‹ Venise et ses environsChapitre 26 sur 37 · CHIOGGIA · texte numérisé non relu

CHIOGGIA

de 6,95:2,440 fr. Quelquefois le marbre poli, usé, miné par les flots, a quelque chose de spongieux, et son éclatante blancheur lui donne l'air d'écume pétrifiée. Jamais exemple de frein ne fut plus frappant pour la méditation : en deçà des Mumzzi est un lac tranquille; au delà, c'est la mer, dont les vagues longues, redoublées, accourent et se brisent au pied de leurs degrés. Les Murazzi ne sont que de la moitié et de la fin du dernier siècle; on a peine à croire qu'un Etat capable de si gigantesques travaux n'ait point duré davantage : il est plus aisé de mettre un frein à la fureur des flots que d'arrêter les complots des méchants.

La côte riante de Chioggia mérite d'être visitée pour le caractère de sa vive, originale, laborieuse et nombreuse population, qui fournit à Titien seS têtes expressives, mais pas trop idéales; à Goldoni les saillies des personnages disputeurs et bruyants de ses gare chiozzotte, et à l'infortuné Léopold Robert la scène mélancolique de ses Pêcheurs.

Lorsque je revins des Murazzi à Venise , dans l'automne de 18-27, il n'y avait pas au lazaret un seul vaisseau en quarantaine. Cette vaste enceinte déserte, que le commerce ou la guerre n'animait plus coinme au temps de la république, rappelait les menaces des prophètes contre Tjr: « Comment « avez-vous péri, vous qui habitiez dans la mer? « 0 ville superbe! vous qui étiez si forte sur la « mer... Les iles seront épouvantées en voyant a que personne ne sort de vos portes (l).» Venise

(1) Éîécbiel, cap. xxvi, 17, 18.

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commence à Attila, et finit à Bonaparte; cette reine de l'AcIrialiqne, dont l'empire fut de quatorze siècles, devait naitre et mourir au milieu d'orages plus violents que ceux de la mer qui l'environne, et la terreur des deux conquérants produisit différemment son origine et sa chute.

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La situation de Venise au sein des lagunes semble devoir rendre l'air humide et vaporeux ; mais cet air est continuellement renouvelé par les vents et le sud-est qui le dépouillent du gaze méphitique. Scion plusieurs savants, il est doux, égal, nourrissant quoique sans pesanteur, moins humide même que celui de Milan. Les émanations salines des lagunes créent une atmosphère particulièrement favorable aux personnes atteintes de phlhisie pulmonaire, scrofulcuse, tuberculeuse ou de dispositions rachiliques, et les bains de mer y sont très-efficaces contre ce genre d'affections. Ces bains , qui peuvent être pris l'hiver et continuer le traitement commencé l'été à d'autres bains salins de terre ferme, doivent leurs qualités à la vase et aux algues. La meilleure de celles-ci est le sphœroceus confervoïdes , à cause de la quantité extraordinaire de substances gélatineuses qu'elle contient, et de la facilité à l'extraire et à

l'avoir toujours fraîche dans ces eaux où elle croît abondamment l'hiver , même dans le grand canal.

Le régime ichthyologique, si excellent à Venise, surtout les huîtres et les célèbres pidocchi dont il va être parlé; les promenades en gondoles, qui bercent doucement au soleil pendant deux ou trois heures les malades enveloppés de la vapeur marine, secondent mervcilleusempnt l'effet des bains et du climat; et l'agrément de la vie et de la société le complète. L'été seul produit quelques fièvres périodiques communes aux plages maritimes de l'Adriatique et de la Méditerranée, voisines des marais. Les pestes dont Venise a souffert n'ont pas été plus désastreuses que celles de Milan et de Florence; et parmi les grandes cités italienne,s elle est celle qui souffrit le moins du choléra. L'air est tempéré, et le vent sud-est qui adoucit la rigueur du froid de l'hiver, est surnommé par les Vénitiens « le manteau des pauvres. » Ce climat est réparateur pour les enfants et les vieillards; mais il parait moins convenable aux personnes de l'âge moyen, et il produit parfois chez les étrangers un dérangement intestinal. La santé de Venise est généralement bonne; on y parvient à un âge avancé , et l'on y compte quelques centenaires (1).

