LA TYPOGRAPHIE
ous allons embrasser dans un coup d’œil d’ensemble deux sujets très-vastes : la littérature vénitienne et l’art typographique pratiqué à Venise avec tant d’éclat. Chacun de ces sujets, que personne ne s’étonnera de voir réunis dans un même chapitre, exigerait le long développement d’un volume spécial; on reconnaîtra cependant qu’en suivant le plan rapide que nous nous sommes tracé, nous n’allons omettre aucun des éléments importants que ces sujets comportent. C’est volontairement, et par un parti pris de présenter un tableau d’ensemble des arts et des industries de Venise, que nous nous restreignons
dans de telles limites qu’il nous serait si facile de dépasser.
La typographie, qui est partout un auxiliaire précieux de la pensée, a tct, avec elle, des
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rapports beaucoup plus intimes que partout ailleurs. D’abord, parce que le travail littéraire vénitien a porté, surtout pendant une certaine époque, sur la vulgarisation par la presse des chefs-d’œuvre de l’antiquité qu’il tirait de l’oubli; ensuite, parce qu’une liberté relative et la puissance de ses ateliers typographiques permettaient d’écrire à Venise des livres qui difficilement eussent pu paraître ailleurs, et de les répandre à profusion. En outre, la typographie, comme art, marche en tête de cès arts mineurs, artes minores, qui vont nous occuper dans un instant, arts intimes dont les époques heureuses ont su tirer partout une gloire familière, souvent beaucoup plus durable que l’autre.
■ vcmuenne
r - Luups uânes
qui nous emportent dans les régions élevées de la pensée et de 1 imagination : positive, utilitaire en quelque sorte, elle n’est le plus souvent que le reflet de la politique attentive du Gouvernement sous lequel elle s’est développée. Ce qui fait savaient et sa orce, c’est que dans ses oeuvres principales elle n’a été chercher ses sources d’inspiration nulle part ailleurs que dans les fonctions mêmes de sa vie civile et politique de chaque jour. C'est ainsi que la géographe, lart nautique aussi bien que les constructions navales doivent à la littérature vénitienne leurs premiers progrès, qu’elle a produit des récits de voyages admirablesdes écrivains politiques et des orateurs de premier ordre, à une époque on l’éloquence politique n’existait nulle part; et que, placée comme un trait d’union entre la Grèce et l’Europe
centrale, elle a été naturellement amenée à nrenrW ^ 1 ,
’ ce a Pendre une trèsgrande part au développement
des études helléniques.
Nous commencerons par l’histoire. — L’histnirr 4 v. • », • •
- . / . ^ mst01re à Venise s écnvait par décret public, le
Sénat mettait une sorte de coquette,,, à recherche, le, écrivain, le, plu, diaingu4s é . diger les ann. es de la Rép.bhqne; n'ét.ien, p„ «, „„ ^ ^
premier qui fat appelé h débrondler les ehre.i,,,, déjà nombreuses, tc , k „ „„ '
“ “ > ” ouvrage, éerit h„i„ et en trente-
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tard, 1 illustre cardinal Bémbo f„, chargé de poursuivre r,„ m de SMr
a 1 année ,5.3. P.olo Paru,, célébré écrirai, poUt,,,,, 1W de Be
travail se termine par une relation de la guerre dr ru™ i n . ’ son
tenaient l’Europe en émoi. La République perdait Chypre ceht ^dernièr^
Turcs dans la Méditerranée. On compte parmi les sur a t * ^ COn ^ uête ^ es
Baptiste N„„ Miche,e Pose.™ J é„, P “T" 7 * ' •
public se termine „ r 7 , 3 , „ ““7’*” G *” 1 '’ Lb “'*' dente par décret
Écrire l’histoire, pour l’utilité que nos enfants peuvent tire '' ^ était ° fficielle *
était cependant la maxime qui devait guider l’écrivain ch '' T”" 5 de nOS ancêtres . tel le
de cette histoire officielle, combien d é^chroni,ues'lâd'mirablIs^par,r,Oestp,ehès’nous^ne satu
rions passer sous silence les célèbres Diarii de Marino Sanuto! Ce journal, écrit au jour le jour, par un homme politique vénitien parfaitement placé pour tout voir et pour tout savoir, est le monument historique le plus considérable de la Renaissance. Commencé en 1496, il finit en 1535, et se compose de cinquante-sept volumes in-folio; caché à tous les yeux pendant trois siècles, les historiens modernes ont largement puisé dans ce trésor.
C’est avec ces mêmes idées que les navigateurs et les négociants vénitiens, de retour de leurs expéditions lointaines, écrivaient leurs récits de voyages. Après avoir parcouru le monde, ils cherchaient à y guider leurs compatriotes, à ouvrir des débouchés nouveaux à l’industrie de la patrie. Apôtres pacifiques du commerce et des échanges, ne cherchant ni à modifier les mœurs, ni à changer les croyances des pays qu’ils visitaient, ils étaient accueillis avec empressement et pénétraient partout sans obstacles.
Le récit des voyages de Marco Polo dans l’extrême Orient forme l’odyssée la plus merveilleuse du moyen âge. Le livre fut écrit en français, parleure plus dèlitable et plus commune à toute gens, par Rusticien de Pise, en 1298, sous la dictée même de l’auteur. Les récits de Marco Polo ont été regardés, pendant bien longtemps, comme fabuleux en bien des parties; la critique moderne les a reconnus véridiques, jusque dans leurs plus humbles détails. Malte-Brun l’a surnommé le père de la géographie de l’Asie, le Humboldt du treizième siècle.
