‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 80 sur 104 · I.azari, Soti^ia, p · texte numérisé non relu

I.azari, Soti^ia, p

ment vénitienne et artistique s'était singulièrement ralentie. On peut dire que les verriers vénitiens se survivaient à eux-mêmes. La belle époque de l'art était depuis longtemps passée, et ce n'est que dans notre siècle que l'on a pu reprendre et continuer une fabrication qui aujourd'hui est en pleine activité; mais encore peut-on faire à cette industrie le grave reproche de manquer d'originalité ; on me répondra que c'est peut-être un peu la faute du public, qui n'achète des verres modernes de Murano que parce qu'ils reproduisent exactement les verres de la Renaissance. L'amour du bibelot, qui a ses bons côtés et qui parfois a donné de bons résultats, ne laisse pas que de présenter souvent, au point de vue industriel, de graves inconvénients.

Je dois dire un mot de quelques verres que l'on rencontre parfois clans les collections et sur lesquels on a émis une opinion qui me paraît peu exacte. Il existe un certain nombre de pièces, en tout semblables aux verres sortis, au xvic siècle, des ateliers de Murano, qui présentent une décoration gravée au diamant. Cette décoration se compose en général de fleurs et de feuillages encadrant des devises ou des noms allemands. Labarte 1 a pensé que ces verres étaient de véritables verres vénitiens du xvi8 siècle, qui auraient reçu en Allemagne, au xvnc siècle, ce complément d'ornementation. Cette hypothèse me paraît inadmissible, parce qu'il n'est pas probable que l'on eût risqué ainsi des pièces auxquelles on attachait une certaine valeur, puisqu'on les avait conservées; il n'y a que des objets que l'on vient de fabriquer et que l'on peut, par conséquent, remplacer immédiatement par d'autres de tous points semblables, que l'on expose sans remords à une opération aussi dangereuse ; car j'imagine que ce travail de gravure n'était pas sans présenter, pour la pièce qui y était soumise, des risques très sérieux, surtout quand on agit sur des objets aussi minces, aussi fragiles. 11 est donc probable, selon moi, ou que ces verres sont véritablement vénitiens, qu'ils ne datent que du xvne siècle et non du xvi° et qu'ils ont été gravés en Allemagne, ou bien qu'ils sont sortis d'ateliers allemands employant des ouvriers vénitiens ; c'est même cette dernière opinion qui me semble la plus facile à admettre.

i. Histoire des Arts industriels, 1° édit., i. III, p. 3y6.

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I mail peint par Léonard LiHtOsifl. — (Mutée Cofrer.J

Si nous ne possédons pas de textes mentionnant des verres églomisés fabriqués à Murano, du moins sommes-nous autorisés à penser que beaucoup de verres de ce genre ont dû y être faits au xivc et au xvc siècle, surtout quand les verriers furent parvenus à fabriquer des plaques de verre d'une grande pureté, capables de simuler jusqu'à un certain point le cristal de roche. On sait en quoi consistent les procédés employés pour la fabrication des verres dits églomisés, que Ton ferait mieux d'appeler peintures sous verre. Il y a deux procédés différents, l'un plus ancien que l'autre. Dans le premier, on applique au revers de la plaque de verre une mince feuille d'or qu'on y fait adhérer à l'aide d'une gomme ou d'une résine, et, au moyen d'une pointe,, on dessine, ou, pour mieux dire, on grave son sujet : la feuille d'or se trouve ainsi enlevée dans les contours et dans les ombres; des vernis diversement colorés appliqués sous les visages, les vêtements, etc., permettent d'obtenir par transparence la polychromie : on a de la sorte un tableau dont les parties claires sont exprimées au moyen de la feuille d'or et dont les parties foncées sont plus ou moins colorées, suivant que les tailles de la gravure sont plus ou moins serrées. Tel est, à quelques détails de fabrication près, qu'il n'est possible d'expliquer qu'en face des originaux, le procédé employé au xiv° et dans la première moitié du xve siècle. Au xve siècle, et surtout au xvi% des artistes de premier ordre ont perfectionné le verre églomisé et ont fabriqué ainsi de véritables tableaux de la plus exquise finesse, ayant tout l'éclat des plus beaux émaux peints. Mais, à cette époque, le procédé employé n'est plus la gravure : on fait, au revers de la plaque de verre et plus souvent de cristal, une véritable gouache où l'or joue toujours un grand rôle, mais où les vêtements et les fonds surtout sont animés par des paillons diversement colorés. Ce qui me fait penser que beaucoup des verres églomisés que nous possédons ont dû être fabriqués à Venise, c'est qu'une bonne moitié des objets de ce genre sont conçus dans le style du nord de l'Italie ; au surplus, il est bien difficile de supposer que les verriers de Murano ne se sont pas essayés dans un genre où le verre jouait un rôle si important.

