Histoire de la céramique, p
Les porcelaines de Venise que j'ai pu voir sont belles de pâte, très transparentes, très blanches; le décor, rehaussé d'or, en est fin et de bon goût; quant aux marques, elles affectent différentes formes : le nom Vene\ia est tracé en toutes lettres et en rouge, ou abrégé, Veif ; il faudrait peut-être attribuer cette marque à la fabrique de Vezzi, tandis qu'une ancre ou grappin tracé en rouge et accompagné des lettres V F serait la marque de Cozzi.
De cette porcelaine vénitienne, il faut rapprocher la porcelaine fabriquée par Giovanni Antonibon, à Nove, près de Bassano ; une assiette creuse, léguée par le baron Davillier au Musée céramique de Sèvres1, et signée des initiales de ce fabricant, représente la République de Venise, sous les traits d une femme portant le costume des doges, recevant les produits de la Manufacture de la porcelaine de Nove étalés devant elle.
Cette décoration polychrome est exécutée Al sur une porcelaine d'un blanc un peu mat.
La porcelaine n'a point eu, à Venise, le même développement que la faïence; mais n'est-il pas intéressant de constater que c'est très probablement là qu'ont été faites les premières tentatives pour contrefaire les coûteuses porcelaines de Chine qu'au \v' et au \\T siècle les princes seuls pouvaient acquérir?
IGUIKRE EN FAÏENCE DE GUHRIO (Must'c Correr.i
i. Catalogue de la Donation Davillier, n° 524.
Les verriers du xr siècle. — Les fioleri. — La corporation des verriers. — Lois contre l'exportation des matières premières. — Transport des verreries à Murano. — La contrefaçon des pierres précieuses.
— Les vitraux de Santa Maria Gloriosa de' Frari et de la cathédrale de Milan. — La noblesse des verriers. — Les miroirs du xiv" siècle. — Angelo Beroviero : les verres émaillés. — La légende du Ballerino. — La coupe du Musée Correr. — Caractères des verres du xv* siècle. — Lois prohibitives.
— Le cristal. — Les paternostreri et les margariteri. — Visite de l'empereur Frédéric 111 à Venise. Sabellico et Alberti. — Les fabricants de miroirs vénitiens à l'étranger. — Les verres du xvi" et du xvn* siècle. — Lelatticinio. — Les millefiori. — La paille appliquée à la décoration du verre. — Les verriers vénitiens à l'étranger. — Giuseppe Briati. — Les verres gravés. — Les verres églomisés. — La mosaïque. — Les mosaïstes du xnr siècle. — xv siècle : Michèle Giambono. — La sacristie de Saint-Marc. — Les Zuccati; les Bianchini. — -, L'émail. — Les émaux peints de Filarete. — Émaux peints du xv" siècle sur des pièces d'orfèvrerie. — La vaisselle émaillée du x\° et du xvr siècle.
éparer l'étude de l'art du verre de l'histoire de la mosaïque ou de l'émaillerie est chose impossible à Venise; ces trois branches de l'industrie, qui toutes ont recours au travail du feu, se tiennent étroitement, procèdent les unes des autres, ont été pratiquées dans les mêmes ateliers, par les mêmes artistes. Fractionner cet ensemble, ce serait risquer de ne pas
comprendre les origines et le développement d'arts semblables dans leurs procédés comme dans leurs résultats.
Je n'oserais affirmer que l'on doive faire remonter la fabrication des verres vénitiens jusqu'aux premiers temps de la République, encore moins à l'antiquité. S'appuyer, pour soutenir cette thèse, comme on l'a tenté dans ces derniers temps, sur des fragments découverts clans les fouilles de Concordia ou de Torcello, c'est oublier trop facilement qu'il n'y a que des rapports très éloignés entre l'art de la verrerie, tel que l'a connu et pratiqué l'antiquité classique, et ce même art à Venise, tel que nous l'observons à l'époque de la Renaissance, au xve et au xvie siècle. Il a fallu de longs siècles pour que les verriers de Murano redevinssent possesseurs d'un certain nombre des secrets des verriers romains. Et si quelque chose dut contribuer à la renaissance de cet art à Venise, ce
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dut être certainement l'usage de la mosaïque de verre qui y fut plus employée que partout ailleurs en Italie. Si les premiers artistes grecs qui contribuèrent, à l'origine, à la décoration de ses églises purent, pendant un certain temps, faire venir d'Orient les matériaux destinés à l'exécution de leurs brillants tableaux, les Vénitiens, qui ne tardèrent
COUPE EN VERRI t. M AU. LÉ, ATTRIBUÉE A ANGtl.O BEROVICRO. W SI EC U t.
