I.ABOREM I"'rANCISCI ET VaLERI ZuCCATI ViNCTORUM
l-'RATUM, COGNOVERIS, TVU DEMUM JUDICATO.
A la seconde voùte, au-dessus de la porte qui ouvre sur la place, sont écrits ces mots :
Nature Sœxihus (sic) Zuccatorum i-ratrum ingenio.
Cette faute commise dans l'inscription (Sœxibus) attira aux Zuccati une innocente aventure. Claudio de Corrège, organiste, leur a^'ant fait voir qu'ils avaient commis une erreur, les Zuccati changèrent le mot au moyen d'un petit morceau de carton peint. Ku mouillant les mosaïques, pour voir s'il n'y avait pas de couleur, on fit tomber ce carton, et cette circonstance persuada au procurateur, alors présent, qu'il y avait tromperie. Le 9 mai i563, on recueillit l'opinion des peintres les plus accrédités : Titien, Jacopo Pistoja, Andréa Schiavone, surnommé Medola, Paul Véronèse et Tintoret fils.
Ces juges conclurent que les mosaïques n'avaient rien perdu après l'enlèvement des couleurs par l'éponge et le sable. Titien défendit chaleureusement les Zuccati.
"Voici ce que l'on trouve à propos de ce procès dans l'ouvrage de Camillio Boïto :
Le procès contre les mosa'ïstcs Zuccato, qui a inspiré un
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roman à George Sand, est demeuré célèbre. Après avoir exécuté, sur un carton de Titien, dans le vestibule de la Basilique, la grande figure de saint Marc, les frères Fi'ançois et Valère Zuccato avaient commencé à faire, en mosaïque, les Visions de l'Apocalypse, au-dessus de la porte principale de l'intérieur. Cependant, certaines accusations contre les Zuccato arrivèrent aux oreilles de Melchior Michiel, procurateur-caissier de Saint-Marc; d'après ce qu'on- disait, ils commettaient, in eorum laborerio et opéra, plura inconvenientia. On ajoutait ensuite que, tandis que François travaillait assidûment, Valère parum vel nihil dabat operam in dicto mosaico, perdant au contraire son temps dans certaine boutique qu'il possédait à San- Filippo et Giacomo, s'occupant à faire des dessins pour cuffie, vesture efrastagli. Il est certain que, dans ces accusations, l'envie de leurs rivaux entrait pour beaucoup, mais il devait cependant y avoir quelque chose de vrai ; et le procurateur Michiel, en ordonnant, le 9 mai i563, à Laurent Contarini, notaire de l'office des Avogadori, d'instruire le procès, ne faisait que remplir son devoir. Les dépositions des mosaïstes Bozza et Bianchini devaient paraître suspectes. Bozza affirma que certains clochers qui se trouvaient dans les scènes de l'Apocalypse, et certains nuages qui se trouvaient au-dessus des figures des Évangélistes étaient peints sur le champ d'or. Jean Antoine Bianchini confirma qu'en la présence de Sansovino et d'autres témoins, ayant lavé les clochers, il n'était resté que le fond d'or en mosaïque. Et, après avoir ajouté que les frères Zuccato réunissaient mal les pierres des mosaïques, il concluait hj-pocritement : « Je ne hais personne, moi ; s'ils me haïssent, ce que j'ignore, je voudrais (ju'ils eussent tout le bonheur que je me souhaiterais à moi-même. » Plus vagues, moins àprement hypocrites sont les accusations de Vincent Bianchini. Vincent, à qui l'on demandait si les pierres des mosaïques exécutées par les Zuccato étaient mal jointes, répondit qu'il ne pouvait rien affir-
(i) Archives de l'État. Proc. de supra, enveloppe 77, proc. 181, liasse 2, c. 45.
