TULLIO ET ANTONIO LOMBARDO
ien n’est plus facile que de caractériser la part qui incombe, dans les monuments dus à la conception de leur père, à chacun des deux fils de Pietro, ses collaborateurs habituels. Tullio fut véritablement un artiste et un grand artiste, comme tel il a eu sa personnalité et sa haute situation ; il n’en est pas de même d’Antoine, qui a été simplement un sculpteur auquel, une silhouette générale étant donnée ou une maquette d’une certaine grandeur, on confiait l’execution d’une statue, d’un bas-relief, des frises ou des chapiteaux. Tullio fut à la fois architecte et sculpteur; comme architecte il n'eut pas grand renom; il a conçu des monuments dans leur ensemble, quelque palais probablement, mais la seule œuvre très-importante qu’on connaisse de lui dans ce genre- a, c es l 'église de San Salvatore. Giorgio Spavento l'avait commencée; Tullio n en approuva m e plan, ni les élévations, et y apporta un tel changement, avec l’assentiment e a a nque e es patrons de la paroisse, qu’on peut dire hardiment que l’œuvre est sienne. Mais cest surtout
LA FAMILLE DES LOMBARDE
Trévise qu’on peut le juger dans les œuvres d’ensemble; c’est lui qui accomplit la construction du chœur de la Madona dette Grazie. Au dôme de la ville, il a fait la chapelle du sacrement et trois autres chapelles dans le couvent de San Paolo, et il a sculpté sur le sarcophage de l’évêque Zanetti, construit par Pietro, un aigle en plein relief qui est un chef-d’œuvre.
Cependant sa renommée est celle d’un sculpteur de figure, et de toute la famille c’est celui qui a laissé le plus grand souvenir dans ce genre. A Venise, à l’église San Martino, on lui doit quatre petites figures d’anges sur un des autels, figures que les amateurs regardent comme l’œuvre la plus pure de l’époque, celle qui se rapproche le plus des admirables sculpteurs florentins du quinzième. A San Giovanni e Paolo, le Monument funèbre de Mocenigo est dû à sa collaboration avec Pietro son père ; le grand capitaine était mort depuis longtemps, mais on tarda à lui donner un asile définitif, et Tullio, quoique très-jeune alors, fut chargé du travail. C est une composition dans le genre de celles que nous avons reproduites dans le chapitre les Tombeaux , mais elle est beaucoup moins pompeuse. Le Mocenigo est en pied sur l’arc principal, et dans les entre-colonnements se détachent deux figures symboliques; chacune de ces parties considérées dans leur valeur intrinsèque au point de vue du sculpteur, est des plus parfaites de l’art vénitien.
A Saint-Jean-Chrysostome, sur un autel, Tullio a sculpté les douze figures des apôtres, qui peuvent passer pour des œuvres hors ligne. On lui reproche quelque part d’avoir eu l’habitude d étudier ses plis sur des étoffes mouillées et dressées sur le mannequin, ou assez observées sur la nature pour que le souvenir de l’effet produit lui ait permis de le reproduire. Cette idée ne nous était pas venue en face des productions de l’école, mais elle est plausible en face de la maigreur du pli et du peu de flou qu’elle offre; chacun sait, d’ailleurs, que les grandes figures du Parthénon, dont les originaux, enlevés par lord Elgin, ornent aujourd’hui les salles du British Muséum, sont drapées dans le même esprit : on prétend d’ailleurs que ce système, qui consistait à employer des étoffes humides pour en couvrir les modèles, était tout à fait en honneur à Athènes et dans toute l’école de la sculpture antique au temps de Périclès.
On trouverait encore nombre de figures détachées à attribuer au Tullio; l’Adam nu qu’on voit dans le palais Vendramin est dû à son ciseau, mais la statue d’Ève ne peut pas lui être attribuée. Il faut voir aussi les bas-reliefs de la Scuola de Saint-Marc, et aux Miracoli , dans
ce petit sanctuaire exquis dû à son père, deux charmantes petites statues sur l’autel principal que réclame son ciseau.
Quant à son frère Antonio, son œuvre est perdue dans celle de son père et celle de Tullio; il fut peut-être le plus faible talent de la famille; il n’était pas sans mérite cependant ; mais cette dynastie des Lombard! a atteint à de telles hauteurs que le dernier d’entre eux est encore un maître. On voit à Saint-Antoine de Padoue un bas-relief représentant un miracle de la vie du saint qu’on peut lui donner sans conteste. Pour le reste, nous l’avons dit, il a collaboré à l’œuvre de son père et de son frère; ainsi, par exemple, la tradition rapporte qu’il fut le praticien assidu de Pietro pour le monument du cardinal Zeno à Saint-Marc, et la même tradition lui assigne une grande part dans le monument de Mocenigo à San Giovanni e Paolo dû à Tullio et à Pietro : c’est donc le collaborateur de ces deux grands artistes, c’est là sa gloire, .1 n en peut réclamer d’autre. Tullio doit avoir cessé de vivre vers .559