HP
lÉr^U^
Bt 1 vv'
Mit. ^.^BBfl
rBB BBw JK-
fv
■ bWJ
k ' Bfl
Br^P tW' BW
lr J
-rM
W^njti^r ~l — ^BBBv-lBa
laH B
bbI
Bj i
BBBBBVel 'lit
I^Ç^bbW ■
^BBBr c Bi
' BBa
\ -ÇJ
Wèêê
1 m Bb
. BBB»
Bk BB\>r^
fi BB\ ^
Hmf*
i\ ï^Ti
B. \ Bfc-'n
Carlo Crivelli. Deux Saints Académie'.
ses premières qualités essentielles : la chaleur des tons, la couleur. D'Antonio Vivarini, l'Académie possède le Paradis. Il est exceptionnel de voir un tableau composé à la façon des Primitifs, présenter une couleur si ambrée ; le ton roux général adopté est digne de remarque à cette époque. Le même peintre, avec la collaboration de Johannes Allemanus (1440), nous donne le Couronnement de la Vierge. Quoique
LA PEINTURE 9
ces deux derniers sujets soient d'une composition recherchée, les personnages accumulés sont toujours figés et le sentiment de la vie ne se dégage pas complètement. Tout en conservant les mêmes qualités, mais en accentuant davantage le côté décoratif, Antonio Vivarini se montre supérieur dans Y Adoration des Mages du musée de Berlin. Dans Le tableau de la
Bartolomeo Vivarini. Tableau d'autel, à 1" Académie
Madone avec !■ Enfant, entouré d'Anges et de Saints qui ligure l'Académie, la décoration est orientale ; la Vierge, assise sous un dais, se tient en une pose hiératique et un grand air de pureté, et de nobless empreint les visages un peu vides d'expression. Cette impassibilité retrouve dans deux panneaux qui durent faire partie du même triptyque. Dans l'un, l'archange Gabriel agenouillé, tenant un lis de la main gauche, élève la main droite pour bénir; dans l'autre, la Vier doux, les
mains croisées sur la poitrine, rappelle vaguement quelque maître florentin. L'expression des physionomies et la précision du caractère sont au contraire des qualités très marquées chez Bartolomeo Vivarini. Les draperies sont froissées avec vigueur et les têtes semblent être des portraits.
Si l'effet décoratif est moins accentué, du moins, les œuvres de Bartolomeo prouvent une grande conscience et subissent l'influence de l'école allemande de laquelle Carlo Crivelli s'inspira : nous en avons un exemple dans le tableau des Deux Saints à l'Académie. Cette influence sur les peintres vénitiens s'explique naturellement.
Venise, entrepôt de l'Occident, avait avec l'Allemagne des relations faciles et peu éloignées ; c'est par Nuremberg aussi que passaient les convois à destination des Flandres dont l'art a des affinités avec celui des Vénitiens. Albert Durer, du reste, visita Venise et y habita ; on cite de lui cette parole : « Ici, je suis devenu gentilhomme. » Venise était donc reconnue l'arbitre des élégances et des bonnes manières.
Les Madones de Bartolomeo sont bien femmes : elles ont de l'attrait et cette suavité que nous retrouverons plus tard chez Giovanni Bellini. Dans les deux principaux tableaux de Bartolomeo, la Vierge et V Enfant et deux Saints, à l'église San Giovanni in Bragora, et la Vierge et quatre Saints, à l'Académie, la madone a la charme de l'extase maternelle devant l'enfant ; surtout dans la peinture de San Giovanni in Bragora, l'expression de maternité heureuse est rendue avec tendresse. Le même sentiment se retrouve dans un tableau placé à Santa Maria Formosa et où la Vierge debout, écartant son manteau, accueille les fidèles.
Avec Alvise Vivarini, qui vient en troisième lieu, nous ne voyons plus les mêmes qualités ; la vigueur expressive de Bartolomeo est atténuée. Si le Saint-Jean à l'Académie, et Y Enfant Jésus dormant, à la sacristie du Rédempteur, ne parviennent pas à émouvoir, du moins, Alvise peut être considéré comme l'inspirateur de Giovanni Bellini et fut même son émule.
Jusqu'ici, les peintres vénitiens ont été surtout tributaires des écoles ombrienne et toscane, mais une autre époque va s'ouvrir, et sera comme une première renaissance.
Abandonnant les traditions froides des maîtres ascétiques, la peinture illustre alors, par de grandes compositions, les gloires civiles et religieuses de la patrie.
L'art vénitien, affranchi, atteint une grande perfection avec les deux Bellini : Gentile, qui fit surtout des compositions décoratives, et Giovanni, le plus délicat et le plus distingué des maîtres ; il sut allier le charme à la puissance et résuma tout ce qui caractérisait le génie vénitien de son temps ; autre titre de gloire, il traça la voie au Titien, son élève.
Comme ses prédécesseurs, c'est dans le poème ineffable de la maternité
LA PEINTURE
qu'il montre toute la délicatesse de son talent. S - madones, pleines de douceur, ont la force et la beauté, elles ont aussi de la tendresse, de La sérénité et de la passion.
Giovanni fut avec son frère aîné Gentile, élève de son père Jacopo qui semble avoir été leur seul maître. Il exhortait ses fils au travail ; quand ils surpassèrent leur père, le maître en fut réjoui, sentiment rare chez un artiste, car, disait-il, il faut que Gentile dépasse Jacopo et que Giovanni l'emporte encore sur Gentile.
