SIÈCLE
au xvi° siècle, on a fabriqué des ustensiles recouverts de cuir teint, ciselé et estampé : ce sont là des travaux de gainerie qui ne sont nullement méprisables : coffres ou coffrets, étuis de livres, boîtes d'écrivains, gaines de couteaux ou fourreaux d'épées ont été susceptibles d'être décorés de menus rinceaux, de personnages, d'armoiries exécutés avec le plus grand soin, motifs d'ornements originaux ou copiés sur des œuvres d'art d'un style plus élevé. Parfois rehaussés de peintures,
ces cuirs peuvent encore être ornés de menus rinceaux d'or, à l'image des pièces de métal damasquiné. On trouvera ici la reproduction d'une de ces boîtes tirée des collections du Musée Correr. Elle est de cuir noir et destinée sans doute à contenir quelque diplôme ou les ustensiles de quelque écrivain.
Je n'aurais rien à dire de la reliure, si les Vénitiens n'avaient, dans certains cas, habillé leurs livres d'une façon particulière. Cette mode est sans nul doute empruntée à l'Orient ; dans tous les cas, le style des ornements est
Camée du xvie siècle. — (Musée Correr.)
purement oriental. Ces reliures, divisées en compartiments par des cordons saillants dessinés suivant des profils engendrés par des courbes et des contre-courbes que l'on retrouve dans la décoration persane ou arabe, sont généralement exécutées en cuir teint en rouge; et sur ce cuir on a peint en or ou en couleur des arabesques ou des fleurons entrelacés que viennent souvent rehausser des incrustations de nacre. Les armoiries, le lion de Saint-Marc, que l'on rencontre sur la plupart de ces reliures, suffisent pour établir leur provenance bien vénitienne. Enfin , et là l'imitation orientale est encore flagrante, beaucoup de reliures exécutées à Venise portent frappées en creux des rosaces composées d'arabesques ou d'entrelacs dorés, tels qu'on en voit sur les couvertures de la plupart des manuscrits arabes. Cet art, pratiqué du xve au xvne siècle, offre, pour le style, une étroite parenté avec les travaux de damasquine de la même époque.