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LA CHAPELLE DE LÉPANTE OU DU ROSAIRE, A SAN GIOVANNI E PAOLO

par Alcss.mdr j Viltoria.

i4 INTRODUCTION

Je commencerai par l'architecture, puisque c'est à décorer les monuments élevés par elle que s'appliquent et la sculpture et la peinture.

Je n'insisterai pas sur le principal monument de Venise, sur Saint- Marc, mélange bizarre de style byzantin, de style roman et de style gothique, où toutes les époques se coudoient et s'enchevêtrent et forment, à tout prendre, un ensemble aussi riche qu'harmonieux. J'aurai occasion d'y revenir à propos des mosaïques ; puisque je me place seulement au point de vue de la décoration, il me suffira, pour le moment, de signaler ces mille bas-reliefs, petits ou grands, dont les Vénitiens ont décoré, sans ordre apparent, l'extérieur du temple du patron de la République. Exécutées dans le pays même ou importées de Byzance ou d'Orient, ces sculptures concourent très heureusement à animer des murs que leurs proportions n'auraient pas suffi à sauver de la pauvreté et de la monotonie. Les Vénitiens, grands amateurs de raretés et de curiosités, ont eu de tout temps l'habitude de rapporter dans leur patrie et d'offrir à saint Marc tout ce qui pouvait rehausser l'éclat de son église. Les pilastres d'Acre, ces figures de Césars sculptées dans le porphyre, qui ornent l'angle de l'église du côté de la Piazzetta, sont des exemples fameux sur lesquels il est inutile d'insister ; maint basrelief encastré dans les murailles de Saint-Marc a une origine semblable, et les artistes vénitiens s'en sont inspirés le jour où ils ont volé de leurs propres ailes; ils ont même, sur ce point, poussé tellement loin l'imitation, qu'il est souvent fort difficile de distinguer les œuvres des sculpteurs grecs de celles de leurs imitateurs.

Venise peut montrer plusieurs palais contemporains de la construction de Saint-Marc. Ils nous font comprendre ce qu'était, en plein Moyen-Age, l'habitation d'un patricien. Si nous en jugeons par les palais Lorédan et Correr, ces demeures, de dimensions très vastes, n'étaient pas fort différentes de ce qu'elles furent plus tard, à l'époque de la Renaissance. Le dernier surtout, bien que très restauré aujourd'hui, permet parfaitement de se faire une juste idée de la disposition générale de ces palais et surtout du genre de décoration que comportait le style d'architecture adopté. Il faut l'étudier de préférence au palais Lorédan, d'abord parce qu'il est plus ancien, ensuite parce qu'il n'a pas été aussi

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par AlcssnnJru Vittoria. — (Co)lcctioq Guegenheira, i Venise.)

profondément modifié dans ses principales dispositions à l'époque de la Renaissance.

En somme, tous les palais vénitiens, qu'ils aient été construits au xne ou au xinc siècle, ou bien au xvme siècle, présentent en général une même distribution : au rez-de-chaussée, un vaste vestibule plus ou moins largement ouvert sur le canal , vestibule qui affecte souvent la forme d'un grand corridor perçant le bâtiment de part en part et donnant accès sur un autre canal. A droite et à gauche s'ouvrent des magasins et l'escalier menant aux étages supérieurs. Le premier étage est généralement occupé par une longue galerie très éclairée, largement ouverte sur le canal. C'est en somme, à peu près, la répétition du rez-de-chaussée. Telle est la disposition que nous trouvons au Fondaco de' Turchi, dans le plan duquel l'architecte a encore su faire rentrer un vaste cortile sur lequel prenaient sans doute jour les véritables appartements. Je parlerai longuement plus loin de cette construction intéressante à tous égards, et surtout grâce aux collections archéologiques qu'elle abrite sous le nom de Musée Correr.

Le Fondaco de' Tufchi est le type du palais vénitien de la première époque : il faut dire un mot des habitations de l'époque gothique du xivc et de la première partie du xve siècle, bien que ce soient les plus connues. Presque toutes, petites ou grandes, sont bâties sur un même plan. Au rez-de-chaussée, le portique que l'on trouve au palais Correr a fait place à un mur plein percé au centre d'une large porte, et, sur les flancs, d'étroites ouvertures. Les colonnades, les constructions à jour, sont réservées pour le premier et le second étage, quelquefois pour un troisième étage. Mais ce parti pris n'est pas absolument général, et l'un des plus célèbres palais de Venise, la Ca d'Oro, nous montre encore à sa base un portique ouvert sur le canal. La symétrie dans la disposition des ouvertures est presque toujours parfaite, ce qui semblerait indiquer que ces constructions ont été exécutées d'un seul jet et sur un plan bien arrêté. Les palais Cavalli et Contarini- Fasan , ce dernier chefd'œuvre d'élégance et de pittoresque, malgré ses proportions un peu exiguës, appartiennent encore au style qu'à Venise on traite

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