(1) Médecins. — M. Zanini, encore distingué par ses productions scienlifiqiies et littéraires et son goût éclairé des beauxarts ; M. Henri Trois, Piédecin de la cour. — Chirurgiens. M3I. Rima; Constanlini; Fario, pour les maladies des yeux. — Prix des visites : 3 francs.

Pharmacies. — Mantovani. — ■ Ongarato. — ^ Gahanî. — 'La

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Venise offre aux gastronomes des jouissances vives et variées. Les bœufs venant de Styrie, élevés pour l'alimentation, et qui ne travaillent pas, donnent une viande de qualité supérieure. Le veau de Chioggia est exquis et meilleur que celui de la terre ferme. La Polésine de Rovigo fournit en abondance de grasses et fines volailles. Le voisinage des marais rend le gibier nombreux, excellent et peu cher. Les bécassines en hiver se donnent pour 4 ou 5 sous de France. Le lièvre est bon; et le lapin , dédaigné, n'est mangé de personne.

Le poisson de l'Adriatique jouit d'une juste

pharmacie Mantovani est n-pulée depuis longtemps pour sa teinture d'absintlic, si stomachique, dont elle exportait jadis en Europe pour environ cinquante mille écus par an, et dont elle fournit encore aujourd'hui toute Tltalie. Les pilules de Saint- Fosca ou del Piovano (du curé), qui ont pour ingrédient principal Taloès, sont un laxalif rloux et sûr, fort convenable au voyageur. Trois ou quatre suflisent. L'ancienne pliaimacie où elles se manipulent est encore à Sainl-Fosca. On ne sait trop l'oripfiiie de leur seconde dénomination ; peut-être sont-elles de l'invention de quelque curé ; car, en Italie, les curés font aussi un peu de médecine, usaje salutaire qu'il serait bon d'imiter, et qui les rend encore plus sccourables aux pauvres. — La célèbre thériaque de Venise, qui jadis se manipulait solennellement sur la place Saint-Marc, en présence des mafjistrats, ce médicament historique n'a rien perdu de son ancienne supériorité, et les voyageurs ne feront pas mal d'en emporter. Je tiens de M. le docteur Le François, habile médecin de Veisailles, qu'une dyssenterie opiniâtre et contre laquelle avait échoué la thériaque préparée dans les premières officines de Paris , a promplemenl cédé à celle que s'était procurée à Venise un ami du malade. — L'eau de mélisse, qui se vend à la pharmacie des Capucins du Rédempteur, esl un parfum exquis.

Confiseur. — Franceschi, renommé pour sa délicieuse confiture de pêches (persegada), le premier des dolci vénitiens , et qui se vend'ifr. la livre.

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célébrité; il fournit d'abondants et de délicats tributs à la reine de cette mer. Si les Vénitiens, remarque ingénieusement Addisson, étaient bloqués de tous côtés, ils pourraient en quelque sorte échapper à la famine par la quantité de poissons que la mer leur fournit, et qu'on peut prendre au milieu même des rues; ce qui est un magasin naturel que très-peu de villes peuvent se vanter d'avoir. On cite : le magnifique rouget [triglia) , le premier des poissons de l'Adriatique; le turbot [rombo], déjà loué par Boccace dans sa longue et remarquable lettre au prieur des Saints-Apôlres de Florence, où se trouve un tableau si vivant de la maison, du luxe et du Irain de vie d'un grand de l'époque; les sardines fraîches (sardelle), qu'on a surnommées les ortolans de l'Adriatique, H qui se passent d'assaisonnement (1) : les soles [sfoglle) excellentes; les petits poissons {sacheltc); les gobies [pagoncUo de mar) (2) ; l'ombrine qui pèse jusqu'à quarante livres, et le thon jusqu'à cinq cents, mais d'ordinaire de dix à cinquante. Ce dernier arrive du mois d'août au mois d'octobre; afin de l'avoir toujours de bonne qualité et d'échapper au danger de sa putridité, la police examine les barques qui l'amènent, surtout lorsque le sirocco en a retardé l'arrivée, et pour peu qu'il soit avancé, elle le fait jeter à la mer. Les huitres de l'arsenal, énormes, grasses, ne pourraient se manger à la douzaine; cuites et assaisonnées aux fines herbes, à la vénitienne, elles forment

(1) On en donne 20 pour 2 sous.

