EXPLICATION DES PLANCHES
Deux de nos planches représentent le Soleil, Vénus et la Lune. Ces images nous obligent donc à dire un mot des planètes, puisqu’en voilà déjà trois sur sept qui se montrent à nos lecteurs.
Au moyen âge, les Italiens se sont occupés des sciences beaucoup plus que les Français : les mathématiques et l’astronomie qui en dépend, la médecine et le droit étaient enseignés avec éclat dans les plus grandes villes de l’Italie, notamment à Pise et Pistoia, à Florence et Bologne, à Vérone et Padoue. Assurément, l’Université de Paris, où l’on affluait de l’Europe entière, était illustre entre toutes ; mais on peut dire qu’il n’y avait pas dans toute la contrée, qu’on appelle aujourd’hui la France, d’autre centre vraiment scientifique, tandis que la petite Italie comptait, de Venise à Salerne, plus de vingt Universités d’une certaine importance. D’ailleurs, à Paris , on fêtait la grammaire et la rhétorique, la théologie et la philosophie, c’est-à-dire la parole et la morale; mais l’observation du fait matériel, la science proprement dite, exacte ou naturelle, .n’y obtenait pas les mêmes honneurs. Aujourd’hui encore, la patrie de Galilée et de Volta est un pays où se distinguent les physiciens, les chimistes, les mathématiciens, les naturalistes et les astronomes. Dans nos cathédrales françaises, on trouve fréquemment, il est vrai, la représentation des sciences naturelles ou des arts libéraux; mais c’est dans la seule Italie, et notamment dans la cathédrale de Sienne, que j’ai rencontré Mercure -Trismégiste, ce triple génie de la science, marchant à la tête de l’histoire et de la symbolique, du dogme et de la morale qui se déroulent par personnages et attributs sur le pavé du précieux monument. Il faut donc s’attendre à trouver en Italie, plus que partout ailleurs, la représentation des planètes qui servent de base au système astronomique, et le palais ducal de Venise n’est pas le seul, comme nous allons le voir, qui ait accueilli ce sujet intéressant.
Dante a creusé son Enfer dans un entonnoir; son Purgatoire, il l’a établi
autour et à l’extérieur d’un cône ; mais son Paradis est distribué ou, pour ainsi dire, jeté dans les sept planètes et dans les étoiles qui brillent au firmament. L’ordre adopté par Dante est celui que tout le moyen âge a suivi et que voici :
Lune. — Mercure. — Vénus. — Soleil. — Mars. — Jupiter. — Saturne.
C’est l’ordre du chapiteau de Venise, mais en sens inverse de celui qu’a pris M. Burges. Au palais ducal , il faut procéder de gauche à droite pour revenir faire face à la Piazzetta, et non partir de la Piazzetta, pour s’avancer de droite à gauche. Nous allons donner en regard l’ordre adopté par M. Burges, et l’ordre naturel ou imposé par le système astronomique, afin qu’on en sente la différence.
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Dans l’ordre astronomique, c’est-à-dire en procédant de gauche à droite, on part de la Lune pour remonter à Mercure, à Vénus, au Soleil, à Mars, à Jupiter et à Saturne, et l’on aboutit au n° 8, en face de la Piazzetta, où Dieu crée l’homme et la femme. C’est exactement l’ordre de Dante ; car, en sortant de Saturne, la septième des planètes, le céleste voyageur entre dans les Étoiles fixes, dans le premier Mobile, et enfin contemple, au sein de l’Empyrée, la Trinité divine : — « Dans la profonde et claire substance de la haute lumière m’apparurent trois cercles, de trois couleurs et d’une seule dimension L » Voici comment le poète immortel définit et décrit chacune des planètes :
La Lune. — « Cette perle éternelle nous reçut en elle comme l’eau , tout en restant unie, reçoit un rayon de lumière. » Celte sphère est la plus lente et la moins élevée de toutes. Elle est habitée par les âmes bienheureuses qui n’ont pas complètement accompli leur vœu; par exemple, par les religieuses qui, malgré elles cependant, sont rentrées dans le monde 2 .
Mercure. — « Sphère qui se voile aux mortels avec les rayons d’une autre. » Cette petite étoile est ornée des bons esprits qui ont été actifs sur la terre afin