SAN ZACCARIA. — SAINT-GEORGES MAJEURE. — LES FRARI
ces étroits canaux, où ils pourraient être surpris et coupés en deux par la proue d’une gondole venant en sens contraire, ils ont un cri qu’ils poussent machinalement, et qui, à distance, longtemps avant le tournant, avertit le compagnon qui peut venir à l’encontre; aussi les accidents sont-ils plus que rares.
La pièce de fer à la proue, en forme de manche de violon, ne se fabrique plus, dit-on; on polit les anciennes proues qu’on met aux nouvelles gondoles, et, singulier détail, il est fort difficile de se procurer, si on veut les emporter comme souvenir, ces lanternes de gondoliers d’un si beau profil et d’un relief si pittoresque que ceux-ci portent à la main, non pas tant pour s’éclairer dans leur marche que pour faciliter l’entrée et la sortie. C’est en effet une assez délicate opération, lorsque les jolies Vénitiennes quittent les palais, en souliers de satin, emmitouflées dans leurs sorties de bal. Ces lanternes, sur lesquelles nous revenons volontiers parce que les Parisiens les recherchent beaucoup, sont généralement pesantes et d’une grande dimension; elles sont en cuivre repoussé; celles des grandes maisons, souvent très-ornementées de nielles, sont dorées au feu; quelques-unes font un très-beau bibelot digne de figurer dans une collection. On se les transmet en héritage, les plus belles sont du dix-huitième siècle, celles d’avant cette époque sont plus rares, les marchands de curiosités de Venise, les plus célèbres truqueurs du monde, ont fait main basse sur tout ce qui était à vendre. Il va sans dire que celles qui restent encore dans les grandes familles n’en sortent point.