‹ VeniseChapitre 29 sur 69 · MARTINO LOMBARDO · texte numérisé non relu

MARTINO LOMBARDO

armi les monuments les plus parfaits de Venise appartenant à l’époque de la Renaissance, on compte la scuola di San Marco et Xéglise de San Zaccaria, et tous deux sont dus à Martino.

Il m’est difficile de dire s’il était fils de Pietro; je ne le crois pas, car ses travaux sont contemporains des siens et il disparaît avec lui ; ce devait être plutôt le fils d’un de ses frères. La scuola di San Marco est l’incomparable monument (aujourd’hui destiné à un hôpital civil) qui s’élève à gauche de la façade principale de San Giovanni e Paolo, sur cette place admirable où se dresse, dans sa fierté et sa noblesse, la superbe statue équestre du Coleoni. Les trois monuments réunis, l’étroit canal et le pont qui le traverse, forment un des plus beaux ensembles de Venise. Il n’y a pas là de parité absolue dans les époques; le piédestal à la fois charmant et noble de la statue, dû au talent de Leopardi, est certainement en harmonie avec la scuola, mais l’architecture de la façade de San Giovanni e Paolo est antérieure, c’est le caractère de la transition entre l’art gothique et la Renaissance. La belle porte principale de la façade, à laquelle vient se rattacher le monument de Martino , est même une ogive trèsaccentuée, mais l’ornementation sent la Renaissance prête à florir.

Il ne faut pas décrire ces monuments, il faut les montrer (voir page 113), et le voyageur doit les visiter. On ne craint pas d’affirmer que jamais l’architecture, sans en excepter aucune époque, ne revêtit des formes plus aimables, ne se révéla plus gracieuse et plus inventive dans le détail, et ne fut plus riche dans sa fantaisie. Rien de pédant, rien de sec, rien de triste sous prétexte de grandeur. La porte est ramenée à des proportions humaines, c’est une entrée usuelle où on passe sans apparat ; Martino l’encadre dans une porte plus grande d’un détail exquis, riche comme la porte de Stanga, mais plus simple et d’un jet hardi. A droite et à gauche, comme il na pas besoin d’issue, sa fantaisie lui dicte une ornementation des plus étranges et de 1 aspect le plus inattendu. Tout en restant dans lçs lignes architecturales, il simule deux perspectives encadrées dans deux arcs un peu moins élevés que celui de la porte principale. Ce sont deux allusions à Saint-Marc, deux lions grandeur nature sculptés en bas-relief, qui se tiennent debout et semblent garder le seuil; par un jeu de mosaïques de marbre, 1 artiste simule une perspective dont les animaux forment le premier plan donnant tout son effet au recul. Ce détail sculptural est dû à Tullio qui est regardé comme l’ouvrier le plus habile et le ciseau le plus savant de la famille. Il n’y a rien de régulier dans cette façade, les jours s ouvrent à 1 aventure, là où le besoin a porté l’homme à chercher la lumière nécessaire; mais elle est conséquente avec le plan, et c’est tout ce que demande la raison : le goût saura prendre un parti harmonieux et satisfaire les yeux de celui qui regarde l’effet général du monument sans se préoccuper de sa distribution intérieure.

Rien de plus riche que le grand tympan qui couronne la façade, fronton circulaire qui rap-

Page 1