Comme témoignage de cette union émulatrice, le Louvre possède les portraits des deux frères dans la même toile, peints par euxmêmes. Gentile (1421-1501) eut une grande renommée, il exécuta de grandes compositions officielles, mais ce fut Giovanni (1427- 15 16) selon le vœu de Jacopo, qui restera le plus célèbre.
Le sultan de Constantinople, Mahomet II, émerveillé des porta que l'ambassadeur vénitien lui avait montrés, voulut avoir son portr peint par Giovanni Bellini. On ne sait pour quelle raison, Gentile fut envoyé en Orient par le Sénat à la place de son frère : il y resta plusieurs années. Le portrait du Grand Turc ligure au musée Correr. Du pays des contes, le Louvre possède un souvenir, une toile de I
Gentile Bellini. Portrait Je Mahomet II Galerie Lava:
intitulée : Réception dun ambassadeur vénitien au Caire, œuvre
Giov. Bellini. La Madone et L'Enfant (Académie),
curieuse et où, comme il a été dit plus haut, on voit les coupoles, les
LA PEINTURE
façades à colonnes, les murs crénelés, les minarets que Venise a imités dans son architecture.
Revenons à Giovanni, Le peintre des madones. Sa Vierge la plus connue, à l'Académie, estcelle qui, posée devant un écran vert, tient 1
fant-Jésus placé debout ; œuvre séduisante mais où perce une certaine préciosité ; cependant la madone respire encore ce pur parfum des primitifs où une gracieuse jeunesse n'exclut pas une sereine majesté. D'un autre sentiment, plus intime et plus touchant, est cette madone qui respectueusement joint les mains devant l'Enfant endormi, étendu sur ses genoux, et que possède l'Académie. Dans cette composition, déjà traitée par ses prédécesseurs, Giovanni apporte une tout autre expression. Quelle tendresse émue et religieuse inspire à cette mère la contemplation de son divin .Fils, celui qui sera crucifié !
Jusqu'ici la Vierge est seule avec l'Enfant; nous les verrons accompagnés symétriquement de personnages. La loi architecturale des pendants trouvera ainsi dans Giovanni un de ses derniers interprètes.
Un chef-d'œuvre, où l'union intime des figures se manifeste de gracieuse façon, se trouve à l'Académie : Madone et saints. Quelle chaude harmonie dans cette simple composition : les figures respirent le même air, il y a communion entre les divers personnages. Surtout quelle technique admirable, visiblement inspirée de celle de Antonello de Messine ; la vie circule dans ces chairs délicates et ambrées des deux saintes, et cependant elle s'y trouve comme suspendue dans une effusion adoratrice. D'autres madones, du même charme, sont celles que l'on voit à l'église de la 3iadona dell'Orto et à San Giovanni in Bragora cette dernière attribuée à Vivarini).
Avec de plus grandes proportions, nous pouvons admirer le célèbre triptyque de la sacristie des Frari ; l'œuvre est datée de 1488, et Giovanni avait à cette époque plus de soixante an*. C'est le tableau d'autel décoratif. Naturellement la madone est moins intime, et est en quelque sorte l'image glorieuse de la maternité ; placée sur un trône, elle devient une divinité. Les riches accessoires qui ornent le sujet accentuent encore la majesté de la reine divine à laquelle on rend hommage. Au bas du trône sont placés des anges musiciens que l'on retrouve si fréquemment dans les compositions religieuses de la première Renaissance italienne. Giovanni les a rendus avec aisance et naturel ; le céleste concert, louange à la madone, semble d'un unisson parfait ; et les chérubins chantent, dit Ruskin, avec autant de calme que les Parques filent. De chaque côté de la Vierge sont deux volets avec quatre saints debout : moines et évèques, montant une garde d'honneur auprès de la madone. Les tètes des personnages, comme d'habitude, sont des portraits, mais en ceux-ci, on croit retrouver cette précision donnée aux traits du visage et que l'école allemande rendit avec tant de supériorité.
LA PEINTURE
Dans ce triple tableau des Frari un détail particulier doit retenir l'attention : c'est l'unité parfaite du sujet avec son cadre, contribuant à l'effet décoratif que plus tard Veronèse et Tiepolo amplifièrent. Sans vouloir insister sur la valeur artistique du cadr Lans le style d
Giovanni Bellini. Madone et Saints San Zaccaria .
Lombardi, nous pouvons voir que les Lignes principales architectoniques des trois panneaux peints se continuent avec le relief dore La Viercre est
placée au fond d'une abside et les lignes pers ves -ajoutent aux
lignes du cadre, accentuant ainsi la fuite des derniers plans. De même, dans les deux loggias où se trouvent les saints; au premier abord ils paraissent séparés de la Vierge par les pilastres dorés; ils son: au contraire
en communication avec elle, car les deux loggias sont ouvertes sur l'abside ; ce que l'on sent bien aux lignes perspectives des côtés extrêmes et aux chapiteaux du fond correspondant à ceux du premier plan solide. Telle qu'elle est exposée cette œuvre est un véritable joyau. De son côté, l'Académie possède une composition analogue, mais les saints, au nombre de six, entourent la Vierge de plus près. De même à San Zaccaria, il
JfS