PORT FRANC
Véronèse; ces statues, ces palais, ces temples, ces mausolées de Sansovino et de Palladio, prêts à disparaître.
J'ai visite trois fois Venise à peu près à une année d'intervalle, et chaque année j'étais frappé de la rapidité de son déclin. Un bon observateur qui l'habitait alors calculait qu'elle pouvait aller ainsi environ soixante ans. Je ne puis même dissimuler que quelques-uns des traits sous lesquels je l'avais peinte la première fois doivent être affaiblis. La population , qui s'était élevée jusqu'à cent quatre-vingt-dix mille âmes, quoique, vers la fin du dernier siècle, elle ne fut que de cent cinquante mille, n'est plus aujourd'hui que de cent trois mille, dont quarante mille sont à la charité des autres habitants. Le nombre des gondoles, qui était autrefois de six mille cinq cents, était, en 1827, de six cent soixante et dix-huit. Comines prétendait que lorsqu'il s'y rendit , il s'en fineroit bien trente mille (1).
(1) Le port franc a ranimé Venise. La population qui baissait, s'est quelque peu accrue; elle monle aujourd'hui au delà décent dix mille habitants, et aufjmenle chaque jour. C'est avec une joie exlième que je rétracte les prophéties de malheur prononcées dans les précédentes éditions des Voyages, contre cette belle cité, et qui alors n'étaient que trop vraisemblables. L'importance qu'a reprise l'Orient s'y fait de nouveau sentir; on vient d'instituer une société pour le commerce des Indes; une djorue s'élève pour abriter les bâtiments étrang^ers; enfin, le chemin de fer de Milan, déjà commencé, doit en huit heures faiie communiquer Venise avec la plus opulente des capitales de l'Italie.
En attendant ces nouvelles destinées, le port franc a mis les vêtements à un prix modéré ; les draps de France et les étoffes anglaises arrivent en quantité, et Ton vient de la terre ferme,