‹ Venise au XVIIIe siècleChapitre 9 sur 45 · LES GENS D ESPRIT. GASPARO GOZZI · texte numérisé non relu

LES GENS D ESPRIT. GASPARO GOZZI

poMe qu'un point à un cordonnier. On s'en tire en écrivatil beaucoup : hcato il Clùari chc in fjuanto si piscia fa cinqiœ atti iCim zibaldone! On s'en lire aussi par la dédicace, encore qu'une protection de grand seigneur vaille autant que le trot d'une vieille mule. Les gens d'esprit se font pédagogues dans les familles, archivistes dans les maisons, bibliothécaires chez les nobles, secrétaires, factotums ou parasites; quelquefois, comme Giuseppe-Maria Foppa, ils peignent des agnusdei pour les pèlerins de Terre sainte ; quelquefois ils meurent de faim comme Domenico Lalli, lequel « naquit riche, et puis mourut poète ^ ». Hélas ! quand l'esprit court les rues, il arrive aux gens d'esprit d'aller les bas troués.

Il y en a qui vivent dans le salon, et d'autres qui nichent dans le grenier. Il y en a qui portent la soutane, et d'autres la toge d'écarlate. Il y en a qui traînent un manteau effiloché, et d'autres qui ont leur gondole. Il y en a qui se prélassent sous le felze^ et d'autres qui rament sur la poupe. Il y en a qui n'ont jamais lu les Anciens, pour la simple raison que les Anciens n'ont jamais lu les modernes, et d'autres, qui sont tout nourris de la moelle, substance et grâce des Anciens.

Une après-midi de 1747, quelques-uns de ceux-ci, se promenant à Castello, entrent d'aventure au couvent de S. Domenico, où se tient une Académie de rehgieux. Ils y écoulent en riant un bout de prêtre « à petite voix de moustique et petites mains d'araignée » débiter la plus inepte canzone du monde. A quelques

* Peregrino ferma il passo.

Qui giace il Lalli in pace eterna e cheta, Che nacque liccû e poi morl l'oeta.

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jours de là, ils le relancent sous une poutre de toit, où il se blottissait à la façon d'une chauve-souris. Ils lui demandent par faveur si véritablement il est bien l'auteur en personne de la merveille qu'ils ont entendue. Il en convient. Ils se découvrent, se récrient, joignent les mains, les élèvent au ciel, le supplient en chœur d'être leur maître, d'être leur prince, de se mettre à la tête de leur compagnie, de lui prêter l'éclat de son génie, et d'accepter le titre à'Arcigranellone, le titre de Testicidorum pi^mceps, le titre de Coleorum princeps. D'où cette claire et gaie petite Académie des Granelleschi, qui née d'une facétie de jeunes hommes, dura plusieurs années, se réunit ici et là, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, dans un café, dans un jardin, dans un cortile, compta d'excellents esprits, eut son histoire avec ses graves historiens, publia ses actes, et que les étrangers illustres de passage à Venise ne manquaient jamais d'aller voir\ On s'y divertit sur le dos de Giuseppe Sachellari Arcigranellone. On lui attache au cou un médaillon pesant bien une livre. On lui ceint la tète d'une guirlande de radis, laitues, betteraves et prunes vertes. On met un fauteuil sur une table, et on l'y juche en le persuadant que c'est le fauteuil du Bembo. On lui accorde le rare et singulier privilège de boire en été du thé bouillant et d'absorber en hiver des sorbets glacés. On le contraint à répondre à chaque question, à improviser des sonnets, à chanter des chansonnettes, à se mettre en chemise et à lutter avec un maître d'escrime, qui le boutonne de toute part. On

* Alti delV Accademia qranellesca. — Daniel Farsetti, Meynorie delV Accademia granellesca. — Gaspard Gozzi, Opère, VII, p. 131 et sq. — Carlo Gozzi, Memorie inutili, I, p. 246 et sq.

