Publié par Pasini : Tesoro di San Marco, pl. XXX et XXXI
2. Quelques sculptures en bronze de Filarete. (Galette archéologique, années i885-i886.)
d'en étudier la technique : toutes deux sont des monstrances, composées d'un cylindre de cristal, posé verticalement sur un pied d'orfèvrerie et surmonté d'une coupole également en métal : l'une fait partie de la collection de M. F. Spitzer ; l'autre, du Musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, où elle est entrée avec la collection Basilewsky.
La première est munie d'un pied à six lobes, et sur chacun des lobes est rapportée une plaque de cuivre recouverte d'émail bleu lapis, légèrement cendré ; c'est sur ce fond bleu que l'on a exécuté la peinture en camaïeu d'or ; les six saints ou saintes qui y sont représentés sont tous exécutés par ce procédé, dont le célèbre portrait du peintre Jehan Foucquet, conservé au Louvre, peut donner une idée fort juste. D'autres plaques détachées d'une croix italienne, acquises depuis peu par le Musée de Cluny et par le Louvre, sont absolument fabriquées de la même manière ; et là les légendes en italien ne peuvent laisser douter un instant de la provenance. Quant à la monstranec de la collection Basilewsky, bien qu'elle ait été attribuée à l'art français, je crois devoir, avec M. Courajod, la restituer à l'Italie. J'emprunte à l'excellent catalogue rédigé par M. Darcel la description de ce précieux monument 1 :
ce Monstranec circulaire portée par l'intermédiaire d'une tige interrompue par un nœud sur un pied polylobé, surmontée par un dôme que surmonte une croix. Deux colonnes torses relient la corniche du dome avec la plate-forme de la monstranec.
« Pied formé par l'élargissement d'une tige à huit faces séparées par des filets saillants qui, en se réunissant sur le bord, dessinent un feston à trois dents. Le tout porte sur une galerie formée d'un quadrillé à jour surmonté de créneaux et reposant sur un tore aplati. Chaque face, entièrement recouverte d'émail bleu noir, représente en grisaille un évangélistc alternant avec un père de l'Église, assis et écrivant, accompagnés de rinceaux et de feuillages allongés.
« Le nœud est formé de huit arcades en accolades ; sous chaque arcade, dont le fond d'émail bleu est semé de fleurons blancs, est placée une statuette représentant : la Vierge portant l'Enfant Jésus,
1. Catalogue de la Collection Basilewsky, p. 120, n* 3o5, pl. XXXIX.
Sainte Barbe, Saint Paul, une Sainte, YEcce homo, Saint Jérôme, une Sainte portant une tour.
« Au-dessus du nœud nait une tige à huit faces émaillées de bleu, à ornements feuillages en grisaille, s'épanouissant pour porter une galerie octogone formée d'un filet cordé au-dessus d'une série de trèfles pendants et au-dessous d'un quadrillé. De cette moulure naît une gorge circulaire portant une galerie tréflée verticale. Sur la gorge sont représentés en grisaille les sujets, séparés par un fil tors : la Cène, Jésus dans le Jardin des Olives, Jésus devant Pilate, la Flagellation, le Couronnement d'épines, le Portement de croix, la Mise en croix, la Crucifixion.
« La galerie sertit extérieurement un cylindre de cristal de roche, maintenu intérieurement par une bande festonnée... Le cylindre s'enchâsse, à sa partie supérieure, dans une seconde galerie de feuilles de vigne, au-dessus de laquelle s'épanouit une gorge peinte en grisaille des sujets suivants : l'Annonciation, la Crèche, l'Adoration des Rois, la Résurrection, l'Ascension, la Pentecôte, la Mort de la Vierge, le Couronnement de la Vierge. Au-dessus règne une galerie quadrillée octogone qui reproduit symétriquement la galerie inférieure. Deux colonnes à filets tors, encadrant des spires émaillées alternativement vert, bleu et violet, semées de rosettes d'or, réunissent les deux galeries et sont terminées par les mêmes éléments qui forment ces galeries elles-mêmes.
« Le dôme est fixé à charnière sur la monstrance... Sur chaque face du dôme, une grisaille représente un ange portant un des instruments de la Passion...
« Grisailles en émail sur argent, redessinées par enlevage se combinant avec des accessoires en or ; fond bleu foncé ; contre-émail bleu nuage de vert et de violet. »
Un baiser de paix, conservé chez un amateur parisien, M. Ducatel, sort très probablement du même atelier que la monstrance Basilewsky ; et dans la même classe il faut encore ranger plusieurs pièces qui font partie de la donation du baron Charles Davillier1, au Musée du Louvre;
i. N" 3gi à 397 du Catalogue
LA VERRERIE, LA MOSAÏQUE ET L'ÉMAIL LE RIE zig
mais ces dernières sont d'époque un peu plus récente, car elles datent de la fin du xv% sinon du commencement du xvie siècle.
