CHAPITRE V
LA PEINTURE
Plus que tout autre, l'art de la peinture traduit d'une façon expressive et brillante les aspirations et les goûts: elle reflète fidèlement l'âme d'une époque en ce qu'elle reproduit les scènes de la vie. exprime et fixe par la couleur les plus fugitives impressions.
De Vivarini à Tiepolo, la peinture vénitienne a parcouru un cycle complet : elle a eu ses Primitifs, connut sa période classique et ses chefsd'œuvre, puis sa décadence. De plus, en étudiant cet art à Venise, on admire combien les peintres vénitiens, au moment où ils s'affranchirent de la Grèce byzantine et de l'école de Florence, surent créer un art national.
Il ne faut pas trop chercher chez eux les suavités d'un Giotto et d'un Angelico, ni la simplicité naïve des époques de foi. Sauf quelques exceptions du début, la peinture de Venise est généralement païenne.
A Venise, au XVIe siècle, l'art devient œuvre d'épicuriens qui surent puiser dans l'étude des belles-lettres et dans les rapports commerciaux suivis avec l'Orient un ardent amour du bien-être : ainsi s'épanouit la civilisation la plus raffinée : débauche de luxe et d'élégance, d'orgueil et de volupté , alors les vertus et les vices, sur lesquels s'échafaudent les sociétés, furent largement pratiqués par ces seigneurs éblouis de ce faste oriental qui, avec la richesse, apportait aussi la corruption.
Du XVe au xvnr siècle, la peinture vénitienne sut plaire ; mais elle voulut aussi briller et fut très peu intime ; elle devint par cela même essentiellement décorative : libre champ fut donné aux grandioses conceptions pour flatter la vanité des patriciens et rendre toujours vivants à leurs yeux les glorieux souvenirs.
Avec des idées si superficielles, la peinture religieuse ne fut pas, à Venise, d'une extrême sincérité : si la religion sembla être honorée par le
LA PEINTURE
Titien, Véronèse et Tiepolo, elle le lut par habitude plutôt que par conviction. Ces artistes ne glorifièrent que ht divinité qui aurait pu tout aussi bien ne pas être chrétienne. C'est Vénus, c'est Jupiter que l'on représente sous les traits de la Vierge et des Saints, c'est L'Olympe dépaysé. Cet effet païen de la Renaissance en Italie s'est msnifesté un peu partout; Venise, elle trouva le terrain favorable, le grain germa : les fruits en furent savoureux et superbe-.