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Les Vénitiens, dès les premiers temps de leur histoire, ont donné une telle extension au commerce, et l’esprit de l’échange était tellement développé en eux, qu’on est en droit de dire que, si la sérénissime République a joué un rôle aussi considérable dans le monde, elle le doit à la richesse que le trafic a créée. Son génie maritime est le fruit précoce de la nécessité; les Vénètes se sont réfugiés dans la lagune comme dans une île inaccessible, pour fuir les Barbares qui ravageaient l’Italie ; c’est

.e Fondak des Marchands turcs avant sa restauration. . , . . ,

de cette situation précaire et de cet isolement, secondés par une audace qui ne s’est jamais démentie, soutenue par une prudence sans égale et une finesse innée, que naquit cette prospérité si vite accrue, parvenue à son apogée à une époque où la plupart des peuples de l’Europe tâtonnent encore, cherchent leur voie et ne connaissent d’autres limites que celle de leurs propres frontières.

LE COMMERCE DES VÉNITIENS

J’esquisserai rapidement et à grands traits, d’après Carlo Antonio Marin et Fabio Mutinelli (i), l’histoire du commerce et de la navigation.

Au quatrième siècle de notre ère, Théodoric, roi des Goths, règne à Ravenne; il cherche à affermir son pouvoir, à policer ses peuples et à faire oublier les invasions et les désordres de la chute de l’empire romain. Déjà réfugié dans les lagunes, le peuple de pêcheurs qui fondera la grande Venise va se rendre utile et indispensable aux conquérants, qui n’ont ni navires ni sel, et qui vont le demander aux premiers Vénitiens, par l’organe de Çassiodore, sénateur et préfet du prétoire de Théodoric. Voici les termes dans lesquels ce Çassiodore s’adresse aux Tribuns, qui étaient les magistrats de la république naissante : « Nous pouvons vivre sans or, mais non sans sel. » Les salines de la côte vont donc suppléer aux besoins des Barbares; à l’aide de leurs bateaux plats, les Vénitiens glisseront sur la lagune, entreront dans les fleuves et surgiront au milieu des villes gothiques. Ils leur apporteront aussi des rives de l’Istrie leurs olives et leurs vins. Ils jettent les fondements de leur industrie naissante.

Ils avaient vite compris qu’ils pouvaient tirer de grands avantages de ces salines naturelles de leurs lagunes et de celles qu’ils pouvaient établir sur les côtes voisines. Ils commencèrent donc par perfectionner l’art d’extraire le sel, signèrent des traités de commerce avec leurs voisins, leur achetèrent le droit d’exploitation de leurs rives, et, soit par l’Adriatique, soit par les fleuves qui se jettent dans le bassin des lagunes, trouvèrent un mode de transport peu onéreux qui leur permit d’approvisionner l’Italie et les côtes du Levant à des prix inférieurs à tous les producteurs. Les salines des lagunes fournissaient en quantité considérable le sel dit de Chioggia; ils affermèrent les gisements de Cervia, qui appartenaient aux Bolonais, créèrent les exploitations de l’Istrie et de la Dalmatie, et s’étendirent jusqu’en Sicile, jusqu’aux côtes d’Afrique et à celles de la mer Noire.

Une fois les relations créées, les Vénitiens fondèrent, aux divers lieux d’extraction, des établissements régis et administrés comme nos pêcheries; puis, peu à peu, arrivant à un monopole sans rival, pénétrèrent jusque dans l’intérieur de la Croatie et dans l’Allemagne méridionale pour extraire les sels fossiles. Par des traités habiles, et plus souvent encore en livrant leur production à des prix inférieurs contre lesquels personne ne pouvait lutter, ils s’assurèrent l’approvisionnement de toute l’Italie du Nord, et, usant de leur autorité tant soit peu arbitraire, fermèrent leur port et même l’entrée de l’Adriatique à toute concurrence. De là la nécessité évidente de soutenir leurs prétentions par la force, et, comme conséquence immédiate, de là aussi la nécessité absolue d’accroître leur marine militaire.

La République ne cessa jamais de considérer cette exploitation comme une de ses ressources vitales, et on vit les grands négociateurs, dans les traités les plus solennels de l’histoire de Venis'fe, introduire des clauses purement commerciales qui stipulaient pour eux la fourniture du sel à l’État vaincu dans une lutte. Pour montrer combien les Vénitiens étaient en avance sur les autres peuples, au point de vue de l’entente de leurs intérêts et

(i) Del Commercio dei Vene^iani, di Fabio Mutinelli. Venezia, 1 835 . — Historia civile e politica del Commercio dei Vene^iani , di Carlo Antonio Marin, 8 vol. in-8°, Venezia, 1800.

LE COMMERCE DES VÉNITIENS

du génie des transactions commerciales, en 1516, au lendemain de Marignan, quand le pape Léon X dépouille les Vénitiens ses alliés de la concession de la fourniture du sel pour tout le duché de Milan, et la reprend pour lui-même avec ses grandes salines de Cervia autrefois cédées par les Bolonais à la République; cette dernière était déjà en possession de ce droit depuis plus de sept siècles. Ce qui fait remonter la signature du premier traité au huitième siècle.

C’est de la nécessité d’administrer d’aussi grands biens, source de revenus considérables, que naît la création de la magistrature : les provèditeurs au sel. On était si jaloux de ces droifs à Venise que le sénat rendit des décrets qui interdisaient, comme un crime, l’usage du sel étranger dans tout le territoire de la République. Toute contravention à cette loi était punie du bannissement perpétuel et la maison du coupable devait être rasée. Les dépôts publics du sel étaient très-nombreux à Venise; le plus important s’ouvrait dans les magasins de la douane qui regardent l’entrée du canal de la Giudecca.

Dès 450, ce qui est à peine croyable, l’esprit politique des Vénitiens apparaît; leur prudence doublée de duplicité les porte, tout en servant les Goths et tirant un énorme avantage de leurs transactions, à ne pas négliger les Grecs de l’empire de Constantinople, qui vont venir en Italie combattre les Barbares. Ils deviendront les auxiliaires de Bélisaire et de l’eunuque Narsès, les généraux grecs; quand ce dernier arrive à Aquilée, il n’a plus qu’une voie ouverte pour aller à l’ennemi qui lui barre le chemin de l’Italie sur le Lisonzo, il faut qu’il s’engage dans ces maremmes et ces lagunes, et on voit Narsès demander aux Vénitiens de conduire les troupes impériales sous les murs de cette même Ravenne qui hier leur demandait le sel. Ce service rendu ouvre au commerce de Venise les portes de Constantinople; déjà ils signent des traités et des conventions relatifs à l’échange.

Narsès, traître à son pays, appelle les Lombards dans cette même partie de l’Italie qu’il a conquise; ils viennent du fond des tristes campagnes de la Pannonie et fondent sur Ravenne; mais ils apportent avec eux deux épouvantables fléaux, la peste et la famine, et ces deux fléaux, qui font un vaste cimetière du pays conquis, vont encore profiter aux Vénitiens, qui noliseront leurs bâtiments pour traverser l’Adriatique et apporter de la Pouille les vivres et les troupeaux pour les Lombards affamés. En échange, les tribuns demandent sécurité, protection et exemption de tous droits dans l’étendue du royaume lombard; ils obtiennent la permission de fabriquer des maisons, des caravansérails ou fondaks pour leurs voyageurs et négociants, d’établir sur les rives des marchés permanents qu’ils approvisionnent et où les habitants et les peuples à eux soumis viennent acheter le sel des salines de Venise, les grains d’outre-mer et les marchandises usuelles.

