‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 49 sur 104 · EURYDICE ET ARISTÉE · texte numérisé non relu

EURYDICE ET ARISTÉE

Assiette en fa;ence peinte. Fabrique de Castel-Durante iMusec Correr.)

Bologne, ouvrage indiscutable de potiers faentins, date de 1487, si c'est une œuvre d'une grande finesse, il n'est cependant pas comparable au service du Musée Correr. L'un est la réunion de motifs décoratifs de la plus grande richesse, exécutés avec une dextérité surprenante ; "l'autre est l'œuvre d'un peintre, s'essayant à fabriquer de la faïence et maître du premier coup de tous les tours de mains du métier, plutôt qu'une œuvre de potier. J'ajouterai qu'aucune faïence à personnages, aucune des istorie que nous a laissées le xve siècle ne se rapproche, de près ou de loin, de celles-ci, qui sont fabriquées absolument suivant les principes admis au xvic siècle ; au xvc, les potiers tiraient presque toutes leurs compositions de leur imagination ; au xvic, ils ne travaillaient plus guère que d'après des modèles fabriqués spécialement ou des suites d'estampes.

Si je mentionne ici l'opinion de M. Morelli qui voudrait reconnaître, dans l'auteur des cartons d'après lesquels on a exécuté les faïences du Musée Correr, le peintre Timoteo Viti d'Urbino, ce n'est que pour mémoire, parce que cette hypothèse me paraît de tous points inacceptable. M. Morelli attribue à Timoteo Viti les dessins des plats offrant des scènes tirées des Métamorphoses d'Ovide; mais, alors, comment lui attribuer la paternité du dessin représentant Salomon adorant les idoles, daté de 1482? Il est pourtant de même style que les autres, et Timoteo Viti, sur le talent duquel je suis loin de partager l'opinion de M. Morelli, aurait été un artiste d'une étonnante précocité ; né en 1470 seulement, il aurait produit, dès 1482, des dessins dignes des plus grands maîtres. Ces réserves faites, je ne ferai aucune difficulté pour reconnaître qu'il y a dans ces dessins des points de contact évidents avec certaines compositions attribuées à Timoteo Viti ou plutôt à l'école dont il est sorti, à celle de Lorenzo Costa et de Francia ; si certains personnages rappellent l'école de Raphaël, c'est que ces types, qui étaient pour ainsi dire dans toutes les mains à la fin du xvc siècle, ont passé dans l'œuvre du maître d'Urbino en compagnie de beaucoup d'autres ; il y a là bien plus la résultante du mélange de diverses manières qu'une manière proprement dite,

1. Le Opère dei maestri italiani nelle gallerie di Monaco, Dresda e Berlino, p. 332.

KCUEI.LE EN FAÏENCE DE CUBBIO.

(Musée Correr.)

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qu'un style bien personnel. Si, par exemple, nous prenons le plat représentant la Mort d'Orphée, nous y trouverons une composition qui n'est pas très éloignée d'un dessin de Mantegna, reproduit maintes fois, sur une plaquette de bronze ', dans la suite des dessins que j'attribue à Giacomo Francia, au Musée de Lille, et, enfin, dans une estampe d'Albert Durer. Il n'y a peut-être pas de branche de l'art dans laquelle il faille plus faire la part de l'imitation et des emprunts que la céramique. Les peintres céramistes n'ont pas possédé une originalité à la hauteur de leur habileté de main, et ils ont toujours montré peu de scrupules pour s'approprier tout ce qui, dans les compositions de leurs devanciers ou de leurs contemporains, pouvait leur être utile. Pour moi, je suis persuadé que les faïences du Musée Correr ont été exécutées d'après des estampes, aujourd'hui perdues ou méconnues, dont l'une portait la date de 1482. Le faïencier a copié cette date comme il a copié le reste, sans y mettre de malice. Les exemples de ce genre sont fréquents en céramique, et l'on pourrait citer tel plat conservé au Louvre, sur lequel le peintre a transcrit soigneusement le nom de l'éditeur d'estampes Lafreri. Lafreri doit en être content, puisque cela lui a valu l'honneur, aux yeux de quelques écrivains, de passer pour un potier.

Voyons maintenant à quelle époque, dans quel atelier, par quel artiste ont été peintes les faïences du Musée Correr.

Aucun service de faïence italienne ne peut supporter la comparaison avec la vaisselle exposée dans les vitrines du Musée Correr, — où, par parenthèse, je ne trouve pas qu'elle soit traitée avec tout le respect qui lui est dû, — si ce n'est une série de plats ou de vases qui, d'après les armoiries qu'ils portent, ont été exécutés pour Isabelle d'Esté, veuve de Gian Francesco de Gonzague, marquis de Mantoue. Les armoiries ne suffiraient pas pour nous indiquer si cet admirable ensemble a été exécuté avant ou après la mort du marquis de Mantoue, c'est-à-dire avant ou après 1 5 1 9 , si certains emblèmes qui les accompagnent ne faisaient allusion au veuvage d'Isabelle. Parmi ces emblèmes, il en est que je ne m'explique pas encore : il y en a

1. Voy. les Bronzes italiens de la Renaissance, les Plaquettes, n" 326. (Librairie de l'Art.)

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