IMPRIMERIE
tels que les Epislolœ fam'diarcs, publiées par Paul Manuce, se réimprimaient presque annuellement. Aide l'ancien annonce dans la préface de son Euripide (1505) qu'il avait assez l'usage de tirer à mille exemplaires. Cet homme extraordinaire doit être mis au premier rang de ces heureux propagateurs de la pensée par la beauté , l'utilité de seséditions; inventeur de l'in-octavo, il imprima le premier Yirgile (de 1501 ) qu'on put emporter dans les bois. Aide joignit à ses talents et à ses vastes connaissances le caractère le plus digne d'estime , bien différent de son contemporain Thomas Junte de Florence, qui, selon Yarchi, « n'était qu'un marchand non moins avare que « riche , plus occupé du gain que de l'honneur de « son imprimerie. »
Si la beauté des anciens jours de l'imprimerie vénitienne est passée sans retour, l'imprimerie actuelle , consacrée principalement à l'impression des livres de piété, à des traductions de classiques ou à des ouvrages de littérature, ne laisse pas d'être assez productive. J'ai sous les yeux VElenco (catalogue) des volumes imprimés et publiés à Venise et dans les provinces vénitiennes pendant l'année 1826 ; le nombre en est de huit cent vingt et un, tirés à six cent quatre-vingt-seize mille sept cent dix exemplaires : deux cent vingt-quatre articles sont marqués d'un gratis, qui repond au ne se veiid pas, de la Bibliographie, et ils s'élèvent à cinquante-six mille six cent cinquante-quatre pièces et volumes. Les exemplaires ott'erts par l'auteur sont beaucoup plus prodigués en Italie qu'en France, et cette sorte de présents est une des pre-
mières bienséances sociales pour les écrivains. Les cinq cent quatre-vingt-dix-sept volumes tirésà six cent quarante mille cinquante-six exemplaires qui se vendent, présentent une valeur de 1,554,470 livres autrichiennes (1,178,589 francs). L'imprimerie dite AlvisopoUf de Venise (1), dirigée par M. Barthélémy Gamba, a réimprimé IdL Biographie universelle en italien , tirée à mille deux cents ; et l'ouvrage de ce savant bibliographe , intitulé Série dei tesli di lingua ilaliana e di aliri esemplari del bene scrivere , publié en 1 828 , est un livre d'une exécution typographique fort satisfaisante.
Académie des beaux-arts. — École vénitienne. — Assomption
du Titien. — Tableaux. — Bronzes Modèles. — Vanité
d'un confrère de la charité.
L'académie des beaux-arts est une belle création , due principalement au zèle , aux lumières et au patriotisme de Cicognara qui en fut nommé président l'année 1 808. Cette académie est devenue
(1) Cette imprimerie lire son nom du petit village Alvisopoli, dans lequel le sénateur Alvise (Louis) IMocenijjo, homme siiig-ulier, eut la fantaisie de foncier une imprimerie il y a environ trente ans. Alvisopoli était un (ief de son illustre famille; l'élablissement tiès-coùteux dans un tel endroit, ne put se soutenir plus de deux ans ; Alvise iMocenigo fut obligé de le transférera Venise, et lui conserva son premier nom, qu'il a ffardé.
un asile précieux au milieu de la dispersion et de la dégradation de tant de chefs-d'œuvre. Déjà elle a recueilli de nombreux ouvrages placés dans les églises et les couvents opprimés; elle doit être encore plus secourable dans la ruine actuelle de Venise. Cette riche collection , de plus de quatre cents tableaux, est presque entièrement composée de tableaux des grands maîtres de l'école vénitienne. Ecole admirable, plutôt par le naturel et le vrai que par l'idéal, par l'éclat du coloris, par la hardiesse , par le pittoresque, plutôt que par la pureté du dessin, que notre jeune école imite, de même que la jeune école poétique , lassée de la contemplation des anciens modèles , se tourne vers Shakspeare. Ces moyens de renouveler l'art semblent fort incertains; la méditation serait plus' féconde et plus sûre pour le talent.
Au miheu de la décadence de Venise, la découverte de l'Assomption, chef-d'œuvre du Titien, qu'il fit avant trente ans, est comme une sorte de compensation à tant de pertes. Par une étrange destinée, ce tableau noirci était depuis longtemps relégué et comme enfoui en haut de l'église des Frari, lorsque Cicognara se fit hisser auprès, en lava un coin avec un peu de salive, et s'étant assuré de son auteur, offrit un tableau plus neuf au curé, enchanté de l'échange. Ce tableau est peut-être le plus extraordinaire pour l'effet : le mystère de la tête du Père , l'éclat , la douceur du groupe de la Vierge et des trente petits anges placés près d'elle, sa grâce éthérée , céleste ; la merveilleuse opposition des ombres et de la lumière, l'imagination de l'ensemble, sont des mérites divers qui ne sauraient se rendre.
