‹ Venise, notes prises dans la bibliothèque d'un vieux VénitienChapitre 14 sur 18 · LE LIDO · texte numérisé non relu

LE LIDO

Lido ! Lido ! j'ai vu tes grèves désolées,

Ton sable jaune et fin, où confuses, mêlées,

On retrouve le soir les traces des serpents

Au soleil de midi déroulés et rampants :

Ici venait Byron ; d'un œil mélancolique

Il regardait au loin briller TAdrialique,

Où, pour dompter son unie, il poussait au galop

Son coursier liennissant au bruit de chaque flot ;

Et le noble animal écrasait les vipères

Qui gagnaient en sifflant leurs venimeux repaires

(ERIZIiLX.)

Venise, en arrivant du côté du Lido, Apparaît tout à coup, merveilleuse, ineffable,

Souriante et flottant sur Teau,

Comme la Vénus de la Fable.

Qu'elle est belle! s'écrie, en lui tendant les bras,

Le voyageur qui la contemple ; De la sérénité cette ville est le temple. Sous ce ciel radieux elle ne souffre pas.

Son aspect aux regards déroule une féerie ; Son blond palais ducal, aux moresques balcons, Découpe dans les airs sa svelte galerie, Et son lion ailé fuit dans les airs profonds !

Les dômes de Saint-Marc et les Procuraties Etalent au soleil Tazur, le marbre et l'or;

Cent églises, des flots sorties.

Sonnent leur carillon... Venise vit encore !

APPEXDICE. 26:

N'approchez pas ! Venise est morte, Son dernier glas a retenti, Chaque palais a clos sa porte, Comme quand le maître est parti ;

L'3S gondoles gisent en files, Dans chaque lagune qui dort, Comme àjs bières inmiobiles, Sous le noir linceul de la mort.

Les gondoliers au vol rapide Xe jettent plus leurs joyeux cris; A Tentour de li cité vide.

Rôdent les uniformes gris.

Pourtant on veut la voir, la cité douloureuse... Ainsi, durant àeiix mois, j'ai parcouru, rèvcus?, Ces grands palais déserts que l'Autriche ferma, Où Musset a souffert, où lord Byron aima!

(Louise Colet.)

VE\ISE CELEBREP] PAR LA PEIXTL RE.

Paul Véroxèse.

Apothéose de Venise^ ou Venise couronnée par la Gloire (Lan des deuv compartiments ovales du plafond de la grande salle du Grand Conseil, au palais ducal).

Venise sifr un trône, au plafond de la salie de l'Anli- Collége, au palais ducal.

TiXTORET.

Venise au milieu des divinités, une des trois grandes compositions qui occupent le centre du plafond de la grande salle du Grand Conseil, au palais ducal,

Venise reine de la mer, ovale, salle des Pregadi, an palais ducal, grand carré, au centre.

2G() APPEXDÏGE.

Palma le jelxe.

Venise couronnée par la f/ictoire, l'une des trois grandes compositions qui occupent le centre du plafond de la salle du Grand Conseil, au palais ducal.

Vl i;s DE Venise.

Les Vues de Venise peintes par Canalelti sont très-nombreuses. Il n'esl guère de musée et l'on pourrait dire de galerie un peu importante qui n'en renferme quelquesunes :

Le Louvre possède un véritable chef-d'œuvre, la Vue de la Madonna délia Salute;

Le musée des Offices a une Vue du palais ducal, et une Vue du Grand Canal prise du pont du Rialto;

L'Académie des beaux-arts de Venise , une Vue de la Scuola de San Marco ;

La galerie de Dresde, une Vue du Grand Canal prise du théâtre San Angelo, une Vue de la place et de l'église Saint-Marc, une Vue de la jjlace et de l'église San Giacomo, une Vue delà Piazzetta, etc.;

La National Gnlery, deux vues du Grand Canal j dont Tune a été gravée par LeKeux et par E. Challis.

