‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 71 sur 104 · Notifia, p · texte numérisé non relu

Notifia, p

igo CHAPITRE IV

recette de son secret dans un de ces manuels si fréquemment employés dans les ateliers du Moyen-Age. Où son histoire touche trop au roman et me laisse sceptique, c'est quant à la façon dont son procédé aurait été découvert par un de ses élèves. Un certain Giorgio, surnommé par plaisanterie le Ballerino, à cause de la conformation quelque peu défectueuse de ses jambes et de ses pieds, contrefit l'imbécile et s'introduisit dans l'atelier de Beroviero. Un beau jour, quand grâce à sa sottise il eut acquis la confiance générale, il sut habilement, par l'entremise de la fille de Beroviero, Marietta, s'emparer du manuscrit qui contenait les précieuses recettes et en prit une copie. 11 la céda bientôt, comme bien on pense, moyennant de beaux écus, à l'un des confrères de Beroviero; ce dernier, mettant le comble à sa générosité, lui donna sa fille et une bonne dot, qui permit à notre cagneux d'ouvrir à son tour un atelier qui ne tarda pas à prospérer. Cet être difforme et vicieux serait l'ancêtre des Ballarin, verriers de père en fils depuis le xve siècle, inscrits au Livre d'or de Murano, et existant encore aujourd'hui. Les Barovieri, inscrits eux aussi sur le même livre, ont encore des représentants. L'histoire ne dit pas s'ils ont gardé rancune à celui qui les aurait ainsi dépouillés. Cette petite légende daterait environ, si l'on en croit Lazari, de 1459, c'est-à-dire de l'époque où Beroviero, dont la boutique, portait pour enseigne : A l'Ange, était occupé à Florence; l'événement aurait pu aussi se passer quelques années plus tôt, quand le verrier de Murano était à Naples, au service d'Alphonse Ie1' d'Aragon.

Quoi qu'il en soit, Beroviero semble bien avoir été l'un des plus célèbres verriers du xve siècle ; il occupait dans la corporation des fioleri, dont les statuts furent réformés en 1441 , une place importante. Les diverses branches du métier n'étaient pas encore séparées comme elles le furent ensuite, et Beroviero faisait à la fois des vases et des vitraux 1 ; Antonio Averulino, dit Filarete, lui a consacré un paragraphe dans son Traité d'architecture ; et, d'après ce passage, Filarete semble bien lui attribuer la connaissance d'un véritable secret de fabrication, de même qu'il semble dire que lui-même savait faire

Page 1