DES BEAUX-AHTS. 77
Le tableau de Gentile Bellini , représentant la place Saint-Marc à la fin du xv'= siècle, au moment du passage d'une procession , est plein de naïveté, de vie, et singulièrement curieux pour les costumes du temps et l'aspect de l'ancienne \ enise. La Cène à Emmaùs, de Jean Bellini, de grandeur naturelle , avec les costumes du temps et un ambassadeur turc, est superbe. La célèbre Purification, le chef-d'œuvre de Carpaccio, avec plus de coloris dans les chairs et plus de douceur dans les contours, serait digne, par sa grâce et son pathétique , des plus grands maîtres. Le vieux Siméon parait entre deux prêtres vêtus en cardinaux; le petit enfant, au milieu, qui accorde son luth, est céleste.
Le Saint Laurent Giustinianiau milieu de quelques saints , est le chef-d'œuvre du Pordenone : les ligures de Saint Augustin et de Saint Jean- Baptiste sont admirables; les nus de celui-ci offrent le plus pur dessin, et le bras du Saint Augustin semble sortir de la toile. Le riche Epulon, de Bonifazio, est d'une rare beauté.
L'Esclave délivré par saint Marc, chef-d'œuvre du Tintorct, est une des merveilles de cette grande peinture d'Italie. Quelle vie, quelle variété d'expression dans la physionomie de ces bourreaux qui voient se rompre les liens de leur captif étendu nu sur la terre ! Le saint traverse le ciel; il est de face , il regarde en bas , afin d'être à son miracle , et son immense barbe ne laisse apercevoir que l'extrémité du corps en raccourci, qui paraît véritablement suspendu en l'air.
Les Noces de Cana, tableau riche, élégant,
animé, paolesque, est le meilleur du Padovanino. La Vierge sur un trône avec l'Enfant Jésus, Saint Joseph et d'autres saints, de Paul Yéronèse, fut, comme plusieurs de ses voisins, jugé digne du voyage de Paris. L'Anneau de Saint Marc, le chefd'œuvre de Paris Bordone , offre une architecture et des bas-rehefs d'une couleur parfaite et vraie et de la plus habile composition. Trois autres ouvrage s du Titien sont diversement admirables : la Présentation de l'Enfant Jésus, de sa première jeunesse, distinguée par la richesse architeclonique de la façade du temple et la merveilleuse gradation avec laquelle fuient et diminuent les édifices du fond ; le prodigieux de Saint Jean -Baptiste dans le désert, si noble, si inspiré, que l'on sent avoir vécu de sauterelles, et dont le paysage est si pro-' fond , si morne , si âpre , et la Tête de vieille, que l'on croit le portrait de sa mère. lia fait encore les emblèmes , les têtes, morceaux exquis qui bordent la corniche de la première salle des séances de l'académie.
Un bas-relief de marbre doré, au-dessus de la porte, représente la Vierge, l'Enfant Jésus, et quelques ligures. Cet ouvrage étonnant, de 1545, est expressif, simple , gracieux , et il atteste l'ancienneté et l'habileté de l'art à Venise. Une petite porte de tabernacle en bronze, autrefois à l'église des Servi , et que l'on croit de Donatello , est du goût le plus pur. Les quatre bas-reliefs, attribués à André Riccio, sont des ouvrages pleins de feu, de mouvement, d'imagination, particulièrement le bas-rehef qui représentela bataille deConstantin près du Tibre , et son entrée triomphante à Rome.
DES BEàUX-ARTS. 79
Plusieurs autres bronzes ne sont pas moins précieux ; tels sont les élégants bas-reliefs des anciens mausolées des Barbarigo, d'auteur inconnu, et le superbe bas-relief du tombeau de Briamonte , par le Vénitien Victor Caraelio.
Le modèle du Thésée vainqueur du centaure , ouvrage de la jeunesse de Canova, remarquable comme retour à l'antique, ce chef-d'œuvre, si éloquemment décrit par madame Albrizzi (1) , et que Pindemonte a si bien chanté {±), se voit à l'académie des beaux-arts. La statue faite pour une place publique de Milan , aux frais du gouvernement italien, est aujourd'hui, par droit de conquête, dans le jardin du peuple ( Volksgarlen) à Vienne , où un splendide édifice lui a été consacré. La pièce de Pindemonte commence par cette plainte touchante sur l'enlèvement du Thésée :
Chmmque in me ferma lo sguardo, e questa Molle creta spirante , e queste mira Degne dhin semideo forme leggiadre , Non si compianga^ se tai forme in dura Marmo intagliate, e lucide, e polite, Data di vagheggiar non gli é suW Istro.
Le ciseau de Canova est exposé au-dessous de l'urne de porphyre qui contient sa main, et dans laquelle était auparavant son cœur, déposé à l'église des Frari (3). Venise semble multiplier les traces
(1) Opère dîsculturaediplastica d'Antonio Canova descritte dalsabella Albrizzi 7iata Teotochij Pise, 1821-4, 4 t. in-8o, fin-.
(2j Teseo che uccide il centauro quai vedesi neW Acadeima di Belle Arti di Venezia ; Pise, 1826.
