IMPRIMERIE
abondante (1), livrée à des consommateurs plus curieux, plus avides que délicats, était un art libéral, art admirable si long à découvrir (2), mais qui semble n'avoir point eu d'enfance. La netteté du texte, la beauté de l'encre (5) et du papier des premiers imprimeurs n'ont point été surpassées. Les imprimeries actuelles ne sont plus que des manufactures de livres, et l'on ne saurait espérer le même soin , la même égalité de tirage de l'ouvrier qui imprime par Jour jusqu'à mille feuilles. Les éditions des Nicolas Jenson , des Wendelin de Spire, des Aide, étaient d'ailleurs tirées à un nombre moindre. Certains ouvrages de Cicéron,
(l) On se rappelle rexcellent travail de M. le comte Daru, intilulé : Notions statistiques sur la librairie, pour servir à la discussion de la loi sur la presse en 1027, notions établies d'après la Bibliographie de la France. Il résulte de cet utile document que le nombre des volumes imprimés en France pendant l'année 1023, était de treize à quatorze millions (plus de quatre cent mille étaient sortis des seules presses de MM. Firmia Didot) qui produisaient dans le commerce une valeur réelle de 33,7150,000 fr., et occupaient et faisaient vivre trente-trois mille sept cent cinquante personnes. Une statistique plus précise encore des produits de la presse française a paru dans ua recueil estimé (Revue des Deux-Mondes , t. VI, p. 68) ; elle donnait pour l'année lo3ocent vingt-cinq millions de feuilles d'impression.
(2j On a peine à comprendre comment, avec leur perfection de l'art monétaire et la connaissance des caractères mobiles, l'imprimerie a pu écliappcr aux anciens. Elle fut inventée à répof[ue de l'émigration des lettres grecques en Italie, éjjoque où elle était précisément le plus nécessaire, et sans doute parce qu'elle Tétait.
(3) L'encre si belle de jNicolas Jenson et des autres imprimeurs d'Italie du xv*= siècle, était, comme dans ces derniers temps celle de Bodoni, tirée de Paris. Cette encre a un éclat que n'a point l'encre actuelle ; mais on prétend qu'il est produit par le temps, et que dans quelques siècles notre encre sera aussi belle.
VEMSK, 7