A la fin du huitième siècle, l’empereur Charlemagne, roi des Francs, s’empare de la Lombardie; ce ne soi\t plus les lourds habitants de la Pannonie, mais des Francs subtils, amis du plaisir et du luxe, qui régnent à Ravenne; les Vénitiens comprennent le parti qu’ils peuvent tirer de cette circonstance, et, déjà maîtres du commerce avec l’Orient, ce séjour de toutes les splendeurs et de tous les luxes, ils apportent aux vainqueurs les riches étoffes, les parfums, les tapis, la pourpre, la soie, les plumes de paon, l’ivoire, l’ébène, les perles et les pierres précieuses. Tous les ans, à Pavie, ils fondent une foire annuelle, qui acquiert la

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célébrité qu’auront plus tard Nijni, Sinigaglia ou Beaucaire. En 989» race des Carlovingiens s’éteint et les Germains succèdent aux Lombards et aux Francs; Pietro Orseolo est doge de Venise, il veut développer encore le commerce et la prospérité de la République et envoie une ambassade à Othon qui la reçoit à Mulhouse et confirme aux Vénitiens tous les privilèges que leur ont tour à tour accordés et les Goths, et les Lombards, et les Francs; il abolit tout impôt, toute redevance, tout tribut. Ce 11’est point assez; 1 empereur Othon concède encore aux Vénitiens un port et un marché d’une position si avantageuse que, par la province de Trévise et celle de Bellune, vers le Nord, les Germains peuvent y venir sans fatigue et sans perte de temps. Ils avaient eu le génie, ils ont désormais la richesse et la puissance, et tout prince qu’anime l’amour de son peuple croit de son avantage d accorder ces franchises aux Vénitiens, parce quelles doivent contribuer au bien de son propre empire.

Ce même Orseolo, au commencement du onzième siècle, obtint de Basile II et de Constantin VIII, empereurs d’Orient, des franchises nouvelles pour les vaisseaux de la République ; en même temps il demandait à ces mêmes souverains la confirmation des traités de commerce avec Constantinople, dans tous les ports de Grèce, de Thrace, de Chypre et de Crète. En revanche, pour obtenir avec plus de sécurité encore les bonnes grâces de la cour d’Orient, comme les Sarrasins avaient pris la Pouille, et que Bari, sujette alors de 1 Orient, était assiégée, le doge lui-même accourait au secours des flottes impériales avec les galères de la République et délivrait la ville. Ce service capital devait resserrer les liens entre les deux puissances.

Mais, s’ils avaient ainsi contracté des alliances commerciales et signé des traites nombreux, les Vénitiens, enfermés dans leur lagune, possesseurs de quelques lieues de terre ferme, éprouvaient la plus grande difficulté pour se procurer du bois de construction ; ils profitèrent de l’arrivée des Normands dans l’Adriatique (1080), pour s’engager dans une entreprise qui devait les amener à la libre possession de l’Istrie, de la Dalmatie et de 1 ancienne Albanie, fertiles alors en forêts et cruellement dépouillées aujourd hui de toute végétation. L empereur grec avait vu Durazzo assiégée par les Normands et était impuissant à se défendre ; Venise vint à son secours et sauva Alexis Comnène, qui ne mit plus aucune borne à leurs franchise et les autorisa même à fonder des comptoirs et des fondaks à Durazzo; il stipula une redevance annuelle de l’empire grec pour l’église de Venise et obligea même les habita d’Amalfi, qui avaient été les alliés des pirates normands, à payer à la basilique de Saint-Marc une rente annuelle énorme. Mais ce n’était pas assez, les Vénitiens avaient un but plus considérable; les empereurs d’Orient avaient affiché des prétentions sur la Dalmatie; les Vénitiens, qui venaient de s’en emparer, n’en jouissaient pas sans conteste, ils demandèrent 11iband droits de l’empire par une ambassade solennelle envoyée par le doge l’empire d’Orient était en proie aux discussions et aux usurpations; Alexis Comnène se souvenait avec reconnaissance du secours donné devant Bari, il leur céda ses droits sur l’Istrie et la Dalmatie (1084) : c’était leur ouvrir la libre exploitation des forets, et leur donner la possibilité de construire ces grandes flottes qui, mises en œuvre grâce a la richesse

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LE COMMERCE DES VÉNITIENS

du génie des transactions commerciales, en 1516, au lendemain de Marignan, quand le pape Léon X dépouille les Vénitiens ses alliés de la concession de la fourniture du sel pour tout le duché de Milan, et la reprend pour lui-même avec ses grandes salines de Cervia autrefois cédées par les Bolonais à la République; cette dernière était déjà en possession de ce droit

depuis plus de sept siècles. Ce qui fait remonter la signature du premier traité au huitième siècle.

C’est de la nécessité d'administrer d’aussi grands biens, source de revenus considérables, que naît la création de la magistrature : les provéditeurs au sel. On était si jaloux de ces droits à Venise que le sénat rendit des décrets qui interdisaient, comme un crime l’usage du sel étranger dans tout le territoire de la République. Toute contravention à cette loi était punie du bannissement perpétuel et la maison du coupable devait être rasée Les dépôts publics du sel étaient très-nombreux à Venise; le plus important s’ouvrait dan," les magasins de la douane qui regardent l’entrée du canal de la Giudecca.

Dès 450, ce qui est à peine croyable, l’esprit politique des Vénitiens apparaît- leur prudence doublée de duplicité les porte, tout en servant les Goths et tirant un énorme avantage de leurs transactions, à ne pas négliger les Grecs de l’empire de Constantinople qui vont venir en Italie combattre les Barbares. Ils deviendront les auxiliaires de Bélisaire’ et de l’eunuque Narsès, les généraux grecs; quand ce dernier arrive à Aquilée, il n’a plus qu’une voie ouverte pour aller à l’ennemi qui lui barre le chemin de l’Italie sur le Lisonzo il faut qu’il s’engage dans ces maremmes et ces lagunes, et on voit Narsès demander aux Vénitiens de conduire les troupes impériales sous les murs de cette même Ravenne qui hier leur demandait le sel. Ce service rendu ouvre au commerce de Venise les portes de Constantinople; déjà ils signent des traités et des conventions relatifs à l’échange.

