‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 74 sur 104 · GRAND VASE DE VEKKE · texte numérisé non relu

GRAND VASE DE VEKKE

Fabrique espagnole, premier liers du m* siixlc. — Mutée céramique de Sevm< (Donation DavMHcr.)

commandaient à leur tour des lampes pour décorer leurs mosquées, des coupes, des aiguières ou des bassins pour orner leurs palais; ce qui, par parenthèse, rend très difficile l'étude de la verrerie orientale, puisque dans tel verre retour d'Orient il ne faut peut-être voir qu'une œuvre sortie des ateliers de Murano, exécutée sur un patron envoyé du Caire ou de Constantinople.

Le dominicain Félix Schmidt, de Zurich, dans le récit de son pèlerinage en Terre-Sainte ', voyage exécuté à. la fin du xv° siècle, raconte comment il a navigué en compagnie de marchands qui revenaient d'acheter des verres à Murano et déclare que nulle part au monde on ne fait de si beaux vases, qui seraient bien supérieurs aux vases d'or ou d'argent, s'ils n'étaient si peu solides. Mais leur fragilité, ajoute-t-il, les rend vils et de nulle valeur, bien qu'ils soient gracieux de forme et agréables à voir. Ainsi l'empereur Frédéric III étant venu à Venise, en 1468, le doge et le Sénat lui firent présent d'un admirable vase de verre ; l'empereur loua beaucoup le travail et le talent de l'ouvrier, puis le laissa, comme par hasard, tomber à terre, où il se brisa en mille pièces ; ce qui fut une occasion pour lui de faire remarquer que les vases d'or ou d'argent étaient bien supérieurs, puisque, même brisés, leurs morceaux étaient encore bons à quelque chose. Les Vénitiens comprirent la plaisanterie un peu grossière de l'empereur, et lui offrirent à boire dans un vase d'or, qu'il prit et ne laissa pas tomber.

Tout le monde n'était pas de l'avis de Frédéric III : Marcantonio Coccio Sabellico, dans son traité intitulé : De venetœ urbis situ, fait le plus grand éloge des verreries de Murano, et consacre un long passage à l'habileté des verriers qu'il qualifie de suave homiiiis et naturœ certamen, de lutte heureuse de l'homme et de la nature2; il

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