‹ Venise, notes prises dans la bibliothèque d'un vieux VénitienChapitre 12 sur 18 · COURONNE POKTIQL'E DE VENISE · texte numérisé non relu

COURONNE POKTIQL'E DE VENISE

Cui ncscio an tcrrarum orbis parem habfat. ( p .-; 1 r. 1 R 0 u E .)

Si peîago TIberun prœfers , iirbem aspica uiramqiu lUam homines dices, hanc posuisse deos.

Quis Venetœ miraciila proférât iirbis?

Una instant magni quœ siniul orbis habet Salve, Italum Regina, altae pulcherrima Romœ

/Emula quœ terris, quœ dominaris aquis ! Tu til)i vel reges cives facis ; o î)eus, o Luï

Ausoniœ, per quam Libéra turba sumus •Per quam Barbaries nobis non imperat et sol

Exoriens noslro clarius orbe nitet !

(S^WAZAR.)

0 d'Ilalia dolente Eterno lu me Venezia !

(Cn.'AnRKRA.)

On (lirait la Cybèle des mers, fraîchement sortie de rOcéan, se dessinant sur Thorizon aérien avec sa tiare d'orgueilleuses tours, sa démarche majestueuse, comme la souveraine des eaux et de leurs divinités. Et elle Pétait vraiment ; — les dépouilles dos nations formaient la dot de ses filles, et les perles de Pinépuisable Océan tombaient dans son giron en pluie étincelante; elle était vêtue do pourpre, et les monarques croyaient grandir leur majesté en s'asseyant à ses banquets.

A Venise, les chants du Tasse n'ont plus d'échos, et le gondolier rame silencieux ; ses palais tombent en ruine sur le rivage, et il est rare que la musique s'y fasse entendre ; à Venise, ces temps ne sont plus ; mais la beauté y est toujours; les empires s'écroulent, les arts s'éteignent, — nuis la nature ne meurt pas : elle n'a pas oublié que Venise autrefois lui fut chère, qu'elle était le banquet de l'univers, le bal masqué de l'Italie.

Mais pour nous, elle a un charme plus puissant encore que sa renommée historique, que son long cortège de puissantes ombres qui, voilées de tristesses, pleurent sur l'empire évanoui de la cité veuve de son doge; notre trophée à nous ne périra pas avec le Rialto : Shylock le Maure et Pierre résisteront aux outrages du temps ! Ce sont les clefs de la voûte î et tout aurait disparu, qu'ils repeupleraient pour nous la rive solitaire.

L'Adriatique, aujourd'hui veuve, pleure son époux. Son hyménée annuel ne se renouvelle plus ; et le Bucenlaure se moisit, parure oubliée de son veuvage! Saint-Marc voit

APPEYDÎCE. 259

encore son lion occuper le lieu qu'il occupait jadis ; mais il n'est plus q l'une dérision amère de son pouvoir flétri, sur cette place glorieuse qui vit un empereur paraître en suppliant, et les monarques contempler d'un œil d'envie Venise reine des Ilots, épouse h la dot sans égale.

Je l'ai aimée dès mon enfance. — Elle était pour moi la cité de mon cœur, la ville enchantée s'élevant du sein d^ la mer comme un temple aux colonnes liquides , le séjour de la joie, le bazar des richesses. L'art magique d'Otuay, de Radcliffe, de Schiller; de Shakespeare, avait gravé dans mon esprit son image ; et bien que je l'aie retrouvée dans son deuil, elle ne m'en est pas moins chère, plus chère peut-être aux jo irs de son affliction qu'alors qu'elle était aux regards du monde un spectacle et une merveille.

Je puis la repeupler à l'aide du passé, et son présent a encore de quoi occuper le regard, la pensée et la méditation mélancolique, plus même que je n'en demandais et que je n'espérais en trouver; et parmi les jours les plus heureux qui sont entrés dans la trame de ton existence, il en est, ô V^enise! qui se sont teints de tes couleurs! S'il n'était des sentiments que le temps ne peut engourdir, ni la douleur ébranler, tous les miens seraient maintenant muets et glacés. (Lord Byrox, Childe-Harold, chant IV.)

A VEXISE.

0 Venise! Venise! quand tes murailles de marbre seront de niveau avec tes ondes, le cri des nations s'é èvera sur les ruines de tes palais, et sur les bords de la mer agitée il y aura une grande lamentation! Si moi, pèlerin du nord, je pleure sur toi, que doivent donc faire tes enfants?...