(3) Cette main , d'après un acte notarié , doit être remise à rarchiprêtrc du temple de Possa[[no pour être réunie au reste
et les souvenirs de Canova, comme pour suppléer à celte foule d'artistes immortels qui firent autrefois sa gloire.
Les salles des modèles de cette académie, qui ne remonte pas à plus de trente ans, passent pour les plus belles de l'Europe : là sont l^s modèles des marbres du Parthénon etdes marbres d'Egine, présents généreux de Cicognara qui les avait reçus des rois d'Angleterre et de Bavière. L'académie possède encore la célèbre collection de dessins originaux des anciennes écoles, formée par le chevalier Bossi, parmi lesquels on en distingue soixante et dix de Léonard de Vinci , plusieurs de Michel-Ange , et jusqu'à cent de Raphaël.
L'académie des beaux-arts est l'ancienneConfrérie de la Charité. La voûte de la salle principale rap-' pelle une anecdote singulière. Le confrère Chérubin Ollale, qui s'était chargé de la dorer à ses frais, n'ayant pu obtenir des autres confrères qu'une inscription mentionnât qu'on lui devait cette magnificence , a fait placer au milieu de chaque carré un petit ange ayant huit ailes, de manière que sondit nom de Chérubin Ottale est ainsi répété plus de mille fois : un Français n'eût rien imagine de mieux que cette ruse de la vanité du bourgeois vénitien.
du corps de Canova, dans le cas où l'acadéiniedes beaux-arts de Venise viendrait à être supprimée ou serait transférée dans une autre ville.
Églises, — ■ Cloigé. — Saint-Zacharic. — Saint -George des Grecs. — Office grec. — Saint -François-de- la -Vigne. — Saint-Pierre. — Saint-Jean en Brag-ora.
Le nombre des églises était considérable à Venise; la population ecclésiastique y était supérieure à celle des premiers Etats de la catholicité (1) ; ainsi , malgré les querelles du gouvernement et du clergé avec la cour de Rome , on sent que la dévotion du peuple a dû être un obstacle invincible à une rupture. Ce clergé opulent et populaire (le peuple élisait les curés) était exclu des conseils et des emplois de la république ; preuve nouvelle des utiles effets de la séparation de la vie politique et de la vie religieuse; et, à un fort petit nombre d'exemples près, il se rangea toujours du côté de l'autorité civile contre la puissance spirituelle.
Les libertés de l'Eglise vénitienne se rapprochaient bien plus du schisme grec, toujours si docile au pouvoir, que de l'esprit séditieux de la réforme. Chose singulière ! le divorce était au nombre de ces libertés; il était également permis
(1) D'après le travail des commissaires nommés par le gouvernement vénitien en 1768, afin de réprimer rescessive richesse du clergé, travail extrait avec soin par M. Daru, le nombre des ecclésiastiques s'élevait à quarante-cinq mille sept cent soixante et treize, ce qui donnait une personne du clergé sur cinquantequatre habitants, tandis qu'en France il n'y en avait qu'un sur cent cinquante, et en Espagne siir soixante et treize. D'après les tableaux statistiques des provinces vénitiennes publiés par M. Qnarhi en 1827, la population ecclésiastique n'y est plus aujourd'hui que d'une personne sur deux cent seize; elle est descendue en France à une sur huit cent trente-trois.
en Pologne, au moyen de nullités ménagées d'avance (1).
La tolérance dont Venise a été louée, et qu'elle dut sans doute à la position du clergé en dehors du gouvernement, parait s'ctre affaiblie plus lard lors de la décadence de la république : le vertueux Maffei fut exilé pour quelques opinions de son livre sur l'usure; et la même rigueur atteignit un patricien qui , dans ses voyages , avait visité Voltaire et Rousseau.
Les églises de Venise offrent le double intérêt de souvenirs historiques reculés, éclatants, et des merveilles de l'art , dues aux grands maîtres vénitiens.
L'ancienne église et le monastère Saint-Zacharie remontaient au commencement du ix^ siècle;' ils étaient une fondation de l'empereur Léon, mais les Vénitiens zélés (2) prétendent que , malgré les aigles impériales qu'il y avait placées , les empereurs grecs n'ont jamais exercé d'autorité sur Venise. Saint-Zacharie était jusque dans les derniers
(1) On m'a conté qu'au mariag^e de sa fille, madame la princesse C*** , aujourd'hui retirée à Rome dans un couvent, était montée à l'autel avant la cérémonie, et là qu'aux yeux de toute rassemblée, elle avait appliqué deux soufflets à sa fille qui les reçut le plus simplement du monde ; les personnes peu an fait de ces manières accouraient tout émues, lorsque la princesse leur donna naturellement celte explication : u Ces soufflets sont les preuves qui doivent servir au divorce de ma lillc, si elle n'est point heureuse avec son mari ; elle pourra dire que je l'ai forcée.» Il est difficile de se représenter quelle devait être la figure de Tépoux pendant cette étrange scène de tendresse et de prévision maternelle
(2) F. la première rectification de M. le comte Tiepclo sur VHistoire de Fenise, p. 46.