LES GENS D ESl'lUT. GASPAIU) GOZZI llèi

le couronno poète au bruit assourdissant de trompettes de bois K On lui fait passer un examen de doctorat, et une première fois on le refuse. Et tandis que l'Arcigrauellone se pavane, porte à son chapeau les bouquets qu'on lui cueille, attache à son habit les amulettes qu'on lui donne, demande au doge Pietro Grimani une audience pour lui montrer son Éloge en vers relié de rubans d'or -, offre au Studio de Padoue son alliance et protection, nomme proprio motii Granelleschi le Grand Turc, le roi de Prusse, le duc de Ratisbonne, mais ayant réfléchi que les deux premiers ne sont pas catholiques, leur retire leurs patentes, les autres commentent Dante, . lisent des proses alertes et des vers délicats, prétendent retourner à l'exemple de sobriété et pureté des vieilles et bonnes lettres. Ils se moquent de la boursouflure

* « A l'apparition de l'Arcigranellone, écrit Farsetti, chacun s'empara de quelques petites trompettes de bois que j'avais achetées à cet elïet, et au bruit étourdissant desquelles nous l'accompagnâmes un bon bout de chemin. Puis, l'ayant fait asseoir dans un grand fauteuil de noyer, fixé sur un brancard, qu'enlevèrent quatre faquins, nous lui fîmes faire plusieurs fois le tour du jardin. L'ayant posé ensuite au.K pieds d'une vieille statue ébréchée, deux des Acadé miciens ayant déployé la couronne qu'ils avaient tressée de radis, do laitues — et quelques prunes vertes pendaient autour — ils la lui mirent sur la tète. De nouveau on soulïia dans les ti-ompettes. Et l'on présenta les sonnets, qu'on avait fait imprimer en abondance, et que le secrétaire l'iantoni avait composés en prose. Et alors le bruit fut tel des trompettes et des vivats qu'il attira des foules aux fenêtres, lesquelles ayant appris l'histoire, n'en purent plus de rire. » D.\NiEL Farsetti, Memorie, p. 13.

* Ceux du docteur Matteo Fiesco à. l'Arcigranellone commencent ainsi ;

Fo di berreta ail' Arcigranellonc,'

E calili ti preseutoi miei soiiag-li,

E gli accomaudo alla tua prolezione,

Tu li defendi da punture e tagli.

Sou sani, e grossi fuoii d'ogui ragione :

Ne c'è granel, clie il loro peso cguagli ;

Son lisci, forbili u naturati

B potrebbon servirti pur d'occkiali...

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du style à la mode et du pédantisme des Académies. Ils se donnent les noms les plus burlesques comme d'autres se donnaient les noms les plus gracieux*, et de leur état ils sont patriciens, abbés, gens de plume, gens de loi , maîtres de botanique : Giuseppe et Daniele Farsetti, Giovanni Marsili, Gasparo Patriarchi , Natale dalle Laste, Carlo Gozzi , Gasparo Gozzi ^.

Il y a des gens d'esprit qui colligent le Giornale de letterati d'Italia en trente-neuf tomes in-octavo. D'autres comme Apostolo Zeno, qui portent des noms illustres. D'autres comme Antonio Piazza, qui portent des noms inconnus. D'autres comme l'abbé Sforza, qui refusent par modestie de se vêtir de soie. D'autres comme le Père Calogerà, qui mettent la zizanie au couvent de S. Michèle à Murano. D'autres comme l'abbé Gallicciolli, qui savent tout au monde. D'autres comme Giacomo Morelli, qui découvrent un Discours d'Aristide. D'autres comme Gasparo Patriarchi, qui composent un dictionnaire. D'autres comme l'économiste Gianmaria Ortes, qui, « tenant un peu du quaker », se promènent à Florence avec le parasol en main et derrière le domestique. D'autres comme Anton-Federigho Seghezzi qui éprouvent « la louable fantaisie » de chanter la toux avant de mourir.

D'eux tous, qui remplissent les coulisses et les cafés, alimentent les gazettes et les imprimeries, peuplent les librairies ou les salons, Gasparo Gozzi donne la mesure.

* Le Pendente . Le Penzolone. Le Sperticato . L'Asciutto. Le Velutlo. Le Mancino.

* Sur tant d'autres Académies de Venise, voir Baltagia, Délie Académie veneziane.

