CHAPITRE II
LA VILLE
Autrefois, avant les chemins de fer, tout autre devait être l'impression d'une arrivée à Venise, quand on y débarquait par eau, en venant de Mestre, après avoir traversé la lagune morte; ou bien, en arrivant de l'île de la Chioggia, par la mer et la lagune vive.
Quelle surprise mêlée d'admiration étreignait le voyageur qui, en gondole, perdu dans l'immensité bleue de la lagune, soupçonnait au loin les quelques pointes légères de l'horizon vénitien. Venise invisible était là, enveloppée de brumes et panachée des chaudes fumées des verrer de Murano. Insensiblement, sa forme se précisait, et épanouie telle une plante aquatique, fleur de pourpre et d'or, fleur de chair aux lumineux pétales, vibrante, majestueuse et féerique, elle s'offrait, pleine de séduction. Le mirage des eaux semble toujours la rendre immatérielle et comme élevée dans l'espace; elle présente ainsi son véritable aspect de Rei des mers, titre qui fit son orgueil, et vogue altière, déployant dans les airs le ramage victorieux de ses étendards, de ses clochers, et de ses dômes.
Au moindre aperçu des canaux, les palais rouges et roses éveillent les plus doux souvenirs comme les plus terribles histoires, rappelant les passions ardentes et les amours tragiques. O Venise! berceau voluptueux de l'art et muse sensuelle des poètes, nul ne saura toutes les joies et toutes les douleurs que la lagune muette garde en tes eaux ! L'énigme a son attrait, et la mystérieuse cité, en sa séduisante parure, recèle les contrastes les plus étranges. Troublante comme l'onde et perfide aussi, elle se présente comme un décevant problème. On craint de céder à son charme secret, mais la beauté qui se découvre captive l'àme et les sens comme en un beau rêve.
Aucune autre ville ne laisse l'imagination plus vagabonde et n'apporte plus d'impressions variées : souriante, amoureuse et perverse, Venise même dans ses vices, fut presque sublime.
Une sensation particulière est ressentie aussi par celui qui la première fois visite Venise : il croit vivre dans un monde nouveau : l'oreille ne perçoit aucun des bruits ordinaires des villes: ni chevaux, ni voitures et aussi absence de poussière. On y jouit d'un repos bienfaisant, et, dans le calme absolu, se déroule la plus merveilleuse magie de couleur que Ton puisse imaginer.
Véritable vaisseau de pierre, Venise ne peut être disposée comme d'autres villes ; cité lacustre, elle conserve l'aspect primitif de sa formation. La terre étant rare, elle fut peu prodiguée; les palais, les églises, les maisons furent resserrées, ag-glomérées, et gagnèrent en hauteur ce qu'ils ne pouvaient avoir en étendue. Les nombreux jardins qui existaient jadis disparurent sous le flot montant d'une dense population : un ancien jardin, ombragé par un figuier gigantesque, fut converti en place et devint la Piazza.
Quoique la ville soit divisée en un grand nombre d'ilôts, on peut aller partout à pied, deux cents ponts y pourvoient ; sauf entre Venise et la Giudecca et l'île Saint-Georges-Majeur. Des canaux étroits furent même creusés pour desservir les habitations par eau, car le seul moyen de locomotion est la o-ondole.
Les maisons ont ordinairement deux entrées. Tune sur un canal, l'autre sur des cours ou des calli . Celles qui n'ont qu'une porte sont généralement situées sur les quais ou fondamenta. Devant les perrons de marbre et le long des murs où s'agrippent les coquillages tapis dans la mousse, de grands pieux, bariolés aux couleurs des propriétaires, semblent monter une garde incessante autour des palais historiés. Rayés de bleu, de rouge et de jaune, ces palli, coiffés tous d'un chapeau, servent à l'accostage des
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gondoles et les empêchent de raser les murs. On y amarre les noirs esquifs vacillants dont le fer dentelé sert de contrepoids au gondolier qui va poussant la rame en un rythme cadencé. Sur les canaux, les gondoles filent sans bruit et dans l'ombre leur tache sombre se reflète en un beau vert profond. Pendant l'hiver, la gondole est en partie couverte par une petite cabine.