temps de la république le but de l'une des fêtes les plus anciennes et les plus pompeuses de Venise. Le pape Benoît III, après avoir visité l'église et le couvent, en 855, leur avait accordé en grand nombre des reliques et des indulgences, et chaque année, le jour de Pâques, le doge y venait assister aux offices et à la procession. L'abbesse Morosini et les religieuses de cet opulent monastère , flattées de recevoir le chef de l'Etat , lui firent présent d'une espèce de diadème républicain, appelé corno ducale, d'une valeur inestimable; il était d'or, entouré de vingt-quatre grosses perles; sur le sommet brillait un superbe diamant à huit faces; un rubis éclatant, énorme, était sur le devant; la croix, formée de pierres précieuses et de vingtquatre émeraudes, surpassait tout le reste. Il fut décrété qu'un si riche présent servirait au couronnement des doges; mais, afin que les religieuses auxquelles on le devait ne fussent pas privées de la vue de ces merveilleux bijoux, on ajouta que chaque année, le jour de la visite à Saint-Zacharie, il serait tiré du trésor public, porté sur un bassin et montré par le doge lui-même à toutes les sœurs du couvent. Quelques années après, en 868, une catastrophe contribua à rendre cette cérémonie encore plus majestueuse; on décréta que le cortège n'irait plus à pied à Saint-Zacharie,mais dans des barques dorées; car le doge Gradenigo, qui , au milieu de la fureur des partis , avait voulu être modéré et avait mis tout le monde contre lui , fut attaqué et tué à la sortie de l'église.
Le chœur de l'église Saint-Zacharie est riche, élégant , magnifique. Notre - Dame et quelques
saints , Saint Zacharie ; la Vierge et quelques saints', tableau trop et maladroitement restauré; les demi-lunes représentant le Martyre de saint Procul,la Descente aux limbes, le Christ lavant les pieds des apôtres; l'Ange qui parle à saint Zacharie; les quatre petits tableaux du maitreautel sont de Paima; la Naissance de saint Jean- Baptiste est du Tintoret. Dans une chapelle trois autels en bois, ornés de sculptures dorées, ont de précieuses elrares peintures de Jean et Antoine Muranesi, de l'année 14io; la Circoncision est de Jean Bellini; la Vierge, l'Enfant Jésus et quatre saints , du même , célèbre tableau rapporté de Paris, a été tellement refait et gâté, qu'il otTre à peine aujourd'hui quelques traits originaux de ce brillant fondateur du coloris de l'école vénitienne.' La statue de saint Jean-Baptiste est de Vitloria. Il a sculpté lui-même son buste et son monument : au-dessous, sur le pavé, une pierre noire indique la sépulture de ce statuaire à la fois si pur et si fécond , le plus habile élève de Sansovino , et le dernier grand artiste du xvi^ siècle.
L'élégante église Saint-George des Grecs est de l'architecture de Sansovino. L'office grec auquel j'assistai a un caractère singulièrement njystérieux : les prêtres sont cachés dans le sanctuaire ; ils n'apparaissent que par intervalles , pour certaines oraisons, et lorsque les rideaux se tirent. L'etïet de ce temple sans pontife était extraordinaire , et l'on ne voyait que deux jeunes clercs qui chantaient dans le chœur des hymnes monotones. Le sanctuaire des églises grecques est interdit aux femmes; les animaux en sont repoussés; mais la
ÉGLISES. Sr,
discipline a , par nécessité , excepté les chats , afin qu'ils puissent détruire les souris.
Le maitre-autel de Saint-Laurent, décoré de marbres , de bronzes , de statues , de superbes colonnes de Porto-Venere , est un magnifique ouvrage de Campagna. Le meilleur tableau est un Crucifiement de Balthasar d'Anna, peintre de la fin du xvi« siècle , loué pour la morbidesse et la force du clair-obscur.
La façade de la Confrérie de Saint-George-des- Esclavons est de Sansovino. Un oratoire a de bonnes peintures du Carpaccio, représentant quelques traits de la Vie de Jésus-Christ, de Saint George et de Saint Jérôme exécutées de 1502 à 1511. Les trois Saints sur un fond d'or, de l'autel, sont plus anciens , et paraissent du xiV^ siècle.
