‹ Venise: ses arts décoratifs, ses musées, et ses collectionsChapitre 83 sur 104 · T. III, p. 89; cité par Urbani de Gheltof, p · texte numérisé non relu

T. III, p. 89; cité par Urbani de Gheltof, p

LE BOIS, L'IVOIRE, LE CUIR

des artistes qui semblent s'être chargés au XVe et au XVIe siècle de décorer toutes les églises de travaux délicats en tarsia et en certosina; et Ton sait que la plupart de ces décorateurs appartiennent au nord de Tltalie.

Il existe une certaine différence entre la tarsia et la certosina. L'une et l'autre sont des incrustations exécutées au moyen de fragments de bois de diverses couleurs , mais donnent des résultats assez dissemblables. Dans la tarsia on cherche à représenter, au moyen d'une véritable mosaïque composée de plaques de bois de différentes dimensions, taillées suivant un modèle, un carton, des scènes comportant de nombreux personnages ou des perspectives très compliquées. Souvent aussi le peintre vient aider à la fabrication de ces trompe-l'œil par l'application de rehauts d'or ou de couleur.

La certosina, au contraire, ne demande, pour être suffisamment bien exécutée, que beaucoup de soin et une éducation artistique rudimentairc: car il ne s'agit que de reproduire, au moyen de cubes ou de lamelles de bois, d'os, de corne ou d'étain, des dessins géométriques.

Le travail peut même être simplifié et devenir presque mécanique : la même rosace, le même motif étant toujours composés des mêmes éléments symétriquement disposés, ou

DEVIDOIR VENITIEN.

XVIIIe SIÈCLE.

(Musée Correr.)

réunis ensemble, en les faisant adhérer au moyen de la colle, de minces règles de bois ou d'os, disposées dans un ordre déterminé. On obtient ainsi une masse ligneuse, dont toutes les sections reproduisent le môme dessin. On conçoit dès lors que cette masse divisée en tranches très minces peut fournir un nombre très considérable de plaques de mosaïques de bois que Ton n'a plus qu'à appliquer sur la surface à décorer. C'est un travail très analogue à celui auxquels se livrent les verriers pour confectionner les verres dits millefiori, travail délicat mais qui ne réclame pas des connaissances artistiques bien profondes. Abstraction faite du mérite artistique, la tarsia et la certosina peuvent être mises en parallèle avec la mosaïque de Florence et la mosaïque composée de cubes de pierre ou de verre. L'une exprime le dessin par grandes masses, l'autre par la juxtaposition d'éléments minuscules. Inutile de dire que ces deux systèmes d'incrustation du bois ont été usités dans toute l'Italie. Si ce sont surtout des artistes du nord qui ont appliqué ce g-enre de décoration au mobilier et surtout au mobilier des églises, il est bon d'ajouter que les religieux de Monte-Oliveto ont puissamment contribué, au xvc et au xvie siècle, à en répandre le goût.

Parmi les représentants de cet ordre qui ont travaillé à Venise, il convient de citer en première ligne Fra Sebastiano da Rovigno (né en 1420). Sansovino lui attribue les stalles incrustées du chœur de l'église de Sant' Elena, aujourd'hui disparues, et, dans le môme passage, il mentionne les armoires de la sacristie de la même église, décorées par Fra Sebastiano et un autre religieux, Fra Giovanni de Vérone !. Ce Fra Sebastiano da Rovio-no aurait même fondé dans l'île de Sant' Elena une sorte d'école où se seraient formés sous sa direc-

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