Entrée du Canale Grande (Dogana di mare. S. Maria délia Sal
la, fel^e, qui, vêtue de drap noir, a des fenêtres à coulisses sur les côtés, par où la vue s'échappe à fleur d'eau. Blotti et bercé, lentement on avance ; par ce temps de locomotion rapide, cela a son charme. Pour jouir de Venise, il ne faut pas se presser, tout parle si bien et de tant de chos >s La voir en passant ne laisse que regrets et un long séjour en appelle un plus long encore.
Venise, cependant, a un service de bateaux à vapeur, de la gare au jardin public et au Lido, mais il ne dessert que le grand canal qui est comme le grand boulevard de Venise. Du reste, les gondoles seules peuvent suivre les étroits canaux, passer sous les petits ponts : qu'on se rassure, les gondoles vivront aussi longtemps que Venise.
i4 VENISE
Quoique la ville soit située sur l'Adriatique, il y fait très froid l'hiver, il y gèle même et des brumes enveloppent la cité, voilant d'une teinte mélancolique les palais, les canaux, estompant les détails qui s'évanouissent dans l'atmosphère. On ne perçoit alors que des masses simples veloutées de bleu sur un ciel d'or, ainsi que les teintes
La Piazzetta. S. Giorgio Maggiore.
opaques irisées de l'eau où le rose de l'horizon se marie au reflet livide de l'onde.
L'été, de chaudes buées enveloppent la lagune, les ombres nettes échancrent les murailles rouges et blanches, éclatantes sous le soleil brûlant. L'eau redit toutes les harmonies, tous les accents, elle tressaille en éclats étincelants et cent fois répétés ; les reflets mouvants s'étirent, se brisent, se reforment, puis meurent; à une tache sombre succède un éclair. On vogue dans les flots de feu, d'or et de couleur fluide, c'est l'éblouissement sans trêve : mirages toujours nouveaux.
Plus haut, les coupoles grises et les campaniles clairs s'élancent vers
LA VILLE
la lumière ou les dômes multiples de la Basilique Saint-Marc sont couronnés de boules d'or qui semblent équilibrées par quelque habile acrobate. C'est encore à l'horizon Saint-Georges-Majeur avec son clocher
Le Pont des Soupirs.
pointu, sa coupole et ses clochetons qui semblent flotter sur l'eau. Là, par une pure nuit d'été, un tableau original se compose : simplement quand la pleine lune se lève derrière l'église et monte large et sévère, perçant les brumes transparentes, elle semble même se dresser de l'abside chrétienne ainsi qu'une blanche hostie pour la bénédiction du soir : encore au loin on entend les échos d'une chanson perdue dans l'immensité sereine, tandis que les volages gondoles, perçant la nuit de leurs feux verts, semblent des feux-follets se poursuivant sur l'eau.
Ce sont aussi les barques lourdement chargées et les bateaux chioagistes aux voiles multicolores et bariolées, rousses, blondes, rouges et blanches, chamarrées d'ornements et d'emblèmes. Ils sont la coquetterie de la lagune et flottent majestueux avec leurs hautes voiles.
Quel tableau saisissant dut être celui, où, dans un tel miroitement, les galères rouges et les étendards brodés s'agitaient au lendemain des victoires ! Quelle débauche de couleurs, quelle vie étincelante !
Les Prisons.
Rien ne peut mieux donner une première idée de Venise que de parcourir le canal Saint-Marc et le Grand Canal ou Canalatfo.
Le soir d'une de ces belles journées d'été si délicieuses à Venise, il n'est rien de plus séduisant que d'assister en gondole au spectacle captivant qu'offre la ville. En partant du quai des Esclavons, c'est d'abord l'élégant pont des Soupirs, qu'on ne traversait qu'une fois ; il unissait les prisons aux tribunaux. Puis le palais ducal, soutenu par d'innombrables colonnes massives et graciles, offrant l'idée de la force noble mais mystérieuse ; il semble clos comme une forteresse. A la suite, s'élèvent les colonnes byzantines où sont juchés le lion de saint .Marc et un Saint- Théodore armé, protecteurs delà cité. Plus loin, au bout de la Piazetta, les coupoles, les clochetons, les sculptures en dentelle composent le fond de décor le plus riche et le plus fantastique.