LES GENS d'esprit. GASPARD GOZZI H7

Os et longueur ; si sec qu'en taillant sa carcasse en morceaux, on en ferait des bouchons pour les bouteilles; ressemblant, s'il faut l'en croire, à un crapaud enfilé au soleil sur un bâton ; tantôt mélancolique, tantôt avec des douleurs d'estomac, tantôt lunatique ; enveloppé d'un long manteau, qui avait appartenu à Élie avant de passer à saint Martin ; se contentant d'ailleurs d'habits peu à la mode, et d'une perru({ue d'auteur vénitien ; la tête remplie de caprices ; taciturne, monosyllabique et distrait; ennemi juré des cérémonies, non par rusticité, mais bien par inexpérience, et distrait; distrait, lointain, absent, l'âme on ne sait où parmi les nuages, et pour la ramener à terre, il faut sifller une fois, et même deux ; perpétuellement l'échiné ployée sur les livres ; ne riant jamais à bouche ouverte, mais gardant en dedans un petit rire paisible, qui lui chatouille les viscères et le maintient de bonne humeur, tel le comte Gasparo Gozzi, né à Venise le 4 décembre 17i3, mort à Padoue le 26 décembre 1786 \

Son père descendait d'ancienne noblesse du Bergamasque. Sa mère, Angela Tiepolo, était patricienne de la Sérénissime. Sa femme, selon le siècle Luisa Bergalli, selon l'Arcadie Irminda Partenide, était poétesse et fdle de savetiers piémontais. Il comptait un peu plus de vingt ans quand il l'avait connue, elle de dix ans son aînée, et « par distraction » il

' Sur Gasparo Gozzi, voir Niccol6 Tomniaseo : préface aux Scritli vari de G. G. et Sioi-ia civile nella lelleraria, p. 180; Malmignali. Gasparo Gozzi e i suoi lempi ; Maiamani, Gasparo Gozzi.

l'avait épousée, lui ayant consacré un canzonière pétrarquesque, où il lui disait : lys amoureux; en souvenir reconnaissant, le lys amoureux lui avait donné cliaque année un enfant des mieux conditionnés. Et tous et toutes à peu près, le père paralytique, la mère flegmatique, les neuf frères et sœurs de Gasparo, la femme de Gasparo et Gasparo luimême font des vers\ « Cette maison, disait Béatrice dans le Poêla Fanalico de Goldoni, va sens dessus dessous à cause de la poésie ; le maître poète, le serviteur poète, la fille poétesse, personne n'y fait son devoir, et c'est à moi à penser à tout ; ce matin, à ce que je vois, on ne mangera pas ^ » Seulement, dans la maison de Gasparo Gozzi poète, oij selon son frère Carlo Gozzi poète, la littérature « règne à l'état d'épidémie », il n'y avait pas de Béatrice pour penser à tout. Jadis riches — et ayant alors valets, abbés précepteurs, meutes de chiens, équipage de chasse et théâtre de comédie — ils sont maintenant tombés en déconfiture, grâce, avant même « l'administration pindarique d'Irminda », à la noble indolence de la mère, et à la disposition du père, qui n'avait guère appris en ce monde qu'à suivre ses penchants. Pêle-mêle, ils vivent comme ils peuvent d'expédients et de rêves, la plupart du temps à leur maison de campagne de Vicinale par économie, l'hiver à Venise dans leur palais de S. Gassiano, « hôpital de poètes ». 0 vieux palais délabré surgi de l'eau flétrie ! Les portes pendent aux gonds, le carreau s'effondre, des toiles d'araignée

' Dans les Raccolte coniomporaines, on trouve des vers de Giacomo Gozzi, de Francisco Gozzi, de Carlo Gozzi, de Marina Gozzi, de Girolama Gozzi. Ce qu'on en trouve de Gasparo Gozzi est incroyable-

* II Poeta Fanatico, I, 4.