Étudier successivement toutes les mosaïques qui décorent la basi-

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lique de Saint-Marc, ce serait en quelque sorte faire l'histoire de cet art à Venise; car on pense bien qu'un monument de ce genre a vu, par la suite des temps, sa décoration en grande partie modifiée. Je ne remonterai pas si haut que l'origine de Saint-Marc, et je n'ai pas à décrire ses anciennes peintures en mosaïque de style tout byzantin. 11 me suffira de rappeler qu'à partir de 1 258 tout maître mosaïste employé par les procurateurs de Saint-Marc dut avoir deux élèves, et que ces élèves devaient, dans des concours, fournir la preuve de leur savoir en exécutant soit un tableau détaché, soit un sujet sur l'une des parois de la basilique.

C'est à partir du premier quart du xv° siècle, après les deux incendies de 141 9 et de 1429, que l'on commença à remplacer peu à peu une grande partie des mosaïques de Saint-Marc ; l'art lui-même en reçut un grand développement qui coïncide, il est intéressant de le constater, avec la rénovation de l'art du verrier à Murano. ("est en effet, à Murano que devaient se fabriquer les innombrables cubes de verre doré ou de toutes couleurs, qui sous la main des mosaïstes, se transformaient en une décoration aussi brillante qu'harmonieuse de tons. Quelques-uns des mosaïstes de Saint -Marc ont signé leurs œuvres : nous relevons les noms d'un Antottius et d'un Sylvcster en 1458 ; mais le plus eminent de ces artistes est Michèle Giambono, qui décora la chapelle de la Madonnû dei Mascoli d'une série de panneaux retraçant Y Histoire de la Vierge, panneaux dans lesquels l'entente de la composition s'allie à une correction de dessin qu'il est rare de rencontrer dans les mosaïques anciennes, où l'on cherche, et avec raison, plutôt à produire un effet d'ensemble, qu'à briller par les qualités qui semblent réservées à la véritable peinture. Giambono fait vivre ses personnages au milieu d'édifices de style vénitien et ses compositions ont pour nous le double intérêt de nous montrer l'état de son art au milieu du xv° siècle, et de nous initier à mille détails de la vie de Venise.

Si les registres des procurateurs de Saint-Marc nous font connaître un assez grand nombre de noms de mosaïstes, d'un Pietro, d'un Marco, d'un Alvise, contemporain de Giambono, ce n'est véritablement qu'à

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partir du commencement du xvie siècle que Ton pourrait écrire, sans lacunes, l'histoire des artistes qui ont recouvert d'or les murs de la Basilique. Nous trouvons d'abord, en i5oy, Vicenzo Sebastiani et le prêtre Grisogono et enfin, en 1 5 1 y , Marco Luciano Rizzo et Vicenzo Bianchini, qui tous deux ont signé deux figures d'anges. C'est Rizzo, qui, de concert avec le prêtre Alberto Zio, fut chargé d'exécuter la charmante décoration de la voûte de la sacristie, mosaïque qui ne vise pas au grandiose comme celles de l'église, mais qui, pour la richesse et l'éclat, peut soutenir la comparaison avec les plus belles décorations peintes. S'il est vrai que le Titien ait fourni une partie des modèles, on peut dire qu'il n'a pas été trahi par ses interprétateurs, parmi lesquels il faut aussi ranger Francesco Zuccato, dont le père lui avait, dans son enfance, donné des leçons.

C'est aux deux frères Zuccati, Francesco et Valerio, que l'on doit une grande partie des mosaïques refaites au xvie siècle, qui se trouvent dans l'atrium et dans l'intérieur de Saint-Marc. Francesco avait un avantage sur la plupart de ses confrères, c'est qu'il exécutait presque toujours lui-même ses cartons, et que par conséquent ils étaient plus propres que les cartons dessinés par des peintres à être exécutés en mosaïque ; connaissant toutes les ressources de son art, il lui demandait tout ce que celui-ci peut donner, mais seulement ce qu'il peut donner. Cet avantage réel ne fut peut-être pas étranger à la haine que lui vouèrent un de ses élèves, Bartolomeo Bozza, et les deux frères Vicenzo et Domenico Bianchini. On connaît la contestation qui a rendu célèbres les Zuccati : leurs concurrents les accusèrent d'exécuter certaines parties de leurs mosaïques au moyen de la peinture. Le fait fut du reste prouvé et, en dépit des efforts du Titien, les Zuccati durent refaire une partie des mosaïques à leurs frais.