En 1380, deux voyageurs vénitiens de famille patricienne, Niccolo et Antonio Zeni, emportés par les hasards de la navigation vers le pôle nord, visitaient la Norvège, peu connue alors, découvraient l’Islande et le Groenland, et touchaient aux côtes du Labrador, partie septentrionale du nouveau monde, juste un siècle avant Christophe Colomb. Les relations originales d’Antonio Zeno, qui était resté quatorze ans dans ces régions, sont malheureusement perdues; on n’en a conservé qu’une analyse très-brève, faite par un de ses descendants.
En 1454, un autre patricien, très-jeune (il avait vingt-deux ans), Alvise Cà da Mosto, enflammé par ces récits des voyages faits au Nord et au Sud, résolut de chercher une voie nouvelle. Après avoir traversé le détroit de Gibraltar, ces colonnes d Hercule des anciens, il visita Madère, les Canaries, le cap Blanc, le Sénégal et découvrit les îles du cap Vert, cette dernière étape d’où Colomb devait partir pour le nouveau monde. Les relations de Cà da Mosto sont très-développées et du plus grand intérêt. L’occupation de Madère par les Portugais ne datait alors que de vingt-quatre ans, et les mœurs des Nègres de la côte d’Afrique, sur lesquels il donne de nombreux détails, étaient complètement inconnues.
Il faut observer que les voyageurs vénitiens n’étaient nullement désarmés en parcourant ces pays lointains; pleins de sagacité pour en étudier les mœurs et les institutions, recueillant avec soin tout ce qui touchait au commerce et aux échanges, ils savaient aussi dresser les cartes nautiques et géographiques qui devaient guider leurs successeurs. Toutes ces descriptions d’îles désertes à végétations splendides, où les oiseaux les plus rares, sans défiance de l’homme, se laissaient prendre à la main; ces peintures vives de pays aux mœurs innocentes encore, où l’on échangeait des grelots de cuivre ou un collier de verroterie contre une poignée de poudre d’or, récits faits pour être lus en famille puisque l’imprimerie n’existait pas encore, frappaient vivement l’imagination et remplissaient les jeunes gens d’ardeur pour les voyages lointains et les découvertes nouvelles.
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Les relations de voyages dues aux Vénitiens sont très-nombreuses; nous renonçons à en donner même une simple nomenclature, renvoyant ceux de nos lecteurs qui voudraient en savoir davantage au savant ouvrage du cardinal Zurla : Di Marco Palo e dcgli altri Viag giatori Veneziani più illustri. Un des derniers services rendus par Venise à l'histoire de la géographie est la grande publication de J. B. Ramusio : Dette navigazioni e Viaggi trois eros volumes in-folio. Ce travail fondamental a coûté à son auteur toute une vie de recherches et de soins : parmi le grand nombre de relations qu'il contient, beaucoup se seraient certai nement perdues plus tard si elles n’avaient été recueillies au seizième siècle
Le commerce de Venise avec le Levant devait aussi tourner au profit des études helléniques en Europe; outre de fréquents voyages, les Vénitiens habitaient à Byzance tout un quartier particulier, et les Grecs formaient à Venise une colonie nombreuse ; ces relations de chaque jour y avaient rendu la angue grecque familière, elle était devenue l'étude à la mode parmi les jeunes patriciens lettrés, et l’on a conservé le souvenir de chaires publiques où o,
1 enseignait vers la fin du quatorzième siècle A r 4 ÜU on
Venise, oh in iolimnee n.l.giens, , l “‘' *“ G,.es,ehis„„i q „es,
de manuscrits grecs à la République. Du reste 1 * ^ CgUé ^ c °Uection
n’était pas un cas fortuit, c’était une suite naturelle^ ^ ét ° deS heUéniques au quatorzième siècle; un dernier échelon * • ' renaissance ^ es lettres en Italie,
.J, placée peu, „ amendé,, „ ^ “ TT
n’avait pas à choisir. Nulle autre ville ne pouvait lui f ^ "" e t ' P ° Sra P l)le d
nécessitaient cette difficile entreprise. Il méditait d ** C00pérateurs nom breux que
qui nous restaient encore du gLd- ^
pendant le moyen âge. uvre e la littérature grecque
On doit, à la dévorante activité d’Alde l’Ancien rie grecs, c’est-à-dire d’ouvrages qui n’avaient point été im n edltl ° nS P rince P s de classiques d’Aristote, de Plutarque moralia, d’Hérodote de 7-1^™ S 3Vant lul ’ leS œuvres de Platon, d’Aristophane, de Démosthène, la collection des 0™'"^'^' ^ Xénopbon ’ de Sophocle,
coride, sans compter les vocabulaires de Pollux ^g° ratel ' rS et des rhé teurs, Athénée, Dios-
foule de commentateurs, d’astronomes et d’épistolo' 6 " 11 ^ ^ B>Z “ Ce et d Hes ychius, et une ait pu suffire à une pareille tâche dans l’espace 1 ° SlapieS ' ° n s ’ étonne qu’un seul homme sidère qu’à côté des livres grecs, qu’il a publiés, se presser enT', ^ & ’ 5I5) ’ “ r ° n COn ‘ œuvres des poètes italiens célèbres. Un savant hellé • a 6 ” classi< F ,es latins et les
typographe, M. Ambroise Firmin-Didot a pu av mSte 6 "° S jours ’ < 1 ui fut aussi un illustre nisme à Venise. Nous renvoyons à son'livre ' rem rT”/ ldent ‘ fier ^ / * Ma nuce et l’/iellélaisse lire comme un roman, pour tous les déta'l 'i 3 P ' US aimable érudition et qui se d’Alde Manuce où les savants vénitiens furent ses^ lf " beUe Ca “ pag ” e ^«éraire
La poésie italienne n’occupe qu’une place L heUt “
pléiade n’a point d’astre de première grandeur PeutT f” ^ ’ lttératUre de Ve nise, sa la douceur et à la charmante vivacité du dialecte V énY "" &ttribUer Cette faibl «se à au sénat et au barreau. Le même phénomène se présenté T ^ k vie pri ^ - en usage
P ésente dans quelques autres parties de
l’Italie : à Milan, à Bologne et à Naples par exemple, partout où le dialecte parlé, assoupli et façonné par l’usage, s’est élevé à la dignité de véritable langue écrite et littéraire. De son emploi journalier est résulté un affaiblissement dans les facultés de s exprimer en pur toscan dans le langage poétique, quelque chose qui ressemble à la courte haleine des poètes qui écrivent dans une langue morte.
