LE FER, LES ARMES, LA DAMASQUINE
vant un dessin préalablement tracé au moyen d'une lime en forme de molette d'éperon. Le métal rapporté se trouve ainsi grippé par
FLAMBEAU ORIENTAI. EN BRONZE l>E LA COLLECTION ROTHSCHILD.
les aspérités du fond auquel il adhère parfaitement, quand le brunissage est venu compléter le travail. Le premier procédé est ce
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que les Italiens ont appelé damaschina et nous autres damasquine, parce que cette industrie se pratiquait surtout à Damas, en Syrie et en Égypte ; ils ont nommé le second lavoro ail' agemina, ail' a\\iminia, parce qu'il était surtout usité en Perse et que ce pays se nomme Al Agent en arabe. De ce terme les Italiens ont formé l'adjectif ageminius, a\\iminius, et, à une époque toute moderne, nous avons francisé le mot et désigné sous le nom & a\\iministes les ouvriers travaillant ail' agemina. Dans les comptes du xvie siècle figure bien un mot français, pour désigner cet ouvrage, mais c'est un mot estropié, semin, qui du reste a été fort peu employé ; il est dans la plupart des cas remplacé par l'expression : « ouvrage à la moresque ».
Les procédés que je viens de décrire sommairement peuvent, bien entendu, subir un assez grand nombre de modifications, ou même être réunis sur une même pièce. De plus, dans le travail à la damasquine, l'artiste procède quelquefois par larges placages d'or ou d'argent sur lesquels il revient ensuite dessiner des ornements à l'aide du burin ou par le moyen de l'estampage. Dans ce cas, la surface du métal ainsi plaquée a été préablement creusée à une profondeur plus ou moins grande, en ayant soin de laisser sur les contours de la partie champlevée des arêtes très vives qui, ensuite, légèrement rabattues au marteau sur le placage, suffisent à le maintenir en place.
D'après Benvenuto Cellini les Lombards, les Toscans et les Romains, mais surtout ces derniers, excellaient dans ce genre de travail au commencement du xvie siècle ; il parle des beaux feuillages de lierre ou d'acanthe dont ils incrustaient le fer, des délicats rinceaux accompagnés d'oiseaux et de divers animaux dont ils recouvraient les coffrets, des gardes d'épées et de poignards ou des boucliers. Luimême exécuta des manches de poignard « à la turque », et c'est même à propos de ces travaux qu'il donne ces détails techniques qui ont tant de prix pour nous. Malheureusement il ne souffle mot des œuvres de damasquine faites par des ouvriers vénitiens, soit qu'il n'en eût pas connaissance, soit, ce qui est plus croyable, qu'il les ait oubliées. Et pourtant les Vénitiens ont été damasquineurs dès une époque bien
i. Vita, édition Bianchi, Florence, i85a, p. 64,65.