ÉTUI EN CUIR REPOUSSÉ ET CISEI.K
Musée Correr )
xvi' siàcxr.
l'amour de l'art et de la décoration pour sacrifier des œuvres aussi charmantes, qui aujourd'hui passeraient pour des objets de luxe.
Les lois prohibitives et souvent malencontreuses édictées par les magistrats vénitiens entravèrent sans aucun cloute, quoi qu'en dise M. de Gheltof, la fabrication des tentures de cuir doré; le même fait se passa du reste pour les tapisseries, et suffît à expliquer comment deux industries qui prirent partout, au xvie siècle, un si grand essor, restèrent toujours, à Venise, par suite de lois somptuaires excessivement sévères, dans un état d'infériorité évident.
Ce n'était donc pas à Venise que l'on vendait les tentures de cuir qu'on y fabriquait. Dorées, estampées et peintes comme les cuirs exécutés en Espagne ou en Italie, elles faisaient l'objet d'une exportation assez importante : c'est ainsi que le duc de Ferrare fit venir de Venise les cuirs dorés destinés à la décoration de son palais1. Quant aux magistrats de la République, moins sévères quand il s'agissait de rehausser l'éclat des salles où ils délibéraient que pour ce qui touchait au luxe des particuliers, il leur arrivait de commander des tapisseries de cuir recouvertes d'un dessin diapré ou de grotesques2. C'est ce que firent, en 1 59 1 , les procurateurs de Saint-Marc. Il faut avouer que de semblables lois somptuaires, qui nous paraissent aujourd'hui tout à fait extraordinaires, devaient déjà paraître bien ridicules à l'époque où elles fnrent inventées par des êtres aux cerveaux vides ou étroits : la preuve en est qu'à des époques très rapprochées les unes des autres on était obligé de les renouveler, de les rendre plus sévères à mesure qu'elles étaient moins respectées et moins respectables. Ne nous moquons du reste pas trop des Vénitiens : chez nous , à une époque très récente, des lois semblables ont été inventées, je ne dis pas mises en pratique, car toutes ces belles inventions ont toujours échoué devant la conspiration du silence ou la risée publique. Mais que de temps ont perdu de bons esprits à vouloir empêcher les hommes de mettre un galon d'or à leur chapeau ou les femmes de porter des dentelles !
A côté de ces tentures de cuir, à Venise comme partout, au xve et