Saint-Franrois-de-la-Vigne est une belle église, dont l'architecture est de Sansovino, et la façade de Palladio. Deux grandes statues en bronze de Moïse et de Saint Paul, par Titien Aspelli, audevant de cette dernière , ont été justement critiquées, etleurs énormes proportions rendent encore plus choquants leurs défauts : les deux rayons de feu du législateur des Hébreux, recouverts par ime espèce de capuchon, sont surtout singulièrement bizarres. Sur les deux bénitiers, le Saint Jean-13aptiste et Saint François d'Assise; sur l'autel d'une chapelle, Saint Antoine, Saint Roch et Saint Sebastien, sont de Vittoria; le Sauveur, la Vierge et quelques saints; la Vierge dans une gloire, la Flagellation du Christ, de Palma; la Vierge adorant l'Enfant Jésus, bon tableau du commencement du XV' siècle , est du frère Antoine de Négre-
pont; la Vierge , l'Enfant Jésus et d'autres saints, de Jean Bellini; le Sauveur et le Père éternel, de Jérôme Sanla-Croce , peintre de la fin du bon siècle, dont il sut conserverie goût; ]N'otre-Dame au milieu des anges , une autre , très-belle , au milieu de quelques saints, sont de Paul Véronèse. Une copie de sa Cène, donnée arbitrairement par la république à Louis XIV (les Servites, auxquels il l'avait demandée, l'avaient refusée) , a été bien exécutée par Valentin Lefèvre. La chapelle Giustiniani, ou desPropliètes, couverte de sculptures en marbre , est un des plus brillants monuments de l'art au xv^ siècle , mais dont les auteurs divers sont inconnus. Les autels de Saint-François-de-la- Vigne étaient chargés de ces poupées si fréquentes sur les autels d'Italie , et qui offusquent la vue de tant de chefs-d'œuvre.
L'ancienne et vaste église Saint-Pierre fut jadis, et depuis les premiers siècles de la république, la cathédrale de Venise, jusqu'au moment où le siège patriarcal passa, en 1807, à la basilique de Saint- Marc. Une chaire très-antique de marbre, en forme de siège, passe vulgairement pour avoir servi à saint Pierre dans l'église d'Antioche ; plusieurs savants pensent qu'elle servait de siège à quelque chef africain; elle porte une inscription en caractères arabes que l'on a crue deux versets du Coran. Saint-Pierre a de belles et curieuses peintures : le Châtiment des serpents, de Liberi; Saint Laurent Giusliniani distribuant des aumônes, le chef-d'œuvre de Grégoire Lazzarini; Notre-Dame et les âmes du purgatoire , un des meilleurs ouvrages de Luc Giordaao ; une mosaïque en forme de tableau ^
beau travail d'Arminio Zuccato, sur le dessin du
Tintoret; Saint Pierre et Saint Paul, de Paul Véronèse, et le Martyre de saint Jean l'Evangéliste , du Padovanino, trop retouché par Michel Schiavone. Le clocher, reconstruit dans le xv^ siècle, est magnifique.
L'église Saint-Joseph n'a qu'un petit nombre de tableaux et de monuments , mais ils sont des plus grands maîtres : le Saint Michel archange et le sénateur Michel Buono est du Tintoret; une Nativité, de Paul Véronèse; le mausolée du sénateur Jérôme Grimani , de Vittoria , et celui du doge Marino Grimani et de sa femme , superbe , de l'architecture de Scamozzi , est décoré de bronzes, de statues et d'autres sculptures de Campagna.
L'église Saint-Martin passe pour être de Sansovino. Le tabernacle élégant de la grande chapelle est orné de peintures de Palm.a; un petit tableau ancien, de bon style, représente l'Annonciation; les fonts baptismaux sont un travail très-délicat de Tullius Lorabardo; une Cène, de Santa-Croce, est d'un rare mérite.
Saint-Jean en Bragora a la Sainte Véronique, le Christ lavant les pieds aux apôtres, le Christ chez Pilafe, de Palma; le Sauveur, de l'école du Titien; la Vierge, Saint André, Saint Jean-Baptiste, sur un fond d'or; une Résurrection de l'année 1408, et des meilleures peintures de ce temps, de Barthélémy Vivarini; Saint André, Saint Jérôme, Saint Martin, peut-être les premiers essais de Carpaccio; une Cène, de Paris Bordone; Constantin et Sainte Hélène soutenant la croix , du Conegliano, et son superbe Baptême de Jésus-
Christ, qui a souffert d'une maladroite restauration.
Le plafond de l'élégante église de Sainte-Mariede-la-Piété est un bon ouvrage de Tiepolo.
Sailli-George- Majeur. — Dominique Michel!. — La Sainte. — RévoliiUons du goût. — Mausolée de Sansovino. — Saiut- Luc. — L'Arélin.
Saint-George-Majeur est une des merveilles de Palladio, et qui n'a de défauts que parce qu'il n'a pu vivre assez pour l'achever. Aux côtés de la porte, les quatre Evangélistes, en stuc, sont de Vittoria.Les principaux tableaux sont : la Nativité, du Bassan;le Martyre de quelques saints, la Vierge couronnée, une Cène, la Manne dans le désert, la Résurrection, le Martyre de saint Etienne, du ïintoret; le Martyre de sainte Lucie, de Léandre Bassano. Une des belles choses de cette église est un crucifix de bois donné par Cosme , père de la patrie, lorsqu'il était réfugié à Venise, et ouvrage de Michellozzo Micliellozzi , son ami et son fidèle compagnon d'exil. Il avait fait bâtir par cet habile artiste, une bibliothèque, qu'il remplit de livres, et laissa aux bénédictins de Saint-George : c'étaient là les présents, les adieux d'un Médicis (1).