LA VILLE 17
Vers le Grand Canal, s'élèvent triomphalement la Salute et la Dogana, digne prélude des merveilles déployées sur la grande art mouvante de Venise.
Parmi les premiers monuments, voici le Palais Contarini-Fassari, de style gothique ; le palais Rezzonico. des XVIIe et XVIIIe siècles, avec son
Rio délie Erbe cl Palais Sanudo-Vanarel.
.haut péristyle et son perron semi-circulaire : le palais Foscari, d'un beau style gothique du XVe siècle, plein de noblesse, actuellement Fcole supérieure du commerce ; le palais Corner délia Cà Grande, par Sansovino : le palais Grimani, œuvre du XVIe siècle, avec de gigantesques fenêtres et un porche élevé ; le palais Lorédan, l'un des spécimens les plus anciens, de style roman du XIe siècle, enrichi d'incrustations de couleur, et où jadis demeura Catherine Cornaro, reine de Chypre. Puis à un tournant, le Grand Canal semble fermé par une construction : c'est le grand pont du Rialto et ses boutiques échelonnées. Le pont franchi, voici le palais Pesaro, du XVIe siècle, avec ses pierres taillées en pointe de diamants et ses fenêtres ornées de figures ; le fondaco dei Turchi ou musée Correr, et le fondaco dei Tedeschi qui rappelle la façade du palais ducal : la Cà
cfo/'O. palais de style gothique arabe du XVIe siècle, délicate construction
enjolivée de dorures.
Que de charmantes habitations sur les canaux voisins : la casa Guisctti '. de la plus gracieuse Renaissance ; le palais Priuli. etc.
Tous seraient à citer ainsi que les églises avec leurs campaniles quelque peu penchés qui se reflètent dans la perspective des canaux.
Les catnpi ou places entourées de maisons, de palais et d'églises, livrent un espace assez vaste à la lumière et contrastent avec les étroites calli, si peu larges, que parfois les deux coudes peuvent toucher ensemble les deux murs opposés.
Sur les places s'élèvent quelques statues : une des dernières placées est celle de Garibaldi. près du jardin public, sur la via Xazionale qui fut un ancien canal, maintenant comblé. Xon loin, sur le quai des Esclavons, se dresse la statue équestre de Victor -Emmanuel Tr. On admire encore la charmante statue de Goldoni, le poète si délicat dont s'honorent les Vénitiens. Enfin c'est Manin, dernier magistrat de la cité. Xic. Tommaseo et la magistrale statue de Colleoni, la plus ancienne et aussi la plus belle de Venise.,
En parcourant la ville, les moindres détails attirent l'attention : que
poète Carlo Goldoni.
LA VILLE
de ponts roses et rouges, de murs crevassés, de cheminées évasées en forme d'entonnoir. Des maisons claires et gaies coudoient de tristes masures, quelquefois bien anciennes, dont les marbres disloqués baignent dans l'eau saumâtre et dont les balcons rouilles se couvrent de fleurs et de verdures grimpantes. Parfois des arbres trahissent quelques jardins pri- 3 ; ils sont rares à Venise et comme perdus dans ce monde de pierre. Un peu sombres l'été, cesjardins à l'automne, sont dans l'harmonie de la
La Piazza (Vue prise Je L'Ala Nuoya).
ville ; le roux des arbres s'unit au pourpre des murailles, l'incarnat des vignes vierges s'enlace aux vieilles grilles, donnant [d'incomparables nuances où toutes les gammes carminées, roses et jaunes, se dégradent et chantent clair sous le ciel turquoise.