Dans l’innombrable quantité de poètes qui pullulaient à Venise au quinzième et au sei¬
zième siècle, guère citer que ce maître de la il si suona; il des sonnettistes, de Pétrarque, démodé aujourpremière moitié cle , après la publique de Flopation de Milan les Espagnols, vains, fuyant la trangère , s’é- Venise,oùilétait mis de tout dire qui touchait à la Sérénissime; parmi les meil- Berni, Ludovico cesco Doni, Nic- Hortensio Lanno, Girolamo sandro Piccolo- Speroni, Franno, etc., etc.;
vains ont énormément produit, et, bien qu’étrangers, ils appartiennent au mouvement littéraire dont Venise fut le théâtre. S’il en est un parmi eux qui mériterait d’être mis en relief, c’est assurément Pietro Aretino, que ses contemporains avaient surnommé il divino comme on dit encore de nos jours la diva, en parlant d’une cantatrice célèbre.
Le bruit qui s’est fait autour de lui pendant sa vie, la réputation, plus que mauvaise, qui ‘ s’est attachée à son nom après sa mort, n’ont pas encore été suffisamment expliqués, malgré les études nombreuses dont il a été l’objet. Le Titien nous a laissé une superbe empreinte de cette tête audacieuse et puissante; la chaîne d’or qui s’étale sur sa poitrine lui avait été envoyée par François I-, et le mufle de lion à droite semble symboliser 1 étendard de Saint-
ALDVS'- PIViS-MANVTTO- R;
D’après la Publication sur Alde Manuce par Ambroise Firmin-Didot.
nous ne saurions Pietro Bembo, belle langue dove marche à la tête pâles imitateurs un genre bien d’hui. Dans cette du seizième sièchute de la rérence et l’occuet de Naples par une foule d’écridomination é taient réfugiés à à peu près peren dehors de ce la politique de nous devons citer leurs : Molza, le Dolce, Francolo Franco, do, Dominichi- Rucellai, Alesmini, Sperone cesco Sansovitous ces écri-
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Marc sous lequel il s’abritait. L’Arétin occupe certainement i ‘ ue TouTlet IZT S ° n tal6nt n ’ 6St ^ d ° UteUX: 11 3 ab ° rdé -
tragédie, sa
— et mérite encore d’étre , ue apr^ ^ .“ *
”^° laire aV£C ^ PerS0MeS 16SP1US iU — ^ rançonnait “
geuses ou sévèefFronterie qui passée de nos Quint et Frantaient parmi ses temps à autre, nies en voluoù étaient disge et le blâme, du genre les faiavec avidité ; core fort cuaujourd’hui. Il un bagage de la Genèse, — l’humanité du Passion vive nne traduction — une vie de la saint Thomas Catherine, derretranchait au avait failli en
«naine; il dit du "fT “ T™ d “ Titi “’ ** par Rubens. de l'Église refusé le chapeau de cardinal. S’il lui fut proposé ce oui P r m ° ins avoir re ‘
avant la publication de ses fameux dialogues satiriques - ° rt d ° UteUX ’ c ’ est certainement particulièrement celle des moines et des cardinaux est *** Saknte de SOn tem P s et souleva bien des clameurs et fut la pierre d’achoppementTlT de t0nS ’ qui
arche sainte, il ne s’en est pas relevé; il a été mis au ban l p *■ PUtatlon ’ 11 avait touché à encore. En attendant, l’Arétin vivait gaiement et maimifin * ° Pm ° n ’ Ü y re «era longtemps h riva del Carbone, entouré de belles personnesqu’o T Venise - dans Un P alais sur de musiciens, et en union intime avec ses deux compères Tv* ^ Arétines ’ d ’ artistea et célèbre architecte. Il voyait se multiplier les réimpression Y T" * JaC ° P ° Sanso ™°. le mentaient son influence; téméraire avec tous on ne h,i / *""* qui cha <lue jour aug-
- lu, demandait, en échange de tant de
res, avec une n’a pas été déjours. Charlesçois I er comptributaires. De il publiait, réunies, ces lettres tribués la louan- La nouveauté sait rechercher elles sont enrieuses à lire avait en outre livres religieux :
quatre livres de Christ, — la ment décrite, — des Psaumes, Vierge, — de — et de sainte rière lequel il se besoin et qui faire un prince
™ T™* - M-™». Protectrice d-Aide M
Portrait du Titien, copie par R u be„!
liberté, que d’être respectueux pour la République. L’Arétin est cependant une exception, au milieu de la tourbe famélique des auteurs, et cette prospérité lui suscitait bien des envieux et des ennemis.
