‹ Venise, notes prises dans la bibliothèque d'un vieux VénitienChapitre 5 sur 18 · LE GRAM) SIECLE · texte numérisé non relu

LE GRAM) SIECLE

valet, y apprend l'ai t de demander Fauniône, l'arl de flatler et de médire; fait bientôt ses premières armes... attend Léon X au passage, le flalte , fait de même pour Jules de Médicis , le futur Clément III, et en reçoit de l'argent et un cheval Le voilà lancé; il relève la tête, boit comme un seigneur , devient bon compagnon et gai convive , a des maîtresses.

Au retour d'un voyage tenté à Milan, Bologne et Pise, il trouve Rome pleurant Léon X. In pape flamand. Clément \'II, l'avait remplacé, qui n'aimait que la théologie et l'austérité. Adieu aux belles fêtes licencieuses, aux mille plaisanteries rabelaisiennes. Heureusement ce terrible pipe meurt quinze jours après son intromission, et Jules de Aïédicis lui succède. L'Arétin reparait, mais ce habillé comme un duc ^^ , dit le Berni [vesti clucali)^ et se mêle aux orgies des grands seigneurs.

Ayant eu l'impudence de composer et d'imprimer seize sonnets explicatifs des seize figures plus que voluptueuses de Jules Romain, il est obligé de prendre la fuite pour échapper à la colère de Ghiberti et du Pape.

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Jean de Alédicis (le Grand Diable) l'appelle dans son camp...

Mais en 1526 Jean est lue devant Governolo. L'Aiétin, en perdant ce Alédicis, perdait tout.

Cependant Tltalie est en feu, les colonnes attaquent Naples, Rome est saccagée. Où fuira le pauvre Arétin? A Venise; c'est la ville libre par excellence : terrain neutre, oasis dans cet océan de sang et de flammes. Il n'a qu'à respecter la Seigneurie et y vivre indépendant " de la sueur de son écritoire » .

A couvert sous l'égide vénitienne, il établira sa banque générale de panégyrique et de satire.

Le 27 mars 1527, il fait son entrée à Venise. (Leftere, tomel, p. 23.)

A peine arrivé, il écrit au doge Grilti Tépitre la plus plate, la plus adulatrice, la plus agenouillée. Bien accueilli, il prend courage et cberclie à se venger de son ennemi Ghiberti. Il adresse à Charles- Quint, à François I"", au marquis de Mantoue des cargaisons d'éloges.

^lais , pour connaître sa manière de vivre , veuillez monter chez lui. Il demeure sur le Grand Canal en 1530. Vous reconnaîtrez sa maison, ou

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plutôt son palais, à la belle tenture de soie rouge rayée de bleu qui se joue au soleil, et que le marquis de Guast lui a donnée. La porîe est o:u ert^^ à deux battants, le grand homme reçoit tout le monde...

Avancez donc et ne vous arrêtez ni à causer avec les folâtres Arétines, ni à jouir de la vue du Canal Grande ; il y a foule sur l'escalier, l'oici des Orientaux en grandes robes, des Arméniens rêvévencieux, un envoyé de François P', des peintres célèbres, des femmes éprises de son grand nom, des prêtres, des moines, des pages, des soudards. La plupart sont chargés de présents, l'oici descendre un grand jeune homme débraillé, vêtu de noir, à l'air impertinent et indolent, qui prie ces messieurs d'attendre; c'est Lorenzo Vomero, le secrétaire del'Arétin.

De toutes les richesses qui s'étalent à vos yeux, l'Arétin n'a rien acheté; on lui a tout donné. Un beau buste de marbre blanc semble appeler votre adoration; vous approchez, c'est l'ilrétin. A droite et à gauche, la même tête, pleine de caractère, d'un caractère ardent, effréné, odieux, ignoble, se re[)roduit autour de vous dans plusieurs tableaux de toutes dimensions, dans des médailles

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de bronze et d'argent, suspendues à la draperie de velours rouge broché qui tapisse la salle.

Le grand homme paraît enfin. Il porte la chaîne d'or de Charles-Quint; à peine vous rcgarde-l-il. Il s'excuse de vous avoir fait si longtemps attendre, il se servira sans doute des mêmes ternies qu'il enq)loie dans ses lettres lorsqu'il conjure ses amis '- d'excuser l'iiomme d'Italie le plus occupé, le plus visité, le plus caressé et le plus ennuyé ^^ . Il s'avance de cet air cynique et désinvolte, commun à tous les charlatans de la plume et de l'épée, du pinceau et du théâtre : '. l euillez m'excuser, dit-il, si je n'ai pu me débarrasser plus tôt de ces visites importunes. Il afllue chez moi tant de seigneurs, on me rompt si continuellement la tête de visites insoutenables, que les degrés de mes escaliers s'usent sous les pieds de mes visiteurs ', comme le pavé du Capitole s'est usé sous la roue des chars triomphaux... Il serait plus facile de trouver une mer sans rivage, que l'Arétin sans satellites, sans prêtres, sans étudiants, sans moi-

' Leltere, t. I, p. 206. — c Tanli signori mi rompoii continiiamcntc la testa colle visite, clic le mie scale son consumate dal fréquentai- dei lor piedi... "

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