ORIGINE I ) E V E X I S E
Vicence, Vérone, Padoue, Rovigo. Patras et Lépante virent la domination vénitienne ainsi que l'île de Chypre.
Au XVe siècle Venise atteignit l'apogée de sa puissance: elle abritait 200 000 habitants, possédait 3 300 vaisseaux et 35 000 marins : plus 45 galères montées par 1 1 000 hommes surveillaient les mers pour assurer les transactions.
Le Lion de saint Marc (Erigé à la Piazzettaj.
Cependant, la prise de Constantinople par les Turcs, en 1453, porta un grave préjudice à la puissance vénitienne en Orient; le déclin s'accentua lorsque les Portugais trouvèrent une nouvelle route pour l'Inde. Enlin la République ne put se relever des suites de la ligue de Cambrai en 1508, où le roi de France, l'empereur d'Allemagne et le Pape s'unirent contre Venise. La flotte vénitienne prit bien encore une part glorieuse à la bataille de Lépante en 1 5 7 1 , mais les Turcs gardèrent dans la suite tous les avantages. Malgré ses victoires en Grèce en 1684 et les brillant batailles navales contre les Turcs en 1696 et 1698, Venise finit par perdre la 31orée. A partir de 17 15. la République ne put que rester neutre dans les conflits et ne conserva que ses possessions du nord de l'Italie. Il fa aussi rappeler que la population vénitienne fut deux fois décimée par la
peste, en 157g et en 1630. Ce fut enfin Bonaparte qui, rompant les Conférences, s'empara de Venise en 1797 ; elle était prise pour la première fois. Malgré ses revers, la superbe cité vécut quatre siècles de gloire, sa grandeur fut exaltée et les artistes la consacrèrent.
Aux peintres des madones et des saints qui honorèrent le moyen âge, succédèrent des artistes qui, tout en conservant les qualités maîtresses des premiers Vénitiens, s'éprirent de vie et de mouvement. Des compositions héroïques couvrirent les murailles et brillamment les splendeurs guerrières furent illustrées, marquant les diverses phases de l'histoire vénitienne.
En visitant surtout le palais des Doges, musée historique de la République, on est saisi d'étonnement autant qu'écrasé d'un si pesant passé. Toutefois la trop grande rudesse du sentiment de la Force fut en partie atténuée. La Femme triomphe à Venise, car Venise est femme en sa personnification ; elle trône sévère mais non sans grâce, et voit, dans les apothéoses, le monde lui offrir des hommages. Les grands maîtres vénitiens doivent à la femme de nombreux chefs-d'œuvre, où fière, opulente et rêveuse, elle captive toujours. Les riches carnations et les chaudes chevelures supportent la promiscuité des colorations intenses, et dans leurs atours mythologiques, les belles Vénitiennes habitent l'Olympe, la Terre et les Mers. La décoration, voguant dans une somptueuse fantaisie, prit les plus grandes libertés; il fallut faire brillant, magistral et pompeux pour satisfaire un patriotisme ardent. La peinture religieuse, dès lors, perdit son caractère si tendre et ému, et bientôt la Madone ne devint plus guère qu'une jolie femme portant un jeune enfant. Pendant le xvie siècle, le paganisme de la Renaissance s'infiltra avec les belleslettres, s'épanouit impudique, et les coquettes duchesses ne craignirent pas de livrer leur beauté au pinceau des artistes. La vie à cette époque fut ardente, voluptueuse, et se para de toutes les grâces, devint épicurienne; les esprits s'affranchirent et l'art eut une éclosion nouvelle. C'est la plus belle renommée de Venise d'avoir engendré une lignée de si puissants artistes qui souvent égalisèrent les plus célèbres d'Italie. L'impulsion donnée se soutint encore jusqu'à la moitié du XVIIe siècle; puis comme lassé de tant d'efforts, le o-énie vénitien sembla s'eneourdir.
Nous arrivons à ce XVIIIe siècle élégant et frivole. On vivra des souvenirs, on rêvera de sentimentalisme et de philosophie, la poudre des perruques masquera la réalité et le génie s'éteindra comme en un sommeil. Il y eut cependant un moment de réveil. Ce fut comme un songe : le charmeur Tiepolo, n'ayant plus à chanter les fastes passés, imagina de