Canaletli a gravé à l'eau-forte un certain nombre de vues de Venise. C'est d'après ses dessins que Vicenlino a publié en 1712 un recueil d'estampes intitulé : Urhis Venetorum prospectus celehriores. D'autres planches ont été gravées d'après lui par Gio.-B. Brustoloni (20 pièces), Fabrio Berardi et Giuseppe Wagner ((3 pièces, i7-42), .T. B. Lienard et Xiquet, F. Martens, etc.

Canaletti a eu beaucoup d'imitateurs. Les plus habiles sont : Berardo Bcilotto, son neveu, et Franceco Guardi.

Les musées de Dresde et de Naples possèdent plusieurs tableaux du premier.

Le Louvre a du second sept compositions animées par d'intéressantes scènes de mœurs vénitiennes : la Fcte du

APPEXDICE. 207

jeudi gras; la Fèic du Corpus Domini; le Couronnement du doge; le Bucentaure sortant du port du Lido le jour de l'Ascension, etc.

Parmi les autres imitateurs de Canalelti, citons Jacopo Marieschi, Antonio V'icentino, Giuseppe Moretti, Francesco Battaglioni.

Le Louvre a une Vue de la place et de l'église Saint- Marc, et une Vue de la Piazzelta, qui, après avoir été longtemps attribuées à l'école deCanalefti, sont cataloguées aujoiird'luii comme ayant été peintes par Gaspari van W'itel, d'Utvecht (Ginseppa Vanvitelli).

Citons encore comme ayant été inspirés par Venise antérieurement à Canaletti : LacaCarlevarus (1705), P. de .Iode le Vieux, Leandro Bassano, Pielro Malombra, Alarco Vecellio, Malbieu Merian, Gaspard Bouttats (110 planclies gravées), L. P. Boitard et Fletsclier (12 vues de Venise), Beauvais (3 vues).

En 182G, F. Martens a gravé le Panorama de Venise (grand in-folio).

Beaucoup de peintres de notre siècle nous ont offert des vues de la ville des doges; quelques-uns même, tels que J. Joyant, W. IVyld et Ziem, se sont fait une spécialité de ce genre de sujets.

Principaux sujets de J. Joyant (1803-1854) :

Vue de l'église dz Santa Maria delta Salute, exposée en 1835.

Vue du Palais Ducal, exposée en 1835.

La Cour du palais des doges (Salon de 1838).

V Eglise des Frari et le Pont du Rialto (Salon de 1841).

Le Pont San Lorenzo; la Rivadel Schiavoni ; le Grand Canal, et une nouvelle Vue de la Salute (Salon de 1844).

La Douane de mer (Salon de 1847).

Une troisième Vue de la Salute (Salon de 1850).

Une seconde Vue du Rialto (Salon de 1852).

De M. William Wyld (né à Londres, mais babitanl Paris) :

268 APPEXDIGE.

lue de Venise au soleil levatit (Salon de 1830).

Madonna délia Sainte (1839).

La Porta délia Carta[\M\).

Vue de l'île de San Giorgo (1850).

Vue du couvent arménien (1850).

Régate à Venise; le Grand Canal; Riva del Schiavoni (1855).

Nouvelle Vue de la Riva dei Schiavoni (1870).

De Ziem :

Vue prise dans le Grand Canal (Salon de 1849).

Venise le soir (tableau exposé en 1855 et qui fait partie de la galerie de Morny).

Vue de Venise ^ prise du jardin français (Salon de 1852).

Venise un soir de septembre, après la pluie (Salon da 1856).

Venise au crépuscule (Exposition universelle de 1867).

Venise le matin (1867).

Une Partie déplaisir à Venise (Salon de 1868).

Une très-belle Vue de Venise au soleil couchant a figuré à la vente Liebermann en 1876.