Il n'y a certainement aucune différence entre les émaux appliqués sur métal et les émaux dont on s'est servi pour recouvrir de délicates peintures la belle coupe du Musée Corrcr dont j'ai parlé plus haut. J'imagine môme que c'est la vaisselle de verre émaillé qui a donné aux Vénitiens l'idée de recouvrir d'émail une substance moins fragile et que c'est de la sorte qu'ils ont été amenés à faire ces belles pièces de cuivre émaillé dont nombre de collections montrent des échantillons : aiguières, bassins, bouteilles, coupes, vases, burettes d'autel ont été par eux martelés, ornés de godrons, puis recouverts entièrement, aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur, d'une couche d'émail bleu lapis, blanc, vert ou rouge, dont des étoiles ou de délicates fleurs de lis d'or sont venues rehausser l'éclat. On peut voir au Louvre, et dans beaucoup de collections, notamment au Musée Corrcr, de nombreux échantillons de cette belle industrie, bien vénitienne de style et de goût. Aux pièces de vaisselle ne s'est point borné ce genre d'émaillerie : on trouve à la Bibliothèque de Ravenne une crosse et un bâton de crosse fabriqués de cette façon ; on peut même relever sur cette pièce un curieux détail de technique : le cylindre de cuivre qui compose le bâton a été recouvert de fils de cuivre enroulés, par-dessus lesquels a été appliqué l'émail. Les baisers de paix dont la monture est ainsi formée ne sont pas rares, et le Musée du Louvre possède une jolie pièce de ce genre que surmonte un fleuron doré et émaillé exactement comme les verres vénitiens du xv* siècle.
Une pièce de la collection de M. le baron Gustave de Rothschild, un ciboire, fabriqué comme les pièces de vaisselle, porte sur son pied l'inscription : Z)iomi)//(u)s Bernardinus de Carmellis plebanus fecit fieri de annu MCCCCC1I '. On en a conclu que ces émaux dataient de la fin du xvc siècle ou des premières années du x\T. Un coffret possédé par M. Ed. Bonnalfé nous offre, à côté de la décoration habituelle à ces sortes d'objets, de ce pointillé ou de ce semis d'étoiles d'or que l'on observe sur toutes les pièces, deux profils
i. Lubartc, Histoire des Arts industriels, i' édit., t. III, p. »3l.
d'homme et de femme peints sur rémail ; et les costumes de ces personnages nous forcent à vieillir plus qu'on ne l'a fait jusqu'ici toute cette série de monuments bien digne d'être imitée. Ce sont des objets qui ont dû être exportés en grand nombre, si l'on en juge par les nationalités très diverses des armoiries qu'on y remarque ; ce sont en tout cas des chefs-d'œuvre d'élégante simplicité. Si les émailleurs vénitiens ne sont point parvenus à faire une aussi belle vaisselle que les Limousins du xvie siècle, ils ont du moins le mérite de les avoir précédés de beaucoup. Rien ne prouve du reste qu'ils aient dédaigné les teuvres de leurs rivaux : les émaux limousins du xvi° siècle ne sont pas rares en Italie, et le Musée Correr lui-même, peu riche pourtant sous ce rapport, peut montrer (gravée p. 211) une superbe plaque signée de Léonard Limosin, tout à fait propre à faire connaître aux Vénitiens l'art français de la Renaissance.
LE BOIS, L'IVOIRE, LE CUIR
Le devant d'autel de Murano. — Les cadres des peintures vénitiennes. — La tarsia et la certusina. — Les religieux de Montc-Olivcto. — Les meubles vénitiens. — Les cassoni. — Les plafonds du Palais ducal et de l'Académie des Beaux-Arts. — Les coffrets en os. — Les selles. — Les tentures de cuir dore. — Les cuirs repoussés et ciselés. — La reliure vénitienne.
ES casscllcri et les cofancri , les fabricants de meubles et de cofïYes vénitiens, ont forme, des une époque ancienne, une corporation importante; mais on pense bien qu'aucun des travaux sortis de leurs mains dans les premiers siècles du Moyen-Age n'est parvenu jusqu'à nous. Il faut descendre jusqu'au xivc siècle pour rencontrer quelques rares monuments qui nous permettent toutefois de constater que Venise n'est pas restée en arrière des autres villes d'Italie dans l'art de travailler le bois, de l'incruster, de le sculpter ou de le peindre. Dans l'église de Sainte-Marie et Saint-Donat de Murano se trouve un devant d'autel en bois sculpté et peint, daté de l3lO : saint Donat y est représenté accompagné de deux donateurs, Donato Mcmmo, podestat de Murano, et sa femme1. Pour une époque plus avancée du xiv1' siècle, on relève, sur deux tableaux conservés, l'un à l'Académie des Beaux- Arts de Venise, l'autre au dôme de Viccncc, le nom d'un sculpteur, Zanin (Çanimis), dont le nom ligure à la fin du xivc siècle dans le registre matricule de sa corporation : Zanin intajador a San Zancpolo-. Enfin, au Musée Corrcr, on peut voir un devant d'autel en bois sculpté et peint sur lequel on peut lire les signatures des deux artistes, un peintre et un sculpteur, à la collaboration desquels est due cette œuvre d'art : Bartholomciis magistri Pauli pinxit ; Chatarinus Jilius