ORIGINE DE VEN ISE
fantastiques visions, de lumineuses féeries. Tout se passa dans un monde aimable et insouciant, on décora simplement pour amuser, non pour fixer un fait ou une idée. Les sujets religieux, teintés de septicisme, restent sans expression et la Vierge et les saints se donnent en spectacle à l'Olympe nouveau.
Avec les Primitifs, le cœur semblait sincère; pendant la Renaissance l'esprit se délectait jusqu'à la sensualité; le XVIIIe siècle à Venise ne sut
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La Piazzetta (Monnaie, Bibliothèque. Campanile. Palais des Doges), vue de la Giudecca.
plaire qu'à d'aimables blasés, si bien que l'art du trompe-l'œil devint en peinture une exigence de la dernière époque.
Des moyens aussi puérils n'en font que mieux ressortir les belles époques antérieures où l'art correspondait à un besoin impérieux, sacré ou profane. Retrouverons-nous jamais l'élégance et la distinction d un Bellini ou d'un Carpaccio, ainsi que l'enthousiasme et la puissance d'un Titien, d'un Tintoret, d'un Palma, d'un Véronèse ? Le grand art ne peut exister qu'en rapport direct avec les grands courants de l'humanité: il lui faut une impulsion, et le génie naît à son heure.
Rendons cependant justice à Venise, tandis que les autres foyers d'art pâlissaient, elle brilla encore d'un lustre très vif et soutint sa renommée en restant elle-même. Elle fut maîtresse dans sa décadence et son brillant déclin fut encore une victoire : elle fut la dernière à se rendre.
io VENISE
Si la peinture est l'art le plus propre à retracer l'histoire et à captiver les sens, les autres arts se montrèrent à la hauteur de leur mission.
A l'origine, la plupart des maisons étaient construites en bois, et jusqu'au XVe siècle on mentionne des maisons en bois recouvertes de roseaux. Au xive siècle, l'art arabe s'unit à l'art italo-gothique et a laissé des œuvres d'une grande délicatesse. Puis au XVe siècle les maisons s'enrichirent de dorures et de peintures dans toute leur hauteur, rendant ainsi Venise « la ville la plus triomphante qu'on ait jamais vue », selon la parole de l'ambassadeur de Charles VIII. Les architectes unis aux sculpteurs façonnèrent Venise, la parèrent avec amour et lui donnèrent une âme, car les palais et les monuments vénitiens parlent d'eux-mêmes ; ils disent en un merveilleux langage, toute la délicatesse et l'opulence de la glorieuse cité que le temps a épargnée. Le patriotisme et l'orgueil des Vénitiens trouvèrent chez des artistes, tels que les Lombardi, les Leopardi, les Sansovino, les Palladio et les Longhena, des interprètes de génie, auteurs de majestueuses églises et de somptueux tombeaux.
Depuis le XIe siècle, Venise garde des souvenirs ; le plus brillant spécimen est à Saint-Marc où sont conservées les mosaïques du XIIe siècle, inspirées certainement de Ravenne déchue de sa splendeur.
La verrerie que fabriquait l'Orient acquiert aux mains des Vénitiens une perfection remarquable. Ce sont encore de nos jours la mosaïque et la verrerie, quoique dégénérées, qui ont survécu avec la dentelle.
Dans le domaine typographique et littéraire, les plus beaux missels et les plus anciens livres ornés de gravures sortent des presses vénitiennes, de même les plus riches reliures.
La puissance créatrice de Venise triomphe dans toutes les branches de l'art et de l'industrie : la vie y" fut complète, intense,' et l'idée libre tolérée plus que partout ailleurs.
Canale Grande. Palais Corner délia Cà Grande.