Narsès, traître à son pays, appelle les Lombards dans cette même partie de l’Italie qu i a «s viennent du fond des tristes campagnes de la Pannonie et fondent

sur Ravenne; mais ils apportent avec eux deux épouvantables fléaux, la peste et la famine et ces deux fléaux, qui font un vaste cimetière du pays conquis, vont encore profiter aux

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A la fin du huitième siècle, l’empereur Charlemagne, roi des Francs, s’empare de la Lombardie; ce ne sont plus les lourds habitants de la Pannonie, mais des Francs subtils amis du plaisir et du luxe, qui régnent à Ravenne; les Vénitiens comprennent le parti qu'ils peuvent tirer de cette circonstance, et, déjà maîtres du commerce avec l’Orient ce séjour de ou es les splendeurs et de tous les >ux Ç s, ils apportent aux vainqueurs les tich s étoffes le parfums, les tapis, la pourpre, la soie, les plumes de paon, l’ivoire, l’ébène, les pierres précieuse. Tous les ans, à Pavie, ils fondent une foire annuel. , / c X

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célébrité qu’auront plus tard Nijni, Sinigaglia ou Beaucaire. En 989, la race des Carlovingiens s’éteint et les Germains succèdent aux Lombards et aux Francs; Pietro Orseolo est doge de Venise, il veut développer encore le commerce et la prospérité de la République et envoie une ambassade à Othon qui la reçoit à Mulhouse et confirme aux Vénitiens tous les privilèges que leur ont tour à tour accordés et les Goths, et les Lombards, et les Francs; il abolit tout impôt, toute redevance, tout tribut. Ce 11’est point assez; l’empereur Othon concède encore aux Vénitiens un port et un marché d’une position si avantageuse que, par la province de Trévise et celle de Bellune, vers le Nord, les Germains peuvent y venir sans fatigue et sans perte de temps. Ils avaient eu le génie, ils ont désormais la richesse et la puissance, et tout prince qu’anime l’amour de son peuple croit de son avantage d’accorder ces franchises aux Vénitiens, parce quelles doivent contribuer au bien de son propre empire.

Ce même Orseolo, au commencement du onzième siècle, obtint de Basile II et de Constantin VIII, empereurs d’Orient, des franchises nouvelles pour les vaisseaux de la République ; en même temps il demandait à ces mêmes souverains la confirmation des traités de commerce avec Constantinople, dans tous les ports de Grèce, de Thrace, de Chypre et de Crète. En revanche, pour obtenir avec plus de sécurité encore les bonnes grâces de la cour d’Orient, comme les Sarrasins avaient pris la Pouille, et que Bari, sujette alors de 1 Orient, était assiégée, le doge lui-même accourait au secours des flottes impériales avec les galères de la République et délivrait la ville. Ce service capital devait resserrer les liens entre les deux puissances.

Mais, s’ils avaient ainsi contracté des alliances commerciales et signé des traités nombreux, les Vénitiens, enfermés dans leur lagune, possesseurs de quelques lieues de terre ferme, éprouvaient la plus grande difficulté pour se procurer du bois de construction ; ils profitèrent de l’arrivée des Normands dans l’Adriatique (1080), pour s’engager dans une entreprise qui devait les amener à la libre possession de l’Istrie, de la Dalmatie et de l’ancienne Albanie, fertiles alors en forêts et cruellement dépouillées aujourd’hui de toute végétation. L empereur grec avait vu Durazzo assiégée par les Normands et était impuissant à se défendre ; Venise vint à son secours et sauva Alexis Comnène, qui ne mit plus aucune borne à leurs franchises et les autorisa même à fonder des comptoirs et des fondaks à Durazzo ; il stipula une redevance annuelle de l’empire grec pour l’église de Venise et obligea même les habitants d’Amalfi, qui avaient été les alliés des pirates normands, à payer à la basilique de Saint-Marc une rente annuelle énorme. Mais ce n’était pas assez, les Vénitiens avaient un but plus considérable; les empereurs d’Orient avaient affiché des prétentions sur la Dalmatie; les Vénitiens, qui venaient de s’en emparer, n’en jouissaient pas sans conteste; ils demandèrent 1 abandon des droits de l’empire par une ambassade solennelle envoyée par le doge Vital Faliero. Déjà l’empire d’Orient était en proie aux discussions et aux usurpations, Alexis Comnène se souvenait avec reconnaissance du secours donné devant Bari, il leur céda ses droits l’Istrie et la Dalmatie (1084) : c’était leur ouvrir la libre exploitation des forêts, et leur donner la possibilité de construire ces grandes flottes qui, mises en œu\re grâce à la richesse commerciale qu’ils s’étaient acquise, allaient rendre les Vénitiens les maîtres de 1 Adriatique.

Le moment est venu où les communes italiennes revendiquent leur liberté; c’est lépo-

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que de la fameuse ligue lombarde et des discussions intestines des villes italiennes, armées les unes contre les autres; le commerce de Venise avec lTtalie languit, mais elle a le champ vaste; chaque fois d’ailleurs qu’une des villes entre en guerre avec sa voisine et demande son aide à Venise, celle-ci la lui fait payer par un traité de commerce avantageux. Une entreprise formidable, qui changera la face du monde et qui constitue une des étapes de l’humanité, va donner encore aux Vénitiens l’occasion de montrer de quelles prodigieuses ressources ils disposent. Pierre l’Hermite prêche la Croisade, les Turcs se sont emparés déjà de la Mésopotamie, de la Palestine, de la Syrie, de Nicée, où Soliman a établi le siège de son Empire. Constantinople n’est pas encore compromise, mais l’empire d’Orient est menacé. Venise n’hésite point; dira-t-on que c’est la foi seule qui la pousse? non, c’est aussi l’amour du lucre, le génie commercial, l’ambition prodigieuse de ces anciens pêcheurs; ils arment deux cents galères, commandées par Giovanni, fils de Vitale Micheli, et aident les Croisés dans leurs entreprises. Quand la quatrième croisade aura lieu, ils seront au comble de la gloire et de la richesse.

Les Français n’ont pas de flotte suffisante pour porter leur armée en Orient; ils s’adressent aux Vénitiens, qui signent avec eux un traité et se font les entrepreneurs du transport au prix de quatre-vingt mille marcs d’or. Les chefs ont beau vendre leurs domaines, fondre leur vaisselle et leurs trésors, il leur manque trente mille marcs. Le Sénat propose un singulier pacte. Zara, la rebelle, la capitale de la Dalmatie, s’est révoltée contre les Vénitiens; les Français les aideront à la reprendre et, ne pouvant s’acquitter avec leur or, paieront avec leur sang le contrat qui va leur permettre de délivrer les lieux saints. Mais, avant, le Sénat les entraînera encore dans une entreprise si grave que le pape -veut l’excommunier; ils marcheront contre Constantinople, alliée d’hier, mais dont l’empereur, Alexis, fils d’Ange Isaac, a été détrôné par son frère. C’est le doge Enrico Dandolo qui a compris l’avantage qui peut résulter de là pour la gloire de Venise; en effet, la capitale de l’empire grec prise, il n’est plus question de restaurer un souverain, on abandonne le trône à Baudouin, et les Vénitiens, qui ne se soücient pas d’un vain pouvoir soumis à tant d’aventures et menacé par les Turcs, travaillent à s’assurer les avantages imprescriptibles qui leur donneraient les facilités de commercer avec le monde. Ils ont droit à une part de l’empire, ils prennent d’abord une moitié de Constantinople même, toutes les îles de l’Archipel, de nombreux ports dans l'Hellespont, dans la Morée; ils achètent au marquis de Montferrat 1 île de Candie pour mille marcs d’or ; sans tirer l’épée Marco Dandolo et Jacopo Veniero prennent la cité et le territoire de Gallipoli; Andrea et Girolamo Gisi s’emparent de Tyne, Mycon, Scira et Scopolo ; Rabano Carcerio prend Négrepont ; Pisani triomphe à Pio, Quirini à Stampolia, Veniero à Paros, Navagero à Lemnos, et, enfin, Marco Sanuto entre à Naxos^ajoutant plus tard à sa conquête Antiparos, Santorin, Sisante et Policandre.