Enfin Bonington a exposé au Salon de 1827 une Vue du Palais Ducal, dont Jal a fait cet éloge enthousiaste : u C'est un chef-d'œuvre. J'aime mieux cela que les Canaletti, si justement vantés... »

Voici dans l'ordre alphabétique les noms de quelques autres peintres de notre temps à qui l'on doit des vues de Venise :

Fabius Brest (Salons de 18G8, 1872, 1873, 1874); Ch. Busson; I. CalTi (1855); A. Colin (1834); Cordier (1874); Dejuine (1831); Delacour (1835); C. Ferrari (1852) ; E. Flandrin (1826) ; A. Francia (1863) ; Fromentin (1857); L. Gaucherel (1874); Gudin (1834); E. Hammann (1864); J. C. Hook (1855); E. Laborne (1873); J. Lucas (1864) ; W. Linton (1855) ; F. de Mercey (1831) ; Van Moer (18')l); L. Mouchot (1873); Justin Ouvrié

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(1839); A. Paschuti (1875); Ant. Perrot (18-42); Porcher (1870); E. Raffort (18-47) ; D. Roberts (1855); A. Rosier (1864); H. de Rossi Gossolo (1864, 1865, 1874, 1876); baronne Nathalie de Rothschild (1865-1870); Sabatier (1848); H. Sebron; E. du Sommerard (1841); B. Stanae (1855); L. Thicnon (1844); Tut pin de Crissé (1835).

Des vues de Venise ont été gravées par W. Milier, T. A. Prior, Léon Gaucherel.

Enfin en terminant nous devons rappeler que c'est à Venise qu'Eugène Delacroix a placé la scène de ses tableaux les plus émouvants et les plus dramatiques :

Le Supplice des Foscari ;

La Décapitation de Faliero;

La Mort tragique de Desdemona.

LES VEXITIEXXES

(pages D'tSTHÉTICCt;).

Le visage humain n"est-il pas aussi digne d'attention que rarchitecture? Le modèle ne rant-il pas le tableau, et Treavre de Dieo, l'œuvre de l'art?

(Th. Gautier.)

Saixt-Didier :

« Quand on arrive de France à Venise, on trouve aux dames vénitiennes un air si différent de celui de France, qu'on ne croirait pas que les yeux s'y puissent facilement accoutumer. Mais lorsqu'on a veu le reste de l'Italie, Ton tombe aisément d'accord que les gentils-donne se mettent fort bien. Après leurs beaux points et leurs jupes magnifiques en or et en argent, elles n'ont rien qui les orno davantage ni qui leur sied si bien que les fleurs qu'elles portent, particulièrement à la tète ; elles les mettent de si bon air sur un costé de leur grande coiffure étalée, que cela fait le meilleur effet du monde ; aussi elles en ont dans

toutes les saisons ; et c'est le plus agréable présent qu un amant leur puisse faire, lequel reçoit souvent comme une fiveur très-singulière la fleur qui a eu la préférence sur les autres, et la dîme lui envoyé, après Tavoir portée au milieu du sein, qu'elles ont fort découvert. :>

Arthur Yoixg {Voyage en lUiUe, 1787) :

« Les Vénitiennes sont certainement d'une très-grandi^ beauté, leur teint est délicat, et les Français les trouvent paies parce qu'elles ne metlent pas de fard. Mais ce n'est ni la taille, ni le teini, ni les traits qui les distinguent; c'est l'expression, le jeu de physionomie : on y reconnaît une douceur exempte de l'insipidilé, sa compagne ordinaire ; ce sont des charmes dont la magie s'adresse plutôt à la sensibilité qu'à l'admiration, qui font plutôt battre le cœur qu'elles ne font se répandre en louanges. Il faut bien qu'elles soient belles pour racheter la laideur de leur costume : la mode maintenant est de porter un long manteau de drap et un tricorne. Chez nous, le chapeau rond est rendu féminin par des plumes, des rubans ; mii& ici une fois les jupons cachés, on doit y regarder à doux, fois avant de savoir à quel sexe on a affaire... »