(2) Elles ne coûtent que 5 sous la li?ri

un mets agréable et digestible. Malgré l'horreur de leur nom , on estime encore plus les pidocchi (poux de mer) de l'arsenal, sorte de moule fort savoureuse; mais ils sont rares, ils ne se pèchent qu'en juin et juillet, et l'on est quelque peu surpris, au milieu des fiots, de les payer aussi cher. Les muges voluptueux pullulent dans la fange des canaux de Chioggia. On en fait d'amples salaisons; la chair bonne, tendre, expose, si l'on en mange trop, à des maux de tète et même à la fièvre. Les œufs comprimes, salés et séchés, donnent une sorte de caviar appelé bollargue, très-recherché , qui s'accommode avec de l'huile et du citron. La plupart de ces poissons si exquis , et d'autres , tels que le rouget, la sardine, les poux, le turbot, le maquereau, le homard et les huilres surtout, ont encore le mérite de donner aux malades un bouillon très-salutaire (1).

Les fruits, abondants et bons, viennent des collines d'Esté, de Monselice et de Montagnana (2).

(1) Les vins de France et d'Espagne, grâce au port franc , arrivent sans payer. Le vin de Cliypre véritable coule au café de 1> à 10 sous le verre; Tordinairc se paye 34 sous la bouteille, et la ])reniicre qnalilé 3 Ir. Les autres Ijons vins sont le Pal Pollicella et le piccoUt de Concgliano et du Frioiil.

(2) Auberges. — Elles ne sont pas de premier ordre, et l'avis donné précédemment sur le vin ne sera pas inutile. — L'£'urope, qui a une table d'iioteà 3 fr. oO cent., fréquentée par les Français ; la Lune, V Albergo Reale , le Lion blanc , la Reine d'Angleterre, il Papore, le Pèlerin.

Les logements en garni sont peu chers, mais assez négliges. Ils coûtent par mois de 20, 2o à 40 fr. Il existe à l'enlrée de la place Saint-JMarc un bureau de location où Ton peut s'en procurer. Les personnes qui désirent des appartements plus élégants, s'adresseront, soit au magasin d'objets d'art du Gondoliere j près des Procuratie Vecchie, soit au cabinet de lecture

Il faut se méfier du vin à Venise, parce que souvent il est frelaté. Les mariniers en boivent pen-

dn Gondoliere , place Sain(-3Iarc. Il faut, principalement l'élc, se loger sur le jjrand canal, afin de parcourir le soir, en gondole, ce Corso liquide.

Restaurateurs. — Il Cavaictto. — Il Vapore. — Il Capello, — Le cabaret de San-Bencdetto^ aimé des artistes.

Les amateurs de bons poissons et de l'originalité culinaire, doivent aller à Quintavalle, chez Sur-Znune, qu'il faut autant que possible prévenir d'a\ance. Ils auront là des jouissances que le Rocher de Cancale parisien n'eir.icera point.

Au Môle, café du Fonso. — Delà Veneta marina on ]on\\. d'une belle vue. — L'Aurore et VAlbero d'oro sont les estaminets des jeunes élégants. {V. les cafés de la place Saint-Marc, jiage a.)

Gondoles. — 80 cent. Thcureou la course^ pour toule la journée 5 fr. Le voiturin pour Boulogne, nourriture compris, 20 fr. par place. — Un bateau à vapeur part le soir trois fois par semaine pour Trieste. H arrive en sept ou liuilhfurcs. Le prix des prcmièics places est de 20 svvanlziger (17 fr. 40 cent.). '

Une gondole pour aller de Mestre à Venise coûte 3 fr. plus SOcent. pour la bonne-main.