Le dialecte vénitien, puisque nous avons parlé de sa douceur caressante et de sa piquante liberté d’allures, fournit un contingent meilleur à la poésie. Ruzante, Calmo, Goldoni, s’en sont servis pour écrire leurs comédies ; il a ses épopées enjouées, dont les plus connues sont : Ifatti e le prodezze di Manoli Blessi Stratioto, du Burchiella; Naspo bizaro d’Alessandro Caravia, et ce poëme singulier : La carta del Navegar pitoresco , du peintre Marco Bos-
chini, bien connu des son vrai triomphe est ques et amoureuses de Baffo et de Labbia.
et Pietro Buratti lui lustre; on trouve la tions dans un recueil tulé : Collezione delle in dialetto Venezia- II est inutile de se de la scène ont trouvé au milieu de cette so- La comédie se jouait nise, pendant le quinsiècle; comme interpatriciennes, et sur des par les sociétés de mies littéraires, surval. Les théâtres pun’existaient alors nulle Venise et dans les en-
Pierre Arétin. — Fac-similé du Dessin sur Bois du Titien, tiré de 1 Mondi del Doni, in-4 0 imprime à Venise en i 552 par Marcolini.
amateurs d’art ; mais dans les poésies satiri- Maffeo Venier, de De nos jours, Gritti ont ajouté un nouveau plupart de ces produc- ' en douze volumes intimigliori poesie scritte no.
demander si les jeux de nombreux partisans ciété amie des lettres, un peu partout, à Vezième et le seizième mèdes dans les fêtes théâtres improvisés plaisir et les acadétout pendant le carnablics et permanents part. Nous trouvons à virons, parmi les an¬
cêtres du drame moderne, au quatorzième siècle, la tragédie ÜEzzelino , d’Alberto Musato de Padoue, sur un sujet contemporain aussi dramatique et aussi sombre que celui de la chute des Nibelungen ; et la Mort d'Achille, d’A. Loschi de Vicence. L’une et l’autre de ces pièces sont écrites en latin et taillées sur le patron des drames d’Eschyle. Dans le siècle suivant, Sicco Polentone écrivait, aussi à Padoue, la Catinia , première comédie en prose italienne. Cet ouvrage, très-peu connu, puisqu’il n’a pas été réimprimé depuis l’année 1482, est fort rare, il n’en existe plus même qu’un seul exemplaire, celui de la Marciana de Venise : il est des plus singuliers au point de vue de la langue et des mœurs.
Les drames sacrés connus sous le nom de Rappresentazioni , très à la mode partout en Italie, où on les mettait en scène dans les églises, ne paraissent pas avoir eu de succès à Venise; le clergé y avait des privilèges moins étendus qu’ailleurs et le goût public était pour des divertissements plus mondains. Venise eut, la première, des comédiens d’une grande
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réputation. Angelo Beolco, surnommé Ruzante, fut, comme Molière et comme Shakspeare, poëte dramatique, directeur d’une troupe de comédiens et comédien lui-même. Ruzante était né à Padoue, en 1502; il y mourut en 1542. Ses comédies, assez nombreuses, sont écrites en dialecte padouan. Andrea Calmo, de Venise, né en 1510, contemporain et rival de Ruzante, était aussi poëte dramatique et comédien, il excellait, dit-on, dans le rôle de Zane ou de Pantalon. On a de lui six comédies écrites en dialecte vénitien, souvent réimprimées. Un autre poëte populaire vénitien, Antonio Molino, surnommé il Burchiella, un peu postérieur aux deux premiers, a l aissé une réputa .
dien. Si nous ajouceux de Francesco rioZuccato, lemaîfemme Polonia, de Trapolino, de Vinommée la dotta , le cïeco d’Adria, qui remplissait au dipe dans une verqui fut représentée théâtre olympique nous aurons rela tradition nous a rieux sujet, du seizième siècle Cassiano, le prepermanent; on ne date certaine à Flaminio Scala, dit considérer certaicréateur de la coc’est-à-dire irnpromaître favori de la
tion de bon cométons à ces noms Cherrea, de Valetre mosaïste, de sa Lud. Dolce, de cenza Armani, suret de Luigi Grotto, encore un poëte, naturel le rôle d’Œsion de Sophocle à l’inauguration du de Palladio en 1585, cueilli tout ce que conservé sur ce cu- C’est vers la fin que s’ouvrit, à San mier théâtre public saurait assigner une cette nouveauté.
Flavio, qu’on doit nement comme le médie dell' arte , visée, était alors le
scène vénitienne. Il avait formé sous le nom de comici gelosi une troupe de comédiens dont faisait partie Isabella Andreini de Padoue, également célèbre par sa beauté et par son talent. Henri III, qui avait probablement vu la troupe de Scala à son passage à Venise, en 1574, la fit venir à Paris, où elle est restée, je crois, jusqu’à la fin du règne de Henri IV. Après avoir régnb en souveraine sur le théâtre de Venise jusqu’en 1637, la comédie dell'arte céda cette même année la moitié de son trône au drame lyrique, pour lequel les Vénitiens s’éprirent d’une passion qui dure encore, mais elle ne disparut définitivement de la scène italienne qu’un siècle plus'tard, après le succès des ouvrages de Carlo Goldoni. Elle était soutenue alors, à Venise, par trois artistes de talent, les derniers, Antonio Sacco Agostino Fiorilli et Vitalba : la lutte fut assez vive. La comédie deïïarte a laissé de pro-
Francesco Marcolini, Imprimeur vénitien.