De Brosses [Lettres écrites d'Italie, tome ï, p. 181) : « ...J'ajouterai que les femmes sont plus belles ici qu'erï aucun autre endroit, surtout parmi le peuple. Ce n'est pa s qu'on y trouve plus qu'ailleurs des beautés ravissantes, mais communément le grand nombre est joli, et en général elles ont toutes la taille et le teint beaux, la bouche grande et agréable, les dents blanches et bien rangées. »

Byrox (Bcppo) :

« Elles ont encore de jolis visages, ces Vénitiennes, de&

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yeux noirs, des sourcils arqués, une expression charmante, comme celles qu'ont copiées d'après les Grecs les anciens artistes, mal imités par les modernes, et lorsqu'on les voit appuyées sur leurs balcons, on les prendrait pour autant de Vénus du Titien (la meilleure est à Florence), ou on les dirait détachées d'un tableau de Giorgione.

« Je disais donc que les Vénitiennes sont comme un portrait de Giorgione, et telles elles sont en effet, surtout vues à leurs balcons (car la beauté gagne quelquefois àêtre regardée de loin), alors qu'elles so montrent comme une héroïne de Goldoni, en dehors de la jalousie ou par-dessus la rampe ; et à vrai dire, elles sont pour la plupart très-jolies, et aiment un peu h se laisser voir, ce qui est vraiment dommage. »

Byrox {Lettres à Murraij, cclix) :

« La race des femmes me paraît belle en général ; les classes les plus élevées ne sont pas à beaucoup prcs les plus favorisées de la* nature ; bien au contraire, elles sont considérées par leurs compatriotes mêmes comme en étant fort maltraitées. »

G. S.AXD :

« Les V'énitiennes sont coquettes et amoureuses de parures. La richesse de leurs toilettes fait un singulier contraste avec le sans façon de leurs habitudes. Est-ce à cette simplicité seigneuriale qu'il faut attribuer la manière hardie dont les hommes du peuple les regardent? Un cocher de fiacre à Paris n'est pas un homme pour la femme qui monte dans sa voiture. Ici un gondolier regarde la jambe de toute femme qui sort de sa gondole. La sentence de la Bruyère : L'n jardinier n'est un homme qu'aux yeux d'une religieuse, serait un non-sens à Venise... r.

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Th. Gautier :

<! Le lype brun méridional est assez rare à Venise parmi les femmes, quoique fréquent chez les hommes...

a Nous avons vu là de bien charmantes tètes... Les lignes de la figure, sans arriver à avoir la régularité grecque, régularité presque architecturale et qui est comme le poncls (le la beauté, ont néanmoins un rhythme qui manque aux visages du Xord, plus tourmentés par la pensée et les multiples inquiétudes de la civilisation. Les nez sont plus purs, plus francs d'arête que les nez septentrionaux', toujours pleins d'imprévu et de caprice. Les yeux ont VI aussi cette placidité brillante inconnue chez nous et q li I; rappelle le regard clair et tranquille de l'animal : ils sont noirs très-souvent, malgré la teinte blonde des cheveux ; h bouche a cette smorfia, espèce de sourire dédaigneux plein de provocation et de charme, qui donne tant de caraclêre aux têtes des maîtres italiens.

( Ce qu'il V a de charmant surtout chez les Vénitiennes, c'est la nuque, l'attache du col et la naissance des épaules. On ne saurait rien imaginer de plus svelto, de plus élégant, de plus fin, de plus rond. Il y a du cygne et de la colombe dans ces cols qui ondulent, se penchent et se rengorgent; sur les nuques se tordent toute espèce da petits choveux follets, de petites boucles rebelles échappées aux morsures du peigne, avec des jeux de lumière, des pétillements de soleil, des éclairs d'ombre à ravir un coloriste... ;;

Arsène Holssaye :

« Je n'avais pas encore vu de Vénitiennes. Tout d'un coup je vis apparaître, comme par magie, un tableau de Paul Véronèsedans tout son éclat et toute sa désinvolture. C'étaient quatre jeunes filles blondes-brunes à reflets dorés, des filles du peuple vives et paresseuses, cherchant le soleil et le gondolier. Chaque fille du peuple à deux amants pareil-

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loment aimés : le soleil et le gondolier; le règne de l'un commence quand l'antre achève le sien.