Les Vénitiens allaient mettre le comble à leur puissance en entreprenant de commercer avec les Indes par l’entremise des Tartares ; les marchandises se concentraient à Samarcande ; de là, par la mer Caspienne, elles arrivaient aux bouches du Volga, du Volga au Don, et là, les Vénitiens, ayant établi un comptoir devenu très-célèbre à La Tana (Azof aujour-

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d’hui), ils l’augmentaient peu à peu et en faisaient une sorte de colonie fortifiée, extrêmement sérieuse, d’une grande richesse, protégée par les intérêts réciproques des Tartares et des fondateurs. A partir de ce moment, Venise aura plus de gloire, elle n’aura jamais plus d’argent; elle a jeté les bases d’une prospérité qui va durer pendant sept siècles et qui, si on considère l’exiguïté de son territoire, restera sans rivale au monde. La France lui a déjà demandé ses vaisseaux à l’époque des croisades; au seizième siècle, elle contractera des emprunts avec le Sénat. On ne pourrait lui comparer, — toute proportion gardée bien entendu, — que la riche Angleterre appuyée sur ses colonies des Indes, où elle a cent quatrevingt millions de sujets anglais et natifs, et des empires entiers soumis à sa puissance.

Dès le treizième siècle, les Vénitiens avaient fait de tels progrès dans le commerce, et leurs traités avec les populations de l’Europe et de l’Asie étaient si nombreux, qu’ils virent à certaines époques la ville se remplir d’étrangers attirés par l’échange et le commerce et munis de correspondants qui les hébergeaient. Le Sénat, plein de soucis pour le développement de tout ce qui touchait à la gloire et à la richesse de Venise, imagina de faciliter le séjour de tous ces étrangers en fondant pour eux des fondaks ou caravansérails, où ils pourraient se loger gratuitement en se présentant à des magistrats spéciaux qui constateraient et leur identité, et l’importance de leur situation. Ce furent les Allemands qui les premiers eurent leur fondak, situé au pont même du Rialto, plusieurs fois reconstruit, et dont, malheureusement, nous ne voyons aujourd’hui que la masse, d’un aspect moderne et sans caractère.

Trois nobles, qui avaient le titre de Vis Domini, présidaient à l’administration des établissements de ce genre ; il y avait un peseur public qui prenait acte du poids et de la nature de la marchandise et' s’occupait de la classer dans les magasins dépendants des fondaks. On voit qu’en principe c’étaient nos docks, avec cette différence que les propriétaires de la cargaison étaient logés dans le bâtiment même, aux frais de l’État. Après le peseur venait le Fonticaio , ou gardien de l’édifice. Dans ce même siècle, le treizième, les Arméniens furent aussi favorisés par le gouvernement; mais un certain Marco Ziani, neveu du doge Sébastien, qui avait pour ces derniers une grande affection, parce que sa famille avait longuement habité leur pays, leur légua par testament son palais, celui des Ziani, situé dans la rue San-Guiliano.

Les Maures aussi avaient leur fondak, près de la Madone dell’ Orto au Campo dei Mon, où l’on voit encore nombre de maisons enrichies de sculptures représentant des chameaux chargés de marchandises et des figures vêtues à la mauresque.

Les Turcs, au dix-septième siècle , eurent en partage ce superbe palais du grand canal qui porte encore aujourd’hui le nom de Fondaco dei Turchi, que la ville vient d attribuer récemment, en le faisant' restaurer, au musée civique Correr; ce palais, l’un des plus anciens et des plus curieux de Venise, et qui devrait être à peu près contemporain du palais ducal et de la façade de Saint-Marc qui regarde la lagune, appartenait au duc de Ferrare; mais longtemps auparavant, dès le quatorzième siècle, les Turcs avaient été pourvus par lEtat; ils habitaient la rue de Canareggio et plus tard celle des Saints-Jean-et-Paul, près la statue de Colleoni, sur cette place, l’une des plus belles de Venise, où se dresse 1 étonnante église de

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San Giovanni et Paolo. Mais il ne faut pas oublier que ces Turcs, si utiles au point de vue des relations commerciales, étaient des infidèles; on ordonna que les fenêtres de leur fondak seraient murées; la lumière éclairait les chambres par un patio intérieur; un mur d’enceinte fut élevé, les deux tourelles d’angle qui pouvaient servir de défense furent jetées à bas et on imposa pour gardien un custode catholique qui devait fermer les portes au coucher du soleil. Les femmes et les enfants ne pouvaient point franchir le seuil, les armes et la poudre étaient déposés en lieu sûr avant l’entrée; enfin, pour compléter cette série de prohibitions, il fut interdit de loger un Ottoman en ville.

Les Toscans, grands commerçants comme chacun sait, devenus très-riches par la banque et l’échange, avaient leur fondak au Rialto, et les Lucquois, à la via Bissa, dans la partie qui s’étend entre le Rialto et San Jean Chrisostome.

Les Grecs et les Syriens étaient si nombreux et avaient de telles relations avec les Vénitiens qu’ils étaient logés partout dans la cité. Quant aux Israélites, dont on ne pouvait refuser le concours à cause de leur aptitude pour les choses du commerce, ils avaient été l’objet de règlements très-nombreux. Dès le sixième siècle, ils s’étaient arrogé le monopole de l’échange, et la plupart des princes, en considérant leur propre intérêt, avaient dû les encourager et protéger leur séjour dans leurs cités. Au treizième siècle, les Lombards et les-Florentins avaient à leur tour conquis le monopole des grandes affaires ; l’envie s’était emparée de ceux qui leur avaient vu amasser et conserver de grandes richesses : enfin, l’esprit des croisades, en réveillant le sentiment chrétien, avait aussi excité l’animosité publique contre les Israélites; Venise leur restait ouverte, ils en profitèrent et en abusèrent peut-être, car on les vit bientôt forcés de se réfugier à Mestre, ce petit pays où aujourd’hui convergent les voies ferrées du Nord et du Midi qui aboutissent à Venise. Mais les banques proprement dites n’existaient point encore; les Monts-de-Piété n’étaient pas fondés* et, autant pour développer le petit et le grand commerce que. pour favoriser l’échange en général, le Sénat décida de rappeler les Israélites. On détermina le temps de leur séjour afin que la faculté n’eût pas de caractère définitif, et on les astreignit à porter un signe de reconnaissance, qui consista d’abord en un morceau d’étoffe jaune cousu sur la poitrine, auquel plus tard on substitua le bonnet jaune, puis un bonnet couvert de rouge à la partie supérieure. On leur défendit l’achat des maisons, terres et biens immeubles, et l’exercice des arts nobles (excepté cependant la médecine). Si un Israélite était convaincu d’avoir commis une faute avec une femme du Rialto, il devait payer une amende de 500 lires et rester en prison pour six mois ; dans d’autres cas, la prison pouvait être d’une année. Cruel envers des hommes dont il recherchait l’intelligence proverbiale et des facultés dont il voulait profiter, le Sénat leur assignait pour demeure un endroit défini, comme à Rome, la Cor te Belle Galli ) entre les rues de San Girolamo et de San Geremia;\on lui donna aussi le nom de Ghetto. On leur faisait payer assez cher ce séjour insalubre, et on élevait un mur d’enceinte qui devait les séparer des autres citoyens; ils étaient alors dans la condition actuelle des Juifs du Maroc, astreints à clore leurs portes du coucher au lever du soleil, et deux gardiens catholiques, payés par eux, étaient chargés de la garde du lieu. Les jours de fête, la sortie était complètement interdite. Deux barques armées gardaient les sorties de mer ; ils ne pouvaient aller à la synagogue à