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s'offilciit des solives \ El des enfants qui crient, des querelles qui montent, des scènes qui éclatent à tout coup. Et partout des taches d'encre. Toujours quelque projet d'article, comédie ou roman en ébauche, ou de procbs en perspective. Et sur les tables, des protêts mêlés aux sonnets, qu'ensemble grip^notent les souris. Et de bons rires quand môme, comme quand on revient de la campagne, et qu'on ressemble à une troupe de comédiens. Et dans les escaliers une foule bizarre d'allants et venants, oii se coudoient des huissiers, usuriers, avocats, auteurs siffles, commères à cabas, gens à idées, beaux esprits faméliques. Tous cherchent des rimes ; Irminda écrit, une couverture sur les épaules, et la perruque de son mari sur la tête pour se défendre du froid ; le père somnole ; la mère s'applique à conserver une dignité supérieure ; deux portraits d'ancêtres du Titien et du Tintoret se souviennent dans leurs cadres dédorés. Et quand on ne sait plus sur quel pied danser, des inventions imprévues, comme d'assumer la direction du théâtre S. Angelo en recrutant sa troupe parmi les servantes, blanchisseuses et perruquiers du quartier, en composant son orchestre des musiciens de la rue ; ou bien comme de prendre une pensionnaire, laquelle a de beaux meubles, et on vend les siens, et on se dispute toute la sainte journée avec la pensionnaire, de sorte qu'elle quitte le logis avec ses meubles, et qu'on n'y trouve plus « où reposer ses membres " » . Quand le père

* « Le pavé montrait des cavités gangrenées. Les verrières laissaient l'entrée libre à tous les vents marqués sur la boussole des pilotes. Les tapisseries étaient rares, enfumées, déchirées, et pendillantes... » Carlo Gozzi, Memorie inutili, I, p. 118.

* « Non si sapeva, écrit un des fils du poète, dove posar le iiatiche. » MaJamani, Gasparo Gozzi,

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meurt, la famille lient conseil sur des chaises de paille trouée, et pour consoler nos gens en larmes, Irminda déclare que de sa vie elle n'a vu un si beau mort^

Au milieu de ce tumulte, Gozzi écrit. Pauvre âme de cigale repue de chanson et de rosée ! Il adorait la sainte paix du lit ; il adorait la paresse, qui seule donnait à son esprit la vie, et sa destinée de galérien fut d'être condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il eût voulu laisser son génie s'envoler librement dans l'espace, et comme l'hirondelle il dut voleter autour du nid pour rapporter la becquée à ses petits. Il était foncièrement impratique ; il ne savait quoi faire de ses jambes et de ses bras ; 41 eut souhaité que quelqu'un lui enfilât ses braies et lui attachât son soulier; et sa tête, comme sa correspondance, est remplie de débats, de litiges, de procès, d'affaires de sacs et de tonneaux -.

La poésie, dont il avait commencé par faire ses délices, dont il finit par faire son gagne-pain, reste pour lui la délivrance. Elle l'entretient de chimères qui l'emportent sur leurs ailes loin du conflit présent. Hé ! qu'importe les cris, les disputes, les moustiques, les lézardes, la poussière, la pensionnaire"? Qu'importe Irminda Partenide, « plus processive que la comtesse de Pimbêche » ? Un ineffable rossignol chante à la branche de sa vie. De douces prairies v^erdoient devant ses yeux. Des troupeaux, dont son esprit file la laine, paissent l'herbe verte. Des jeunes femmes sourient sous les arceaux fleuris. Des palais érigent dans la matinée leurs dômes de turquoise.

' Carlo Gozzi, Memorie inulili, I, p. 153. = Opère, XVI.

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Poète, ilost heureux. A l'en croire, de tant de biens fonds qu'il avait possédés, et de champs, et de bois, et de vignes, il n'était resté à ce petit gentilhomme à lièvres que le sable de son sablier ^ Personne mieux que lui ne sut le planter de beaux rôves.

