Notifia, p
dix années. Aux termes de cette concession, il lui était permis de fabriquer et d'exporter des verres à la façon de Bohème ; mais ces verres, ou plutôt ces cristaux, ne devaient pas être vendus dans rétendue de la République. Un tel privilège ne manqua pas de soulever mille réclamations de la part des autres fabricants de Murano, qui ne voyaient pas sans peine le voisinage d'un rival aussi dangereux. Les verres de Venise avaient subi, sur le marché européen, une dépréciation déjà considérable ; cet état de choses devait, à leurs yeux, persister et s'accentuer encore, si la concurrence allemande venait s'établir auprès d'eux, à l'abri de lois protectrices. Ils firent tant et si bien que leur obstination diminua encore la renommée de Murano et porta un coup mortel à ses ouvriers. Le Conseil des Dix intervint de nouveau et, se départissant de la ligne de conduite adoptée depuis des siècles, autorisa Briati à démolir ses fours de Murano et à établir sa fabrique à Venise même, dans la rue de l'Ange Raphaël (4 mars 1 7 3 9) . Une fois délivré de la surveillance jalouse et des tracasseries sans nombre de ses confrères, Briati lit revivre pour un temps toutes les splendeurs de l'ancienne industrie vénitienne. Les miroirs sortis de ses ateliers, les lustres ornés de feuillages et de fleurs multicolores, les verres filigranés purent soutenir la comparaison avec les œuvres du xvic siècle Ce n'était pas, du reste, un genre nouveau : déjà au xvie siècle, et surtout au siècle suivant, on avait fabriqué une très grande quantité de ces objets, destinés seulement à décorer des dressoirs ou des bahuts, mais dont la conformation empêchait de se servir autrement que comme d'un ornement. Ces verres, en forme de llùtc, montes sur de hautes tiges composées d'une canne de verre filigranéc nouée plusieurs fois comme une cordelière, décorés de marguerites de toutes couleurs rapportées après coup ou d'ornements exécutés à la pince, se rencontrent aujourd'hui dans toutes les collections. S'ils ne sont pas des produits d'un goût très pur, ils font voir néanmoins quelle habileté de main avaient acquise les ouvriers de Murano et de Venise.
Briati mourut en 1772. Si, à l'époque de sa mort, les fours de Murano et de Venise étaient encore en activité, en somme la fabrication véritable*