‹ VeniseChapitre 17 sur 69 · L’ARCHITECTURE · texte numérisé non relu

L’ARCHITECTURE

SES TRANSFORMATIONS SUCCESSIVES

Scala Minelli (San Paternian).

Torcello est la ville qui s’est élevée

En dehors des restes de la domination romaine, des autels, cippes, sépulcres, murailles, et ruines d’arcs de triomphe, d’un caractère absolument romain, le plus ancien monument d’architecture du territoire de Venise est la cathédrale de l’île de Torcello ; elle appartient à la période que les Italiens appellent romano-chréfienne et sa fondation date de 641. Ce n’est point à dire que plus de douze siècles écoulés n aient fait sentir le poids du temps à ces vénérables témoignages de la foi des premiers Vénitiens; 1 église a été restaurée, mais les restaurations faites n en ont pas altéré sensiblement la forme, et nous avons là un exemple du plus haut intérêt, un spécimen trèscomplet de l’époque qui précède à Venise linfluence byzantine.

sur lés ruines de l’antique Altino, détruite par les

Barbares ; c’est-à-dire que les habitants d’Altino, cherchant un refuge contre leurs passages

constants et leurs violences,

trouvèrent ces îles propices à la construction d’une ville, et, fugitifs, dénués, portèrent avec eux leurs mœurs, leurs habitudes, leur mode de construire et leur goût architectural. Ils étaient des Latins, ils construisirent à la romaine ; c’est même l’avis de Selvatico (sulla Architettura et la Scultura in Venezia ) qu’à l’aide des barques qui leur avaient servi à fuir, ils revinrent dans leur cité en ruines, ramassèrent leurs débris, leurs chapiteaux, les frises encore en état, les matériaux précieux, et les firent servir à la construction de l’église nouvelle.

Chaire épiscopale et gradins des prêtres ( Presbyterium), à Torcello.

Bandeaux et frises dorés de la Cathédrale de Torcello.

Il n’existe pas à Torcello, en outre du baptistère dépendant de cette même église,

une construction d’une époque aussi ancienne.

C’est l’église type dont on connaît de si beaux spécimens à Rome, avec les trois nefs, le fond de l’autel en culde-four orné de mosaïques, les gradins en amphithéâtre semi-circulaire, la chaise épiscopale de Pierre, dominant la hauteur de ces gradins, et le tout

séparé du reste de chaire donnée au Patriarche l’église par une bar- de Grade par Héraclius.

rière en pierre la plupart du temps sculptée à jour et toujours prise dans la masse.

Ornements du Ccncellum de la Cathédrale de Torcello.

SES TRANSFORMATIONS SUCCESSIVES

Santa Fosca in Torcello est un spécimen d’une période importante en ce qu’il montre la transition qui va se faire à Venise, entre l’architecture romanochrétienne et l’architecture byzantine. La construction pourrait appartenir au neuvième siècle, mais le seul document authentique qui prouve son antiquité est un acte de donation fait par les sœurs Maria et Buona, qui offrent une rente à la paroisse, et cet acte est de ioii.

Je n’ai pas besoin de dire que là, comme partout ailleurs, les restes antiques ont été appropriés. Le caractère général, c’est l’arc romain avec une recherche déjà grande dans la décoration, l’influence de la profusion orientale, les frises surchargées comme dans l’art arabe, les dentelures, les gouttes, etc. Le plan n’est plus le même, c’est celui des Orientaux, qui se caractérise par la croix grecque et l’usage de la coupole ; parfois les architectes locaux ne sont pas assez avancés pour que cette coupole soit complète dans sa coupe de pierre et que la forme extérieure accuse la forme intérieure, mais le principe d’imitation est posé dans le plan.

San Donato de Murano appartient encore à l’époque byzantine influencée déjà par l’art arabe; l’abside à jour, à balustrade, avec ses colonnes accouplées supportant un arc légèrement surélevé, rappelle le principe d’arcature des mosquées ; les frises et l’ornementation de cette église sont à

Le Bénitier de la Cathédrale tr0 P P etite éch * 1Us da " S le deSSin ^ de Torcello. nous donnons ici, mais leur caractère

oriental se fait sentir néanmoins. Les chroniqueurs assignent à sa construction la date de la fin du dixième siècle.

Santa Fosca dans l’ile de Torcello.

Chaire épiscopale de Torcello.

dans ce prodigieux reliquaire, fastueux monument élevé à Dieu par un peuple de commer¬

çants, de soldats, de jusqu’à la profusion, honneur de vivre litorze siècles, au mitoute nature qui les C’est en 828, seniques, et en 831, le corps de saint par surprise et au pieux, de Venise à doge Partecipazio

Frise séparant les deux Ordres. — Abside de Murano.

législateurs , riches qui ont eu l’insigne bres pendant qualieu des périls de ont assiégés.

