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la foret! fndoiiiplablo. Il sait (Micoro les Ix-aux gostos (le jotcr laiicrc et do jeter le filet. Il vil <'ii face de rélémcnt avec lequel il lutte, et avec lequel il communie. Il exhale une odeur loyale de salure et do sueur. Quelque chose de l'héroïsme des primitifs insulaires, qui sans terre, qui sans pierre, qui sans bois édifièrent sur la boue la cité triomphale, survit dans sa vigueur aux fortes émanations.
Pour lui, les cloches qui comptent, c'est la Marangona, qui annonce le jour d'œuvre, et c'est la Realtina, qui en marque la fin. Ses jeux sont ceux où les bras entrent en danse. Ses fêtes sont les nobles exploits des muscles au travail : les Forze d'Ercole, les Combats de taureaux, et les Régates en plein air, en plein vent, dont le prix est un drapeau. La danse qu'il danse n'est pas le menuet gracile, mais la rude et rustique furlana. Le cri qu'il lance reste le vieux cri de loyalisme qui effraya le monde : San Marco ! Et sur ses barques, qui courent au-devant de la lame, la voile fauve, la voile rouge et noire, la voile qui claque au mât et s'érige dans la nue, montre le Lion et le Livre comme un vieil étendard. D'autres se parent d'affiquets et de fanfreluches : le fil d'or qu'il passe à l'oreille de ses pécheurs et au cou de ses filles semble une miette de la robe d'or qu'un jour vêtit Venise. D'autres, aux après-midi de Carnaval, recouvrent la lagune de paillettes et de babil : lui, à l'heure où le soleil se lève, la recouvre de légumes et d'herbages ; chargées de fruits, chargées de grappes et de corymbes, les lourdes barques apparaissent et disparaissent en un instant comme un triomphe champêtre*. Et si, chez
* « Il n'était pas cinq heures du malin que je fus réveillé par un son bruyant de voix cl d'eau éclaboussée sous mon balcon. Regar-
les autres, apprivoisés et anémiés par la vie molle, toute passion s'est tue, chez lui la passion flambe toujours. Elle s'amasse. Elle gronde. Elle affleure pour un rien. Elle jette son injure et sa flamme. Elle jaillit dans un éclair de couteau ou de fureur aiguë ^ « Si j'en mords un, je l'empoisonne de la rage que j'ai pour une folle" ! » chante une de ses chansons. Sous les apparences de quiétude fine et de causticité légère, la belle race se maintient, indemne. Son dessein est droit comme un beaupré, et son cœur est ingénu comme, sur un bras tatoué, une devise d'amour.
Sa fille, et peut-être son symbole, c'est cette Bettina casquée d'or, qu'un jour Goldoni a campée : si forte et fière fille ; et aussi énergique qu'une de ces Vénus masculines peintes par le Véronèse^ En vain le vice élégant rôde-t-il autour de sa masure : elle l'écrase de son mépris. Elle est râblée à lutter contre un homme. Elle est femme à jeter dehors d'un coup d'épaule le dameret musqué, pomponné et fleuri qui la houspille. Elle connaît la vie et l'avoue sans rougir :
dant dehors, je vis le Grand Canal si entièrement couvert de fruits et de légumes sur des radeaux et des barques que je pouvais à peine distinguer une vague. Les charges de raisins, de pèches et de melons arrivaient et disparaissaient en un instant, car tous les bateaux étaient en mouvement et formaient une peinture très vivante. » Beckford, Italy with sketches of Spain and Portugal, p. 48.
* Même les femmes s'en mêlent. « Sté in drio, che fazzo sangue ! » s'écrie Lucrezia dans le Donne Gélose de Goldoni, II, 21,
• Se morsego qualcun Mi 11 veleno
Da la grinta ghe gho Per una mata...
Malamani, Il Settecento, IT, p. !58 " La Putla onorata.