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mer à ce sujet, ne les ayant pas vues de près. Dominique Bianchini, dit le Rosso, ayant été interrogé pour savoir si les Zuccato travaillaient au pinceau sur les mosaïques, répondit : « Je ne puis rien vous dire, car ils s'enferment, et je ne m'en inquiète pas, car je ne m'occupe des affaires de personne, m'occupant seulement de mes propres affaires. » Les dépositions d'autres témoins, qui n'avaient aucune raison de nuire aux Zuccato, sont également explicites. Le gardien de la Procuratie, Rocco da Ponte, qui avait accompagné Son Excellence le procurateur Michiel ipour examiner les mosaïques des frères Zuccato, vit qu'Antoine Bianchini enleva avec une éponge mouillée la couleur qui avait été mise sur un clocher et un nuage, et il ne resta après que la pierre nue. Un certain Benedetto, serrurier, un gardien de l'église et un nommé François Taglianfero, gardien de l'horloge, font des déclarations identiques. Geronimo Vinci, qui travaillait au pavé de la Basilique, ne peut répéter que ce qu'il a entendu dire, car il n'est pas monté sur l'échafaudage pour examiner les mosaïques de près, tant parce qu'il était gras, que parce qu'il savait qu'ils ne voulaient pas qu'on y allât. Le témoignage de l'orfèvre Trevisan (Pierre) est par contre favorable ; celui-ci s'était engagé pour sept ans comme garçon de François Zuccato, mais il ne put y rester que trois ans, à cause de la femme (de François) qui était d'un caractère très difficile. Trevisan affirme qu'il a toujours vu travailler les frères Zuccato avec les mosaïques et jamais avec le pinceau, mais il ajoute ensuite que souvent ils fermaient à clef le lieu où ils travaillaient. Presque tous déposèrent que Valère, au lieu de s'occuper aux mosaïques, passait son temps dans la boutique de San- Filippo et Giacomo à dessiner pour son compte. Par ce qui résultait du procès, le soupçon de quelque fraude devait prendre de la consistance dans l'esprit du procurateur Michiel. Cependant, usant d'une grande prudence, il réunit devant l'ouvrage des Zuccato, Titien Vecellio, André Schiavone, Jacques Tintoret, Paul Véronèse, Jacques Sansovino, un certain Jacques de Pistoia, peintre, et les mosa'ïstes Bianchini et Bozza. Dans la déposition de Titien se trouvent en lutte son amitié pour les Zuccato et la crainte de dire quelque chose de contraire à la vérité.
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(( Je vous dis que, quant à ce qui a rapport à l'ouvrage en mosaïque, je ne vois rien de mieux, je veux parler de toutes les œuvres qui sont dans l'église, qui ont été exécutées dans le temps et qui sont découvertes. » Ainsi parla ce roi des peintres. Mais lorsqu'on lui demande s'il reconnaît sur certaines de ces mosaïques l'œuvre du pinceau, il est contraint de répondre : « Il me semble, par ce qui se voit, que l'on a peint sur les niosaïques, c'est-à-dire le premier et le second clocher. » Ensuite son ancienne amitié avec les Zuccato , dont l'un, l""rançois, était son compère, qui a tenu en baptême une petite fille qui est morte, reprend son empire, et Titien fait observer (ju'il lui semble à lui que l'on fait tort à ces hommes de bien. Jacques Pistoia, peintre , est moins favorable, et bien qu'il trouve, pour ce qui a rapport au travail de la mosaïque, les figures parfaitement exécutées, cependant, après avoir lavé les mosaïques, il vit s'effacer certaines peintures faites au pinceau, et quelques nuages dont, ayant été lavés, il ne resta au-dessous que la mosaïque d'or. Schiavone, Véronèse et Tintoret constatèrent également quelques parties peintes, mais ils furent tous unanimes à louer le travail, qui n'avait rien perdu par le fait de ces peintures ajoutées. Les procurateurs, pour obéir aux lois de la justice, après avoir examiné les ouvrages des Zuccato, allèrent également examiner l'histoire de la Chananéenne et celle du jeune homme ressuscité par Jésus, exécutées par Dominique Bianchini, sur les cartons de Salviati ; l'arbre généalogique de la Vierge, ouvrage de Vincent Bianchini, et les Noces de Cana, exécutées par Bozza sur les cartons de Tintoret. Elles furent approuvées, bien que le Titien constatât dans l'ouvrage de Bozza un frisazzo (ornement) qui n'était pas très honorable, et que Tintoret dît franchement que la figure de Jésus n'avait pas été exécutée par Bozza, quant à la forme et aux proportions, avec cette perfection qu'avait celle de Zuccato. De tout cela il ressort clairement que Michiel n'avait pas tort lorsqu'il finissait par se convaincre que les frères Zuccato peignaient leurs œuvres contre les règles de l'art, et que Valère ne faisait presque rien, bien qu'ils perçussent 120 ducats par an de traitement.
