne y vienne mettre le nez.
— Et personne ne connaît nos affaires.
— Et c'est nous les maîtres.
— Et ce n'est pas la femme qui nous mène. —r Et nos enfants se comportent en enfants.
— Et ma fille a été élevée comme ça..
— Allons, je vous attends ce soir à souper; j'ai quatre ris de veau, je ne vous dis que ça.
— Nous les mangerons.
— Nous jouirons.
— Nous serons gais.
— Et puis ils diront que nous sommes des sauvages !
— Puff!
— Babouins ' ! »
Ils connaissent la place du Rialto, et oiî sont les entrepôts. Ils fraient avec des consuls, des commis, des agents, des scribes, des faquins, des patrons de barque. Ils vivent du négoce et de l'industrie de la mer. Ils sont marchands ou tisseurs de drap d'or. Ils ont encore des navires qui s'en vont en Sorie pour leur compte. Le petit bien de campagne qu'ils possèdent, au lieu d'un luxe, leur est un rendement.