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CHAPITRE VI

INDUSTRIES D'ART mosaïque, verrerie, dentelle, typographie

La peinture, l'architecture, la sculpture n'existent à Venise qu'à l'état rétrospectif; il n'en est pas de même pour quelques industries d'art, la verrerie, la mosaïque et la dentelle, qui continuent à donner à la ville une certaine activité.

C'est l'île de Murano qui se trouve être encore le centre de production des verriers. Cette industrie, d'après plusieurs auteurs, y aurait été importée par les premiers Vénètes qui s'établirent dans les îles. Quoi qu'il en soit, le document le plus ancien qui fasse mention des fabriques et des fours est de l'an 1292, époque où fut ordonnée, par crainte d'incendie, la démolition des fournaises établies au Rialto et leur transfert à Murano où existaient déjà des verriers.

Afin de conserver avec un soin jaloux les secrets de la fabrication, le Sénat surveilla lui-même le commerce de la verrerie.

Nul doute que l'art du verre n'ait été importé d'Orient où dans l'antiquité il y avait des manufactures célèbres.

Dès le Xe siècle, par ordre de Pietro Orsolo, des mosaïstes vinrent à Venise et, du XIe au XIVe siècle, la mosaïque de verre est le fond de fabrication de Murano.

A Venise, comme dans l'antiquité, il y eut deux sortes de mosaïques : celle qui résulte de l'assemblage de pierres de diverses couleurs et celle composée d'émaux d'or, d'argent et de couleur. C'est naturellement cette seconde manière, employée pour couvrir les surfaces murales, qui se fabriqua à Murano.

Les émaux colorés sont formés des mêmes matières premières que le verre ordinaire, mais il vient s'y ajouter des substances minérales qui,

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en même temps qu'une extrême solidité, apportent au verre la couleur. Quant aux émaux d'or et d'argent dont l'éclat est si vif à Saint-Marc, l'opération est plus compliquée. Sur une surface de verre épais ou d'émail, selon l'effet à rendre, on place une feuille du précieux métal qui s'y fixe sous l'action du feu, puis une mince lame de verre recouvre le tout. Les trois couches, entrant en fusion, forment un bloc homogène inaltérable. De nos jours, les artistes verriers vénitiens sont fort habiles ; il serait à souhaiter qu'un goût plus moderne présidât au choix des motifs. Aucune peinture mieux que l'émail ne s'harmonise davantage avec l'architecture ; la mosaïque trouvera encore sa place dans les riches décorations, sa conservation est sans limite. Grâce à ce procédé, nous pouvons admirer les curieux spécimens de l'art primitif vénitien. De nos jours, surtout à Rome, on détourne cet art de sa véritable voie en lui demandant la reproduction de tableaux de maître. La tapisserie, mieux que la mosaïque, remplit cet office. Pour la mosaïque, il faut des compositions spéciales et simples dans les détails.

La mosaïque de marbre fut employée à Venise pour les dallages ; cependant, le tombeau du doge Vendramin, par Leopardi, est historié de gracieuse façon avec une ornementation en marbre; toutefois il ne s'agit pas ici de petits cubes colorés, mais de découpages incrustés, genre qui se pratique encore en Italie.

Les ateliers de Murano, d'où sortirent tant d'émaux pour mosaïque, continuent de nos jours la tradition de la verrerie proprement dite, c'està-dire fabriquent le verre soufflé, spécial à Venise, qui offre une différence technique très marquée avec le verre coulé, moulé et taillé, imitant le cristal et que font d'autres pays.

A Murano, le verre est très léger et se plie aux exigences de l'habile ouvrier qui le façonne. Il est nécessaire d'avoir beaucoup d'ingéniosité et de caprice, en même temps qu'une prodigieuse dextérité, pour exécuter, au moyen de fusions partielles de courte durée, les jolis spécimens que nous connaissons. Un tube de métal et quelques pinces, voilà les outils du verrier, aussi est-ce avec une curiosité toujours aiguisée que l'on visite les ateliers de Murano.

Plusieurs façons de procéder existent, connues sous les noms de filigrana, ritorti, lattacinio, fiamma, mille for/, cal V / d l 'd 7 'o na , ghiaccia, noms italiens faciles à comprendre.

Certaines couleurs recherchées dans les verreries vénitiennes portent les noms de glrasole (opaleï, lattimo, rubino. alabastro,giallo d'oro, acqua marina, etc.

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