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t Venise, car on ne leur tolérait point de lieu pour le culte, ils étaient forcés d aller à Mestre ; pour leurs sépultures on avait concédé, comme à regret, une plage aride dans la lagune.

Il ne s’agit pas de la condition des Israélites en Vénétie, mais seulement de leurs relations avec les sujets de la République en tant que commerçants; revenons donc aux fondaks ou résidences concédées par l’Etat aux représentants du commerce étranger. Deux fondaks sont restés célèbres et existent encore à Venise : celui des Turcs, dont nous reproduisons la façade, et celui des Allemands. Le Fondaco dei Turchi s’élève encore aujourd’hui sur le grand canal, à San Giacomo dell’Orio.

Ceux qui ont visité Venise il y a trente ans ont dû remarquer, en passant sur le grand canal, cet antique édifice avec sa loge ouverte au premier étage, ornée de colonnes de marbre aux chapiteaux byzantins. La façade à l’antique, toute couverte de plaques de marbre grec et d’écussons circulaires incrustés, tombait en ruine, et la terre et la mousse poussaient dans les interstices. A la dernière arcade de. cette loge, pendant de longues heures de la journée, silencieusement appuyé dans une immobilité tout orientale, le custode turc y résidait encore et fumait mélancoliquement, insouciant des gondoles qui passaient et repassaient sous ses yeux, et regardant sans voir. Un poëte qui n’aurait pas connu ce calme des Orientaux qui ressemble si bien à la rêverie et qui pourtant n’engendre pas de rêve, aurait pu dire qu’un sentiment de compassion se lisait dans ses yeux, et qu’il songeait aux temps passés et à l’ancienne gloire de Venise. Cet édifice, connu sous le nom de Fondak des Turcs, fut bâti dans le treizième siècle par la famille des Palmieri de Pesaro. Pierre Pesaro, le dernier ambassadeur de la République de Venise à Rome, et le dernier de son nom, ne voulut point voir la chute de sa patrie, et mourut en exil. Les Pesaro ne furent pas toujours maîtres de cet édifice. En 1331 il fut acheté par la République et donné aux marquis d’Este, seigneurs de Briare. Ceux-ci devinrent plus tard ducs d’Este, et donnèrent alors dans cet édifice des fêtes splendides, dans lesquelles figurèrent l’Arioste et le Tasse.

Le pape Clément VIII s’empara des beaux domaines des ducs de Ferrare et les donna à son neveu le cardinal Aldobrandini, qui, en 1618, les vendit à Antoine Prioli, doge de Venise. La République, cherchant un endroit propice à la vente du commerce turc, loua à Antoine Prioli son palais, qui devint alors l’habitation des Turcs et le dépôt de leurs marchandises. Des lois très-sévères réglèrent l’installation ; le Fondak revint aux mains des Pesaro, Maria Prioli l’ayant apporté en dot à son mari Leonardo Pesaro, procureur de Saint- Marc. Le dernier descendant des Pesaro légua le Fondaco dei Turchi au comte Leonardo Marini, son neveu, et celui-ci, en 1828, le vendit à un entrepreneur, qui, à son tour, le céda en 1859 à l a ville de Venise, qui en est restée propriétaire. Ce fut le comte Sagredo, aujourd’hui sénateur, qui le premier s’occupa de ce palais. Il en a donné une belle monographie, dans laquelle la partie artistique fut traitée par l’habile architecte Frédéric Berchet. Celui-ci, avec beaucoup de soins et d’art, proposa les moyens de le restaurer. La commission, dirigée par le comte Alexandre Marcello, puis par le comte Luigi Benito, accueillit le projet ; le second en commença l'exécution, qui fut menée avec précision et promptitude. Outre le chevalier Berchet, qui s’est fait une belle renommée par ce travail, nous devons nommer l’exécuteur des travaux, Sébastien Cadet, et le sculpteur des marbres, Jacques Spura,

LE COMMERCE DES VÉNITIENS

qui a su faire revivre les anciens marbres en ■ leur conservant tout leur cachet artistique. Après tant de vicissitudes, cet ancien monument, si savamment restauré, restera définitivement le musée de Venise.

Le Fondak des Allemands, Fondaco dei Tedeschi , a été tellement défiguré par les restaurations successives, qu’il faut consulter l’histoire et faire un effort d’imagination pour prêter attention à ce grand palais massif dépourvu d’ornementation, sans tournure et sans proportion, qui s’élève à la gauche du pont du Rialto en venant du chemin de fer. La tradition dit qu’au commencement du seizième siècle il était splendidement décoré de fresques extérieures dues aux pinceaux du Giorgione et du Titien. C’est la première fois qu’on entend prononcer le nom du Giorgione pour la décoration extérieure d’un palais; mais, comme le Sénat d’ordre public ( d'or dîne publico ) avait décidé qu’on ornerait le fondak, il est bien certain qu’on y a employé ce fameux Barbarelli, ce grand poëte qui avait le génie de la couleur et de la forme. Il nous plairait de rechercher dans les papiers relatifs aux « sages du commerce » aux archives des Frari, les comptes du fondak qui doivent certainement s’y trouver, et nous saurions si vraiment ces grands seigneurs et ces grands politiques ont pu employer à cet office le génie du Giorgione. Mais, sans fouiller les archives, nous pouvons accepter les assertions des grands écrivains et des monographes de Venise, qui disent avoir vu encore de leur temps cette belle décoration effacée, en ruine, mais offrant les marques incontestables du génie du maître. Selvatico a laissé une notice sur le fondak des Allemands; il attribue l’édifice à Fra Giocondo, le fameux dominicain, auquel on doit le palais du consul à Vérone et le château de Gaillon en Normandie, dont une façade a été transportée dans la cour de notre École des beaux-arts de Paris. Il paraît que de temps immémorial le fondak s’élevait en cet endroit quand, en 1504, un incendie considérable ayant détruit le monument, le Sénat, jaloux de montrer sa sollicitude pour le commerce en général et pour la nation avec laquelle Venise avait lié d’étroites relations commerciales depuis plusieurs siècles, ordonna qu’on reconstruisît un nouveau monument de forme régulière. Mais si Selvatico prétend que Fra Giocondo fut choisi comme architecte parla seigneurie, d’autres documents disent que ce fut Girolamo Todesco qui reçut la commande. Après avoir décrit le monument et sa place sur le grand canal, avec son entrée de mer et son perron donnant sur l’eau pour débarquer les marchandises, Selvatico s’exprime en des termes qui ne laissent nul doute sur la richesse de la décoration : « Les fenêtres sont d’un profil assez mesquin, mais elles sont assez symétriquement disposées pour qu’il en résulte une noble simplicité, et certes elles n’avaient pas besoin d’une plus belle décoration puisque toutes les parties pleines des murailles avaient reçu de belles fresques du Giorgione et du Titien, que le temps et aussi les hommes ont presque entièrement détruites. Aux deux angles de la façade sur le canal s’élevaient, à une époque, deux petites tours sur lesquelles se déroulaient deux importantes inscriptions. Il y a peu d’années, quand on restaura l’édifice, on abattit les deux tours, on détruisit les insçriptions, et, ce qui est plus irréparable, on effaça deux magnifiques figures du Giorgione qyi pouvaient être regardées comme les mieux conservées. )>

