‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 31 sur 104 · T. liguée par M. Gatteaux · texte numérisé non relu

T. liguée par M. Gatteaux

LE MÉDECIN A P O 1. 1. O N I O MASSA. Buste en terre cuite par AlessanJro Vittoriu. — (Séminaire patriarcal Je Venise.

Pendant que les fondeurs vénitiens ou italiens, tel que cet Olivieri de Brescia, qui a signé deux superbes candélabres à Saint-Marc, continuaient les traditions du xve siècle, un artiste toscan, Jacopo Tatti surnommé Sansovino, allait infuser à l'art vénitien un sang nouveau, le rendre plus agréable, mais aussi, il faut bien le dire, plus ronflant, plus pompeux et plus maniéré.

Sansovino est, parmi les artistes étrangers, un de ceux qui ont laissé dans l'art vénitien les traces les plus profondes : tour à tour architecte, sculpteur, fondeur, son génie de Florentin de la décadence a su inventer mille créations rapidement conçues et rapidement exécutées. Il ne faudrait pas cependant croire, comme on le fait généralement, que c'est à son école que Ton doit rattacher une foule de bronzes qui, à Venise, dès le premier quart du xvie siècle, trahissent plus de facilité et d'habileté de main que de talent véritable; même dans des œuvres capitales, telles que ces candélabres de Saint-Marc dus à Olivieri de Brescia, dont je parlais tout à l'heure, ou cet autre candélabre de bronze, exécuté aussi par un artiste de Brescia, Andréa d'Alessandro, qui se trouve à Santa Maria délia Salute, on reconnaît déjà une tendance à superposer dans des monuments de ce genre des éléments très disparates empruntés à l'architecture. Ce ne sont que moulures, pilastres, vases, niches, cariatides, mascarons, statues prodiguées avec une libéralité qui trahit plus de savoir faire que de goût. Du reste, cette tendance à abandonner la simplicité des lignes et des compositions ne se trouve-t-elle pas déjà en germe dans le candélabre exécuté par Riccio pour le Santo de Padoue? Cependant, aussi bien dans le candélabre de Santa Maria délia Salute porté par trois magnifiques sphinx (disposition qui rappelle un peu la base de la croix du roi de Hongrie, Mathias Corvin, au trésor de la cathédrale de Gran), que dans les bronzes de Saint-Marc, il serait injuste de ne pas louer la perfection des détails et le fini du travail1.

i. Les candélabres de Saint-Marc furent donne's en 1027 par l'e'vèque de Pola, Altobello de Averoldi, si l'on en croit Marino Sanudo : « In questo zorno (23 de'cembre i52y) il Reverendissimo legato episcopo di Puola Domino Altobello di Aver^ldi brezan mandô a donar a la chiesia di messer San Marco do bellissimi candelieri di bronzo alti et fati far per lui a... di bellissimo geto : con figure di animali et foiami tutti negri con littcre del suo nome suso azio sia eterna memoria alla chiesia di

SEBASMANO VENIER.

Ilustc CD mtrbre par AleMI Q-ro \ illoria. — il'alais ducal, a Venise )