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On ne peut taxer de sé\ère la proposition du procurateur, (jui voulait que les Zuccato fussent payés comme les autres maîtres mosaïstes et dussent refaire les parties qu'ils avaient mal exécutées.
Mais pour rendre la vérité plus lumineuse encore, on entendit d'autres témoins : deux musiciens de la chapelle de Saint- Marc et un prêtre, Marc Moscatello, et tous confirmèrent que le nuage qui se trouvait autour de la figure d'un Évangélistc, avait disparu un beau jour comme par miracle. François et Valère Zuccato nient énergiquement avoir peint les clochers, et assurent que la peinture est probablement un mauvais tour que leur auront joué les envieux Bianchini qui, au dire de François et de Valère, sont deux gibiers de potence. Cependant tout cela ne devait pas être très clair, car lorsqu'on commença à parler ouvertement des peintures sur les mosaïques, les frères Zuccato allèrent en toute hâte et à la tombée de la nuit laver les mosaïques qui se trouvaient dans l'atrium de la Basilique, pour enlever un monde de poussière, comme disait François. Mais il n'est nullement risqué de soupçonner que pour faire disparaître la preuve de la fraude, a\'ec ce monde de poussière, on enleva aussi ces fameux nuages qui se dissipèrent (svolarono via) comme par miracle. On peut en outre constater quelques contradictions dans les paroles des deux frères ; François dit que les clochers ne se trouvaient pas sur les cartons qu'il avait dessinés lui-même et qu'avaient vus Sansovino et Titien; tandis que Valère, pour se disculper, dit, lui aussi, que les clochers auront été peints par méchanceté sur la mosaïque par des rivaux jaloux, mais il ajoute que les dessins étaient faits de la main de messire Titien (per man de missier Titian). Et Titien, dans son interrogatoire, avouait n'avoir même jamais vu ces cartons. Peut-être, fait observer Zanetti, si François Zuccato dit les avoir faits lui-même, ce fut probablement pour démontrer qu'il était le maître d'ajouter ou d'enlever à ces cartons et que les clochers avaient été faits au pinceau pour s'assurer s'il convenait de les faire ou non, avant de les exécuter en mosaïque. Et si Titien nia en avoir exécuté la composition, ce fut pour ne pas enlever ce moyen de justification à son ami et compère.
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Enfin, le 3o août i563, le doge et les procurateurs de Saint- Marc décidèrent que les frères Zuccato devaient défaire tout ce qui avait été trouvé n'allant pas bien, pour être refait convenablement et entièrement à leurs frais. Quant à Valère, on suspendit ses appointeinents jusqu a ce qu'il eût donné des preuves de son savoir.
Mais en ces temps-là aussi, certaines mesures, bien que prises par une des plus hautes magistratures de l'État, étaient inefficaces ; car, à ce qu'assure Zanetti, la mosaïque de l'Apocalypse ayant été examinée pendant le siècle passé, on trouva bien des choses peintes, surtout les clochers et les nuages.
En i585, Arminio, fils de Valerio Zuccati, placé parmi les maîtres, fit à Saint-Marc, au pied de la voûte où ses parents avaient représenté la Vision de l'Apocalypse, la figure de saint Jean l'Évangéliste d'un côté, et de l'autre, celle de saint Pierre. Sous la première de ces figures, on lit :
Arminius Zuccatus MDLXXIX.
Nous devons également signaler les ouvrages de Lorenzo Ceccato, l'égal et le contemporain de Marini. Il fit les cinq histoires de Suzanne, excepté la dernière qui est de Marini. Du même auteur, dans un angle peu éloigné, le prophète Osée, et celle de la Synagogue au-dessus du corridor voisin de la porte du Baptistère, d'après une peinture de DomenicoTintoretto. Au pied de l'arc, à gauche de l'autel de Saint-Paul, il fit les figures de Moïse et d'Élie.
Luigi Gaetano travaillait à Saint-Marc vers la fin du xv^' siècle et au commencement du xvii<^. L'an iSgo, il fit, sous la petite voûte, dans l'angle droit de la grande nef, les figures des saints Castor, Claude, Nicostrate et Symphorien, inventions de Domenico Tintoretto. Vers 1602, il restaura la mosaïque de la grande voûte. Le Paradis a été exécuté d'après une peinture de Girolamo Pilotti ; il n'est pas certain que ce travail soit de Gaetano ; pourtant, au fond de la voûte, les deux sybilles et les saints Nicolas et Libérale sont faits par lui d'après des cartons de Tizianello.