Dans cette lumineuse ville, doublée en son miroir, ou transparente dans ses ruelles étroites, grouille tout un peuple peu turbulent, digne, ayant parfois grand air. Les femmes sont alertes et gracieuses : toujours bien coiffées, elles portent un chàle à franges, beige, rose ou gris, noir les jours de fête. Leurs pieds sont chausses de minuscules sabots de bois constellés de clous d'argent, et l'éventail en main, élégamment, elles le portent à la hauteur du front pour s'abriter des ardeurs du jour.
C'est dans la belle saison, surtout, que la vie à Venise atteint son maxi
muni d'intensité : fêtes de nuit et de jour, illuminations, processions,
ates et concerts.
La Piazza, unique en son genre, devient le centre vivant de Venise : son plan même est ingénieux car sa perspective semble présenter peu de fuite vers Saint-^Iarc. En effet, la Piazza va en s'évasant vers la basilique, ce qui paraît donner une dimension qu'elle n'a pas en réalité. Trois g*rands mâts historiés se dressent devant l'église où flottaient jadis les étendards
munn i
La Piazza (Vue prise de l'église Saint-Marc
des trois royaumes de Chvpre. de Candie et de Morée ; actuellement le drapeau national y est déployé les dimanches et jours fériés. Autour, voltigent les pigeons de Venise qui, par centaines, logent dans les clochetons et la décoration extérieure de la basilique ; ils sont les pupilles de la ville et chacun leur apporte quelque nourriture. C'est le grand plaisir des enfants et des étrangers de les voir picorer dans la main.
Sur la place à gauche, s'élève la tour de l'Horloge dont la haute voûte donne accès à la Merceria, voie la plus fréquentée de Venise, ainsi que la mieux achalandée, et les Procuraifâie Vecchie. Dans le fond de la place se trouve YAlrio ou Aï a Nuova. Sur le côté sud s'étendent les Procurante Nuove et s'élevait, jusqu'en 1902, le campanile dont la fondation remonte au xic siècle.
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C'est en ce riche décor que sont donnés des concerts, même l'hiver. Pendant l'été surtout, les terrasses des cafés empiètent sur la . Piazza ; dans le plus beau salon du monde, selon le mot de Xapoléon J . un élégant public se donne rendez-vous et y déguste glaces et rafraîchissements.
Façade de la basilique Saint-Marc.
Au crépuscule, quand les lumières ne brillent pas encore, il faut s'y attarder pour jouir du spectacle fugitif, mais si beau de la basilique Saint- Marc, enveloppée d'une lueur d'or verdâtre rosé, se perdant dans teintes de la nuit; chatoyante vision où les mosaïques rutilante-, marbres ambrés et les coupoles bleutées brillent incandescents des fulgurations du couchant.
La nuit à Venise réserve d'autres attraits; un des plus charmants est l'heure de la sérénade... Ce sont au loin d'abord des lumières qui scintillent et quelque vague mélodie apportée par l'eau : puis insensiblement, des voix, scandées du trémolo des mandolines, devenues plus distinctes, chantent dans la nuit leur amoureuse passion. En masse si mbre. rompue de quelques lueurs, la sérénade passe, glisse sur le Canalazzo, suivie de
nombreuses gondoles aux couples unis, entraînées par le charme, rivées - aux autres, ne formant qu'un bloc. Soudain, une note vive éclate. . - le bleu sombre un éclair jaillit : un feu de bengale illumine la scène. Sur les mornes palais les ombres se profilent, les silhouettes des gondoliers apparaissent fantastiques, elles se dressent debout, se meuvent cadencées, semblables à de gigantesques Carons conduisant impassibles les âmes des trépassés. Comme entraînée, la sérénade a fui. quelques accents plaintifs percent encore, puis dans la nuit noire tout se tait... : seule une cloche tinte au clocher voisin : c'est l'heure de la prière...
Quant aux régates, par une belle journée, le Grand Canal disparait sous les nombreuses gondoles chargées : on se croirait en pleine rue un jour de manifestation où le flot humain s'agite en remous. On oublie -alors que la foule compacte est sur l'eau, et la cohue flottante envoie sa rumeur au milieu des drapeaux et des tentures qui décorent les fenêtres où mille bras s'acfitent.