C'est à ce jaloux de Vicenzo Bianchini que l'on doit le grand Arbre de Jessé, exécuté à l'intérieur de Saint-Marc. Ce mosaïste qui n'était pas du reste sans défauts, car lui aussi se servait de peinture et avait dû faire un assez long séjour hors des États de Venise, étant sous le coup d'une poursuite pour fabrication de fausse monnaie, a surtout travaillé d'après les cartons de Sansovino, de Salviati et de

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Domenico Tintoretto; Bartolomeo Bozza est dans le même cas. 11 ne faut donc pas chercher dans leurs compositions de l'originalité ; ils n'ont fait que traduire en mosaïque les dessins exécutées par des peintres. Il en est de même, à plus forte raison, des mosaïstes qui au xvne siècle et au xvm", ont décoré l'extérieur de Saint-Marc. Si en 1610 les procurateurs décidèrent qu'aucune mosaïque ne serait refaite sans qu'on eut fait de l'ancienne décoration un dessin fidèle, arin que l'artiste chargé de ce travail put s'inspirer de l'ancien modèle, il n'en est pas moins vrai que, dans la plupart des cas, cette prescription fut lettre morte. Les seuls éléments conservés furent les inscriptions ; quant aux compositions, nul doute que les artistes n'aient pensé bien faire en les modernisant. Quoi qu il en soit, si leurs tableaux ne sont pas conformes aux lois que les Byzantins avaient tracées et que les artistes du Moyen-Age avaient fidèlement adoptées, si leurs compositions confuses et souvent emphatiques ne produisent pas l'impression des anciennes mosaïques, si ce sont plutôt des peintures exécutées par un procédé imparfait et impuissant à rendre toutes les finesses du pinceau, ils n'en restent pas moins, au point de vue de la décoration, des maîtres de premier ordre. Là comme partout, les Vénitiens se sont montrés des décorateurs de génie et nul, en contemplant la façade de Saint-Marc, ne songerait à leur faire un reproche d'avoir donné à leurs personnages des attitudes un peu théâtrales ; il:* ont su introduire dans l'architecture une décoration polychrome qui ne pourrait être séparée des édifices du style de Saint-Marc, sous peine d'en faire des constructions froides et sans grandeur véritable.

L'émail, sous l'aspect qu'il revêt à Venise, ne saurait être séparé de l'étude de la verrerie. Je n'ai pas à m'occuper ici de l'émail à ses origines, ni de la décoration de la Pala d'Oro; si lors de son remaniement, au xivu siècle, ce monument put fournir aux orfèvres vénitiens l'occasion de faire des émaux imités de ceux que fabriquaient les Byzantins, il n'y a qu'à enregistrer le fait sans vouloir en tirer des conséquences. Je ne connais aucune pièce détachée, dans ce genre, dont on puisse faire honneur à un artiste vénitien. J'en dirai autant

des émaux champlevés : tous ceux qu'on a voulu attribuer, dans ces derniers temps , à Venise sont incontestablement français. Ce n'est qu'avec l'emploi des émaux translucides sur relief que nous constatons réellement l'application de l'émail à la décoration de monuments d'orfèvrerie vénitienne. L'un des reliquaires conservés au trésor de la basilique de Saint-Marc, le reliquaire du bras de saint Georges1, est un bel échantillon de l'orfèvrerie vénitienne au commencement du xve siècle ; une grande partie de sa décoration est composée de plaques d'émaux translucides représentant des saints. Bien que cette belle pièce ait été profondément remaniée plusieurs fois , on peut parfaitement constater, d'après elle, qu'à Venise les émaux translucides diffèrent peu comme technique et comme emploi des émaux fabriqués ailleurs en Italie à la même époque. Il existe aussi un certain nombre de croix du xv° siècle, plus ou moins richement décorées d'émail, qui pourraient bien avoir une origine vénitienne, mais, en somme, il n'y a là rien de nouveau ou de digne de remarque. Ce n'est qu'en plein xv° siècle que les Vénitiens et très vraisemblablement les verriers de Murano furent amenés à traiter l'émail d'une tout autre façon, à faire des émaux peints.

J'ai déjà cité les recherches de M. L. Courajod sur les émaux peints fabriqués par Filarete et sur ses relations avec le verrier Beroviero 2. Ces recherches ont prouvé que, dès 1465, les Italiens savaient peindre en émail, non pas suivant les méthodes adoptées au xvie siècle par les Limousins, mais exactement comme on peignait sur verre avec des couleurs vitrifiables, procédé que les Italiens ont toujours soigneusement conservé. Si je ne suis pas fort disposé à admettre à priori que les Limousins ont copié les Italiens, je crois que l'opinion émise par M. Courajod, qui donne pour origine aux émaux peints italiens les fours des verriers de Murano, est des plus vraisemblables et que c'est bien là que cette industrie a pris naissance. Deux pièces d'orfèvrerie du xvc siècle, de style absolument vénitien, nous montrent l'emploi des émaux peints dans des proportions assez considérables pour permettre

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