(1) Le premier livre manuscrit de Vllistoire de Venue coui ' racnccccu latiu par Paul Paruta, indiqué par Gingucnc {UUt,
Au maître - autel , les statues en bronze des quatre Evaiigélisles, de Campagna , soutiennent un énorme globe sur lequel s'élève le Rédempteur, belle et harmonieuse composition , qui exprime noblement le triomphe de l'Evangile, chef-d'œuvre de l'art, comparé au Jupiter Olympien de Phidias, et placé avec raison au-dessus de la Chaire de Saint-Pierre , du Bernin. Sur un des pilastres est une inscription qui semble porter bien loin la doctrine des indulgences , puisqu'elle dit que le pardon absolu de tous ses crimes est accordé à celui qui visitera cette église (1 ) , inscription éloquente, contemporaine de la Saint-Barthélémy, et qui ne respire que trop l'esprit pontifical du temps. Pie Yil , dont l'élection avait causé quelque mécompte à l'Autriche, se vit refuser la basifique de Saint-Marc et fut couronné à Saint-George; on
lût. cV Italie ,S\\\^ 320) comme existant encore à la bibliothèque de Sainl-Georfje, n'y est plus. Lors de la suppression du couvent, cedebibliothèque fut à peu près mise au ])illaf|e : une partie passa à Padoue, où elle fut dispersée, le reste fut vendu à renchère; aucun ouvragée ircst parvenu à la blibliolhèque Saint-Marc.
(1) Quisquis criminibus expiatù
Statas precans preees
ad XII K al. Aprilis JEdes liasce supplex Inviserit h Veniam scelerum Maximam consequutui'um Se sciât Gregorius Xlll, Pont. Max.
Sacro eam diplomate TriOuit.
y voit son portrait ; les souvenirs de cette papauté renaissante, douce, faible, persécutée, contrastent avec l'empreinte de la papauté redoutable et violente du xvr siècle. A côté de l'église , dans un petit corridor peu di^ne d'un tel monument, est le tombeau du doge Dominique Micheli , à la fois le saint Bernard (Ij et le Godefroid des croisades vénitiennes, vainqueur de Jaffa, conquérant de .Jérusalem, de Tyr, d'Ascalon, qui fit respecter des empereurs d'Orient le pavillon de sa patrie, transporta des iles de rx\rchipel les deux colonnes de granit de la Piazzetla, ravagea les côtes de la Dalmatie et eut pour épitaphe ces mots : Terror Grœcorum jacel hic.
Le luxe de la Salute, qui n'est ni sans majesté ni sans grandeur, la multitude d'ornements dont' ce temple est surcharge, annoncent la décadence de l'arcltitecture vénitienne. Les révolutions du goût semblent les mêmes dans tous les arts. San- Micheli précède Palladio comme Lucrèce précède Virgile : Corneille , Racine ; Bourdaloue, ]\lassillon : la force vient avant la pureté; le mauvais goût, qui se croit le bon goût, arrive ensuite, et produit Sénèque, Claudien, Marini,Longhena, l'architecte de làSahUe. Celte église, malgré sa richesse, est surtout intéressante par les tableaux des diverses époques du Titien, toujours fécond, toujours nouveau. Ces tableaux sont : les huit petits ovales du chœur, où sont représentés les Evangelistes et les Docteurs, dont un est le portrait du Titien ; la
(1) V. sa harangue conservée par les historiens et rapportée rlans VHist. de Venise de M. Daru (Liv. II. 40}, par laquelle il entraîne les Vénitiens à une nouvelle croisade.
Descente du Saint-Esprit peinte par lui à soixantequatre ans; à la sacristie, le petit Saint Marc au milieu de quatre saints, un des rares ouvrages de sa jeunesse, remarquable par la douceur de la lumière et la délicatesse de la chair du Saint Sébastien; et la Mort d'Abel, le Sacrifice d'Abraham, David tuant Goliath , les plus beaux des ouvrages de la Sainte, admirables par le travail du nu, et vraiment prodigieux , lorsqu'on songe que l'étude de l'anatoraie n'était point encore à cette époque tolérée en Italie. Ces trois derniers chefs-d'œuvre rejetés au plafond de la sacristie, sont mal éclairés, trop haut, perdus. La Présentation, l'Assomption, la Naissance de la Vierge , sont des ouvrages estimés de Luc Giordano qui, celte fois, ne s'abandonna point à sa fatale prestesse. Notre-Dame de la Salute est du Padovanino; les Noces de Cana, neuves, variées, du Tintoret; un Samson, de Palma; Venise devant saint Antoine, de Liberi.
Le candélabre de bronze du maitre-autel , ouvrage d'André d'Alessandro , élevé de plus de six pieds, est, après celui de Padoue, le plus beau de l'Etat de Venise; mais il en est bien éloigné, malgré la grâce infinie d'un grand nombre de détails, et particulièrement de la partie supérieure.
