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LES PRIMITIFS ET LA PREMIERE R EN A ISS AN < I

C'est du XIe siècle que datent à Venise les premières manifestations de l'art de la peinture : des mosaïstes originaires de Ravenne et de Byzance reproduisirent par la mosaïque les figures archaïques. Ce n'est pas qu'à cette époque la peinture ne fut en honneur, mais sa fragilité ne permettait pas sa conservation. De plus, la mosaïque a toujours été considérée comme essentiellement décorative, et partant, employée pour l'embellissement fixe des églises et des palais. A Rome, il existe de nombreux spécimens de peintures archaïques chrétiennes dont la série la plus importante se trouve à la basilique palatine de Santa Maria Antiqua découverte en 1900. Ces peintures pourraient passer pour de véritables carton^ de mosaïques byzantines.

La plus belle œuvre des mosaïstes du xne siècle est a Torcello et représente la Vierge et les Apôtres. La Vierge, seule, immense, s'élève sur un fond d'or, tandis que les apôtres, d'une proportion réduite, sont placés dans la frise sur laquelle pose cette Vierge, imposante dans sa simplicité sévère, qui traduit si sincèrement la majesté de la mère divine.

Du XIIe siècle, nous voyons à Saint-Marc des mosaïques aux sujets d'i naïveté réaliste où sont retracées des Mènes de l'Ancien Testament.

Une des plusanciennes peintures vénitiennes citées date du xnr' siècle et fut exécutée, sur un cercueil en bois, par Martinello da Bass;

A l'école de Giotto, dont l'influence se fit sentir à Padoue où il lai des œuvres, se formèrent les Primitifs tels que Paulu> de Venetiis 1346), Semitecolo (1351), Lorenzo Veneziano ^1371 . Nicolo de Pietro 1 ; 7 1 Jacopo da Verona 1397) et Giovanni Niretto qui travailla a Padoue.

L'art vénitien des débuts fut aussi influencé par les œuvres riches et élégantes que l'ombrien Gentillo da Fabiano et le véronais le Pisanello exécutèrent au palais ducal vers L'année [420.

De même. Antonello de .Messine 1 444- 1493 exerça une certai

action sur les artistes vénitiens. Sa peinture, d'une grande fermeté, touche à la sécheresse ; mais quelle énergie dans le dessin, et quelle chaleur dans la couleur! Ce peintre est représenté à l'Académie par quelques petites

La Vierge et les Apôtres (Mosaïque du xne siècle. Ile de Torcelio.

œuvres, dont un Ecce Homo. Nous savons qu'une légende tend à accréditer que Antonello, par subterfuge, déroba à Van Eyck le secret de la peinture à l'huile.

Ce n'est pas à Venise même, mais à Murano, centre artistique dû surtout à l'installation des verriers mosaïstes, que l'école vénitienne commença à se former. Ainsi Quirizo, au commencement du XVe siècle, et Andréa il Bernardino préparèrent la voie à Allemanus et aux trois Viva-

rini. On trouve dans leurs

LA PEINTURE

œuvres des style* divers; l'influence de l'Aile-

Ant. da Murano. La V

ierge ci l'Enfant San .

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de Nuremberg"; il s'y mêla aussi cette noblesse des temps antiques, chère à Squarcione et à Montegna.

C'est surtout à l'Académie des Beaux-Arts de Venise, dans la salle des Primitifs que les premiers maîtres vénitiens sont représentés assez complètement. Les églises possèdent aussi des tableaux anciens ; mais leur emplacement défectueux ne permet pas de les bien voir; cependant la sensation d'art est plus vive à les admirer dans leur milieu. Ils sont là avec leurs nombreux panneaux aux cadres historiés, aux volets dorés. Ici. la peinture et le cadre font un et furent conçus l'un pour l'autre : c'est une madone, ce sont quelques saints ou des scènes de la Passion. Le fini en est minutieux, et si ce n'était leur dimension, ces œuvres tiendraient plus ds l'enluminure que delà peinture.

Le rétable le plus complet comprend dix-sept sujets ; il est d'un inconnu du xive siècle, et représente le Couronnement de la Vierge. Les figures, ainsi que le cadre se ressentent encore des influences byzantines du style de Giotto.

Dans la seconde moitié du XIVe siècle, nous pouvons citer Catarino avec son Couronnement da la Viergc,et^\\co\o di Maestro Pietro, auteur d'une Vierge au trône. Arient ensuite Jacobello del Fiore qui, dans le Couronnement de la Vierge, donne une expression plus marquée aux visages. Les personnages et les anges sont minuscules et plusieurs sont logés dans les stalles qui servent de soubassement au trône céleste. Le caractère personnel des figures s'accentue encore avec Lorenzo Veneziano. Dans son tableau de Y Annonciation, les tètes, pleines dévie, sont bien des portraits, mais teintés de cette douceur uniforme que l'esprit chrétien sait inspirer.

De Lambertini, voici un rétable, la Vierge cl V Enfant entourés de Saints. Ici déjà, les étoffes riches et les ors se multiplient, les tètes de femmes, fort jolies, n'ont plus la raideur primitive, les personnages s'humanisent, ils deviennent par contre un peu précieux de geste et de physionomie.

Dans le même esprit, se trouve à la Capella d'Oro de San Zaccaria, un tableau de Ant. da Murano où la Vierge, au visage rêveur a une grâce maternelle d'une naïveté quelque peu maligne. Elle incline la tète vers celle de son fils comme le câlinant, tandis que l'enfant présente à sa mère une fleur pour lui en offrir le parfum.

Un des tableaux d'autel les plus parfaits est celui dû à fra Antonio da Xegroponte et se trouve à San Francesco délia Vigna ; la Vierge et V Enfant, composition reprise par Bellini. La Vierge assise en face, les

LA PEINTURE

yeux baissés, semble prier; elle a les mains joint'-- et son fils est étendu sur ses genoux. C'est bien ici de la peinture religieuse par exeellence comme celle de ï'Angelico. Dans ce sujet, fra Antonio a enrichi d'une façon inusitée les vêtements de laVierge; les ors sombres se marient aux

Antonio Vivarini et Johannes Allemanus. Le Couronnement de Mario i | N- idémic).

brocards les plus riches, et cependant telle est l'attitude de la Vier

qu'elle semble s'ignorer et s'absorber dans l'adoration de son fils. Quand au trône historié et aux accessoires, ce n'est pas trop dire que Gustave Moreau eût pu s'inspirer d'une richesse d'ornementation si orientale et si brillante.

Nous avons déjà mentionné le nom de Vivarini, porté par trois

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peintres de la même époque et dont les tendances et le talent ne furent pas égaux. Cette famille d'artistes était originaire de Murano où la véritable école vénitienne prit naissance, et c'est là qu'elle montra déjà

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