‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 70 sur 104 · Ouvr. cité, p · texte numérisé non relu

Ouvr. cité, p

3. M. Urbani de Gheltof (ouvr. cite, p. 214) cite une epitaphe composée par Lodovico Carbone de Ferrare pour Angelo Beroviero, qui nous apprend que le verrier de Murano fut chéri par les rois de Naples et de France, le duc de Milan et l'empereur de Constantinople :

In Angelum venelum optimum artificem crystallorum vasorum.

Hic situs est vitream qui totam noverat artem

Angélus angTico praeditus ingenio, Lector apostolicus et secretarius olim,

Additus ad cives, Florida terra, tuos, Hune rex Alphonsus, Byzantius induperator,

Gallia dilexit, Insubrium dominus.

de l'émail en un mot : et c'est en effet par les dessins émaillés qui les recouvrent que se distinguent les plus beaux verres du xv° siècle.

Une telle application de l'émail était-elle nouvelle ? Beroviero l'imagina-t-il pour la première fois ? Non, assurément : les modèles ne lui manquaient pas pour entrer dans cette voie et lui montrer le chemin de nombreux perfectionnements. L'antiquité classique a connu et pratiqué l'émaillerie sur verre. Je n'en veux pour exemple que cette curieuse coupe, découverte à Nimes, que possède le Musée du Louvre et sur laquelle est peint en émail le Combat des Grues et des Pygmces. Le procédé se conserva au Moyen-Age, dans les ateliers des verriers de Byzance du moins, et le moine Théophile, au livre II de son Manuel* , nous enseigne très clairement la façon dont les Byzantins s'y prenaient pour décorer d'or, d'argent et de diverses couleurs des vases de verre. C'est bien d'une peinture en émail qu'il s'agit. Mais supposer que les verriers de Murano n'avaient pas entre les mains des recettes provenant d'ateliers de Constantinoplc, il n'y faut pas penser; nul doute que les verres orientaux, que ces belles lampes de mosquées, si recherchées aujourd'hui et fabriquées précisément par les mêmes procédés, ne leur aient ouvert les yeux sur le parti que l'on pouvait tirer de l'application de l'émail au verre. Au surplus, le trésor de la basilique de Saint-Marc leur fournissait des modèles byzantins de la plus entière perfection; l'un de ces modèles existe encore aujourd'hui : c'est une superbe coupe en verre violet dont la décoration émaillée est empruntée à l'antiquité païenne, tandis que certains motifs, notamment l'imitation d'inscriptions arabes, imitation si fréquente même en Occident, nous forcent à considérer cette œuvre comme un travail du Moyen-Age byzantin *.

Revenons à Angelo Beroviero. J'admets bien volontiers, avec Lazari3, que Paolo Godi ait pu lui apprendre la méthode à suivre pour imiter les Byzantins et les Orientaux ; j'admets également qu'il transcrivit la

1. Theophili, presbyteri et monachi, Diversarum artium schcdula, liv. Il, chap. xiv. Kdition I.cscalopier, p. 93-94.

2. Cette belle coupe est reproduite en couleur dans l'ouvrage de Pasini : Tcsoro Ji San Marco, pl. xli, n° 82.

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