Il n’y a donc pas à douter que les plus illustres d’entre les artistes de la Renaissance

(D’après le modèle conservé à l’Arsenal.)

COMMERCE ET NAVIGATION

aient concouru à orner les monuments publics d’un caractère civil et commercial, de fresques extérieures; c’est dire toute l’importance que la seigneurie de Venise attribuait au commerce, et cela donne la plus haute idée du luxe du temps et de l’intelligence des conseillers du gouvernement de Saint-Marc.

D ailleurs nous nous faisons difficilement une idée de la splendeur de ces commerçants de Florence et de Venise. Je lis dans Mutinelli les lignes suivantes, qui sont bien faites pour faire rêver ceux qui sont amoureux des choses de l’art :

(( Quand la nouvelle de la victoire de Lépante arriva à Venise, la nation allemande fut la première qui, dans son fondak du Rialto, voulut la célébrer par une splendide illumination. Tous les autres marchands suivirent cet exemple, et ceux qui se distinguèrent le plus furent les joailliers, les Toscans et les merciers. On connaît le portique du Rialto où sont les boutiques des drapiers, on le tendit tout entier d’étoffes bleu turquin constellées dor, doublées d’écarlate. Chaque boutique avait sa décoration spéciale, panoplies d’armes orientales prises sur les Turcs, et, au milieu de ces trophées, on admirait des tableaux de Giovanni Bellini, du Giorgione, de Sébastien del Piombo, du Titien et de Pordenone. A 1 entrée du pont, on avait dressé un arc sur lequel étaient représentées, unies dans un même écusson, les armes des puissances alliées. Des bannières et des festons pendaient de tous les arcs, de toutes les fenêtres; dès torchères, des torches, des candélabres d’argent, posés sur toutes les saillies, illuminaient les rues et changeaient la nuit en un jour brillant et splendide.»

Et, pour montrer encore quel luxe déployaient ces puissants orfèvres, voici un autre passage d’un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Marc intitulé : « Chronique de Venise, comment elle fut construite » :

(( Jeudi, c’était le jour de la fête du doge Thomas Mocenigo; on fit de grands échafauds avec des gradins sur la place Saint-Marc, pour mettre les femmes. Les orfèvres placèrent au milieu deux casques d’argent, avec leurs plumes d’émail, qui coûtaient cent ducats chaque. Puis vint la marche de trois cent cinquante orfèvres, vêtus d’écarlate, et montés sur des chevaux richement harnachés (l’habit coûtait trois ducats par cheval), précédés de trompettes et d’instruments, qui firent le tour de la place en bel ordre. Ensuite vinrent les compagnies du marquis de Ferrare et du seigneur de Mantoue. la première de deux cents, f autre de deux cent soixante chevaux; et c’était grande consolation de voir tant de coursiers, tant de devises, tant d’ornements, tant d’étendards et de flammes. Le tournoi dura depuis dix-sept .heures (quatre heures) jusqu’à vingt-deux heures (neuf heures) ; et ce fut une chose merveilleuse de voir tant de gentillesses. Un des casques fut donné par les orfèvres à un chevalier du marquis de Ferrare et l’autre au seigneur de Mantoue, et ce fut grand triomphe à voir. Le dimanche suivant, 28 mars 1415, il y eut joute, qui fut noble chose à voir, avec tous ces seigneurs, leurs compagnies et leurs devises. »

A l’époque de la Renaissance, les relations commerciales n’auront plus à s étendre ; tout au plus fondera-t-on quelques comptoirs dans l’Orient et signera-t-on quelques nouveaux traités qui consolideront des liens déjà formés. Les nobles n’ont plus la faculté de s occuper du commerce, des arrêts sévères le leur interdisent; l’échange se localise aux mains d un corps

LE COMMERCE DES VÉNITIENS

spécial, d’une classe qui s’enrichit prodigieusement, et, dans les temps calamiteux où la noblesse est mise à l’encan, l’achètera à beaux deniers comptants.

Les flottes chaque année partiront de Venise sous l’escorte des galères, afin de traverser sans danger les parages de l’Adriatique infestés de pirates, les fameux Uscoques, dont le repaire est dans le Quarnero. Avec le commerce/la navigation s’est naturellement développée, et, pour soutenir ses prétentions de domination dans la mer Adriatique, il faudra que la République apporte tous ses soins à la construction des navires, et fasse de l’arsenal un des plus prodigieux établissements maritimes du monde.

Entrée de l’Arsenal de Venise.

L’arsenal de Venise, si puissant, si formidable comme développement, eu égard à l’époque de sa fondation, fut le corollaire naturel de cet esprit de commerce, de ce génie de l’échange. Il fut aussi le puissant auxiliaire de l’ambition des Vénitiens; ils avaient voulu s’assurer de fait la souveraineté de l’Adriatique ; ils devaient être prêts à toute heure à appuyer leurs prétentions en envoyant contre ceux qui seraient tentés de la leur disputer, une flotte assez puissante pour compenser la fragilité de leur droit.

Le sieur de Saint-Didier, l’auteur du volume la Ville et la République de Venise, et le témoin oculaire de tout ce qu’il raconte, dit que l’arsenal est ce qui fait le mieux comprendre la puissance de Venise et ce qui fait le sujet de l’admiration de tous les étrangers, « c’est le fondement de toutes les forces de l’État. »

Les Turcs, qui furent les constants et redoutables ennemis de la République et la mirent souvent à deux doigts de sa perte, avaient toujours les yeux tournés vers cet établissement alors sans rival au monde ; quand les grands vizirs recevaient en audience les ambassadeurs de Venise, ils ne se lassaient point de leur demander des détails sur son organisation, ses ressources et sa puissance. Les étrangers qui visitaient la ville couraient à l’arsenal pour en admirer et l’ordre merveilleux et le colossal développement; c’était sous une forme palpable la force morale de Venise, le symbole de sa puissance, la source de sa richesse : on touchait du doigt la prodigieuse mise en œuvre des moyens militaires, les ressources inépuisables d’une nation qui avait basé toute sa force sur la construction et l’entretien d’une flotte disproportionnée avec son territoire, et dont l’empire sur les eaux s’étendait alors jusqu’aux côtes de l’Archipel.