Libraires. — Missiaglia , aujourd'hui le Gondoliere. Cette vaste et intelligente librairie a deux maisons, place Saint-Marc, l'une pour les livres italiens, l'autre pour étrangers et italiens. Elle a créé le Gondoliere , journal, paraissant tous les samedis, quia pour rédacteur M. L. Carrer, poëte et improvisateur vénitien, dont la jeunesse mérita les éloges de Byron , aujourd'hui critique j)iquant, judicieux , et qui rapi'cllc Addisson et Gozzi. ' — Ganciani , pour les livres anciens. — Gnoato. — Cabinet de lecture, du Gondoliere, place Saint-Marc.

Ateliers. — Peintres : MM. Schiavoni ; Lippnrini ; Gregoletli; Duse; Busato; Borsato, pour les tableaux de genre; Viola, paysagiste; Borsa , ])0ur les scènes populaires. — Sculpteur : 31. Ferrari, fils d'un bon sculpteur, artiste de vingtquatre ans , de la plus haute espérance, qui annonce à l'Italie un digne compatriote et un héritier de Canova. Une figure de la Mélayicolie, et surtout un Laocoon, même après le groupe antique, ont excité l'admiration universelle.

Magasin de tableaux des anciens maîtres. ■ — La collection de noire compatriote M. de Civry est au premier rang et présente parfois d'authentiques chefs-d'œuvre digues des galeries

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dant le trajet, et le remplacent par de l'eau des lagunes, eau insalubre, quoiqu'elle ne manque pas d'agrément et ait un petit goût d'eau de Seltz. Les personnes aisées et précautionneuses chargent un domestique éprouvé de surveiller sur la barque le transport du vin.

La chasse des environs de Venise, belle par le voisinage des marais , s'étend sur tout le littoral depuis Aquilée jusqu'au port ancien et historique de Caorlo, aujourd'hui ruiné. Les canards sauvages et les plongeons abondent. Cette chasse, pour laquelle les Vénitiens étaient très-passionnés, formait jadis un des spectacles solennels et joyeux, particuliers à leur pays , et qu'a si bien décrits mademoiselle Justine Renier-Michiel.

roynles. — Baibini. — Sanquirico- — Magasins d^objefs d'art et de papeterie élégante, du Gondoliere, à l'inslar de Susse et de Gjroux. — Lithographie. — Bel établissenienl de M. Gaspari, qui a déjà reprodiiil trente des plus grands tableaux de Técole vénitienne. — Petites chaînes d'or si estimées pour la finesse du travail et la pureté de l'or; chez Cuchetti et les autres bijoutiers, même les plus petits. Les prix varient selon la délicatesse du travail.

Magasins de soieries et de nouveautés. — Caron. — Tropeani, — Couturière et marchande de Modes. ■ — Madame Adèle, qui reçoit tous les jolis pompons et toutes les créations de Paris.

Tabacs. — Le tabac et les cigares vénitiens sont médiocres, mais il y en a d'excellents à Trieste. On peut s'en procurer dans celte viïieà la ferme générale par l'entremise d'un ami ou correspondant, et les recevoir par le bateau à vapeur. Ces cigares de Trieste, vrais la Havane, qui ne coûtent comme les nôtres que 4 sous, doivent décider au voyage certains amateurs.

lîords de la Breuta. — Palais Foscari.

accroissement.

Padoue. — Son

Les bords de la Brenta , avant d'arriver à Padoue, m'ont, je l'avouerai, paru beaucoup trop vantés. Près du palais du vice-roi , ils sont gâtés par une espèce de longue digue ou chemin de halage soutenu par un gros mur de brique ; dans d'autres parties les jardins qui les bordent, avec leurs petites charmilles , leurs arbres plats ou

(1) DE YEINISE A BOLOGNE.

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