Faç-simile du Dessin sur Bois du Titien, tiré de I Mondi del Doni, in-40 imprimé à Venise en i 552 .
fonds souvenirs. Elle se jouait sur un scénario, tracé avec soin, où était indiquée la substance de chacun de ses actes, toujours au nombre de trois, le reste était laissé à l’improvisation. Flaminio Scala a publié un livre qui renferme cinquante de ces esquisses dramatiques, sans nous faire grâce du détail des accessoires qui servaient à la représentation et nous instruit suffisamment de son mécanisme; les principaux rôles étaient tenus par des masques, toujours les mêmes, mais qui plaisaient alors ; l’inévitable Pantalon, père d’Isabelle ; l’amoureux Léandre; Arlequin, serviteur balourd et gourmand; Gratiano, docteur ou pédant, et le capitaine Spavente. Un mariage presque, inévitable terminait la comédie, qui était le plus souvent basée sur une suite de quiproquos-redevenus à la mode sur les théâtres secondaires de nos jours. Ces sortes de divertissements étaient parfaitement appropriés à la verve comique italienne et au langage salé de l’époque. Il est facile d’imaginer le parti que pouvaient tirer de ce cadre élastique des artistes de talent, aimés du public, faisant entre eux assaut d’espnt sous les regards d’un auditoire bienveillant. Ce pouvait être charmant de spontanéité ou absolument détestable de licence, suivant la qualité même de cet auditoire, qui excitait l’artiste à se placer à son niveau. Souvent, même dans les meilleurs scénarios, le bâton, da bastonare, jouait un rôle important, et la comédie dell'arte devenait une comédie de gestes assez semblables aux parades expirantes de la foire ; aussi a-t-elle été louée et blâmée avec excès.
Nous trouvons les premières traces du drame lyrique, à Venise, dans une sorte de cantate à cinq personnages, représentée pendant les fêtes données à Henri III, de France, lors de son passage à Venise, en 1574. L’auteur des paroles et de la musique, Cornelio Frangipam, avait intitulé son œuvre tragédie, les chœurs y chantaient avec accompagnement d’orchestre, les trompettes y annonçaient la descente des dieux. Un divertissement semblable fut donné le jour de la fête de l’Ascension de l’année 1581, et nous avons sous les yeux plus de vingt compositions du même genre, mais plus développées, appartenant au règne du doge Marino Gri mani, de 1595 à 1604. Ces. représentations avaient lieu dans la salle du grand conseil, aux principales fêtes de l’année, à l’Ascension, à Noël, etc. C’était naturellement des fêtes de la noblesse, le public y fut admis pour la première fois au théâtre de San Cassiano, pendant l’hiver de 1637 : les Vénitiens, idolâtres de ces sortes de spectacles, ont conservé avec soin la date et les circonstances principales de cet événement. Ce premier opéra chanté à Venise s’appelait : rAndromedaj-paroles de Benedetto Ferrari, musique de Francesco Manelli ; il était monté avec toute la magnificence que comporte ce genre de spectacle ; le succès futprodigieux et le genre fut fondé.
Benedetto Ferrari, parolier et' impressario, était un célèbre joueur de théorbe, musicien passionné, qui avait réuni pour cette entreprise les meilleurs chanteurs d’Italie : on a conservé leur nom. L’année suivante, la Maga Fuhninata fut mise à la scène par les mêmes auteurs avec un égal succès, et l’on s’empressa de construire des salles nouvelles, mieux appropriées que la première à la pompe de la mise en scène et au luxe des machines, qui jouaient alors un trèsgrand rôle. Le théâtre de Saints-Jean-et-Paul, à la famille Grimani, ouvrit en 1639 et donna successivement la même année trois opéras nouveaux de Claudio Monteverde, de Sacrati et de Francesco Cavalli, tous compositeurs célèbres; en 1640, concurremment avec les deux autres, on représenta sur celui de San Moïse deux ouvrages, aussi de Cavalli et du vieux Monteverde;
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enfin, la Finta Pazza, de Sacrati, fit son apparition sur le théâtre Novissimo. Le succès de ces spectacles nouveaux eut un énorme retentissement en Europe. Le cardinal Mazarin appela de Venise, à Paris, le célèbre machiniste Torelli pour mettre-en scène la Finta Pazza, et cet opéra fut chanté, en 1645, devant Anne d’Autriche, dans la salle du Petit-Bourbon. La Finta Pazza a été imprimée in-folio, à Paris, cette même année, et l’on peut en quelque sorte, encore aujourd’hui, assister à sa représentation en regardant les grandes estampes de N. Cochin
qui décorent le vopremiers drames ly- Venise, qui le croijusqu’à nous, et la fourni à MM. de Halévy le sujet de est intitulé : la Ma- Moins de cinlorsque le chanoine sa notice sur les théy comptait déjà crées aux comédies et aux drames lyriliers que l’on compà Venise pendant le et le suivant. Le République favorivoir ces nouvelles voyait un moyen de public des affaires rer les étrangers à de Venise, déjà cétemps dans le monde Cependant tout matique, aussi bien dell’arte que celui
lume. L’écho de ces riques représentés à rait? s’est prolongé Maga Fulminata a Saint-Georges et l’opéra-comique qui gicienne !
quante ans plus tard, Ivanovich écrivait âtres de Venise, on douze salles consaen prose et en vers ques : c’est par milte les opéras chantés dix-septième siècle gouvernement de la sait de tout son pouentreprises ; il y détourner l’esprit politiques, et d’attice fameux carnaval lèbre depuis longentier.