go CHAPITRE PREMIER

De Tannée 1529 à la fin de sa vie, Sansovino a été constamment occupé à diriger de grands travaux de construction ou d'embellissement pour la république de Venise. Après avoir consolidé les coupoles de Saint-Marc , il construit successivement la Zecca ou Monnaie, la loge du campanile de Saint-Marc, la Scala d'Oro, la Libreria en face du Palais ducal ; il restaure ou édifie à nouveau un grand nombre d'églises, de palais, de monuments funèbres; il sculpte une quantité de marbres et de bronzes. Si l'on 'peut dire que Sansovino n'eut pas la main très heureuse, le jour où il confia l'exécution des stucs et des peintures de la Scala d'Oro à Alessandro Vittoria et à Battista Franco, parce que ces deux artistes, pensant faire une riche décoration, firent surtout une décoration chargée, on peut bien dire aussi que, livré à lui-même, l'artiste toscan n'exécuta pas toujours des chefs-d'œuvre. L'architecture de la loge du campanile n'est pas irréprochable, et n'étaient les figures de bronze dont il a garni les niches et qui sont d'une grande élégance, l'ensemble ne lui ferait guère honneur : c'est là un monument qui ne souffrirait pas une analyse tant soit peu approfondie, et l'œuvre de Sansovino n'a point à rougir d'avoir été complétée en plein xvmc siècle par la porte en bronze et des trophées de marbre dus à Antonio Gaï. Cet Antonio Gaï, pour avoir travaillé en 1750, s'est montré peut-être, toutes proportions gardées , plus calme et plus pondéré que Sansovino lui-même dans la fameuse porte qu'il fit pour la sacristie de Saint-Marc. Je ne voudrais pas jeter le discrédit sur cette porte et me montrer trop sévère pour une œuvre qui, au demeurant, contient d'excellents morceaux. Cependant, quand on traite le bas-relief d'une manière qui est bien dangereuse lorsqu'on ne s'appelle ni Ghiberti ni Donatello , peut-être est-il imprudent d'aggraver encore ses torts en surchargeant son travail de détails comme l'a fait Sansovino. En face d'un tel monument, on pense toujours à la simplicité, parce qu'elle y fait défaut, et le jour où l'œuvre d'un artiste, peintre, sculpteur ou architecte, évoque sur-

San Marcho di lui ; li quali furono posti d'avanti l'altare grando ; e da saper dita chiezia ne hanno do ait ri più grandi di questi pur di bronzo e le foie dorade, ma questi di legato e rnolto più belli e mior geto. « Les noms du donateur et de l'artiste sont gravés et incruste's d'argent sur ces deux beaux bronzes. (Pasini, Tcsoro di San Marco, p. 119, 120).

MARGELLE DE PUITS VENITIEN EN PIERRE. XIIe SIECLE.

tout le souvenir des qualités qu'il ne possède pas, l'œuvre me paraît condamnée.

L'œuvre de Sansovino a vécu grâce surtout aux portraits qu'il a pris soin d'introduire dans les encadrements de la porte : les bustes de l'Arétin , du Titien et de l'artiste lui-même ont su donner à ce monument un intérêt tout particulier qui force toujours à s'y arrêter. Les deux grands bas-reliefs représentant la Résurrection et la Mise au tombeau sont très certainement inférieurs aux petites figures qui se jouent au milieu des encadrements. Bref, l'ensemble laisse froid, et je n'en puis guère admirer que des détails. Quant aux six bas-reliefs représentant les Miracles de Saint-Marc, qui sont encastrés dans les murs du chœur, il vaut mieux, pour l'honneur de l'artiste, les passer sous silence; il y a déjà longtemps que ces morceaux sont considérés comme ce que Sansovino a produit de plus médiocre {.

C'est généralement à Sansovino et à son école que l'on attribue ces marteaux de porte, autrefois si nombreux à Venise, et qui presque tous sont venus prendre place dans les vitrines des musées publics ou des collections privées. On en peut voir ici quelques échantillons : beaucoup ne présentent entre eux que de très légères différences : ce sont des variantes d'un même original; l'addition d'un cartouche, une très légère modification dans une figure suffisent pour en faire des pièces qui ont une tournure nouvelle. Inutile de dire qu'il n'est peutêtre pas d'objet qui ait été si souvent contrefait, et il existe aujourd'hui plus de marteaux de porte vénitiens qu'il n'y a jamais eu de portes à Venise. Qu'importe après tout, pourvu que le modèle soit bon ! Signalons en passant un recueil de Battitoji de Venise : c'est un document que tous les artistes en quête d'un motif de décoration destiné à semblable usage feront bien de consulter.

Dans l'exécution des petits bas-reliefs qui ornent le chœur de Saint- Marc, Sansovino avait été aidé par un Padouan, Tiziano Annio ( 1 5 17- 1 5 5 1 ) 2 . Ce même Tiziano fit, en 1 545 , le modèle du couvercle de la cuve baptismale de Saint-Marc en compagnie du Florentin Desiderio".

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