Il écrit. Une chambre sous les toits ouvrant sa lucarne sur les feuilles; une petite lampe allumant sa lumière dans la nuit; quelques bons livres; de l'encre; une plume d'oie, et il écrit. Il écrit du matin jusqu'au soir, et le soir, pour chasser le sommeil, il frotte ses yeux avec ses doigts, et il écrit. Et ayant passé le jour à écrire, il a ce défaut solennel qu'il ne peut fermer la paupière sans ouvrir un livre dans son lit. Il a écrit de tout, sur tout, pour tout" : pour les écoles, pour les théâtres, pour les gazettes, pour les noces des Grands, pour les cérémonies de la République, pour les conseils : hélas ! rarement pour lui-même. Des vers d'amour; des vers facétieux; des vers satiriques ; des proses alertes ; des rapports officiels ; des discours éloquents ; des pièces de circonstance; des pièces de théâtre; des canevas de comédie; mille contes, et des traductions en nombre infini du grec, du latin, du français, de l'anglais, de l'allemand^. « Ecrire continuellement, avoue-t-il, c'est le rôle que je devrai jouer jusqu'à la dernière scène. »

* Sol ti ricordo che il miglior ierveno

Ch'io m'abbia al mondo è un oriuol d'arena.

• On a plusieurs éditions des Opère de Gasparo Gozzi. Celle de Padoue de 1818, qu'a donnée Dalmistro, et qui compte IG volumes, est la plus complète. C'est celle dont je me sers. Elle est loin cependant de comprendre toute l'œuvre de Gasparo Gozzi.

^ Lucien, Lonejus, Cébès, Chrysostome. Basile, Athénagorc. — Plante, Horace, Pline, Columello, Perse, Cicéron. — Klopstock. — Pope. — Brumoy, Saint- Lambert, Vatelet, Dorât, Voltaire, Destouches, Boursault, M"» de Graffigny, le peintre Hoterot, tout au monde.

La plume et l'encrier sont ses frères, nés des mêmes couches que lui. Il est par excellence unpolygraphe, se pliant à tous les métiers et acceptant toutes les besognes, encore qu'il n'ait point accompli « ces choses grandes, massives, de souveraine importance » qui seules impartissent la gloire. Le format de son esprit est la pièce fugitive. Le véhicule de son talent est la feuille volante. Polygraphe, il l'est à la manière d'un gazetier. Et dans ce pays des gazettes, c'est en effet à trois journaux — la Gazzetta Veneta, le Mondo morale, VOsservalore — qu'est confié le soin de sa renommée, et où se recueille le meilleur de son apporta

' La Gazzetta Veneta parut de 1760 à 1761. Elle paraissait deux fois par semaine. On la trouvait chez Florian, chez le libraire Golombani, et au café de la Riva delVino. Elle était ornée d'une vignette représentant un singe rampant avec cette légende Ipsa alimetito sibi. « Vous voyez, écrit l'imprimeur Pietro Marcuzzi dans son premier numéro, que continuellement l'on publie des Postillons, des Nouvelles et des Gazettes, qui remplissent les oreilles de choses lointaines, et ne donnent pas d'autre fruit qu'ouïr en tous quartiers de la ville des noms d'assauts, de tranchées et autres choses de ce genre. Les gens courent en foule acheter ces feuilles, à quoi l'on connaît que la curiosité est pour dire une seconde âme de l'homme ; et cependant personne ne s'en sert; et le cœur et l'esprit se remplissent de nouveautés sans importance de sorte. » Au contraire la Gazzetta Veneta se proposait d'être utile. On y trouvait « tout ce qui est à vendre ou à louer, ce qui est à acheter, les choses recherchées, les perdues, celles qu'on a trouvées à Venise et au dehors, le prix des marchandises, la valeur du change, et autres notices, en partie délectables, en partie utiles au public ». Le Mondo morale, qui commença à paraître en feuilles volantes dès 1760, est un petit roman allégorique, où une Congregadi Pellegrini raconte toutes sortes de récits. L'Osservatore remplaça en 1761 la Gazzetta Veneta. Comme celle-ci, il paraissait deux fois la semaine, le niercredi et le samedi, et coûtait cinq sous. Le Spectator d'Addison lui servit de type. Sur les journaux de Gozzi et ses rapports avec Addison, Voir : Zanella. Paralleli letlerari; Trêves, L'Osservatore di G. Gozzi ; Zambler, Gasparo Gozzi e i suoi Giornali; Segrè, Due fortune giornalistiche.

L'essentiel de ces trois joui'naux a été recueilli dans les Opère de Gasparo Gozzi.

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