Ion certaines chrosuivant d’autres, que Marc est transporté, moyen d’un vol Constantinople. Le décrète qu’il sera

construit une église en l’honneur du saint et qu’on y transportera ses reliques. L’église s’élève

dès le neuvième siècle, mais en 976, dans une révolte contre le doge Candiamo, on brûle

SES TRANSFORMATIONS SUCCESSIVES

le palais ducal et avec lui le monument de Saint-Marc. Pietro Orseolo le reconstruit plus somptueux; en 1043, Domenico Contarini l’augmente et lui donne sa forme à peu près définitive.

C’est Dômenico Selvo qui l’orne, et, pour arriver à ce but, il appelle à lui tous ceux qui vont en Grèce et en Orient, les capitaines de la mer, les voyageurs et les commerçants; tous, pour parer Saint- Marc, dépouillent un grand nombre de monuments antiques. C’est l’année 1071 qui voit s’accomplir l’œuvre de l’ornementation, on a été jusqu’à dire que les archi-

,, • , j r' 4- ABside de San Donato à Murano.

tectes étaient venus de Constantinople ; mais Cicognara, le grand écrivain de Venise, combat vivement cette assertion. Il s’échauffe même à ce sujet, et voici comment il résume ses arguments : ce Dès le neuvième siècle, on fait en Italie des verres peints; au douzième, à Trévise, un certain Hubert exécute des mosaïques à Torcello, en 1008, on restaure l’église latine en lui conservant son caractère ; avant d’élever Saint-Marc on a construit quatrevingts églises à Venise : comment aurait-on eu besoin d’aller chercher des artistes à Constantinople pour construire la basilique?

Chapiteau de la Maison dite des t Apostoli *.

Chapiteau d’un Palais à Campo San Polo.

Chapiteau de l’époque byzantine, à Saint-Marc.

Sculpture de l’époque byzantine, encastrée dans un Palais.

Chapiteau à feuille d’acanthe, à Torcello.

Selvatico, lui, s’en tient à des raisons tirées des entrailles mêmes du sujet ; il cherche ses arguments dans le plan et le compare avec celui de Sainte-Sophie. Quoi qu on en dise, lin

Décoration murale de San Michèle, Lucca.

tout aussi profonde, l’art est un miroir et reflète l’histoire d’un peuple; au fond, les Vénitiens sont des Orientaux après tout, et il n’y a rien d’étonnant à ce que leur art ait pris quelque chose à l’Orient. Hâtons-nous de dire que, même dans la période où se fait le plus sentir cette influence, leurs artistes ont gardé un caractère spécial, et dans la pensée, et dans la main. Que la pensée et la forme soient exprimées à l’aide du ciseau, du pinceau, du compas ou du crayon, la pensée vénitienne, lame vénitienne, la main vénitienne se retrouvent dans cet art véritablement national et qui constitue une école dans toutes les branches.

fluence est visible, le monument est italien ; mais on n’échappe pas à son génie, à son histoire, à ses mœurs et à sa vie. Les Vénitiens avaient le génie du commerce et du voyage; ils s’arrêtaient à Constantinople, ils allaient y entrer en vainqueurs, comment n’auraient-ils pas subi l’influence et pourquoi s’en défendre ? Les artistes de San Michèle l’ont subie d’une façon

SES TRANSFORMATIONS SUCCESSIVES

Crypte de la Basilique de Saint-rMarc.

Plan de la Crypte de la Basilique

de Saint-Marc.

une crypte extrêmement curieuse, assez peu connue, et que nous avons vue, quant à nous, inondée pendant des années ; elle était fermée au public depuis trois siècles, et nombre de Vénitiens ne soupçonnaient point son existence. Dans un séjour plus long que ceux que nous faisons d’ordinaire, nous avons eu l’occasion de suivre les travaux qui en ont permis l’accès; c’est une grande conquête que l’on a faite là, car, de toutes celles que nous connaissons, si cette crypte n’est pas la Plan de Saint-Marc. plus ancienne, elle est certainement la

plus particulière comme forme. On sait que les temples et autels érigés au-dessus des

Plan de Sainte-Sophie de Constantinople.

Chapiteau et base. Atrium de Saint-Marc.

Archivolte arabe de Saint-Marc.

L’un des Piliers de S. Saba d’Acre, à la Porte de Saint-Marc.

tombes de ceux qui étaient morts pour la foi s’appelaient cryptes ou confessionnaux.

Page 1