LE TINTORET — LE MIRACLE DE SAINT-MARC
L’ÉCOLE VÉNITIENNE
deux fois il l’a traité avec des variantes, comme on peut le voir daus l’ouvrage intitulé : l’ Œuvre de Ingres , gravé au trait par Réveil.
Nous reproduisons ici « le Miracle de saint Marc », qui passe pour l’une des œuvres les plus importantes de l’artiste; la toile figure à l’Académie de Venise, elle est robuste et d’une vigueur qui est très-caractéristique du maître. Jacopo Robusti a vécu quatre-vingt-deux ans; il repose à Santa Maria dell’ Orto. Il a laissé deux fils; l’un deux, Dominique, était un portraitiste de quelque mérite. En art la place du Tintoret est difficile à assigner, il est surtout un tempérament ; il ne touche le cœur que bien rarement, et même je dirai qu’il n’éblouit pas les yeux quoique coloriste, parce qu’il ^ peint triste; mais
il y a tel ou tel / morceau de lui
qui peut passer pour un chef-
d’œuvre, et on ****$ 0 ^ est tout étonné
de voir dans la petite salle, à la
suite de celle des ambassadeurs,
appelée YAuti- ■ Collège, quatre
compositions ex- f^ʧÊ'Æm i quises de grâce :
Ariane et Bac- chus, — Pallas
chasse Mars, — <( ? es Borges de
Vulcain .», et , Mercure et les Grâces , où il semblerait avoir
cherché la forme avec autant de
soin que les des- sinateurs les plus
illustres de cette école vénitienne.
Pour être un peu plus complet,
au moins comme nomenclature. sinon comme bio- graphie, et comme appréciation, . . , je dois citer ici le
1 1 Jacopo Robusti dit le Tintoret. (Venise, 1512-1094.;
nom de Sébastien delPiombo(i485)
et celui du Bassan, deux noms dont une école se ferait gloire, si celle-ci n’était aussi riche.
Quand on ne connaît l’œuvre de Jacopo da Ponte, dit le Bassano, que par des spécimens de second ordre, on se le représente volontiers comme un coloriste sombre, peintre diffus, occupé seulement à la représentation de sujets vulgaires, d’intérieurs de cuisine, de sorties.de l’arche, de scènes champêtres tirées de l’Écriture et interprétées d’une façon bizarre. Quand on étudie le Bassan à Venise, son champ d’action s’élargit et il faut saluer bas: on est en face d’un homme de haut vol et d’un artiste considérable. Il est né en 1510, élève de Fran¬
cisco Bassano, son père, qui avait étudié chez Giovanni Bellini, et plus tard chez le Bonifacio (un bien grand artiste aussi, dont j’aurais dû parler avec quelque développement). Il vivait peu à Venise et se fixait d’ordinaire à Bassano; ce fut le Titien qui fit sa réputation en achetant une (( Entrée des animaux dans l’arche ». Peu à peu on 1 apprécia et le sénat le voulut employer à la décoration des édifices publics; c’est vraiment là quil le faut juger, dans les
Le Tintoret au Lit de mort de sa Fille. - Tableau de Morelli de Milan (École italienne moderne).
LA PEINTURE
grandes surfaces où il se meut à l’aise aussi bien que ses illustres émules. Il a le don de la
vie, et telle de ses figures affecte un si grand relief et une telle réalité qu’il semble quelle se détache du cadre et vient au spectateur. On prétend qu il ne dessinait pas le nu, et on se fonde sur cette particularité que, dans tout 1 œuvre, on ne compte pas une figure religieuse ou allégorique qui ne soit vêtue de la tête aux pieds. Il a laissé de beaux portraits qu’on prendrait volontiers pour des Tintorets; il mourut en 1592, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, et repose à San- Francisco.
Le Bassan a laissé quatre fils; François et Léandre, les deux aînés, ont produit des œuvres magistrales, et le premier ,a orné les murs du palais ducal de grandes compositions qui se tiennent devant celles des plus fiers artistes de Venise. C’est à lui qu’on doit, dans la salle du grand conseil, (( le Doge Ziani recevant le glaive des mains du Pape )).
Ce François est mort
..... d une façon singulière *
:1 était si ardent au travail quil contracta une fièvre chaude; il se croyait entouré dLhers
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et menacé d’arrestation. Dans le courant de l’année 1594, il avait alors quarante-quatre ans, il ouvrit sa fenêtre, se précipita sur la dalle et mourut sur le coup.
