OR EG] NE DE VEN [SE
offensait la ville, outrageait l'apôtre. Dans un même sentiment, le patriotisme et la religion furent ainsi unis, mais le patriotisme vénitien s'éleva plus haut que sa piété.
Dès le xp siècle, il y eut à Venise des fêtes patriotiques : la plus curieuse et la plus symbolique était la cérémonie des Epousailles de la
Le C an aie Grande et le Pont du Rialto.
Mer. C'est le doge Pietro Orsolo II qui, sur le vaisseau Bucentaure, jeta le premier l'anneau d'or dans les flots, présidant ainsi au mariage de Venise et de l'Adriatique. A cette époque, les cotes de la Dalmatie étaient sous la domination des Vénitiens, et au XIIe siècle l'Adriatique fut leur domaine. Dans les premières années de ce siècle, le doge Hnrieo Dandolo apparaît comme l'une des figures les plus expressives du croyant sincère et de l'homme clairvoyant et pratique.
La véritable oligarchie vénitienne ne remonte guère avant i : 7. sous le doge Pietro Cradenigo ; il fut admis alors que seuls les citoyens qui avaient eu un père ou un aïeul dans le Grand Conseil pourraient faire partie du gouvernement. C'était l'exclusion du peuple. Cette loi souleva des mécontents, mais les conjurations furent réprimées impitoyablement.
Venise, par sa politique égoïste, se fit peu aimer de ses voisins et l'autorité honoraire réservée au doge paralysa bien des efforts. Ce fut sous Francesco Foscari, au XVe siècle, que l'essor de Venise s'arrêta, malgré la haute valeur de ce doge. Le commerce avec l'Orient maintint encore longtemps la suprématie des Vénitiens et leur procura d'immenses avantages : ils a' fondèrent des comptoirs et se familiarisèrent ainsi les premiers avec la littérature grecque. Quand Constantinople fut saccagée, les hommes de science émigrèrent à Venise où ils se trouvèrent moins dépaysés. C'est ainsi que les manuscrits des œuvres antiques telles que celles de Pindare, Xénophon, Strabon, Diodore de Sicile, Dion, Properce et Lucien, furent appréciés des Vénitiens; notons même que la première bible en langue italienne fut publiée à Venise.
Padoue, qui s'était relevée de ses ruines, s'enflamma du même zèle et dès le XIIe siècle eut une université : tombée au pouvoir des Vénitiens, cette ville garda ses privilèges et les belles-lettres continuèrent à y être protégées.
Venise devint en outre le centre commercial des pays civilisés, ses nombreuses galères sillonnèrent les mers, sa flotte servit aux Français pour les croisades, en même temps qu'elle faisait des échanges avec l'Inde par l'intermédiaire des Tartares de Samarkande; son commerce s'étendit en Afrique et au nord jusqu'à la Baltique. Un tel mouvement maritime attira dans la ville une foule d'étrangers; la République facilita leur séjour en établissant pour eux des fondues. Le premier fut celui des Allemands : le fondaco dei Tedesehi, situé près du Rialto. A côté de la Madona dell'Orto, il y eut le Campo dei Mort; puis au XVIIe siècle, le fondaco dei Turclii s'installe dans un palais du Xe siècle, actuellement le musée civique Correr.
Au milieu d'une affluence d'éléments si divers, Venise ne put ressembler à d'autres centres et fit preuve du plus grand éclectisme, en accueillant schismatiques et mahométans elle soigna sa clientèle.
Possesseurs de grosses fortunes, les patriciens et les riches commerçants étalèrent un luxe inouï et s'ingénièrent à rendre Venise la plus brillante ville du monde. Des palais du marbre le plus rare s'élevèrent sur les eaux, les façades découpées à jour s'enrichirent d'arabesques et de dorures, les coupoles et les campaniles s'enhardirent dans le ciel et une ville nouvelle s'éleva, gracieuse, mirant avec coquetterie sa parure chatoyante dans le bleu de la lagune.
Pour assurer sa sécurité et éloigner de jaloux voisins, Venise eut une armée de terre ferme, fut en guerre contre Gênes ; ses armées prirent