‹ Venise et ses environsChapitre 30 sur 37 · P A 1)0 LE · texte numérisé non relu

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pour l'effet de ses ombres et de sa lumière, est horrible à voir, ainsi que l'Ecorchemeiil de saint Barthélémy, à la chapelle voisine, par Pittoni, un de ces peintres octogénaires de Técole vénitienne (1). A la chapelle Orsato est le Saint François recevant les stigmates, par Liberi , dont la tête si expressive fut, dit-on, l'ouvrage d'une nuit. L'antique chapelle de la Madonna Mora est curieuse : la figure de mari)re est un ouvrage grec, mais ses beautés ne peuvent être aperçues à cause des énormes vêtements dont elle est affublée. Quelques autres peintures et sculptures de Saint-Antoine sont remarquables : la Descente de croix, par Luc de Reggio, est naturelle et d'un beau coloris. Le Rédempteur, fresque de l'école de Mantegna, mise sous verre , est assez bien conservée. Une autre fresque de la Vierge et de l'Enfant Jésus , plus forte que nature, avec Saint Jérôme et Saint Jean- Baptiste, ouvrage des premières années duxv^ siècle, rappelle la manière du Giotto. La Vierge sur un piédestal et en bas Saint Pierre, Saint Paul, Saint Bernardin et Saint Antoine, est une belle composition d'Antoine Bosseili, habile peintre bergamasque du xvf siècle. Le Crucifix entouré des prophètes , de Saint Sebastien , de Saint Grégoire , de Saint Bonaventure et de Sainte Ursule, par Montagnana,est élégant et vrai. Une Sainte en marbre, au-dessus du bénitier, est de Pyrgotèles. La Sépulture du Christ, sur une porte de la chapelle des Reliques , par Donatello , célèbre bas-relief d'argile dorée , qui était digne d'être coulé en bronze ,

(1) V. le volume d<i remue.

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a peut-être, malgré ses beautés, quelque exagération.

Le chœur et le maître-autel rassemblent les chefs-d'œuvre des plus grands maîtres. Le grand candélabre de bronze d'André Riccio, le Lysippe vénitien, est le plus beau qu'il y ait au monde. Il coûta dix années de travail à l'artiste; les détails peuvent soutenir le parallèle avec les candélabres antiques, mais l'ensemble est inférieur, et la richesse, la multiplicité de tant de belles parties, fait tort à la beauté réelle de l'ouvrage. Les quatre statues des protecteurs de Padoue, la Vierge et l'Enfant Jésus, le grand crucifix de bronze, sont d'admirables ouvrages de Donatello, et b's statues de pierre sont de Campagna.

// Sanlo contient d'illustres mausolées de patriciens, de généraux, d'étrangers distingués, de professeurs. Le monument consacré par le patricien Querini à Bembo rappelle et semble reunir les premiers noms des lettres et des arts. Le buste de Danese Cataneo a obtenu les éloges de l'Arétin; on prétend que le Titien et Sansovino contribuèrent à sa perfection par les conseils qu'ils donnèrent à l'artiste; l'architecture noble et simple du monument est de San-Micheli, et l'inscription de Paul Jove. Le mausolée en marbre d'Alexandre Contarini, procurateur de Saint-Marc, exécuté sous la direction de San-Micheli, est grandiose; les figures des esclaves enchaînées, de Viltoria, mises comme cariatides, et supérieurement disposées, sont énergiques, et la petite'ligure ailée en haut du monument, parle même grand artiste, est d'une grâce infinie. {]i\ autre magnifique tom-

VENISE, l<i

beau est celui du professeur d'éloquence Octave Ferrari, rhéteur abondant, disert, dont les digressions, a-t-on dit, étaient plus estimées que le sujet même de ses leçons, et auquel l'aménité de ses manières et de sa parole valut le beau titre de pacificateur. On voit par l'inscription , que ce professeur de Padoue avait une pension de Louis XIV, et était chevalier de l'ordre équestre de Christine; Cesarotti, plus illustre, aussi pensionné et décoré par Napoléon , n'a pour monument qu'une petite pierre rouge avec l'inscription à moitié effacée : Ossa Mekhioris Cesarolti Palavini, anno 1808. Malgré le talent poétique de Cesarotti, sa traduction de l'Iliade, surpassée par celle de Monti, se ressent du faux goût, des habitudes frivoles, de l'imitation française et vollairienne des auteurs italiens du dernier siècle; la naïveté, la couleur' antique y sont encore plus altérées que dans la traduction de Pope : c'est ainsi qu'il crut rendre plus agréable et plus décente la ceinture de Vénus en la transformant en collier. La traduction d'Ossian , le meilleur ouvrage de Cesarotti , est fort supérieure à son Iliade; comme critique, Cesarotti a mérité de justes éloges; mais il est surprenant qu'un ami du vrai , comme M. de Sismondi , ait pu le proclamer le premier poëte de son temps. Un autre écrivain italien, philosophe, poëte et critique célèbre, le comte Gaspard Gozzi, frère aîné du bizarre et joyeux Charles Gozzi, négligé par le gouvernement en décadence de Venise et mort indigent, est enterré à Saint- Antoine et n'a même point d'inscription. On a peine à s'expliquer une telle indifférence littéraire dans une ville comme

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