On a vu que, les premiers de tous les peuples modernes, les Vénitiens avaient su construire de puissants vaisseaux ; déjà, du temps des croisades, j’ai dit qu’ils s’étaient faits les entrepreneurs du transport des armées françaises; ce n’était pas assez de porter des troupes, il fallait aussi les défendre au besoin et les escorter. Les grosses galères avaient soixante-quinze pieds de quille, les galères légères mesuraient cent trente-cinq pieds; les coques, vaisseaux affectés spécialement à ces transports, pouvaient contenir jusqu’à mille hommes d’armes, et leur matériel, les galéasses, qui étaient à rames comme les galères, avaient leur avant à l’épreuve du canon et étaient armés de cinquante pièces d’artillerie du plus gros calibre connu ; seize cents hommes d’armes y combattaient à l’aise. Quand de telles masses se présentaient sur le lieu du combat, l’effet de l’attaque devenait irrésistible et décidait de la victoire. Pendant plus d’un siècle, les nations rivales ne purent disposer de moyens d’action assez puissants pour opposer de tels bâtiments à ceux des Vénitiens; mais, naturellement, les Génois, quittaient de grands navigateurs et de rudes ennemis, comme les Espagnols et les Turcs, essayèrent à leur tour d’armer des bâtiments assez forts pour soutenir la lutte, et ils y parvinrent. De là le développement constant des moyens d’action, les agrandissements successifs de l’arsenal, et les progrès réalisés sous l’impulsion de la concurrence des autres nations. Une supériorité restait aux Vénitiens, celle de l’artillerie, et, dans toutes les batailles navales dont l’issue leur fut favorable, on constate que le sort de la journée était dû à l’excellence du tir des bombardiers de Venise. Tous les bâtiments, même les plus légers, étaient pourvus de canons; les petites galères, si mobiles, propices à l’attaque, et qui pouvaient pénétrer dans les criques du golfe, pouvaient soutenir le choc de l’ennemi grâce aux quinze pièces d’artillerie dont elles étaient armées.

L’arsenal au début n’est qu’un chantier de construction pour les bâtiments marchands et en même temps pour les galères ; il occupe dans la partie orientale de la ville la place des anciennes îles Gemole o^i Gemelle (jumelles) ; le lieu est ouvert, et ce n’est que longtemps après qu’on l’entoure de murs et qu’on constitue un établissement national. Jusque-là, partout où on le peut, on improvise des chantiers selon les besoins qui se présentent; c’est ainsi qu’en 1104 et en 1298, à la place où s’élèvent aujourd’hui les jardins royaux, on met sur chantier à la rive même quinze grosses galères. Dès le treizième siècle, l’arsenal était puissamment constitué et le Sénat mettait tous ses soins à l’augmenter; il achetait les terrains voisins, creu-

(Gravure de Giacomo Franco, x'b'jo. — Communiquée par le Cabinet des Estampes de Paris.)

sait de nouvelles darses ou cales de radoub et des constructions, auxquelles il donnait des noms qui, encore aujourd’hui, indiquent quelles ont été des annexes successives. Bien des fois la ruine de l’arsenal fut l’objectif de l’ennemi; une surveillance incessante y était établie; ses tours carrées aux angles, son enceinte fortifiée, étaient constamment gardées par un corps d’élite; et, pendant les guerres contre les Génois et les Turcs, il arriva que des espions ou des envoyés payés par l’ennemi tentèrent d’incendier l’arsenal. En 1428, on instruisit le procès d’un Brabançon qu’on disait soudoyé par le duc de Milan dans le but de détruire l’établissement; il fut condamné à être écartelé sur la Piazzetta; attaché à la queue d’un cheval, son corps fut traîné sur la rive des Esclavons. A la fin du quinzième siècle, au dire

Modèle des Galères composant la Flotte vénitienne.

d’un visiteur qui a laissé un mémoire descriptif, Venise occupait seize mille ouvriers, calfats, charpentiers et peintres, et trente-six mille marins. C’est vers cette époque, en 1491, que le Sénat créa la magistrature spéciale des Provéditeurs à l’arsenal.

Ces magistrats restaient trente-deux mois en place, et ils devaient, quittant leur palais de Venise, venir habiter trois maisons spécialement construites pour eux, et dont les noms, le Paradis, — le Purgatoire, — l’Enfer, — sont conservés encore aujourdhui. Chacun avait quinze jours de garde, et, pendant cette quinzaine-là, devait dormir dans un appartement préparé pour lui dans l’enceinte. Il gardait dans sa chambre les clefs de 1 arsenal, faisait la ronde et répondait sur sa tête du salut de l’établissement. On adjoignait à ces trois magistrats un secrétaire, ilfidelissimo segretario del reggimento. L’arsenal n avait d ailleurs quune issue, et, à moins d’escalader la haute muraille, c’est par la grille d entrée qui donne sur le petit Campo qu’on en devait franchir le seuil.

Tout ce qui constituait la construction et l’armement, la direction des travaux, les achats de bois et de fer, l’organisation des ateliers, la discipline des ouvriers, le commandement des troupes, l’instruction des matelots, la conservation et l’entretien du matériel, les approvisionnements et les traités, était du ressort des provéditeurs. Ils formaient entre eux une commission d’expérimentation et d’examen des nouvelles inventions proposées par le concours des nationaux et des étrangers. L’artillerie formait une direction à part dans l’arsenal, sous la surveillance spéciale d’un autre magistrat, le Provèditeur à l’artillerie.

L’aspect extérieur n’a guère changé depuis le milieu du seizième siècle, comme le montre la curieuse gravure de Giacomo Franco qui représente la sortie et la paye des ouvriers, et qui affecte la même architecture et la même décoration que celles d’aujourd’hui, sauf un point pourtant : les grands lions qui se dressent à l’entrée n’existaient pas encore. Les bizarres sentinelles de granit qui donnent au monument un si singulier caractère, œuvres de l’antiquité rapportées de Grèce par les vainqueurs du Péloponnèse, et auxquelles on n’a pas craint de donner pour origine ou plutôt pour destination la consécration de la fameuse bataille de Marathon, ne devaient s’élever sur leurs piédestaux qu’au dix-septième siècle. Les auteurs érudits du fameux recueil Venise et ses Lagunes disent que l’un des lions s’élevait sur la route Lepsina qui va d’Athènes à Eleusis, et que l’autre, celui qui est assis, était au Pirée. Voici un passage qui ne laisse pas de doute sur l’enlèvement par les Vénitiens de ces deux trophées : « Le port s’appelle maintenant Porto Draco, ou Port Lion, à cause d’un lion colossal de marbre qui était placé sur un gros piédestal vers l’entrée du port. Il avait dix pieds de hauteur et il était assis sur son derrière, regardant vers le Sud. Comme il avait la bouche percée, on a présumé qu’il jetait autrefois de l’eau. En 1687, ce lion a été transporté à Venise par les Vénitiens et placé sur le port de l’arsenal de cette ville. ))

Le personnel des ouvriers était un personnel, d’élite, et la République comptait tellement sur sa fidélité qu’on lui réservait la garde du Grand Conseil et du Sénat. Ils étaient à la fois artisans et soldats, organisés militairement, embrigadés, surveillés par ceux-là mêmes qui les commandaient comme officiers; et, en maintes occasions, ce corps, qui dépassait toujours le chiffre de dix mille hommes et qui en compta parfois jusqu’à seize mille, fut le plus sûr garant de la sécurité intérieure du gouvernement de Venise.

