XIX-18. — PLANÈTES
M. Ruskin pense que ce chapiteau indique peut-être l’aspect du ciel au moment où la première pierre de ce palais fut posée. Malheureusement pour cette théorie, on trouve cette disposition des planètes et des signes exactement la même dans tous les livres d’astronomie du moyen âge.
4. Rien ne serait plus intéressant que cette date, s’il était parfaitement constaté que c’est un millésime et que la gravure en est contemporaine de la sculpture. Des chiffres arabes de la première moitié du xiv* siècle peuvent bien se rencontrer à Venise, qui avait tant de relations avec l'Orient et les Arabes de tous les pays; cependant les historiens des mathématiques et des formes de la numération pourraient y faire des objections. Je vois bien là des espèces de moitié de 8, des 4 par conséquent, qui suivent 4 3, et je sais qu’aux xv # et xvi* siècles, les 8 étaient à peu près rognés ainsi de la tète pour faire des 4; je sais que notre Henri IV dessinait à peu près de cette façon le quantième de son nom. Cependant j’ai des doutes, soit sur cette numération arabe, soit sur ces 4 qui pourraient être des 9. Les 9 reporteraient ainsi ces sculptures à 4399, à la dernière année du xiv* siècle, ce qu’on ne peut admettre, car je les regarderais bien plutôt comme appartenant à 4299. M. Burges me pardonnera mes réserves, car mon seul but serait de faire constater la vraie vérité. Au surplus, il est fort remarquable qu’une date quelconque, ancienne ou même assez récente, soit inscrite sur la tablette, sur l'abaque du mathématicien par excellence, du grand Pythagore que l’antiquité et le moyen âge regardaient comme l’inventeur ou l’un des inventeurs des sciences exactes. ( Note de M . D.)
1. Création de l'homme : de lino ns • ada • ne costa formavit et • eva - Notre -Seigneur est assis sur un trône. A côté est Adam nu. Notre- Seigneur met la main gauche sur ht tête •d’Adam dont, avec la main droite, il touche le bras 1 . — 2. Saturne : bt * satvrnb • domvs • eglocervntis et vrne. Dans l’« Hortus vocabulorum », imprimé à la fin du xv* siècle, par Wykyn de Worde, l’élève de Caxton, je trouve.: — « Egloceron-ontis, vel Egloceros. est celeste signum , id est Capricornus ». Ainsi notre inscription serait : < Est Saturai domus Eglocerontis et Urnæ », et se traduirait : « La maison de Saturne est celle du Capricorne et du Verseau ». — Une barre de fer en détruit ou cache les abréviations, et de plu3 ce latin n’est pas celui du Cicéron antique; c’est tout au plus le latin du < Tullius » sculpté sur le chapiteau précédent. Saturne est représenté comme un homme de cinquante ans , à barbe petite. Il est assis sur le Capricorne, qui est tout simplement une chèvre, sans queue de poisson. A la droite, une faux; à la gauche, une urne d’où il verse de l’eau. — 3. Jupiter : inde • iovi • doma pisces simvl atq’ cirona». De là, pour Jupiter, habitation* dans les Poissons et le Sagittaire (Chiron). « Jupiter, vêtu en docteur ou en magistrat, n’a pas de ceinture à ses vêtements. A la droite, deux poissons; à la gauche, sceptre ou bâton amorti par une boule à chaque extrémité. Il est assis sur le Sagittaire, vieux centaure qui, vêtu d’une tunique, tend son arc avec une flèche. — h. Mars : e aries martis et acv....e scorpio partis. « Est Aries Martis et acutæ Scorpio partis». « Le Bélier et le Scorpion à la queue aiguë servent de logis à Mars ». Le guerrier planétaire est casqué et vêtu d’une cotte de mailles. A la main droite , épée ; à la main gauche, écu blasonné de feu en chef et d’eau en pointe. A la même main gauche, bannière chargée de cette inscription : de fero svm. « Je suis de fer ». 11 est assis sur le Bélier; à son côté gauche, le Scorpion. — 5. Soleil : es domv’ solis tv qcoq’ signe leoni. Le Soleil est un jeune homme ardent, tête environnée de rayons, cheveux courts et frisés. Il est assis sur le Lion. Sa main gauche porte le Soleil, c’est-à-dire une face humaine entourée de rayons sur un disque. — 6. Vénus : libra cv tavro venvs ...t pvrior avro. » Avec les Balances et le Taureau, Vénus est plus pure que l’or ». Vénus,
4 . Cet Adam est un jeune enfant, nu, ailé, absolument comme les païens représentent l’Amour. Il est ainsi exécuté en mosaïque sous le porche de Saint-Marc, au moment où le Créateur envoie le souffle de la vie dans le corps d’Adam. Cet Amour christianisé est une façon, usitée à Venise, de représenter l’âme d’Adam, le a Spiraculum vitæ ». [Note de M, Didron.)