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pas à les imiter, durent ptomptement éprouver le besoin de faire préparer sous leurs yeux les cubes de verres diversement colorés qu'ils manièrent bientôt avec tant de dextérité et de goût. Aussi bien constatons-nous, dès la fin du xi" siècle, l'existence, à Venise même, de boutiques de verriers, et un texte de IOOO mentionne un certain Petrus Flabianus, phiolarius, c'est-à-dire fabricant de vases ou de bouteilles 1 ; i. Zanetti, Guida di Murano t dcllc celebri sue Jbrnaci vetrarie, 1866, p. 126.
toutefois, ce n'est qu'au xin8 siècle que Ton peut constater que l'industrie du verre avait déjà acquis une réelle importance. Dès 1223, on constate l'existence d'un certain nombre de Jioleri et à l'avènement du doge Lorenzo Tiepolo, en 1268, les verriers étalèrent, dans les fêtes qui eurent lieu à cette occasion, un grand nombre de somptueuses pièces de verre1. Dès cette époque, ils étaient réunis en corporation, ce qui indique que leur art était pratiqué depuis longtemps à Venise ; et ce qui prouve aussi que cette branche de l'industrie était déjà importante, ce sont les lois de la même époque (1275, 1282, 1287), qui prohibent l'exportation des matières destinées à la fabrication du verre, et même du verre en morceaux : le gouvernement vénitien veillait déjà d'un œil jaloux sur un métier qui avait des secrets et qui pouvait devenir une véritable source de richesse pour la République.
L'exercice d'une pareille industrie, à l'intérieur d'une ville aussi resserrée que Venise, pouvait avoir des inconvénients; les fours des verriers, continuellement chauffés, risquaient de détruire un jour ou l'autre la ville tout entière. Le 8 novembre 1291, le Grand Conseil ordonna que tous les fours de Venise seraient démolis et seraient transportés dans les environs. C'est de cette époque que datent réellement les fabriques de l'île de Murano. A Murano même on constate bien l'existence de verreries dès 1255, mais il est certain que la décision du Grand Conseil fut pour beaucoup dans le développement d'un centre industriel qui brille encore aujourd'hui d'un vif éclat. Une autre décision de la même année permit aux seuls fabricants de verre de peu d'importance (verixelli) le séjour de Venise, et à la condition expresse que leurs ateliers seraient séparés des autres maisons de quinze pas au moins.
Je ne sais trop sur quels documents Lazari 2 s'est appuyé pour avan-
1. Chronique de Martino da Canale, citée par Lazari, Notifia, p. 90; et Urbani de Gheltof, ouvr. cite', p. 204.
2. Notifia, p. 90. — Labartc {Histoire des Arts industriels, 2" édit., t. III, p. "ijb) cite bien une charte de Humbert, dauphin du Viennois, date'e de 1 338, par laquelle ce prince abandonne à un verrier nommé Guionnet une partie de la forêt de Chamborant pour y e'tablir une verrerie, moyennant une redevance annuelle d'un certain nombre de pièces de verre; il cite e'galement l'exemption de taille accorde'e par Charles VI, en 1399, >d un verrier de Vendée, Philippon Bertrand, maître de la verrerie du Parc de Monchamp; mais ces textes ne constituent pas à proprement parler un ensemble de dispositions pouvant prouver qu'en France, au xiv° siècle, on a cherché à protéger particulièrement
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cer qu'au xivc siècle, voyant le trafic étendu que faisaient les verriers vénitiens, le roi de France songea à donner plus d'extension aux fabriques françaises, mais que les efforts faits dans ce sens ne réussirent pas et que la suprématie resta au commerce de Murano. En effet, dès le xive siècle apparaissent, dans les inventaires français, des verres qui paraissent être d'origine vénitienne; mais il est une autre branche de l'art du verrier, les vitraux, clans laquelle les Français conservèrent encore pendant longtemps une supériorité si ancienne qu'elle est déjà reconnue par le moine Théophile, en plein xiic siècle. Un art dans lequel les Vénitiens parvinrent de bonne heure à se créer une spécialité, fut l'imitation des pierreries et des perles fines, des cristaux de roche : ils devinrent môme bientôt de si habiles lapidaires fausset iers, qu'un règlement de i3oo interdit aux verriers d'imiter le cristal de roche, afin de ne pas porter préjudice aux cristal lai di cristallo di rocca, fabricants de reliquaires, de manches de couteaux ou de verres de lunettes ancêtres directs de cette légion de graveurs en pierres dures qui devait tenir une si grande place dans l'art de l'Italie du Nord au xv° et au xvic siècle.
Si les fabricants de vitraux de Murano ne trouvaient guère à écouler leurs produits en France ou en Allemagne, en revanche l'Italie venait demander leur aide pour orner ses églises : en i3o8, des artistes de Murano exécutaient des verrières pour les moines d'Assise2; nous connaissons le nom d'un certain Giovanni da Murano, qui s'acquit une grande réputation comme peintre verrier; il vivait en 1 3 1 7 3 ; et, en 1 3 1 8 , maître Marco exécute, pour l'église de Santa Maria Gloriosa de' Frari, des vitraux dont il ne subsiste plus aujourd'hui que des fragments. A la fin du xiv° siècle, c'est encore à des peintres de Murano que s'adresse le duc de Milan, pour fabriquer les verrières de sa cathédrale : le premier qui y travailla fut Tommasino de Assandris; puis
l'industrie du verre. Au surplus, je ne saurais me ranger à l'opinion de I.abarte, qui pense que les verres fabriqués à cette époque, soit en France, soit en Flandre, n'étaient que blancs, mais ni dorés, ni énmillés. Four l'émail, la question est douteuse, mais quant à ce qui est de la teinture du verre en différentes couleurs, il est certain que les verriers français du xn* et du tiu' siècle, et aussi ceux îles époques antérieures, la connaissaient parfaitement; sans* cela comment auraient-ils fabriqué des plaques de verre pour les vitraux?