260 APPEXDICE.

Gloire, Puissance, Lil)erté, Trinité sainte ! comnievous planiez noblement sur ces remparts ! Aux jours où Venise excita l'envie des peuples, une ligue formée des nations les plus puissantes put abattre, mais n'étreignit pas son génie. Tous s'intéressèrent à sa destinée; les monarques admis à ses banquets connurent et aimèrent leur hôtoss?, et tout en l'abaissant ils ne purent apprendre à la haïr

Le nom de République a disparu des trois quarts du globe gémissant; Venise est écrasée, la Hollande daigne

accepter un sceptre et endurer la pourpre royale

(Lord Byrox.)

Dans Venise la rouge Pas un bateau qui bouge, Pas un pêcheur dans l'ea:!, Pas un falot.

Seul assis à la grève, Le grand lion soulève Sur riiorizon serein Son pied d'airain.

Autour de lui par groiipc's Navires et chaloupes, Pareils à des bérons Couchés en ronds,

Dorment sur l'eau qui fuma Et croisent dans la brume En légers tourbillons Leurs pavillons.

(A. DE Mussi:t.)

APPEXDIGE. 2(1

Padc^ie est un fort bel endroit

Où de très-grands docteurs en droit

Ont fait merveille ; Mais j'aime mieux la polenta Qu'on mange au bord de la Brenta

Sous une treille.

Sans doute tu l'as vue aussi Vivante encore, Dieu merci !

Malgré nos armes, La pauvre vieille du Lido Nageant dans une goutte d'eau

Pleine de larmes.

Toits superl)es! froids monuments!

Linceul d'or sur des ossements !

Ci-gît Venise.

Là mon pauvre cœur est resté.

S'il doit m'en être rapporté,

Dieu le conduise !

(A. DE Musset.)

PROMEXADE AU LIDO.

Arrête, gondolier; que la barque un moment

Cesse de fendre les lagunes ; L'essor qu'elle a reçu va mourir lentement

Sur les sables noirs de ces dunes.

Gondelier, je reviens ; je viens dans un moment

Prêter Poreille aux infortunes

De Clorinde et de son amant.

Souvent un étranger qui parcourait ces rives Prit plaisir aux accords de vos stances plaintive^;. Je veux voir si ces lieux déserts

262 APPEXDIGE.

Ont gardé de hii quelque trace ; Car il aima, souffrit, chanta comme le Tasse, Dont lu viens de chanter les vers./...

Lido, triste rivage ! ô mer, plus triste encore, Oui frémisais d'amour, quand les flots empressés S'entr'ouvraient pour l'anneau tombant du Bucentaure, Des fêtes de Saint-Marc les beaux jours sont passés !

Rialto n'entend plus le chant des ])arcaroles : Adieu la soie et l'or mollement enlacés, Qui tombaient en festons sur le fer des gondoles : Djs fêtes as Saint-Marc les beaux jours sont passés.

Que de fois dans sa rêverie.

Sur ce bord dont l'écho répète encor son nom,

Alors qu'il errait sans patrie.

Ces souvenirs de deuil ont poursuivi Byron ! Souvenirs où son cœur, abreuvé d'amertume, Trouvait dans ses ennuis de douloureux appas. Tandis que le coursier qu'il blanchissait d'écume Faisait jaillir le sable où s'imprimaient ses pas. Non, Venise n'est plus : ses tranquilles tyrans Marchent la tête haute, entre les deux géans. Qui virent de ses chefs le courroux tutélaire Frapper les cheveux blancs qu'elle avait révérés, Quand la hache des lois, de degrés en degrés. Fit bondir d'un tyran la tête octogénaire.

Où donc sont ces héros? Où sont-ils? — Sous ta main.

Qui touche leurs froides reliques.

Où sont-ils? — Cherche-les, au seuil de ces portiques. Dans l'immobilité d'un simulacre vain, Dans ces marbres debout sur des tombeaux gothiques... Ses héros aujourd'hui sont de marbre et d'airain.

Que dis-je ? de leurs yeux l'éclair encor s'élance : Ils respirent encor sur ces murs où Palma,

APPEXDIGE. 263

Où du fier Thitoret la main les anima.

Le pinceau du Bassan fait parler leur silence.

Vous vivez, Lorédan, Bembo, Contarini,

Vous vivez sur la toile, où le Croissant puni

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