Cite par Urbani de Ghcltof, p
considérable d'oeuvres que Ton peut rattacher à leur atelier ou regarder comme exécutées sous leur influence.
C'est avec raison que M. de Gheltof leur a attribué un grand devant d'autel en argent doré (long de 3'", 27) qui fut offert, en 1408. par le pape Grégoire XII (Angelo Correr) à la cathédrale de Venise, San Pietro. Transporté à Saint-Marc, lorsque cette dernière église devînt cathédrale, il a été à tort considéré comme l'ouvrage d'orfèvres romains1. Ce monument présente un intérêt considérable, car ses grandes proportions permettent d'étudier dans de bonnes conditions la manière de nos orfèvres. 11 est divisé en deux étages occupés chacun par treize arcades trilobées supportées par des colonnes torses et séparées par des bandeaux sur lesquels s'étage une série de petits édicules. Dans les écoinçons, entre les arcades, sont représentées des figures d'anges de haut relief. Les arcades centrales sont occupées, dans le haut, par le Christ de Majesté, assis et bénissant; dans le bas, par une figure de saint Pierre, également assis. Or, ces figures étant assises ont exactement la même hauteur que les figures d'apôtres et de saints, debout, qui les accompagnent à droite et à gauche. Il y a là un défaut de proportions qui indique bien la persistance dés traditions du Moyen-Age, avec lesquelles les artistes de la Renaissance se sont empressés, et avec juste raison, de rompre. Quelques-unes des figures ne manquent pas d'expression, mais elles sont brutales de physionomies; quant aux draperies et aux gestes, il est difficile d'imaginer quelque chose de moins varié et de plus sommairement traité. Les bordures également sont pauvres de motifs et d'exécution : la tiare et les clefs de saint Pierre, répétées de distance en distance, et accompagnées du même rinceau estampé sur une longueur de près de dix mètres, il n'y pas là de quoi nous donner une bien haute idée du talent de l'artiste et de son imagination. Nous sommes loin de ce que produisaient à la même époque bon nombre d'orfèvres florentins qui, sans avoir complètement rompu avec le style gothique, lui infusaient déjà un sang nouveau en étudiant de plus près la nature et l'antiquité.
1. Ce devant d'autel est reproduit dans Pasini, Tesoro di San Marco, pl. LXVI, n" 162.
L'ORFÈVRERIE
Ce devant d'autel nous reporte à l'aube du xv* siècle; on pourrait croire que, dans le courant du môme siècle, l'orfèvrerie vénitienne avait fait de réels progrès; il n'en est rien. Le trésor de Saint-Marc possède encore deux grands candélabres en argent doré (hauteur, im,24), qui ont été offerts par le doge Cristoforo Moro (14G2 y 1 47 1 ) ' . Eh bien, ces deux pièces sont encore absolument gothiques : leurs triples rangs d'ornements d'architecture, leurs figurines, leurs feuillages auraient pu être signés par un maître allemand, et les guides qui les présentent comme une opéra tedescha, pour n'être pas dans le vrai, donnent une attribution vraisemblable; je ne dis rien, bien entendu, de ceux qui en chargent la mémoire de Benvenuto Cellini. Ce ne sont point d'ailleurs des œuvres sans défauts; la composition est pauvre, la base trop étroite pour la hauteur, et la superposition trois fois répétée d'une sorte de lanterne d'architecture gothique n'indique point à coup sur une imagination bien féconde.
Du reste, est-il étonnant que les orfèvres vénitiens fissent des œuvres aussi gothiques et, on peut le dire, aussi allemandes de style, quand des documents nous montrent combien leurs compatriotes goûtaient les travaux des orfèvres allemands : ne voyons-nous pas, en 1472, les religieuses de Santa Marta commander un reliquaire destiné à contenir la main de sainte Marthe, à maître Jean Léon, de Cologne, orfèvre, reliquaire qui devait être orné « de travaux avec figures et autres choses, suivant l'usage d'Allemagne ? »> : Dix ans plus tard, en 1492, Conrad Hcrpcl, un autre orfèvre allemand, exécutait pour l'église San Salvatorc un reliquaire de saint Léonard; (iravembroch, dans ses Varie Venete Curiosità2, nous a conservé le dessin de cette œuvre, tout à fait semblable à nombre de monstranecs qui existent en Allemagne : un cylindre tic cristal, placé verticalement sur un pied quadrilobé, sommé d'un toit conique et accosté de deux contreforts. 11 nous donne aussi l'intéressante inscription qui se lisait sur ce monument, aujourd'hui perdu : « t4Q2, Dal myscr Ckorad {sic) Herpel -oiclicr gastaldo e altri suoi compagni fo fato questo tabernacolo. »
r. Pasini, OUvr. cite, pl. LIX et LIX A,