ce mouvement dracelui de la comédie du drame lyrique,
menaçait de devenir stérile au point de vue littéraire, lorsque Carlo Goldoni parut : la gloire de donner à l’Italie son premier poëte comique était réservée à Venise pour ses derniers jours. L’étude fidèle des caractères et des mœurs, la note attendrie, la chaleur communicative qu’il a répandue dans tous ses ouvrages, et jusqu’à la spontanéité avec laquelle on les voyait éclore, font de Goldoni un écrivain, ou pour mieux dire un génie à part. Sa lutte contre la comédie dell’arte, qu’il chassait de la scène italienne, ne laissa pas de lui être cuisante. La fibre populaire qui vibrait dans tous ses ouvrages suscita contre lui une cabale aristocratique dirigée par le comte Carlo Gozzi, et le pauvre grand homme, qui avait tracé tant de scènes vénitiennes délicieuses et charmantes, livré sans pitié aux lazzi de ses
rivaux, moqué publiquement sur la scène, persécuté dans sa patrie, martyr, on peut le dire, de son génie, comme tant d’autres illustres Italiens, se réfugia en France en 1761, et y mourut en 1793. Il a écrit pour notre Théâtre-Français une bonne comédie : le Bourru bienfaisant, qui est restée au répertoire.
Mais le génie littéraire de Venise n’était pas aux œuvres d’imagination; nous avons dit qu’il avait un côté essentiellement utilitaire, c’est par ce côté surtout qu’il est véritablement grand et original.
Le gouvernement d’une république, même d’une république aristocratique, est toujours un gouvernement de discussion où l’art de bien dire et de persuader occupe une place considérable. On aura beau tonner contre les avocats, on mènera toujours le bœuf par les cornes et l’homme par les paroles. L’art oratoire paraît avoir été l’étude favorite des Vénitiens.
que cette étude fut sion. Il semblait qu’à dût savoir faire un femmes; témoin celui à l’empereur Frédéà Venise en 1463, par dra Fedele : il est vrai savante la plus célèbre tique des affaires, les donné mieux •; nous dans la première partie lazioni que chaque de sa mission, devait sénat en séance publique; ces discours sont restés célèbres, et beaucoup d’entre eux sont des modèles de sagacité diplomatique. L’éloquence aux prises avec les faits était bien plus grande encore dans les conseils du gouvernement. Quelques discours prononcés dans des circonstances politiques très-graves nous sont parvenus; ils n’ont rien à envier aux oraisons célèbres de la Grèce et de Rome, et le dialecte vénitien dans lequel ils étaient prononcés ne nuit ni à la grandeur de la pensée, ni à la force de l’expression, ni à la chaleur pressante de l’argumentation.
Enfin, pour compléter ce coup d’œil rapide jeté sur la littérature à Venise, terminons par un trait qui caractérise très-bien l’amour et le respect de la République pour les lettres : elle regardait comme son plus précieux trésor les célèbres collections de manuscrits qui lui avaient été léguées successivement par Pétrarque et par le cardinal Bessarion, et fît élever pour les placer un somptueux monument, la Librena Vecchia, qui est resté un des plus parfaits modèles de l’architecture du seizième siècle. Le titre de bibliothécaire de la Marciana, recherché par les plus illustres patriciens, conduisait aux plus hautes fonctions, et trois d entre eux se sont assis sur le trône ducal: Silvestro Valiero en 1694, Marco Foscarini en 1762., Alvise Mocénigo en 1763. Il n’y a qu’un état Républicain pour donner au monde l’exemple de pareilles fortunes littéraires.
On peut même dire poussée jusqu’à la pas- Venise tout le monde discours, même les que le sénat fit adresser rie III à son passage une jeune fille, Cassanqu’elle était la femme de l’Italie. Dans la pra- Vénitiens nous ont nous sommes étendus sur les rapports ou reambassadeur, au retour prononcer devant le
Cassandra Fedele.
Fac-similé d’après une gravure sur bois de l’année 1497
HERODGTF HISTORICI INCIPITV] Lauxentii Vaî]en*conuçrfiodcGrscoinLatinum*
' ERODOTf Halicamafei bifloriæ expiiez îio hxc eft: ut neqj ea quægefta funt: ex rebus
' ~ [bumanisobIiterenturexæuo:neçingentia^ h admiranda opéra; uel a Græcis editamel a Bar
baris golria fraudétuncum alias tum uero:qua de re idi inter fe belligcrauerüt. Perfarü eximii memorât diffenfionü aurores extitifle Phœx rJces qui a mari quod Rubrum uocatur im hoc nodrum proncif> ccntes:& banc incolentes regionemiquam nunc quoq? incoîunt: longinquis continu© nauigatiombus incubuerunt ; fadcndifqj Aegyptiarum êC Aiïyriarum merciü uefèuris in alias plagas; ptxs cipueqjÂrgos trakeerunt* Argos &emm catcmpeftate omni.
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Fac-simiJe d’une page de l’Hérodote de 1494, imprimé à Venise par Joan et Gregorio de Gregoriis.
’e'st en 1450 que la typographie fit son apparition en Europe. Le nouvel art venait satisfaire à un besoin si pressant des esprits que si Guttemberg n’avait pas trouvé alors la mobilité du type, l’invention n’en eût été différée que de très-peu, tant est grand sur le génie de l’homme l’empire de la nécessité. On ne s arrêta même pas un instant à regarder ce merveilleux instrument, comme on le ferait d’une curiosité; on s’en empara immédiatement et on le mit en œuvre avec fureur. Les grandes découvertes arrivent toujours ainsi au temps voulu, ce qui leur donne un caractère providentiel; la gloire de l’inventeur n’en est pas moins grande.