« En voyant passer dans leur nonchalance de reine ces belles filles né^s pour être belles et non pour le travail, j'admirais tour à tour Dieu dans son œuvre et Paul Véronèse par le souvenir. Elles allaient à peine velues de l'air du temps. Elles n'ont ni bonnet ni chapeau, ni aucune de ces horribles inventions des femmes du Xord qui ont peur de s'enrhumer. Leurs cheveux abondants sont à peine retenus sur la nuque par un peigne d'écaillé. Il y a toujours quelque touffe indocile qui s'échappe bruyamment comme une gerbe d'or. Leur robe est à peine ngrafée ; leur corsage orgueilleux rappelle celui de la maîiresse de Titien au Musée du Louvre ; il n'est pas beaucoup plus voilé. Elles se drapent en chlamyde avec une majesté orientale dans un chàle de cent sous. Quelquefois elles se drapent sur la tète comme les Espagnoles. Elles traînent avec beaucoup de grâce des mules de bois ou de maroquin, d'une jolis coupe, à haut talon. Elles sont d'assez belle taille cependant pour ne pas rappeler le vers de Juvénal :

Breviorque vidctur Virgiiie Pygoiea nullis adjuta cothuruis.

C'est-à-dire, quand elle n'a pas ses patins, elle paraît plus petite qu'une Pygmée.

Elles sont toutes coloristes; elles cherchent les couleurs amies ou les oppositions harmonieuses. Il semble qu'elles aient été à l'atelier des peintres vénitiens du siècle d'or. C'est bien le même effet violent, le même amour des teintes ardentes, le même style étoffé, n'atteignant ni au simple ni au sublime, mais éclatant en magnificence IhéAtrale... ;;

Armand Baschet :

ce Longtemps je cherchai sans les rencontrer autre part qu'en peinture ces chevelures aux splendides reflets qui nous étonnent et nous ravissent dans les portraits qu ?

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le seizième siècle nous a légués. Vainement je parcourus tous les quartiers de Venise, ceux de Castello et de Canarcggio en particulier, où se conserve, dit-on, le plus pur type vénitien. Je vis sortir des ateliers des ouvrières en perles, et du Fondaco dei Tuvchi, aujourd'Juii manufacture des tabacs, une multitude de (jiovanctte qui, leur journée remplie, retournent dans leurs demeures par les directions les plus opposées ; je me mêlai à la foule qui, chaque dimanche, encombre la place Saint-Marc ; je cherchai au Guardinctto et à la Piazzelta, parmi les patriciennes qui ^ promènent leur loisir ; je cherchai au Carnaval, dans les curieuses petites salles des cafés de Florian, de Sutil, de Specchi, de la Vittoria et du Campo San iiartolomeo, parmi les jeunes bourgeoises en fraîches toilettes de bal, qui viennent, sous le respectable patronage de leurs mères, au-devant des lazzi et des improvisazlonl de tous les arlequins et autres galants masques de la ville... Partout je rencontrai ce type de brune vive et piquante que dans son gracieux dialecte le Vénitien appelle una moretta; mais nulle part les héroïnes blondes de Giorgione, de Véronèse et de Titien. Je n'étais pas de mon tenq)s quand je cherchais à Venise au dix-neuvième siècle les patriciennes blondes du seizième, pas plus que si j'eusse essayé de découvrir à Paris les marquises et les duchesses du dix-huitième siècle... ') (Gazette des Beaux Arts, 15 février 1859.)

LA MUSIQUE A VEMSE.

l'école VÉX 1T lEXXE.

