SAN ZACCARIA. — SAINT-GEORGES MAJEURE. - LES FRARI
Venise comptait encore, au dix-huitième siècle, une centaine d’églises où on célébrait le culte, et la statistique d’alors indique un prêtre pour cinquante-quatre habitants. Les choses ont beaucoup changé depuis; on ne compte plus guère que cinquante-cinq églises, parmi lesquelles quelques-unes sont d’ailleurs du plus haut intérêt, tant par les richesses qu elles contiennent que par leur architecture. Nous avons dû naturellement citer la plupart d entre elles et en dessiner un certain nombre ou dans leur ensemble ou dans leur détail, puisque 1 architecture joue un grand rôle dans notre ouvrage : nous ne nous arrêterons ici que sur quatre d’entre elles, célèbres entre toutes, dont nous donnons les intérieurs et la porte d entrée.
San Zaccaria est situé près de la Riva; on y accède de ce côté par un petit sous-portique qui débouche en face Saint-Georges Majeure. C’est une église d’un très-beau caractère; on en attribue la façade et l’intérieur à l’un des Lombardi, et nous avons caractérisé les nuances qui font de ce monument un des plus intéressants de Venise. Dans toutes les cérémonies de la République, San Zaccaria joue un grand rôle; les tableaux de Guardi et du Canaletto représentent les processions qui se déroulent sur la place au-devant de l’église, et le couvent qui en dépendait autrefois, aujourd’hui converti en caserne, était un des plus anciens et des plus riches de Venise. La place est célèbre par un dramatique souvenir : Pierre Gradenigo, le doge de Venise, y fut massacré un jour où il venait d’assister à la fête annuelle du saint auquel l’église est dédiée. C’est là que repose Alessandro Vittoria, le grand sculpteur, le der-
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LA VILLE ET LA VIE
nier grand artiste du seizième siècle. L’église est très-riche en peintures, et elle possède un Jean Bellin de la plus haute importance dans l’œuvre de ce maître.
Saint-Georges Majeure, dont nous avons donné déjà la façade et même une vue intérieure, est du fameux Andrea Palladio (1566), et Scamozzi fut chargé de l’achever. C’est une église classique d’une coupe noble et grandiose, un peu froide d’aspect. La plupart des églises de Venise sont des panthéons; celle-ci a reçu les restes de plusieurs doges : Leonardo Dona, Lorenzo Veniero, et un monument rétrospectif élevé en 1637 au fameux Michieli, le doge des croisades. Il y a une légende sur cette île de Saint-Georges Majeure : on dit quelle était autrefois habitée par des bénédictins ; le doge Ziani y aurait vu son propre fils mourir sous
Porte principale de San Giovanni et Paolo.
Intérieur de Saint-Georges Majeure.
ses yeux, déchiré par les chiens errants, et Ziani aurait alors fait renverser l’église primitive. Pour racheter ce mouvement de colère dicté par le désespoir, il se serait fait construire une résidence dans l’île même; puis, plus tard, la chapelle menaçant ruine, le Palladio aurait été chargé d’élever l’église actuelle et le couvent.
.Nous avons longuement parlé des Frari et de San Giovanni e Paolo dont nous donnons ici la porte principale qui s’ouvre sur la place où se dresse le Colleoni ; mais nous n’avons pas eu occasion de montrer l’intérieur de ce vaste panthéon des Frari, un des plus grandioses monuments de Venise, où les sépulcres des plus illustres, depuis les artistes jusqu’aux doges et aux condottieri, montrent au voyageur les spécimens les plus splendides de cette architecture funèbre, si spéciale à Venise. L’église elle-même est de 1250, l’art gothique s’y allie à l’art de la Renaissance, et les générations qui s’y sont succédé ont laissé des traces de leur passage. Nous avons, morceaux par morceaux, publié la plupart des tombeaux des Frari; celui