A côté du provèditeur, et au-dessous de lui, régnait le grand amiral, qui empruntait son nom à l’ordre d’idées plutôt qu’aux fonctions, car c’était un artisan, mais un artisan d’une habileté reconnue par tous, de la plus haute intelligence et de la plus grande autorité. Il avait la direction générale des ouvrages et le commandement sur tous les chantiers de construction, il jouissait de privilèges très-enviés, et portait dans les cérémonies un costume d’apparat qui l’assimilait presque aux nobles: il avait la robe de satin rouge, recouverte d’une veste qui descendait jusqu’aux genoux, et coiffait la toque de damas violet avec la torsade d’or à gros glands.

Dans les grandes fêtes publiques et dans les visites officielles de l’arsenal par le doge, le Sénat ou les souverains, le grand amiral occupait un poste d’honneur et conduisait toujours les princes dans les chantiers, qui étaient son domaine. Le jour de la Sensa, quand le doge, accompagné du collège et des ambassadeurs montés en grande pompe sur le Bucentaure ,

allait épouser l’Adriatique, le grand amiral servait de pilote. Il s’engageait même à ramener la Seigneurie saine et sauve à la rive et pouvait exiger, si le temps était douteux, qu’on franchît seulement la passe des lagunes sans gagner les parages qui pouvaient offrir quelque danger.

L’arsenal comprenait trois divisions : la construction, les armes et 1 artillerie. Dans la construction, les Vénitiens étaient supérieurs à tous les peuples connus, et on attribuait cette supériorité à deux causes : l’habileté des ouvriers et la qualité des bois employés. On avait imaginé de confier l’administration des forêts à la marine, et tous les usages auxquels oh emploie le bois, construction des maisons et monuments, chauffage, etc., étaient subordonnés aux nécessités de la construction. On achetait les bois dans la province de Trévise, dans le Frioul, dans la Carniole, dans l’Istrie et la Dalmatie; mais, ces diverses provinces ne suffisant point, on eut recours à l’Albanie et à l’Allemagne. Les bois mesurés, estampillés, et débités en épais madriers, étaient immergés dans l’Adriatique, vers le Lido, et y séjournaient dix ans avant d’être employés.

Dans les magasins, les diverses pièces dont se compose une galère étaient préparées à l’avance, taillées et prêtes à être assemblées, et l’ordre était tel dans 1 arsenal que, le jour où le roi Henri III vint le visiter (1574), pendant qu’il assistait au banquet dans la grande salle on assembla en deux heures une galère et on la lança à la mer. Il va sans dire qu il y avait là un prodige de mise en scène et que la direction n’aurait pas confié la vie du doge à ce bâtiment improvisé ; mais c’était pour ainsi dire symboliser par un exemple la puissance des moyens d’exécution dont on disposait. Dans les grandes circonstances politiques, l’activité dépassait tout ce qu’on peut imaginer, et, lors de la fameuse Ligue qui fut couronnée par la victoire de Lépante, on vit chaque matin, pendant cent jours, une nouvelle galère sortir de l’arsenal. Pour donner, par un détail authentique, l’idée des moyens employés, on réquisitionnait à perpétuité les chanvres dans toutes les provinces de terre ferme et on en fixait le cours légal, des magasins spéciaux étaient ouverts ; chacun venait y puiser en payant au gouvernement, qui prélevait d’abord la quantité suffisante pour ses besoins. Aussi les cor dages des navires avaient-ils une supériorité marquée sur ceux des autres pays.

L’arsenal des armes comprenait l’armement des galères, la fabrication des armes, leur conservation et leur réparation, et, comme dans nos arsenaux modernes, chaque corps ava t

là son matériel de rechange.

L’artillerie comprenait les fonderies, les parcs et l’école des bombardiers, le tout sous a responsabilité du provéditeur à l’artillerie. Les fonderies au seizième siècle étaient sous a direction des fameux frères Alberghetti, qui avaient formé toute une école de fondeurs, de tels artistes imprimaient un cachet à tout ce qui sortait de leurs mains; c est ainsi que toutes les pièces d’origine vénitienne qu’on retrouve aujourd hui ou qui figurent dans collections d’artillerie de l’Europe sont presque toujours des chefs-d’œuvre non pas seu ement au point de vue de la fonte, mais aussi au point de vue de la forme. En dehors de ces services, ,1 existait un intendant des machines militaires, qui était tenu de sutvre le mouvement des inventions qui pouvaient servir aux choses de la guerre.

Les Vénitiens d'ailleurs avaient été les premiers à introduire en Itahe 1 usage du canon

vers 1376, dans la guerre que leur avait déclarée François Carrare, seigneur de Padoue. Dans une chronique intitulée Renim Italicarum Scriptores , due à André Redusio de Quero, je lis les lignes suivantes : ce C’est un gros instrument de fer, ayant une large ouverture et percé dans sa longueur. On y fait entrer une pierre ronde sur une poudre noire, composée de soufre, de salpêtre et de charbon; on allume cette poudre par un trou, et la pierre est lancée avec une telle force qu’il n’y a pas de mur qui lui résiste. On croirait que c’est Dieu qui tonne. )> On voit par cette citation que nous n’en sommes encore à cette époque qu’aux boulets de pierre, et ces pièces étaient de position, c’est-à-dire non portatives. En 1380, dans la défense de Chioggia contre les Génois, on fit le premier usage des bombardes. Ces pièces ne tiraient qu’itne fois par jour, et Danielle Chinazzo, dans sa Chronique de la guerre de Chioggia, donne le nom des deux plus grosses : l’une s’appelait la Trevisana , l’autre la Vittoria; la première lançait des pierres de 195 livres, la deuxième en lançait du poids de 140. Le 11 avril 1512, le jour où Gaston d’Orléans pour les Français, Fabrice Colonna pour les Romains, et Pierre Navarre pour les Espagnols, livrèrent contre les Vénitiens la bataille de Ravenne, qui coûta la vie à Gaston d’Orléans, les Espagnols, pour la première fois, firent du canon une arme de campagne en la plaçant sur des chariots et la conduisant au milieu des files d’attaque. C’est alors que les Vénitiens employèrent ce même système et substituèrent l’artillerie légère à la grosse artillerie pour les luttes en rase compagne. Le fameux condottiere, le Colleoni, dont la statue équestre s’élève sur la place San Giovanni e Paolo, fut celui qui, le premier, dans les campagnes vénitiennes, se servit de ces engins destructeurs pour le plus grand profit de la République.

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La Salute. — Église construite par le Longhèna. — Entrée du grand Canal.

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