La musique commença à Venise, comme chez tous les peuples de l'Occident, par des chansons populaires qui remontent aussi loin que les souvenirs de l'histoire, et par le pîain-chant ecclésiastique.

Aussitôt que la basilique de Saint-Marc fut construite au commencement du dixième siècle, elle devint le centredc l'art religieux et l'objet de la plus grande sollicitude du sénat.

Dès les premières années du quatorzième siècle, l'église de Saint-Marc possédait un service musical et des orgues qui faisaient déjà l'admiration de l'Italie. Le premier organiste connu est Zuchetto, qui eut pour succeseur Francesco da Pesaro. A partir de cette époque , la série des organistes et des maîtres de chapelle est aussi connue que celle des doges et des patriarches.

Par une ordonnance du doge Michel Sténo, publiée le 18 février 1403, huit enfants de chœur sont attachés au service de la chapelle ducale, élevés et entretenus ans. frais de la République.

A la fin du quinzième siècle, vers 1740, l'église de Saint-Marc possède un chœur nombreux; de chanteurs, deux organistes chargés de toucher deux grandes orgues, et une foule d'instrumentistes que la République rémunère avec magnificence.

Le 12 décembre 1527, Adrian Willaert, contre-pointistc belge, fut nommé maître de chapelle de la basilique de Saint-Marc, alors que Palestrina n'était qu'un enfant de trois ans.

Willaert, qui mourut à Venise en 1563, est considéré comme le fondateur de l'école de Venise, qu'on peut divi-

276 APPEXDIGE.

ser en trois époques, dont chacune est représentée par un artiste célèbre.

A. Adrien Willaert et ses disciples immédiats : Cyprien de Rore, son compatriote, Nicolas Vicentino, Francesco délia Viola et le savant théoricien Zarlino, personnifient la première phase.

B. Jean Gabriel! personnifie la seconde. Xommé le 7 novembre 1584 maître de chapelle de Saint-Marc, où il succéda à Ch. Meriilo, et mourut à Venise au comble dj la gloire en 1612. Gabrieli a beaucoup écrit, et dans presque tous les genres de musique connus de son temps. Ce fut un hardi novateur, prompt à employer tout moyen qui lui semblait devoir produire Feffet, visant à l'éclat, au coloris, aux contrastes dramatiques.

C. CI. Monteverde personnifie la troisième phase, à laquelle se rattachent Caldara, Lotti, Marcello et les grands compositeurs du di\;-huitième siècle,

Monteverde (1567-1649), né à Crémone, était "un habile virtuose sur la viole, qui était alors un instrument à la mode. Il fut appelé à Venise et nommé nnitre de chapelle le 19 août 1613, un an après la mort de Gabrieli. Novateur, il employa sans préparation ce fameux accord de septième dominante qui achève de rompre la tradition du plain-chant grégorien. Tel est le grand événement qui marque la troisième période de Técolede Venise.

Après la mort de Monteverde, Técole vénitienne, plus brillante que jamais, continue à développer les propriétés de son génie national. On voit apparaître Baldassar Donati, qui a succédé à Zarlino comme maître ds chapelle ; puis Jean Crocce, surnommé il Cliiozotto, dont les madrigaux burlesques renferment les premiers germes de Vopera buffa; dans le genre dramatique, on remarque au premier rang François Cavalli, maître de chapelle de Saint-Marc, compositeur fécond et hardi, dont les opéras eurent un succès prodigieux, et le firent appeler en France pendant la minorité de Louis XIV. Cesli, Caldara et Legrenzi, direc-

leur de Técoîe dei Mendicattl et maître de Gasparinni et de Lotti, succèdent à Cavalli comme compositeurs dramatiques et remplissent la seconde moitié du dix-septième siècle.

La gloire de Gasparinni et de \'. Lotti surtout a fait oublier celle de leur maître.