Le spectacle le plus caractéristique qu'offre encore Venise, se trouve particulièrement dans la célébration de fêtes religieuses qui ont conservé d'anciennes traditions.
La fête du Rédempteur, célébrée au mois de juillet, met surtout les Vénitiens dans la plus vive agitation. Ce jour-là, ou plutôt la nuit de ce jour, personne ne dort à Venise : tout Vénitien doit voir lever le soleil.
L'église du Rédempteur, située à l'île de la Giudecca. et bâtie à la suite d'un vœu fait par les Vénitiens au moment de la peste de 1575. est unie au Fondamenta Zattere par un large pont de bateaux qui devient bientôt la voie la plus fréquentée. Sur des barques s'établissent des tonnelles, et le vin. la friture et les mûres s'y débitent toute la nuit. Le quai de la Giudecca s'illumine de colonnades de feu et d'arcs lumineux, tandis que l'église du Rédempteur, la porte grande ouverte, laisse briller mille cierges dans le chœur où montent les buées chaudes de l'encens. Xuit curieuse s'il en est. où la dévotion, le vin et l'amour, offrent tour à tour leur parfum le meilleur.
D'autres fêtes sont l'objet de brillantes processions. Celle de San Geremia, par un beau soleil, est des plus pittoresques.
iria place de l'église San Geremia. située dans un quartier excentrique, non loin de la gare, se groupent des curieux attendant la sortie des premières bannières, qui. de toutes couleurs, sont ornées de jolis saints brochés d or. Des thuriféraires, armés de cierges pesants, agrémentés de rubans et de pendeloques, semblent bien harassés sous la charge. Les enfants ont des ailes de chérubin et des couronnes de fleurs, ils ressem-
LA VILLE
blent aux petits amours de terre cuite grecque, et comme des châsses, sont fièrement portés par leurs parents.
Sur le parcours, toutes les fenêtres sont bondées de pieux ssistants : les balcons, les balustrades se nuancent de tous les bariolages, les tai les étoffes sont tendus, drapés, chiffonnés: des descentes de lit pav -
Le Canale Grande.
sent même les fenêtres où trônent souvent, dans de beaux cadres neufs, les portraits de famille : en effigie, les défunts assistent au défilé. Au pi ssage de l'ostensoir, le silence se fait, et les vapeurs de l'encensoir s'élèvent parmi les roses effeuillées : on n'entend plus alors que le bruit 1 chaînettes d'argent... et le crépitement des fritures bouillantes qui glapissent dans tous les coins.
Reste le carnaval, qui, bien que conservant quelques souvenirs anciens, déchoit chaque année. L'aristocratie le délaisse, il ne devient que l'amusement du peuple. Dans la rue, cependant, on rencontre les types célèbres de Pantalone, Vesta, Zenda et Tato, ainsi que des Turcs d'opéracomique qui, unis aux pêcheurs de la Chioggia, mènent quelques sarabandes.
Avec l'indépendance, disparurent les antiques cérémonies officielles que retracent les tableaux. Plus & Epousailles de la mer, où le doge, monté sur le vaisseau Buccntaiirc. jetait l'anneau d'or dans les flots et qu'un habile plongeur allait rechercher.
De vieilles gravures reproduisent aussi de pompeuses coutumes, la procession du doge et des scènes populaires telles que le combat deipugni, où des hommes, partagés en deux camps, montent à l'assaut des deux côtés d'un pont sans balustrade, se frayant un passage, et renversant, de droite et de gauche, l'adversaire dans le canal. De même sur la Piazetta, à certains jours, on voyait s'élever des colonnes humaines, des taureaux combattaient, et des équilibristes, sur la corde tendue, traversaient les nues devant la foule ébahie.
Les vieilles coutumes ont disparu, mais Venise sait garder encore avec tendresse les merveilles d'antan, exquises reliques qu'un artiste vénère avec amour et respect.
Basilique Saint-Marc. Chapiteaux du porche.