La typographie fut introduite à Venise en 1469; deux hommes se disputent cet honneur: Jean de Spire^et un Français, Nicolas Jenson. On a su par un hasard assez rare, car de pareils détails échappent d’ordinaire à l’histoire, que le roi Louis XI, préoccupé à la vue des premiers livres de l’importance du nouvel art, avait envoyé à Mayence un artiste, Nicolas Jenson, habile graveur des monnaies de Tours, pour s’enquérir de ses procédés. Pourquoi Jenson n’est-il pas revenu à Paris, et par suite de quelles circonstances Venise a-t-elle profité seule de la mission que lui avait confiée le roi de France ? c’est ce qu’on ne saura probablement jamais.
Jean de Spire publia en 1469 son premier livre : Epistolæ ad familiares de M. T. Cicero, in-folio de 126 feuillets, imprimé en caractères romains; et il constate sa priorité dans une épigramme latine placée à la fin et au-dessus de cette date. L’impression la plus ancienne portant le nom de Jenson et une date certaine ne vient que l’année suivante, mais on possède de lui un livre italien in-4 0 connu sous le nom de Décor puellarum, dont nous donnerons ici le véritable titre: Questa sie una opéra laquale si chiama décor puellarum : zoe honore de le donzelle : laquale da regale forma e modo al stato de le honeste donzelle : ce livre porte la date de 1461. Un patriotisme mal entendu, mais assez commun, s’est emparé du Décor puellarum pour assigner à Venise et à Jenson une priorité qui nest plus soutenable aujourd’hui. Les livres nombreux sortis de son officine dans l’année 1470 (qui est celle de son début), et que nous allons indiquer dans un instant, ne laissent point de place à la pensée qu’il ait pu, à ce moment de fièvre de publication, se reposer neuf ans après 1 impression de ce premier livre. Tout extraordinaire que puisse paraître 1 erreur dans une date placée en vedette à la fin d’un volume, celle-ci cependant n’est point la seule que l’on puisse citer ; on en a constaté du même genre dans des livres du quinzième siècle imprimés à Bologne, à Milan et à Naples; et parmi les livres de Jenson lui-même on en trouve deux autres qui sont dans le même cas, l’un portant la date de 1400 au lieu de 1480, et 1 autre celle de 1580 au lieu de 1480; il ne faut pas trop s en étonner, 1 activité était si grande alors!
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le plus populaire de tous, et il mérite sa réputation par la beauté et par le nombre des illustrations qu’il renferme ; mais il faudrait le lire d’un bout à l’autre pour se rendre compte de la souplesse avec laquelle l’artiste suit, à chaque page, pas à pas son auteur, interprète sa pensée et donne partout un corps à ses descriptions les plus minutieuses. Le véritable titre
La Fontaine d’or et de pierres précieuses. Fac-similé de l’Illustration tiré du Songe de Poliphile.
du livre est Hypnerotomachia, cest-à-dire Combat d amour en songe/ malheureusement il est écrit en un style pédantesque, farci de latin et de néologismes tirés du grec, qui rend sa lecture fatigante. On se plaisait aussi au quinzième siècle à répandre les ornements dans les livres de mathématiques : Euclide, l’Almageste de Ptolémée et quelques autres ouvrages d’astronomie. L’artiste présumé des beaux dessins typographiques des livres que nous venons
de nommer est très-imparfaitement connu (on a donné ceux du Songe de Poliphile à Giovanni Bellini et à Andrea Mantegna, mais cette attribution est fort douteuse); ils représentent ce que l’on pourrait appeler l’ancien style ; style qui se soutient dans les nombreuses publications de livres liturgiques faites par Luc-Ant. Junte, et s’assouplit plus tard dans les publications illustrées données par le célèbre éditeur Francesco Marcolini. Cet ami du
Titien employait crayon d’un arseppe Porta del lui - même , a pographie véni traits de Lud.
Pierre Arétin, et vre imprimé à Ve vures sur bois de d’après des desmais il est trèscore, avec les frèla seconde moitié cle, les gravures tre dans les livres caractère parti est plus serrée, la absente ; c’est gé de méthode, sur cuivre en rerelief sur cuivre, tait de grands gravure sur bois avec la pointe du donnons ici le cesco Alunno, beaux spécimens genre d’illustra-
Fac-simile d’un frontispice de l’ouvrage de Francesco Alunno de Ferrare sur Pétrarque.
de préférence le tiste habile, Giu- Salviati. Titien, donné à la tytienne les por- Arioste et de on connaît un linise avec des gra- Marc - Antoine sins de Raphaël, rare. Plus tard en res Giolito, dans du seizième sièque l’on renconvénitiens ont un culier, la taille contre-taille est qu’on avait chanon les exécutait lief. Le travail en au burin, présenavantages sur la de fil exécutée couteau. Nous portrait de Franqui est un des de ce nouveau tions (1).
Venise est restée pendant plus de deux siècles la grande métropole de la typographie; son commerce de livres était immense. En dehors des œuvres littéraires proprement dites, elle fournissait l’Italie de livres élémentaires de grammaire, de calcul et de calligraphie pour
les enfants; elle donnait aux femmes les livres de ricami et de point coupé, si rares aujourd'hui et si abondants alors, qui répandaient au loin des dessins exquis de broderie et de
(.) Les fac-similé pleins d’intérêt qui ornent ce chapitre ont été reproduits d’après les beaux livres du quinzième siècle de la bibliothèque de M. Eugène Piot; quelques-uns avaient déjà paru dans son Cabinet de rAmateur; il a b,en voulu nous donner quelques notes pour compléter ce qui restait à dire, après lui, sur ce sujet.