Léandre occupait une belle place dans l’école ; il a survécu de beaucoup à son frère. C’est à lui qu’on doit la plupart des peintures qui ornent la salle du conseil des Dix. Le doge Grimani le protégeait, et il mérita la chaîne d’or des chevaliers de Saint-Marc. Léandre est mort à l’âge de soixante-cinq ans, en 1623. Nous donnons ici les portraits de ces émules
de Jacopo da Ponte nue en Italie, du pein- Andrea Schiavone touchante; constamétait digne et fier, et chose de profond qui né en Dalmatie, dans de Sebenico où les la Grèce antique. Au comme il le fut du qui lui trouvait une comme coloriste et lut qu’il l’aidât dans tions de la Libreria détruites. Le Tintoret honneur en le propomodèle à ses élèves, artiste qui, de son vique des peintres eux-
Marietta Tintoretta, Fille du Tintoret (i55o-i5ç)o).
d’après l’œuvre, si contre Carlo Ridolfi.
est une personnalité ment malheureux, il son talent a quelque va au cœur. Il était cette jolie petite ville choses ont la grâce de lieu d’en être jaloux Tintoret, le Titien, saveur d’originalité comme peintre, vouses grandes composi- Vecchia , aujourd’hui lui faisait aussi grand sant toujours comme C’est cependant un vant, n’a été apprécié mêmes ; il a eu la plus
grande peine à vivre, et sa seule consolation était l’amitié et l’estime des plus illustres par le génie et par l’esprit. L’Arétin l’aimait et lui fournissait des sujets de tableaux; mais cela ne l’enrichissait point, et le pauvre Schiavone allait déguenillé par les rues. Il mourut en 1582 sans même laisser de quoi payer ses funérailles, ce qui fit grand pitié aux Vénitiens.
Bartolommeo Veneziano n’a laissé que trois tableaux dont deux chefs-d’œuvre. Il vivait vers 1540. Un autre artiste du même temps, c’est Jérôme Mutian, né de famille noble, en 1528, à Aqua Fredda; il a peint à Rome pour Grégoire XIII; c’est là qu’il se maria, et, devenu le protégé du cardinal d’Este, il décora sa vigne de Tivoli; il vécut toute sa vie des commandes que lui firent le Pontife et les cardinaux. Il est mort en 159° e ^- ^ repose dans l’église de S?:±ice-Marie-Majeure.
Joseph Porta appartient aussi à cette génération; né en 1 535 > à Castel!o Nuovo délia Garfignana, il meurt à Venise en 1585* H était élève de Salviati, il a
MARTI ÉTAT! S SV/u AN XX Vlj
BARTOm VENETVS Faciebat
LA PEINTURE
peint de grandes compositions dans les salles du Vatican pour Rome lui ont beausà carrière à Venise, nombreux que la Réreprésenter les fastes dont les œuvres sont des hommes plus céet qui rayonnent d’un tdre vénitienne qu’ils tour d’eux. Ce Joseph et s’occupait de mathé- Le seizième siècle sidérable de peintres raient encore être cifondu en voyant fala sève de cette généde la Renaissance ; tième siècle, com de l’école, qui comp-
Paris Bordone, né à Trévise
noms comme ceux ’ evise t i: > 44 -i 58 o).
1709), de SébastienRicci, né à Belluno en 1659 et mort en 1
le pape rie IV, et ses succès à coup servi pour faire C est un de ces artistes publique employa à de son histoire et parfois attribuées à lèbres qu’ils n’ont été tel éclat dans la peinabsorbent tout au - Porta était un savant matiques et de chimie, finit; un nombre consecondaires pourtés, car on reste conbondance de talent et ration contemporaine mais, avec le dix-sepmence la décadence tera cependant des d’André Pozzo (1642- 734 * Ricci est un tempérament
Amdrea Chiavone, né à Sebenico (i522-i582).
Leandro DA Ponte, né à Bassano (1548-1623).
de décorateur; c’est un homme d’esprit à la façon de nos peintres français du dix-huitième
siècle, qu’il devance un dance qui a son prix; l’acception du mot et grâce charmante et Rome, à Milan, à Lonsance, à Vienne et à abordé la mythologie François Boucher héfeu peut-être et encore vait la perspective peintres du plus beau plus d’esprit et d’ingédans ses grandes maconvie tout l’Olympe dieux. J’ai été étonné à l’hôpital de Chelsea positions murales; les dopté, et l’Italie avait entier cette spécialité grandes surfaces. Ropeignaient en France,
peu; il est confus, mais brillant, plein d’afféterie mais d’une abon-
c’est un peintre dans
souvent il est d’une maniérée. Il a peint à dres, à Bologne, à Plai- Florence. Il a surtout et l’histoire ; c’est un roïque, avec plus de plus de facilité ; il sacomme les plus grands temps, et dépensait niosité que de cœur chines picturales où il aux banquets des de retrouver le Ricci dans d’énormes com- Anglais l’avaient aalors dans le monde de la décoration des
Jacopo DA Ponte dit LE Bassan. (Bassano, 1510-1592.) manelli et Pellegrini
Ricci à Londres, le Tiepolo allait couvrir les larges salles du palais
Doue», co Tintoeeito. (Venise, . 56 e-. 63 7 .) Jscopo Pal»» dit Palme le Jeune. (Venise, 1544-1628.)
de Madrid et celles du palais du prince archevêque à Wurzbourg de ses peintures originales.