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« Un cavalior dans la chambre d'une lionnôto fille, il n'y vient [)as pour des goussi's de poireau! » Elle aime dru son Pasqualino. Elle lui conserve sa lleur. Avec lui elle prélère du pain et d(î l'ail plutôt (jue des chapons chez un autre. « V^a bien, sous un (!scalicr, mais avec mon Pasqualino ! » Et quand Pasqualino a passé à son doigt l'anneau de l'épousée, farouche, elle ne laisse point sa main dedans la sienne, non par crainte de lui, mais par peur d'elle-r.iôme. Elle est l'être de nature, la créature sauvage, l'ample et superbe plébéienne grandie à l'air libre de la rue et de la mer, qui dépasse de toute sa taille la société artificielle et superficielle qui l'enloure. Elle est l'enfant et comme la benjamine de ces gondoliers subtils et fidèles, secrets et jaloux, qui servent, c'est vrai, mais « sans se salir les mains ^ ». Ils ont crédit dans les boutiques. Ils sont connus pour leurs bons mots. Avec l'argent qu'ils gagnent, ils entretiennent une famille. Ils ont un chez eux, orné de portraits de vieux et de trophées de régates, et là, au moins, ils prétendent rester maîtres. « De la, polenta, oui, mais chez soi! » affirment-ils. Etils affirment: « Le bonnet rouge, oui, mais à front découvert ! » Ils jouent à la morra. Ils ont main prompte et langue hardie. Ils s'appellent « compère. » Pour dire deux sous, ils disent « une gazette ». Ils sont plus de cent à la comédie ^ Ils détes-
' Sur les gondoliers de Venise, voir : WtnnedeRosenberg, Il trionfo dei Gondolicri.
* « Quanil une comédie nous plaît, dit l'un d'eux, elle réussit. C'est nous qui faisons la fortune des comédiens. Si nous sommes satisfaits, nous répétons partout ; « Oh! Quello comédie! Quelle comédie ! La pièce exquise que voilà ! » Et quand nous applaudissons au tliéàlrc, tout le monde bat des mains ! w La Pulla onorala. III, 14.
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tent les sbires « qui vont partout chercher le mal comme les médecins », Et ils adorent leur patrie d'un cœur passionné : « Nous l'aimons de toutes nos entrailles; pour elle nous verserions notre sang ; et nous nous battrions contre n'importe, si nous entendions mal parler d'elle, qui estlareine de la mer'. »
On sent une réserve admirable, une provision do forces fraîches, de forces jeunes qu'aucune aventure n'entama, et comme la plus riche des épargnes sociales. D'ici naîtrait une résistance, si le peuple existait. Mais le peuple n'existe pas. Non seulement il ne compte pas, mais il n'existe pas. Il n'est point né à la vie publique '. Il n'a jamais pris conscience de ses droits. Au théâtre, on peut cracher sur lui des loges comme on crache par terre. Il ne pense pas à se plaindre. Il ne pense à rien. Il est heureux.
« Il n'y a peut-être pas de peuple, disait l'Allemand Maïer, qui soit plus heureux de sa destinée, plus dévoué à ses maîtres, plus intimement persuadé de la sagesse de son gouvernement, ni plus engoué de sa patrie ^ » « Il ne paraît former qu'une seule famille ! » ajoutaient les grands-ducs de Russie. Et de cette famille, Gœthe appelait le doge « le grand-papa ».
' La Putla onorata, 1, 18.
* La politica non xe fata per i poverl omeiii, dit un proverbe contemporain.
^ « Le peuple de Venise est le meilleur peuple du monde, écrit Montesquieu ; il n'y a point de gardes au spectacle, et on n'y entend point de tumulte : on n'y entend point de rixes; ils souffriront patiemment qu'un grand ne les paie point... » « Je dois avertir, écrit Moratin, qu'en aucun pays je n'ai vu un peuple plus content de son gouvernement. » Et il ajoute : « Force est de convenir que ceux qui l'administrent connaissent le grand becret, aussi difficile qu'important, de se captiver l'amour de la multitude. Le peuple vénitien s'amuse, travaille et ne murmuic pas de son prince. »