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dentelles; aux ordres religieux, les grands missels, les bréviaires et les livres d’heures; à
tous, les romans de chevalerie, les poèmes populaires où étaient racontées les guerres d’Italie
du temps de Braccio Fortebraccio, des Sforce et de Niccolo Pîccinino, ainsi que les
expéditions françaises et espagnoles, et mille relations de fêtes et d’événements extraordi- —nr--i:
vrets, qui se payent de l’or, sortaient échoppes de laFrez borieux artisans :
thio Pagan, Zopganino, etc., dessirimaient le plus mes, les livres poprimaient.
blions sans doute, et cette énumération une autre branche pographiques, trèszième siècle , que passer sous silence, en quelque sorte le nous voulons parler appliquée spécialetions musicales, viano Pétrucci de combiné dans touadmirable procédé sique au moyen de tanés, c’est à Veporta pour le donqui la culture musià un très-haut devingt ans qui lui fut publique,est de l’antionne particulière-
naires. Tous ces li aujourd’hui au poids des plus humbles zaria où de la- Zoan Andrea, Mapino, Tagliente, Panaient, gravaient et souvent eux - mê pulaires qu’ils im- Nous en ou des meilleurs, dans rapide ; mais il est de publications tyimportante au seinous ne saurions et dont Venise eut privilège exclusif :
de la typographie ment aux composi- Lorsque Otta- Fossombrone eut tes ses parties son d’imprimer la mudeux tirages sirnulnise qu’il le transner à un public chez cale était déjà portée gré. Le privilège de accordé par la Rénée 1498. Il .men
pai ucuuei e-
ment la mus,que mesurée, la tablature d’orgue et de luth : sa première partition, V Odhecaton parut dans les premiers mois de l’année 1501. C’est un recueil en trois parties, composé dé quelques motets et de chansons françaises à quatre et cinq voix; ce n’est pas ici le lieu de parler de celles qui suivirent. Ottaviano Pétrucci peut être placé à côté de Nicolas Jensonil porta du premier coup l’art d’imprimer la musique à son plus haut degré de perfection et’ lorsque nous disons qu’il le faisait en deux tirages simultanés, c’est pour nous conformer à une opinion reçue. En examinant ses livres avec la plus scrupuleuse attention, on reste abso-
lument incertain, en pensant aux complications infinies qu’il y avait à surmonter, par quels
moyens il a pu arriver à une précision d’ensemble que l’on ne trouve en défaut nulle part et
qui échappe à l’analyse Les livres de Pétrucci ment rares et comptent joyaux de nos biblioquitta Venise en 1512 et- 1525. Il est probable qu’il les typographes qui ont n’en est certainement au- On est généralement l’impression de la musitirage, c’est-à-dire comoù chaque note est acde lignes qui forment la vention française. C’est Antoine Gardane , qui 1537. Les livres de mudane et par ses deux fils, sont en si grand nom-
Reliure vénitienne du xvi® Siècle.
Le Trasformationi di L. Dolce; Venise, Giolito de Ferrari, 1 553 , in-4 0 .
(Collection Ambroise Firmin-Didot.)
par sa perfection même, sont devenus excessiveparmi les plus précieux thèques publiques. Il cessa de produire en travaillait seul : parmi suivi la même voie, il cun qui l’ait égalé, d’accord pour regarder que au moyen d’un seul posée de types mobiles compagnée de fragments portée, comme une inun compositeur français, l’introduisit à Venise vers sique publiés par Garpendant près d’un siècle, bre que l’on serait tenté musique italienne du sei-
de croire que toute la zième siècle est sortie de leurs presses. Ce sont d’ordinaire de petits in-4 0 oblongs, mais
on a de lui de grands in-folio imprimés avec beaucoup d’élégance et un?grand luxe.
Nous avons sous la main quelques lignes de statistique qui donneront une idée comparative assezjuste de l’étonnante activité des presses vénitiennes en regard de celles de tout le reste de l’Italie.
La bibliographie Dantesque de Colomb de Battines compte
pendant tout le seizième siècle quarante-trois éditions de 1 ’Altissimo Poeta; sur ce nombre trente-deux ont été publiées à Venise, six à Lyon, cinq dans le reste de l’Italie.
Reliure vénitienne du xvi c Siècle.
Dante; Venise, F. Marcolini, 044, in-4 0 .
(Collection Ambroise Firmin-Didot.)
Reliure vénitienne du xv« Siècle.
Instructions du doge Marino Grimani.
Manuscrit de 1597.
(Collection Ambroise Firmin-Didot.)
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Le contingent fourni par Pétrarque n’est pas moindre. Le professeur Marsand possédait cent trente éditions du Canzoniere, imprimées pendant le seizième siècle, dont il a publié le catalogue; cent dix sortaient des presses vénitiennes, onze avaient été imprimées à Florence et neuf h Lyon. La proportion pour ce qui regarde X Orlando furioso est bien plus grande encore; de 1 année 1524 à 1 année 1668 où s’arrête notre liste, il a été publié deux cent treize éditions de ce poème qui, on le sait, est assez volumineux. La typographie vénitienne en réclame à elle seule cent quatre-vingt-onze pour sa part; le reste de l’Italie, treize; Lyon, netif. Si, au lieu de prendre pour point de comparaison les grands poètes italiens, nous avions pu nous adresser aux éditions de Virgile, d’Horace ou de Cicéron, sorties des officines vénitiennes, la proportion n’eût pas été moins grande, mais qui jamais pourra arriver à en fixer le nombre? Une pareille fécondité ne doit-elle pas être mise sur le compte de la tolérance et de la liberté dont on jouissait sous ce gouvernement qui reste encore un épouvantail pour bien des esprits? Et cette tolérance s’exerçait dans une des parties les plus délicates de sa police : la liberté de la presse.
Marque d’Antoine Gardane. (Venise, 1537.)