Le mausolée de Sansovino, ainsi que son buste par le plus célèbre de ses élèves, Vittoria, qui était à l'église Saint-Géminien, a été, depuis la démolition malencontreuse de celle-ci en 1807, transféré d'abord à l'église Saint-Maurice, et provisoirement, en 1822, dans la chapelle du séminaire patriarcal de la Salule, derrière les ban-
quelles de sapin des élèves ; il doit être replacé à l'église Saint-Maurice, répétition, imitation neuve du chef-d'œuvre de Sansovino, et qui ne peut avoir l'eftet du modèle. La cendre de ce grand artiste , errant lui-même pendant sa vie , et fugitif du sac de Rome, est errante à son tour depuis plus de vingt ans; et l'auteur de tant d'églises, de tombeaux, de monuments admirables, le fondateur d'une célèbre école, attend son dernier asile.
La bibliothèque du séminaire , somptueux édifice, et ancien couvent de la Saluie, est d'environ vingt mille volumes ; j'y remarquai une lettre signée de Charles-Quint, et adressée au pape Jules II, sur la réunion des Eglises grecque et latine.
Saint-Luc a au maitre-autel, le Saint écrivant' l'Évangile, de PaulYéronèse. L'Arétin fut enterré à Saint-Luc : on est comme surpris d'éprouver du scandale près d'un tombeau. Sur le mur est son portrait, par Alvise dal Friso, neveu et élève de Paul Véronèse; mais il n'y a aucune trace de sa sépulture qui, probablement, aura disparu lorsque l'église fut refaite, à la fin du xvie siècle. Les curés de la paroisse se sont transmis de l'un à l'autre que l'Arétin, près de mourir, ayant reçu l'extrêmeonction, dit en riant ce vers que la bouffonnerie italienne rend peut-être moins impie qu'il ne le parait :
Guardate mi da' topi, or che son unto.
Cette anecdote de curé , peut-être'pas plus vraie que d'autres anecdotes philosophiques sur la fin d'hommes célèbres, contredirait l'opùiion qui fait
mourir l'Arétin sur-le-champ, après être tombé à la renverse de sa chaise , en éclatant de rire au récitdes tours etdcs aventuresde sesdignes sœurs, courtisanes vénitiennes. On voit que, de toute manière, la fm du bâtard du cordonnier d'Arezzo est assez d'accord avec sa naissance et les dérèglements de sa vie.
L'élégance de l'église Sainte-Lucie, de Palladio, parait encore plus sensible lorsque l'on a contemplé la richesse de mauvais goût de l'église voisine des Scahi. La Sainte qui monte au ciel; plusieurs actions de sa vie; Saint Joachim; Sainte Anne et d'autres saints; la Vierge à la crèche; Saint Thomas d'Aquin et quelques anges ; quelques autres tableaux sont de Palma; un Saint Augustin est de Léandre Bassano, et le buste en marbre de Bernard Mocenigo, de Vittoria.
L'église Saint-André, à l'extrémité de Venise, et trop souvent fermée , a un Saint Augustin et des anges, de Paris Bordone, et surtout le Saint Jérôme dans le désert, regardé comme le plus beau nu de Paul Véronèse , mais que l'humidité a malheureusement altéré.
Le Rédempteur. — Pestes italiennes, — Frari. — Sépulture du Titien. — Monument de Canova.
Il serait difficile de rendre la vive sensation produite par la vue de l'église du Rédempteur , le
chef-d'œuvre de Palladio, arlisle immorfcl , le Virgile, le Racine, le Fcnclon , le Raphaël de l'architeclure. L'élégance, la légèreté, la pureté de l'édifice est unie à la solidité; et, après plus de deux siècles , il est inél)ranlal)le et Jeune encore au milieu des Ilots. La lumière du Rédempteur, due à sa belle architecture, est, le soir surtout, d'un eflet merveilleux; et la prière des capucins, auxquels ce magniliqutî temple a été rendu, est, «î cette heure, une des scènes d'église les plus religieuses, les plus poétiques, les plus pittoresques qui se puissent imaginer.
Le Rédempteur a de belles peintures: la Flagellation, l'Ascension, du ïintoret; rsotre-Dame et quelques saints; une Descente de croix, de Palma; le Raptème de Jésus-Christ, de Paul Véronèse. '
Dans une armoire de la sacristie est un petit tableau de Jean Rellini, la Vierge avec rEnfant Jésus qui dort sur ses genoux entre deux anges jouant delà mandoline, tableau merveilleux de grâce et d'expression. Bellini, maitre du Titien, explique son élève , connne les tableaux de Perugin au Cauibio de Pérouse expliquent Raphaël. On doit encore à ce grand et primitif peintre la Vierge avec Saint Jean et Sainte Catherine, et une admirable Vierge avec l'Enlant Jésus et deux saints. Quoique le maitre-autel, surchargé d'ornements, atteste la décadence du goût, il est remarquable parle crucifix et les deux statues de Saint François cl de Saint Marc, beaux ouvrages en bronze de Campagna.
