APOLLON ET M A R S Y A S
Êcaelle en faïence peinte. Fabrique de Castel-Durantc. (Musée C.orrcr.)
d'indemnité l. Une telle somme indique que ces faïences étaient de la plus grande finesse, et d'ailleurs les Vénitiens faisaient pour les poteries de Faenza les mêmes exceptions que pour les terres de Valence; dans un traité conclu en i5o3 entre la République et la ville de Faenza, nous voyons les potiers faentins autorisés à vendre leurs produits dans toute l'étendue du domaine de Venise 2. C'était reconnaître implicitement la supériorité des faïences de Faenza, et cependant, dès cette époque, la vaisselle de Venise était renommée pour sa belle qualité; en i5i8, Isabelle d'Esté se fait envoyer, par son sénéchal Alfonso Trotti, des plats de Venise et de Faenza qu'elle trouve tout à fait à son goût ; et pourtant, elle avait le droit de se montrer difficile 3. Si, d'ailleurs, nous considérons la plupart des faïences représentées clans les tableaux vénitiens de la fin du xve siècle, et dont bon nombre doivent être vénitiennes, nous n'y relevons guère de différences avec les faïences de Faenza ; ce sont les mêmes formes de coupes ou de pots, et un décor d'imbrications, de rinceaux ou d'entrelacs dessinés en bleu foncé sur un fond d'émail légèrement teinté de bleu.
Tout cela ne nous fournit, en somme, que fort peu de renseignements sur la nature de la céramique vénitienne, et ce n'est point à Venise même que nous pouvons trouver un grand nombre de pièces de fabrication indigène. Je voudrais pouvoir affirmer que ce service dont dix-sept pièces, merveilles de goût et d'exécution, sont conservées au Musée Correr, est bien de fabrication vénitienne. A vrai dire, il est impossible d'admettre toutes les opinions qui ont été exprimées à son endroit, et, puisqu'il se trouve à Venise, il y aurait tout autant de raisons pour le croire de Venise que de Faenza.
i. Malagola, Memorie storiche suite Majuliclie di Faenza, p. 428: « 1489, 16 Zcncr. Constituto in officio Mathio de Alvise bochaler de Favenza, referî corne ne li dî passati ne le feste se a fato in piaza, i fanti de la procuratia nel tirar le astoline, li a roti più bocbali et piati, in li quali era queli de M. lo Dose et de M. Andréa di Scalsi, li quai con infinité spexc et fatiche era sta depenti per M. Thomio dessegnador sta a S. Marina. Et dixit che se li clarissimi procuratori li volevano dar ducati tresento e setanta, lui saria satisfato. » (Archives de Saint-Marc. Actes des procurateurs de Saint- Marc : Decreti c terminagioni.)
1. Malagola, ibid., p. 109 : « Item, sia lecito a dicti Facntini condur à vender ogni loro lavoro di terra per tuti y lochi et terre de vostra Sublirnità, pagando Ici debiti datii, et etiam passando per transito per l'aima cità di Venetia. — Respondetur quod fiât ut petitur ad beneplacitum dominii nostri. » (Capitula Faventiae cum republica veneta, i.^o3; f" 1 o recto. Archives communales de Faenza.) 3. Ibid., p. 3114.
JOLIE ET OTINEL.
Écuelle eu faïence peinte. Fabrique de Caslcl-IUirantc. (Musée Correr.)
Lazari a attribué ces pièces à Faenza et j'ai autrefois adopté aussi cette opinion1, que je crois tout à fait insoutenable aujourd'hui; il fa-ut complètement rejeter tout ce qui en a été dit, aussi bien que la date qu'on leur a assignée. Ces œuvres ne sauraient remonter au xvc siècle, ainsi que semble l'indiquer une date mal interprétée ; elles ne sont pas antérieures à i5i5 ou i52o.
Essayons d'étudier ces pièces qui, peut-être, ont fait partie du riche mobilier de quelque patricien de Venise ; tâchons d'en déterminer la date et, s'il se peut, de nommer la fabrique qui leur a donné naissance et le peintre qui les a exécutées.
La variété des formes que l'on observe dans ces dix-sept pièces, toutes sorties du même atelier, prouve que l'on est là en face des épaves d'un service, d'une creden{a, telle que celles que nous voyons mentionnées dans les comptes du xvic siècle. C'est, je crois, un point que personne ne me contestera, non plus que la parfaite unité de l'œuvre au point de vue artistique ; tout est bien de la même époque, et les sujets indiquent que la creden\a était divisée en plusieurs séries : Ancien Testament, Métamorphoses d'Ovide, etc. Les pièces sont, soit des écuelles à bord légèrement renversé, soit des assiettes très légèrement creuses, enfin des tondini à bords plats et à partie médiane très profonde, avec décors exécutés en blanc sur blanc. Les excellents dessins que nous donnons d'un certain nombre de ces pièces feront mieux comprendre qu'une description le style exquis et le charme délicat de ces faïences, qui valent de véritables tableaux et constituent le dessus du panier de toute la céramique italienne. Le dessin, exécuté en bleu, est modelé avec une douceur que, bien rarement, les faïenciers ont pu atteindre; les teintes violacé, jaune, bleu turquoise, vert clair, se fondent avec une harmonie très difficile à obtenir quand on est obligé de compter avec un collaborateur aussi capricieux que le feu.
Voici l'indication sommaire des sujets représentés sur ces assiettes. Je les donne dans l'ordre adopté dans l'excellent catalogue de Lazari : Salomon adorant les idoles; — Bethsabée, Adonias et Salomon; —
i. Les Majoliqucs italiennes, p. 3;S.