LA PEINTURE
Antonio Balestra est de 1666 et il a vécu jusqu a 1740, c’est à Vérone qu’on peut le juger sous son vrai jour : il y avait établi sa résidence, et on voit ses œuvres aux Carmes-Déchaussés, à San Vitale, à Saint-Benoît, à Santa Maria in Organo. Après lui, par ordre chronologique, viennent la Rosalba, Piazzetta, Antonio Canal dit Canaletto , le Guardi, Tiepolo et Longhi: ce sont les derniers vraiment importants de l’école vénitienne.
Voyons en quelques lignes qui fut la Rosalba, charmante personnalité dont la France s’est éprise, parce quelle semble un reflet de son école du dix-huitième siècle, et que ses œuvres, légères comme la poudre que le peintre essaye de fixer sur la toile, sont brillantes comme elle et reflètent fidèlement une époque pimpante, galante et pleine d’élégance.
Rosa Alba Caméra est née à Venise en 1672; elle était la petite-fille d’un peintre assez médiocre, et son père était dessinateur. Elle commença par faire du point de Venise- mais comme elle essayait en même temps de peindre d’après les modèles qui lui tombaient sous la main, un banquier vénitien, qui était son voisin et qui s’intéressait à son talent naissant' lu. prêta de belles études du Baroche; les copies qu’elle exécuta ayant fait l’étonnement des connaisseurs de la ville, son père l’envoya chez Diamantino, un peintre alors très en honneur à Venise, quoique assez oublié aujourd’hui. Là, elle fit de rapides progrès, et sur le conseil d’une amie, s’adonna au genre gracieux de la miniature. C’est de cette époque que date son succès; elle employa le pastel, fit des portraits et des figures de fantaisie qui se dis' tinguent par la grâce et par une coloration puissante et fine. Le roi de Danemark de passage à Venise, se passionna pour ces frais pastels, piquants dans l’exécution, spirituels dans la touche, et qui avaient le mérite de montrer sons leur jour le plus favorable les traits des belles
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Vénitiennes de l’époque. Elle jouit dès lors d’une faveur réelle dans toute l’Europe ; les Académies de Rome, celle de Florence, l’Institut de Bologne lui envoyèrent leurs brevets et l’inscrivirent parmi leurs membres étrangers. Le duc de Toscane lui demanda son portrait pour la fameuse galerie où figurent tous les grands artistes du monde. Elle avait pour beaufrère un certain Pellegrini, peintre vénitien, qui avait été appelé à Paris par le fameux Crozat
La Rosalba (Rosa-Alba Carriera).
Née à Venise (1671-1757). - D’après le Portrait peint par elle-même.
pour peindre le plafond de l’hôtel de la Banque; elle le suivit dans cette ville; le roi de France posa devant elle, et on la vit dans tous les salons de Paris, fêtée, honorée, visitée par les artistes les plus célèbres du temps. Le 26 octobre .720, l’Académie de peinture la reçut parmi ses membres, et elle peignit pour son morceau de réception « une Muse » qui fait partie de] notre collection du Louvre. Nos collections sont très-riches en oeuvres de la Rosalba; M. Piot en possède un grand nombre, aucune n’est plus piquante que cette pale petite figure
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de jeune fille qu’elle a représentée avec son singe et qui décore le cabinet des pastels du Louvre; quelques-unes des œiivres qui font partie de notre collection sont d’une grâce achevée et d’une puissance de tons surprenante. Nous avons essayé de reproduire l’une des plus gracieuses de ces œuvres du Louvre, « La jeune fille au singe, » mais il est bien difficile de fixer cette grâce légère et ce charme du pastel qui échappe à nos procédés de reproduction.
De Paris, la pour Vienne, CharlesVI,rim> tbs les archilurent poser detune était commanquait plus à tiste , puisque consécration la Elle revint où elle mourut de quatre-vingtdant les dernièvie,elle était demais elle ne s’entourer des des artistes les de son épo n’était pas aussi ques contembien voulu dire; essayer de tromle jour où elle miroir; mais elle cère, et les porlaissés d’elle l’intelligence sionomie que sa qu’elle était mu-
La JeUne FiUe au Sin & e - ~ Musée du Louvre. - P as tel de la Rosalba.
Rosalba partit où l’empereur pératrice et touduchesses vouvantelle.Saforplète, rien ne sa gloire d’ar- Rosa avait eu sa plus éclatante, alors à Venise, en l 757 > à l’âge cinq ans. Penres années de sa venue aveugle, cessa point de esprits d’élite et plus marquants que. La Rosalba jolie que quelporains l’ont elle aurait pu per la postérité posa devant son a été très-sintraits qu’elle a prouvent plutôt de cette phygrâce. On dit sicienne de mé-
nte et comme elle avait des sœurs qui étaient adroites comme des fées et qui étaient doué
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figures de nos artistes du siècle de Louis XV. ppeue 1
Le dix-huitième siècle, à Venise, est le siècle des théâtres, des cérémonies et des fête la reme de 1 Adnat.que, st puissante naguère, n’a plus de force que pour le pla.sir Les d mers grands peintres dont elle inscrira le nom dans le Livre d’or, qui contient cependan d
LE TIEPOLO - ÉNÉE ET DIDON — LE BANQUET ( Fresque du Palais Labbia. )
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