A l'extérieur de l'église, il a exécuté, sous les arcs du haut de
la façade, saint Jean-Baptiste, d'après les cartons de Maffeo Verono. Dans le premier arc, le Christ descendu de la croix; dans le deuxième, le Christ aux limbes; dans le troisième, la Résurrection. Ce tableau est signé Cacetanus f. MDCXVII. Dans le quatrième arc il a exécuté l'Ascension ; dans les trois niches de la façade extérieure, du côté de la Piazetta, il fit, d'après les cartons de Vecchia, l'Enlèvement du corps de saint Marc.
Les mosaïstes d\} xyii*^ et du xvin<^ siècle qui ont travaillé à l'extérieur de Saint-Marc n'ont fait que traduire en mosaïque les dessins exécutés par des peintres.
En 1610, les procurateurs décidèrent qu'aucune mosaïque ne serait refaite sans qu'on eût fait un dessin fidèle de l'ancienne décoration. Cette prescription fut lettre morte ; les inscriptions fui'ent conservées. Quant aux compositions, on les a modernisées.
Angelo Roncati travaillait vers 1645. Pietro Scutarini (1646) fit pour épreuve un Saint Gabriel. En i652, Domenico Caneazzo fût nommé maître. L'année i658, J.-B. Paulati fit comme épreuve un Saint Michel. Vers i665 on cite un Domenico Cigola, mais on ne rencontre rien de lui. En i656, Agostino da Ponte fit comme épreuve un Saint Antoine. En 1674, Stefano Bruno fit un Saint Théodore, et Lionardo Cigola un Saint Bernard. En 1680, Pietro Spagna fit des peintures pour des mosaïques, et on exécuta d'après des cartons d'autres artistes. Il fit le Jugement universel, daprès les dessins d'Antonio Zanchi. 11 a fait quelques figures dans l'atrium ainsi qu'au-dessus de la sépulture du doge l'aliero ; il signa : « P. Spagna f. »
Parmi les mosa'ïques du sol (di suolo), on distingue celles du prêtre Girolamo Vinci, et de son neveu. Ils travaillèrent dans l'atrium vers la moitié du xV^ siècle ; Jacopo Posterini travailla aussi à ces mosaïques, après avoir fait un .splcndide Christ dans la coupole.
Fabrication
art de travailler le verre comporte di\'ers modes de fabrication : le soufflage, le coulage et la taille. Le \erre incolore ou teinté, opaque ou transparent, est fondu au creuset ; puis, au moyen d'une canne creuse ^^^i^^l en fer, on souffle pour former un vide intérieur et ^fe) l'on profite de ce que la matière, non encore refroidie, (^ est encore molle et demi-coulante, pour lui taire prendre, par la pression, la torsion ou l'étirage, la forme définitive; tel est le principe de la verrerie soufflée.
Si l'on désire des variétés de coloration dans la masse, on choisit des fils de verre de diverses nuances qui, soudés ensemble par la fusion, produisent au soufflage ces verreries frligranées et rubannées, connues déjà des Romains, mais dont Venise semble avoir eu jusqu'à nos jours le monopole. Enfin, l'on peut rapporter et souder au corps des verreries, les accessoires les plus variés, anses, volutes, ailes, ailerons, oreillettes, gouttelettes en perles, torsades, mascarons fondus, tous motifs susceptibles d'apporter à la forme un intérêt décoratif.
En principe, il est difficile de prévoir exactement par le dessin, les formes de la verrerie soufflée; les hasards de l'exécution, le tour de main plus ou moins habile de l'artisan, aux prises avec une matière qui n'attend pas, entrent pour beaucoup dans l'aspect plus ou moins élégant de l'objet fabriqué. La pièce soufflée ne peut, d'ailleurs, comporter des moulures à profil défini, les formes étant serties et bordées le plus ordinairement par de simples ourlets. C'est de la silhouette et de la légèreté de l'ensemble qu'il faut compter tirer tout l'effet décoratif, ce qui est si bien compris dans les anciennes verreries de Venise et de Murano.
35 VENISE. — l'art de la verrerie, son histoire,
Les fabriques étaient divisées en quatre catégories :
1. Fabriques d'émaux, perles de verre coloré, appelées en général jais, rocailles ou conteries.