Xicolas Lotti (16G7-1740), né à Venise, fut nommé organiste du grand orgue de Saint-Marc, en 1693, qu'il tint pendant quarante ans, puis maître de chapelle en 173G. îiOlli, qui a traité tous les genres, et dont les opéras, les duos, les trios et les madrigaux charmants ont eu beaucoup de popularité, s'est particulièrement distingué dans la musique religieuse, où il a révélé une science et une j)rofondeur de sentiment peu communes. Sa réputation n'a été surpassée que par Bencdetto Marcello' (1G86-1739). Sa vie si courte fut remplie par des travaux qui attestent une activité prodigieuse.

C'est dans la composition musicale que son génie a révélé toute sa profondeur. La musique des cinquante premiers psaumes de David est une œuvre admirable; elle s? répandit promptement dans toute l'Europe. Composés pour une, deux, trois ou quatre voix, avec une simple liasse chiffré:^ et quelquefois avec un accompagnement de violoncelle ou de viole, ces psaumes forment une succession de morceaux très-variés où domine le sentiment dramatique, qui csl la qualité caractéristique de l'école vénitienne.

Après B. Marcello, l'école vénitienne a produit successivement Galuppi, Bertoni et Furlanetto.

Baldassaro Galuppi, surnommé il Buranello, parco qu'il était né dans l'île de Burano en 1703, fut élève de Lotti; mais il n'est pas sor;i de l'école decjli Incurahili, comme l'ont affirmé à tort quelques biographes, puisque les scuole de Venise n'admettaient que des tilles. Il succéda

1 Surnommé par M. de I, aborde le Pindarc de !a musique.

IG

278 APPEXDICE.

comme maître de chapelle de Saint-Marc à Saralelli en 1762, directeur de Fécole des Incurables quelques années après la morl de Lotti. Galuppi dut à sa grande renommée d'être appelé à la cour de Russie par T impératrice Catherine II. De retour dans sa patrie en 1768, il ne la ({uitla plus jusqu'à sa mort (janvier 1785). Il écrivit des opéra séria, des oratorios, divers morceaux de musique religieuse et surtout un nombre considérable A' opéra buffa.

Il règne dans toute sa musique, comme dans les tableaux: de Tiepolo, son compatriote et son contemporain, un.' sorte de lumière blonde et souriante, qui n'est pas toujours en harmonie avec la gravité du sujet.

C'est dans le genre comique de dcmi-taractère que le joyeux Buranelloa particulièrement réussi.

Lotti, Marcello et Galuppi sont les trois compositeurs vénitiens du dix-huitième siècle.

Ce n'est point forcer l'analogie dos choses que de rattacher à l'école de Venise le chevalier Gluck, qui vint à V'enise pour réformer si à propos le drame lyrique. Car c'est bien moins le pays où le hasard l'a fait naître que la nature des idées qui sert à classer un grand artiste dans l'histoire. Ses idées sont les propres idées de Marcello, celles que Monteverde a émises dans ses préfaces, bs idées de Gabrieli, de Cyprien, de Rore, de \\ illaert.

Fondée au commencement du seizième siècle, l'école vénitienne développa le principe qui caractérise toute la civilisation de Venise, c'est-à-dire la notion de la réalité pratique relevée par le goût des plaisirs délicats et du faste do la vie. Ce principe se traduit en peinture par la prédominance du coloris, et dans la musique par le sentiment dramatique dont le rhylhme et les modulations sont les agents matériels.

La nmsique italienne se divise donc en trois grandes écoles : l'école romaine, fondée par le divin Palestrina, qui fixa à jamais l'idéal de la prière du catholicisme; l'école vénitienne, où éclatent le mouvement et la fantaisie de la

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vie, et qui s'attache à (]6i'elo|)pcr les doux; principaux éléments de Texpression, le rlivllmie et le coloris; Fécole napolitaine, qui participe des deux autres, mais plus parliculièremenl de l'école vénitienne.

(D'après P. Scudo.)

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