Le Rédempteur, comme la Sainte, est un monument de la cessation d'une peste : on a peine à
s*expliquer une telle splendeur après de pareils ravages; ce mal qui répand la terreur semble, à Venise, à Florence, produire les plus brillantes merveilles de l'art. Les pestes de Venise provenaient de ses rapports nombreux avec l'Orient, alors que son commerce florissait : c'étaient là ses beaux jours. Les autres villes d'Italie célébraient aussi jadis les cessations de peste par l'élévation de temples, de chapelles; et tandis que notre affreux choléra s'éteint obscurément dans les bulletins mensongers de la police , les hommes de ces temps de foi aimaient à consacrer par de superbes et publics monuments les témoignages de leur reconnaissance envers la Divinité. 11 faut remarquer encore à l'honneur de la civilisation italienne et chrétienne des xv*" et xvr- siècles, quoique si vicieuse, si criminelle dans ses princes et ses grands, qu'aucune des terribles pestes qui alors ont désole l'Italie n'a excité chez le peuple les violences, les meurtres enfantés par la peur ou une stupide crédulité dont nos grandes cités du xix® siècle, si avancées, si progressives, ont été le théâtre à l'apparition du même choléra.
L'église attenant à l'hospice des Incurables, attribuée à Sansovino, fut habilement construite pour l'usage d'une maison destinée à l'enseignement de la musique. Sainte Ursule et ses compagnes est un beau tableau de Tintoret; un Crucifix passe pour être de Paul Véroncse. Le plafond de la grande chapelle est une bonne fresque d'Ange Kossi; à celui de l'église, est la Parabole des Yicrges prudentes, excellent ouvrage du Padovaniao; un Paradis, de S. PcranUa et Maffeij et la
Parabole de celui qui se présente aux noces sans la robe nuptiale, du Cappuccino.
Saint-Gervais et Saint-Protais (San-Trovaso) est une église riche , élégante , ornée ; elle est comme un temple grec consacré à l'Oreste et au Pylade des chrétiens , ainsi que les a surnommés M. de Chateaubriand. La balustrade d'un autel à gauche, d'auteur inconnu, est un travail très-fini : les petits anges, quoique assez mal posés, sont pleins de grâce. Dans le mur, du côte de l'évangile, sont deux précieux bas-reliefs antiques provenant de Ravenne , incrustés là par l'architecte de l'église , Pierre Lombardo, et que l'on a été jusqu'à croire de Praxitèle. Un ancien tableau , sur fond doré , d'auteur inconnu, dans la manière du xiv^ siècle, représente Saint Grisogon à cheval. L'Annoncia*^ tion, la INaissance de la Vierge, la Vierge, Saint Jean-Baptiste et d'autres saints, sont de Palma; Saint Jean et la Madeleine, un beau Saint Antoine abbé, la Cène, du Tintoret, auquel on attribue aussi Jésus-Christ lavant les pieds des apôtres; le Crucifix avec les trois Maries est de son neveu Dominique.
L'église Saint-Sébastien, terminée en 1548, et du dessin de l'habile architecte vénitien Scarpagnino, vit commencer et grandir la gloire de Paul Véronèse. A son retour de Rome, il avait été enfermé pour quelque faute de jeunesse au couvent aujourd'hui à peu près démoli de Saint-Sébastien, dont le supérieur pressentit les talents et exerça le loisir force du captif. Les premiers ouvrages qui le firent remarquer furent les plafonds de la sacristie et de l'église : le dernier, l'Histoire d'Esthcr et de
Mardochée, en trois compartiments, aujourd'hui très- endommagé , excita une telle admiration, qu'elle lui valut les plus honorables commandes du sénat. Afin de préserver l'œuvre de Paul Véronèse, un décret du conseil des Dix avait interdit à ceux qui le copieraient de dresser des échafauds, et leur prescrivait de travailler à terre. Le grand artiste est enterré dans l'église couverte de ses superbes peintures, mais qui, elles-mêmes, sont altérées, détruites. Les principaux de ces chefs-d'œuvre sont : deux Martyres du saint; les Saints martyrs Marc et Marcellin encouragés par saint Sébastien. Une double inscription simple et précise est audessous du buste de Paul Véronèse et sur son tombeau (1) : monument de la douleur de ses fds et de son frère, cet hommage domestique est justifié par les débris des beaux ouvrages qui sont sous vos yeux. Le. Saint Nicolas est de la vieillesse vigoureuse et féconde du Titien, qui le fit à quatrevingt-six ans ; il paraissait vivant à Vasari : le rochet était léger, la robe ondoyante, et il a été comme détruit par la barbarie des restaurateurs. La Vierge avec Saint Jean-Baptiste et Saint Charles est de Palma; le Châtiment des serpents, du Tintoret. Le mausolée de l'archevêque de Chypre, LiviusPodacataro,grandlettré,amide Bembo,est un ouvrage simple, riche, majestueux, varié, de Sansovino. La statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus
(1) Au-dessous du buslc est écrit : J'aido Caliario Veronensi pictori , natiirœ œmnlo , artis viiraculo . superstite satis fama t)îcfî<ro;rc[)ilai)lie est : Vanlo Caliario Veron. pictori celeberrimo (Uii, et Benedic. f rater pientiss. et stl>i,posterique. Beccssit AU Kaknd. Mail MDLXXXFIII.