2. 11 faut peut-être laisser o doma » ou « domat » et ne pas le remplacer par a domus ». Dans ce cas, on devrait traduire : « De là Jupiter dompte les Poissons et Chiron » c’est-à-dire, « entre en vainqueur dans les signes des Poissons et du Sagittaire ». [Note de M. D.)
assez décolletée selon son habitude , est une jeune reine vêtue avec luxe et coiffée d’une couronne. Assise sur le Taureau, elle tient à la main droite un miroir et, à la main gauche, des balances. Du reste, rien de plus beau dans l’antiquité que ces deux représentations du Soleil et de Vénus. Pour moi, j’ose préférer cet Apollon à celui du Belvédère, une des plus mauvaises sources où les jeunes artistes, conduits par les Académies, vont se gâter les mains et s’atrophier le cerveau. — 7. Mercure : occvpat • krigone • stilbons • geminvq’ lagone. Je trouve dans l’ouvrage d’Hyginius sur l’astronomie : « Secunda Stella est Mercurii nomine Stilbons ». On peut donc lire : « Occupât Erigonem Stilbons, geminosqueLacones », et traduire : « Mercure ou Stilbons occupe ou habite Érigone et les deux Laconiens» (les deux flls de Léda). Mercure, coiffé comme Jupiter, tient à la main gauche, comme un savant, comme l’inventeur de la science et le mari de la Philologie, un livre ouvert qu’il indique de la droite. Il est assis sur trois figures : à droite, la Vierge (Érigone) ; à gauche, les Gémeaux. — 8. La Lune : lvnb cancer domvt pbet i orbe signorv. « L’Écrevisse, maison de la Lune, donne des signes dans le monde ». 11 faut observer que la plupart de ces vers, ph» ou moins hexamètres, sont rimés au milieu et à la fin. La Lune, nu-tête, n’a qu’une chemise. Elle est debout dans un bateau. De la droite, elle porte le croissant de la lune ; de la gauche, elle tient une écrevisse 1 .
Au-dessus de ce chapiteau, Adam etÈve. Adam prend le fruit de l’arbre; sa main droite est levée comme en signe de déprécation. Ève tient à la main droite une figue qu’elle montre avec la gauche. L’arbre fatal est un figuier.
4 . Ces inscriptions sont fort difficiles à lire et à comprendre. Cependant, i\ est impossible aujourd’hui de se faire une idée de la manière dont les archéologues et artistes, littérateurs et historiens les lisaient il n’y a pas bien longtemps encore. En voici un échantillon tout imprimé, en 4845, dans la « Guida per la citta di Venezia » de Moschini, vol. i, page 484. Je prends le chapiteau des planètes, parce que c'est le plus compliqué ; mais les autres chapiteaux ont été à peu près aussi maltraités par le malhabile épigraphiste.
Moschini attribue à Saturne cette inscription : a Et Saturne domus celo cerultis Turne ». — A Jupiter : < Ino e Jovi dona pisces — Similator Cirona ». — Au Soleil : « Es domu Solis tu — quod siccine leoni ». — A, Venus : « Libra cum tauro Venu — purior auro ». — A Mercure : a Occupât Ericone Stil — Bon. A Ceminibus Lacone ». — A la Lune : « Lunae Cancer domu tpbe ivrbe Signorum ». — A Dieu créant Adam et Ève, l’inscription suivante, qui est la plus fantastique de toutes : « Delimocs edadeco — stafomavit Jeva ». Quel grimoire pour : a De limo Deus Adam, de costa fonnavit et Evam »!
Enün, et je m’en tiendrai là, au chapiteau vn-30 des Vices, à la Luxure, qui est le fumier de l’enfer, « Luxuria sum stère us inferi », il donne cette variante, cette leçon dont il a dû s’applaudir : t Luxuria sv — stère. • in aeri ». — Moschini devait bien mépriser le moyen âge qui com* posait des inscriptions aussi ridicules! ( Note de M, D.)
Le serpent n’a pas de griffes ni de pattes ; il a la tête d’un homme et il parle à Ève
Sur le chapiteau de la balustrade, au-dessus d’Adam et d’Ève, personnification des quatre vents. — 1. levante. Jeune homme, tête environnée de rayons; il élève le soleil hors des ondes. — 2. hotro. M. Ruskin dit : « Couronné, il tient le soleil à la main droite ». — 3. ponente. M. Ruskin dit :
« Il dépose le soleil dans les ondes ». — 4. tràmontanà. Femme portant un astre avec la main droite 2 .
Plus haut encore , l’archange Michel ; il a au-dessus de la tête : angelvs • michael. Son nimbe et l’épée qu’il tient à la main droite sont en bronze. A la gauche, il tient une banderole où se lit cette inscription redoutable :